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(Chapitre 2) The Huntmaster
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The Huntmaster

Adam s'était réveillé aussi fatigué qu'au moment où il était tombé presque contre son gré dans les bras de Morphée. Au moins il y avait le mérite d'avoir pu passer quelques heures sans penser... il n'avait même pas essayé de faire semblant de songer que les événements de la veille n'avaient été qu'un mauvais rêve causé par le rhum. Ses blessures le tiraient trop pour qu'il croie à des douleurs fantômes. Soupirant en fixant le plafond et ignorant la migraine particulièrement violente qui battait dans son crâne, il s'était décidé à se redresser et avait agité nerveusement sa langue contre son palais en ouvrant et fermant bruyamment la bouche. Il avait la pâteuse. Il avait tiré les rideaux qui donnaient sur le pont et constaté qu'il était vraisemblablement le milieu de l'après-midi et qu'ils venaient probablement d'arriver à bon port puisqu'on commençait à décharger certaines marchandises. Et surtout, tous ces inconnus étaient en train de foutre le camp de leur bateau. Le Second était sorti de la cabine et avait rapidement trouvé Adrian en train d'observer le quai, probablement pris entre des souvenirs nostalgiques, l'horreur de la veille ainsi que ses espoirs et inquiétudes pour le futur.

- Ah, tu es réveillé.

- Malheureusement... tu sais où est Morgan ?

- Il discute avec ce Samoth... Ce type me laisse une impression étrange, je ne saurais dire quoi.

- J'vais te dire quoi moi, c'est un gros connard. Il avait reniflé dédaigneusement. Il veut quelque chose de nous, ça va pas tarder.

- Tu penses à quoi ?

- J'en sais rien, c'est ça qui m'inquiète. Tu sais quand est-ce que Morgan doit le retrouver à la taverne du coin ?

- Demain, il veut nous laisser encore un peu de repos et doit régler quelques affaires avant à ce qu'il paraît.

- On devrait se casser cette nuit.

- Non, on devrait réparer notre bateau.

- Je sais. Compte sur moi pour m'incruster dans leur tête-à-tête demain.

- J'en doutais pas vraiment... En parlant de tête-à-tête, j'en ai un avec Bobby tout à l'heure. Il est bouleversé.

Adam avait soupiré, c'était pas étonnant, son premier grand drame sur le Black Sails... était une tragédie.

- Laisse-moi y aller, je parie que t'as pas assez dormi.

- Mais si, ça...

- C'est un ordre ! Avait souri le Second. Et puis je dois me racheter une flasque.

- Bon... si c'est un ordre… Je dirai à Morgan que t'es allé boire avec notre mousse.

Le Maître d'équipage avait eu un rictus amusé avant de retourner dans la cale. Cale dont était sorti Bobby qu'Adam avait invité à le suivre d'un mouvement de tête en direction du quai.

*
* *

Et c'est ainsi que, le lendemain, le Second se retrouve dans le même établissement, bien qu'à une autre table, contre un mur et à droite de Morgan, sans savoir si son malaise vient des évènements de la veille. Il s'était disputé avec Bobby qui remettait en cause les agissements de Morgan, il fallait lui remettre les idées en place après cette nuit tragique et une désertion était la dernière chose dont avait besoin l'équipage... mais il avait vite compris qu'il était juste fou de chagrin, il avait finalement eu à lui parler plus doucement et trouver un moyen de bien finir la soirée pour le consoler. Tout était bien qui finit bien... Non, ce n'est décidément pas à cause de ça qu'il se sent mal à l'aise.

Hmmm... alors peut-être est-ce à cause de l'enfoiré en train de le fixer sans cligner des yeux ni esquisser le moindre geste ?! Samoth est littéralement en train de rendre malade le Quartier-maître qui s'efforce de soutenir son regard gris-bleu de ses pupilles océan. Fronçant les sourcils avant d'en arquer un, incapable de se décider sur quel mouvement il doit leur appliquer, il finit par glisser ses iris vers Morgan sans mouvoir sa tête en espérant capter les siens pour lui faire comprendre qu'il trouve bizarre, dans le sens inquiétant-ridicule du terme, leur vis-à-vis et avec l'air de lui demander s'il sait ce qu'il veut. Il reporte ensuite son attention sur le capitaine du Bloody Mary qui n'a évidemment pas bougé, tel une statue... Il est en transe ou quoi ?! D'un imperceptible mouvement de tête vers l'avant le plus jeune hausse rapidement et une seule fois les sourcils avec une petite grimace, histoire de lui faire comprendre de façon muette et subtile quelque chose qui sonnerait probablement comme « Mais qu'est-ce que tu veux à la fin, putain de merde ?! Arrête de me fixer comme ça j'ai l'impression que tu vas me violer ! ». Et c'est la version polie.

En plus, comble de l'agaçant, Samoth ne veut absolument pas montrer son visage. Mais ça ne va pas l'empêcher de boire, bien sûr, il est préparé le bougre ! Il doit faire le coup à tous ses camarades de beuverie... et Adam loue le ciel de ne pas être plus souvent un de ses interlocuteurs. En effet, l'homme masqué a rapidement sorti de sa poche un petit tube, à vue de nez construit dans une sorte de bambou, et articulé à ses deux-tiers pour pouvoir le glisser dans son verre puis en insérer l'autre extrémité dans son foulard. Et il sirote doucement sa bière comme ça, de la façon la plus ridicule qui soit. Mais surtout, SURTOUT, ce bouffon a rapidement fini sa boisson sans un mot et s'évertue à CONTINUER D'ASPIRER pour ne pas gâcher les trois maudites gouttes qui traînent au fond de son godet et qu'il n'arrive pas à boire, provoquant un bruit des plus agaçants qui résonne dans le récipient et fait s'agiter les lèvres d'Adam tapote nerveusement contre la table en bois, fixant le décor, les serveuses et ses doigts pour essayer de penser à autre chose.

Ses yeux finissent par recroiser ceux de Samoth, lui lançant un regard noir à peine voilé pour lui faire comprendre qu'il en a plus qu'assez mais son vis-à-vis reste impassible, continuant de le fixer comme pour le provoquer. Est-ce qu'il rêve où il vient d'aspirer plus fort pour faire plus de bruit ? Adam finit par taper brusquement et de façon sonore la surface de bois lisse du plat de sa main droite, doigts écartés et affichant un sourire crispé d'une amabilité feinte.

- Bon ! Et si on discutait ?









The Huntmaster

La matinée ainsi que le début de l'après-midi était passé avec une lenteur déconcertante. Seul ou presque à la barre du Black Sails, Morgan n'avait pas ouvert la bouche de ce qui était resté du trajet, même lorsque le Capitaine du Bloody Mary, heureusement plus occupé à gérer ses hommes qu'à lui tenir compagnie, s'essayait à lui adresser la parole pour engager un semblant de conversation. Le pirate maudit n'avait pas envie de parler, encore moins à l'homme à qui il devait la survie de ce qui restait de son équipage. Celui ci l'humiliait déjà suffisamment en envahissant son navire, il avait été suffisamment "reconnaissant" pour le laisser assister à la cérémonie d'adieux qui lui trottait encore parfois en mémoire, avait accepté de passer du temps avec lui une fois arrivé au port, autorisé ses hommes à manipuler SON bâtiment... il n'allait pas en plus lui offrir le loisir de palabrer comme s'ils étaient deux amis de longue date qui ne s'étaient pas revus depuis dix ans. Non... Morgan n'avait vraiment pas le cœur à ça. D'autant plus que Samoth lui était apparu tout de suite bien plus agaçant dés l'instant où il avait commencé à se prendre discrètement et silencieusement la tête avec Adam. Quand il pense que son meilleur ami va porter à sa ceinture cette épée délabrée que lui à offert leur sauveur uniquement pour se moquer de lui... le Capitaine sent une indicible colère monter en lui.

Heureusement, Samoth avait sans doute fini par comprendre que son collègue pirate n'avait pas la moindre envie de discuter, ne répondant à ses quelques tentatives de dialogue que par des "hmm" ou des affirmations aussi brèves que désintéressées et l'avait rapidement abandonné à sa barre pour retourner sur le pont principal et se préoccuper de ses hommes. Morgan ne se priva même pas d'échapper un soupir de soulagement en le voyant s'éloigner.

Mais cet instant de calme et de répit n'avait duré qu'un temps. En effet, une fois l’île en vue, il avait bien fallu se remettre au travail et c'est sans le moindre entrain que Morgan avait lancé ses ordres à l'attention de l'équipage  qui avait fait mouiller le Black Sails non loin des quais, ayant pris soin d'abaisser leurs couleurs et de ranger toutes les armes afin d'éviter de se faire canarder par les résidents. Heureusement le petit port n'avait pas vraiment l'air de faire cas des figures de proues impressionnantes des deux bricks Pirates, tout comme personne n'avait visiblement trouvé intéressant de poser des questions en voyant une foule de marins commencer à décharger du matériel. Sans doute que les marchants des environs étaient bien trop heureux de voir débarquer un bâtiment dans un tel état de délabrement, c'était bon pour les affaires. Et bien entendu, une fois que les deux navires eurent jeté l'encre, Morgan ne put cette fois ci éviter la conversation avec Samoth.

- J'ai accomplis ma tache en t'escortant jusqu'au prochain port comme convenu... j'espère que tu n'as pas oublié ta part du marché?

- Franchement... je vois pas ce que tu as de si important à me dire pour que ça nécessite d'aller prendre un verre...

- Le contenue de la discussion est au moins aussi important que la discussion en elle même...  Répond Samoth avec un ton étonnamment léger. Il se fait pourtant plus sérieux sur ses prochains mots. Je te l'ai déjà dis, tu as des dettes envers moi, et ce "rendez-vous" en fait partie. Je ne t'ai rien demandé en échange du sauvetage de ton navire, j'aurais très bien pu en faire autrement alors tu devrais t'estimer heureux de n'avoir qu'à m'accorder un peu de ton temps...

Morgan aurait sans doute frissonné si ça avait été possible, clignant plusieurs fois des paupières en se demandant où pouvait bien en venir le Capitaine du Bloody Mary. Il fronce les sourcils et lui demande d'une voix méfiante.

- Qu'est ce que t'attends de moi?

- Simplement que tu acceptes de venir prendre ce verre

- Bon, bon d'accord! Fini par accepter précipitamment Morgan histoire que Samoth disparaisse rapidement de son champs de vision. Quand ça?

- Je te laisse jusqu'à demain, je dois m'occuper de quelque chose avant ça.

La conversation s'était poursuivie encore un bref instant durant lequel Morgan ne réalisait pas vraiment qu'Adrian son Maître d'équipage se trouvait à une distance toute proche d'eux et pouvait sans l'ombre d'un doute entendre leur conversation. Il ne remarqua de toute façon même pas la présence de son aîné qui avait pourtant fini par s'éloigner, tout comme le Capitaine du Black Sails ne faisait pas attention à son meilleur ami entrain de quitter sa cabine.
Lorsque la conversation entre Morgan et Samoth s'était enfin achevée, le pirate maudit été resté planté sur place un bref instant en regardant son interlocuteur retourner sur son propre navire. Bordel qu'est ce que ce type pouvait être flippant! Le ruffian n'a jamais eu pour habitude de se sentir mal à l'aise, mais la présence du Capitaine du Bloody Mary l'enchantait vraiment de moins en moins.

*
* *

Le lendemain, alors que Morgan attend en tapotant frénétiquement du pied devant la taverne, autant agacé que pressé d'en finir, il s'étonne de voir soudainement Adam débarquer alors que celui ci n'était pas supposé être au courant de quand se tiendrait l'entretien avec Samoth puisque le Capitaine avait lui même choisit de taire l'information afin d'éviter que son meilleur ami ne vienne s'incruster dans la conversation. Le pirate maudit manque de peu de l'insulter de tous les noms mais Samoth ne tarde pas à se pointer à son tour et il est bien obligé de se contenir afin d'éviter de se ridiculiser lui et son Second devant leur sauveur. Se contentant de lancer à son meilleur ami un regard qui en dit long sur ce qui l'attend après la conversation, le trio se trouve donc rapidement attablé dans un coin de la taverne et laisse planer un silence pour le moins... tendu.

Le Capitaine du Bloody Mary prend soin de commander un verre pour tout le monde, ce à quoi Morgan s'empresse de répondre par la négative, préférant éviter d'avoir à siroter une bière dont il ne pourra pas apprécier la saveur. Oh bien sur il pourrait se contenter de faire semblant, ne serait-ce que pour ne pas vexer les attentions de leur interlocuteur, mais... mais non, il n'en a pas envie. Ne cherchant visiblement pas à insister, les deux boissons sont donc rapidement apportées à la table des pirates qui n'ont pas encore décoché un seul mot à part un discret "bonjour" et encore. Et la situation n'est pas prête de s'améliorer puisque de toute évidence, Morgan et Adam en attendent tous les deux après Samoth qui est le seul à savoir sur quoi va porter la fameuse conversation. Et le silence dure, il dure tellement qu'il en devient insoutenable, d'autant plus qu'afin de garder son visage à couverts, le Capitaine du Bloody Mary use d'une méthode aussi ingénieuse qu'elle est parfaitement ridicule et... insupportable! Les petits bruit d'aspiration alors que la bière c'est entièrement vidée sont un supplice pour l'un comme pour l'autre des hauts gradés du Black Sails même si concrètement... Adam semble particulièrement mal dissimuler son agacement. Le regard de Morgan est rivé sur lui de longue et il observe d'un œil perplexe ses mimiques qui se crispent à chaque nouveau bruit infernal, le Quartier-maître à les yeux parqués droit sur Samoth qui le fixe également, laissant au pirate maudit une incroyable sensation de... solitude ainsi que de se trouver dans une position d'intrus alors qu'à la base, c'était lui qui devait avoir une conversation avec leur collègue pirate.

Lorsque le regard de son meilleur ami vient enfin croiser le sien, Morgan n'a aucun mal à en déceler le sens, il se contente de pincer les lèvres avec un air désolé avant de hausser les épaules afin de lui faire comprendre qu'il se trouve dans la même situation d’ignorance que lui. Il crispe brusquement ses épaules alors qu'un nouveau bruit d'aspiration plus fort que les autres retentit et dépose cette fois son regard sur Samoth qui n'a visiblement pas l'intention de lâcher le regard d'Adam qui, au comble de l'impatience et de l'agacement finit par frapper sur la table histoire de lancer la conversation puisque le Capitaine du Bloody Mary ne semble pas décidé à s'en charger. Morgan échappe un long soupir alors qu'il s'imagine déjà Samoth le rembarrer sévèrement mais à la place, leur sauveur se contente de lâcher le tube entre ses lèvres pour enfin repousser sa choppe  et croiser ses doigts sur la table. Le ruffian passe une main sur son front et la laisse glisser jusqu'à son veston pour triturer nerveusement la ceinture qui barre sa poitrine... bordel mais qu'il parle!











The Huntmaster

Le Capitaine du Bloody Mary aura passé la majeur partie du trajet en mer en tant qu'escorte à se faire royalement ignorer par Morgan à qui il n'était pas parvenu à arracher plus qu'un malheureux "oui" en essayant d'engager un semblant de conversation. Et pourtant ce n'est pas comme s'il n'avait pas essayé, essayé et essayé encore, mais rien à faire, pas moyen d'obtenir un regard ou ne serait-ce qu'un minimum d'attention de la part du pirate, de quoi agacer fondamentalement le sauveur du Black Sails qui avait fini par laisser tomber ses tentatives d'acopinage pour se concentrer sur ses hommes entrain de s'activer sur l'épave flottante.

Le reste du voyage c'était donc déroulé dans un parfais silence durant lequel, seule la voix de Samoth légèrement étouffée sous son foulard raisonnait pour donner des ordres à l'attention de ses matelots. Parfois, le Capitaine du Bloody Mary se détournait vers la barre pour envisager un regard dédaigneux de la part de Morgan qu'il ne soutenait jamais très longtemps avant de reprendre la parole plus fort et plus autoritaire encore. On pouvait reconnaître sans peine à cet homme ses talents de navigateur mais aussi de meneur ou plutôt... de chef. L'équipage du Bloody Mary semblait se coordonner d'une seule et même main, comme si un seul mot de la part de leur Capitaine suffisait à leur faire comprendre ce qu'ils avaient à faire. La voix imposante et pleine d'assurance de Samoth faisait même parfois trembler certains des membres restant de l'équipage du Black Sails, pas spécialement rassurés qu'un inconnu ai pu prendre ses marques aussi facilement sur ce bâtiment qu'il ne connait et ne lui appartient pas, s'y promenant et donnant des ordres comme s'il était un peu chez lui.

Il ne fallu que quelques heures au Black Sails et au Bloody Mary pour atteindre l'île la plus proche, et une fois les deux navires amarrés, Samoth ne s'était cette fois ci pas privé d'aller expressément retrouver Morgan, bien décidé à lui arracher quelques mots puisqu'il était tant de remettre au goût du jour les termes de leur engagement mutuel. La discussion s'était déroulée sous une certaine tension mais comme d'habitude, Samoth se sentait tout à fait à l'aise, s'exprimant avec une audace toute particulière, n'hésitant pas à se montrer supérieur face à Morgan afin de lui faire comprendre qu'il ne se trouvait de toute façon pas en position de dicter quelques conditions que ce soi. Le Capitaine du Black Sails s'était retrouvé rapidement contraint d'accepter de retrouver son sauveur qui avait étiré un large sourire de satisfaction dissimulé derrière son masque de tissu avant de disparaître sur son propre bâtiment après avoir clarifié les derniers détails pour leur rendez-vous du lendemain. Personne ne l'avait revu depuis l'instant où il avait achevé sa conversation avec Morgan.

*
* *

Le soleil brille en ce début d'après-midi et le pas pesant du Capitaine Samoth raisonne dans les ruelles de la petite cité. Sa démarche déborde autant de prestance qu'elle semble pressée, oui, le propriétaire du Bloody Mary aurait presque hâte que débute son tête à tête avec Morgan... enfin... c'est certainement ce qu'il aurait espéré car en envisageant la façade de la taverne dans laquelle il avait organisé leur rendez-vous, la première chose que Samoth remarque est bien évidement la présence d'Adam aux côtés de son collègue Capitaine. Il grimace derrière son foulard et ralentit presque instinctivement le pas comme s'il voulait à présent retarder un peu ce fatidique moment où il devra s'adresser au Quartier-maître du Black Sails au moins autant qu'à son supérieur hiérarchique. Mais au bout du compte, dire que Samoth n'avait pas prévu cette éventualité est tout ce qu'il y a de plus faux. Ayant aisément remarqué le lien si particulier qui unis ces deux hommes, le sauveur de l'équipage de Morgan s'attendait finalement à cette... désagréable surprise.

A l’intérieur de l'établissement, la faible lumière tamisée semble considérablement accentuer l'effet de tension qui plane autour du trio. Seul, assis en face de ses vis-à-vis, Samoth maîtrise entièrement la situation à savoir qu'il se délecte tout particulièrement de voir les deux pirates littéralement pendu à ses lèvres alors qu'il prend son temps à siroter sa bière de la façon la plus saugrenue et amusante qui soit. Oui, amusante car le Capitaine du Bloody Mary jouit tout particulièrement du regard plein de mépris et de dédains que ne se cache pas de lui lancer Adam à longueur de temps. En fait, il semblerait même que le jeune homme ai son attention braqué sur lui depuis l'instant même où ils se sont assis l'un en face de l'autre. Son foulard cache les traits d'un sourire satyrique qui pourrait presque se lire à travers l'éclat métalliques de ses yeux qui trouve un malin plaisir à soutenir ce regard sans jamais le lâcher. C'est à peine si le Capitaine du Bloody Mary fait attention à Morgan, en fait, il a presque oublié sa présence pour être tout à fait honnête.

Le regard de Samoth ainsi que celui d'Adam sont harponné l'un à l'autre comme incapable de se détacher et l’aîné des deux hommes réprime même un ricanement moqueur derrière le tissu qui couvre son visage. Il provoque ouvertement le Second du Black Sails, savoure cet air outré qui passe par ses iris océans pour lui faire parvenir tant de paroles muettes, mais Samoth n'est pas non plus décidé pour autant à rompre le silence, bien décidé à ce qu'Adam soit le premier à craquer puisque de toute évidence il ne s'amuse pas autant que lui. Et comme il s'y attendait, c'est bien le jeune Second qui engage finalement la conversation avec une amabilité aussi sincère que ne l'est son sourire détestable. Loin de s'offusquer ouvertement, bien qu'il aurait amèrement souhaité pouvoir l'insulter copieusement, Samoth entrecroise ses doigts sur la table pour se pencher un peu en avant et répondre avec légèreté.

- Mais c'est bien pour ça que nous sommes là, cher Quartier-maître!

Il garde pourtant le silence une nouvelle fois, envisageant simultanément Adam et Morgan jusqu'à ce que le Capitaine du Black Sails ne perde patience à son tour.

- Alors... Qu'est ce que tu nous veux?!

- A lui? Rien... A vrai dire je pensais plutôt que cette discussion se tiendrait uniquement entre toi et moi... mais puisqu'il semble te connaître sur le bout des doigts, c'est bien ce que tu disais non? Sa présence ne devrait pas trop être un problème...

- Bon... et à moi, qu'est ce que tu me veux?

Samoth se contente de plonger son regard dans celui de Morgan un bref instant avant de hocher de la tête.

- Mais, que tu paie tes dettes bien sur! Répond le Capitaine du Bloody Mary avec un entrain inquiétant. Tout ce que j'ai fais pour toi... en comparaison à ce que toi tu as fais pour moi, me semble un peu inégal tu ne crois pas? Un lourd silence s’installe. Ce n'est pas comme si je n'avais fais aucun effort pour me montrer digne de ta confiance, et pourtant tu t'es toujours obstiné à me la refuser. Samoth coule ensuite un regard sur Adam avant de revenir sur Morgan. Mais n'ai-je pas sauvé votre navire et ce qui reste de votre équipage? Alors en effet Morgan, il est peut être tant que l'on parle, ou plutôt que tu parles... que tu m'explique ce qui te pousses à te méfier encore de moi aujourd'hui?









The Huntmaster

Adam ne peut retenir son agacement croissant chaque seconde un peu plus alors que Samoth éprouve un malin plaisir à lui taper sur les nerfs... et qu'on ne vienne pas lui dire que c'est un malheureux hasard, la manière dont il le fixe obstinément a de quoi mettre mal à l'aise et il est clair qu'il est en train de le provoquer ! Le plus jeune des trois hommes s'en agace tant qu'il se surprend à resserrer l'une de ses mains sur la garde du sabre que le Capitaine du Bloody Mary lui a « gracieusement » offert et à se mettre bien droit, se grandissant pour que son pommeau dépasse un peu du rebord de la table... Provocation puérile, il en est, mais le Second est à bout. Il sait qu'il est indésirable, ce qui l'énerve encore un peu plus, et pourtant, à voir comment il l'observe, il a presque l'impression que l'inconnu n'a d'yeux que pour lui. Rah, entre ça et le regard lourd de sens que Morgan lui a lancé à son arrivée, le cadet a vraiment de quoi être de mauvaise humeur ! Ils ne se sont pas non plus adressé un seul mot depuis son arrivée surprise, quand il s'est assis sans sourire, le plus naturellement du monde... si on lui avait dit qu'un jour son capitaine lui ferait sentir qu'il ne voulait pas de lui à ses côtés il aurait ri au nez de l'importun et traîné un sentiment de malaise toute la journée. Aujourd'hui, ça sera sans le rire.

Qu'est-ce qu'il croyait ?! Qu'il allait le laisser seul dans un entretien avec un inconnu louche et trop bon pour être honnête ? Pas qu'il ait des raisons à s'en faire pour son meilleur ami damné, le capitaine ne sait sûrement pas comment rompre son immortalité et Adam serait bien reconnaissant s'il en était capable... Mais c'est plus fort que lui, instinctif, il veut être à ses côtés en toutes circonstances, il continue de l'accompagner partout comme s'il était... normal. Il déteste employer ce mot car il ne considère pas son presque frère comme anormal... mais c'est malheureusement le seul terme qui lui passe par la tête pour décrire le mal qui le hante.

Quand Samoth commanda une bière, le Second s'était d'abord étonné de le voir en prendre trois, pensant qu'il allait royalement l'ignorer, mais non... et pas question d'être poli et décliner comme Morgan, bien qu'il eut ses propres raisons. Le plus jeune éprouvait une certaine satisfaction à dépenser l'argent de son vis-à-vis. Les deux buveurs s'étaient ainsi dévisagés, se défiant du regard en sirotant avec sérieux, Adam trempant ses lèvres dans sa choppe et Samoth aspirant avec son atypique ustensile. Le capitaine avait fini bien plus rapidement... mais sa façon d'insister à avaler bruyamment du rien avait tellement mis les nerfs du cadet à rude épreuve qu'il avait fini par lâcher brutalement son verre à moitié vide sur la table, dégoûté et frustré. Quelques instants plus tard, Adam roulait des yeux et les tournait vers son acolyte qui lui répondit par une mimique d'impuissance. Bordel, c'était pas eux qui lui avaient demandé de venir ! S'il continuait de se moquer d'eux, le Second allait s'énerver rapidement et embarquer Morgan pour se casser d'ici fissa.

Et pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraître, Adam a su trouver une réserve inespérée de patience et de tact, pas franchement sincères, pour hypocritement demander au leader du Bloody Mary de commencer la conversation. Et cet enfoiré lui répond le plus naturellement du monde qu'ils sont évidemment là pour ça, comme si on attendait simplement qu'il s'en rende enfin compte pour se mettre à parler. Aaaaah il va le tuer ! Oui, si personne ne retient Adam, il va le tuer ! Il peut presque deviner le sourire de connard en puissance qui déforme les plis de son foulard. Et ce ton... ce ton... Le quartier-maître est sûr et certain qu'il utilise le même quand il veut se moquer sans discrétion de quelqu'un ! Qu'il arrête tout de suite de jouer à ça avec lui sinon...

Avant de savoir ce qu'il va lui faire, Adam est interrompu dans ses pensées fulminantes par Morgan qui lance Samoth sur les rails de l'entretien. Et ce dernier ne se prive pas pour souligner à nouveau que le quartier-maître n'était pas convié. Quartier-maître qui, comme le plus immature des gamins, répète ses mots sans un bruit et en grimaçant. Son sérieux revient toutefois, en même temps qu'un froncement de sourcils, quand l'homme masqué se lance dans un monologue. Sa première réplique semble bien trop jouissive. Après une question qui n'attend probablement aucune réponse, un mutisme pesant et inquiétant plane sur la table, qui n'entend plus rien d'autre que leurs respirations respectives en dépit du brouhaha ambiant dans l'établissement. Il reprend bientôt son discours qui, aux oreilles d'Adam, semble aller crescendo. Pourquoi le capitaine monte tant dans son ton, se fait de plus en plus amer et acéré, plus précis ? Et ce regard qu'il lui jeta l'espace d'un instant... pourquoi a-t-il senti tant de rancœur, comme si on l'accusait d'un crime ?

Après un instant d'ébahissement, éberlué et clignant des paupières, Adam reprend ses esprits et répond bien vite à la place de Morgan. Il fixe son verre entamé et récite posément, avec un calme olympien et une attitude posée et et un ton de déduction qui contraste presque de façon lugubre avec sa colère précédente, comme s'il mettait le doigt sur quelque chose, qu'il atteignait le point dramatique d'une pièce de théâtre, accumulant toute la tension des actes précédents en une tirade.

- Je ne vous suis plus du tout... Pourquoi tant de mystère ? Vous êtes tout ce qu'il y a de moins logique... Nous sommes prêts à vous payer ce que l'on vous doit pour nous avoir sauvés, c'est précisément pourquoi nous sommes ici, parce que nous aimerions savoir ce que vous voulez... et vous, vous faites des ronds de jambes... vous faites comme si nous devions savoir ce que vous attendez de nous... Alors que non... Et cette façon de parler... « tu t'es toujours obstiné à me la refuser », « ce qui te pousse à te méfier encore de moi aujourd'hui », comme si ça faisait des années que nous en sommes là alors que nous nous connaissons depuis deux misérables jours...

Le point d'orgue, Adam se lève d'un coup, bras tendus vers la table qu'il frappe du poing à de multiples reprises en fixant Samoth droit dans les yeux avec un air incisif, un ton accusateur, sa voix devenant un cri.

- Alors maintenant tu vas nous dire qui t'es et ce que tu nous veux ou faut qu'on règle ça autrement, putain de malade ?!









The Huntmaster

La conversation, ou plutôt l'entretien presque parfaitement silencieux qui réunit les trois forbans est tendu... c'est peu dire. En fait, on pourrait même affirmer que la tension est palpable autour des Capitaines ainsi que du Quartier-maître, peut être même que c'est justement près de lui que l'air semble encore le plus lourd. En effet, Samoth n'a aucune difficulté à déceler l'agacement, non plutôt la rage croissante d'Adam qui fulmine de l'intérieur, semble bouillir de colère et se retenir de cracher à la figure du leader du Bloody Mary tout un florilège d'insultes toutes plus variées et recherchées les unes que les autres. Mais que dire sinon que le bienfaiteur du Black Sails se réjouit de pareille réaction de la part du plus jeune? Il ne cesse de l'observer avec un intérêt feint, agrippe son regard au sien l'empêchant de regarder ailleurs, étirant quelques sourires provocateurs et assurés derrière son foulard pouvant transparaître jusque dans la lueur de ses yeux métalliques, son amusement est tellement significatif qu'il pourrait probablement même se voir de dos!

L'espace d'un instant, il ne s'agit plus que d'un duel de regard duquel Morgan, la principale personne à qui il aurait souhaité s'adresser aujourd'hui, a été complètement radié. Il ressent à la foi le dégout et la frustration du jeune Second à son égard et cela ne lui donne que plus envie de continuer à le pousser dans ses derniers retranchement, ce qu'il parvient de toute évidence à faire puisqu'à bout de patience, c'est finalement Adam qui se décide à prendre la parole le premier en proposant, non sans un large mépris dans la voix au Capitaine du Bloody Mary, de lancer la conversation qu'il avait tant souhaité obtenir. Samoth ne s'abaisse même pas à retenir le petit ricanement qui passe le pas de ses lèvres avant de lui répondre d'une voix douce et calme, presque chantonnante comme s'il n'avait même pas fait cas du ton parfaitement désagréable du camarade de Morgan. Et pourtant dieu sait s'il aurait aimé lui faire sentir que lui non plus ne l'apprécie pas pour un sou.

C'est donc sur une note encore plus tendue que la précédente que débute réellement le rendez-vous entre Samoth et Morgan... et Adam, à qui le Capitaine du Bloody Mary ne se cache de faire remarquer qu'il n'est absolument pas le bienvenue. Si son collègue Capitaine semble bien mieux gérer son agacement que son cadet, le sauveur du Black Sails n'est pas non plus dupe en ce qui le concerne, les quelques coups d'œil pleins de méfiance et de dédain qu'il à déjà eu l'occasion de lui lancer ne lui sont pas passé à côté, et c'est peut être ça qui pousse Samoth à se sentir vexé... plus encore que la haine à peine cachée d'Adam. Alors le pirate entre finalement dans le vif du sujet en se lançant dans un nouveau discours, monopolisant à la fois la parole et l'attention des deux ruffians qui l'écoutent d'une oreille attentive. La décomposition de leur visage au fur et à mesure qu'il parle n'a pas de prix, plus le temps passe et plus le rictus sardonique de Samoth s'élargie derrière son masque de tissu, rendant ses mots plus enjoués et narquois, on jurerait qu'il est sur le point de leur raconter une anecdote hilarante et qu'il se délecte déjà de leur réaction à venir.

Sa voix a à peine le temps de retomber que, contrairement à ce à quoi il s'attendait, c'est une fois de plus Adam qui prend la parole, coupant définitivement Morgan dans son élan et sa tentative de donner une réponse aux leader du Bloody Mary. Les mots du Quartier-maître sont calmes et sereins, parfaitement posés contrairement aux précédent, mais Samoth se rit plus encore de cette lugubre contenance, comprenant parfaitement qu'il ne s'agit que d'une facette extérieur du benjamin du trio visant à dissimuler toute son incompréhension... et probablement aussi son mépris. Morgan n'a pas encore eu le temps d'en placer une durant le bref silence qui s'installe qu'Adam reprend une nouvelle fois la paroles, cette fois si bien moins assuré, criant dans la taverne dont le brouhaha couvre à peine ses propos insultants. Samoth ne peut pas s'empêcher d'éclater soudainement d'un rire terrifiant, se penchant un peu en arrière sur sa chaise, la faisant légèrement basculer avant de se stabiliser à nouveau sur ses quatre pieds. Son rire perdure un instant, durant lequel il prend une grande inspiration avant d'expirer un petit soupir d'apaisement.

- Aaaah cher Quartier-maîre... Lance-t-il en appuyant longuement sur l'unique syllabe du mot "cher". J'apprécierais que vous gardiez vos injures à l'intérieur de ce qui vous sers vraisemblablement de gueule. Tout d'abord, si je peux me permettre de le rappeler, votre présence à cet entretien n'était nullement désirée, ensuite, je crois bien avoir été clairs dans mes propos et si vous êtes incapable d'en saisir la portée, c'est certainement que vous ne connaissez pas aussi bien votre Capitaine que ce qu'il le laisse prétendre!

- Bordel ça commence ça commence à bien faire! S'énerve à son tour Morgan en se redressant, appuyant ses deux paumes de main sur la table. Je piges pas un traître mots de ce que tu racontes alors exprimes-toi une bonne fois pour toute! Qu'est ce que tu veux?! Mon butin? Mon bateau? Ce qui reste de mon équipage?!

Le Capitaine du Bloody Mary affiche un sourire amer et fronce les sourcils, rendant son expression parfaitement indéchiffrable, il ne laisse le temps de s'installer au silence qu'un bref instant avant de reprendre sur le ton calme et détaché, comme un constat alors que ses deux interlocuteur sont tous les deux dressés de toute leur hauteur pour le toiser.

- T'es pitoyable Morgan! Encore plus pitoyable que le gosse qui te sert de second ou les lavettes qui composent ton équipage! La dette que tu as envers moi est bien trop lourde pour que je puisse l'exprimer en valeur! Même ce qui reste de ta misérable coque de noix ne suffirait pas à en rembourser le dixième! Mais après tout... le Black Sails me revient autant qu'à toi, ça ne serait qu'un juste retour des choses de m'en emparer! Le ton de Samoth se fait doucement plus piquant, plus dur presque viscéral, comme animé par une haine qui ne cesse de grimper de seconde en seconde. J'ai toujours su que t'étais le genre d'homme à ne te préoccuper que de tes intérêts, mais je ne pensais pas que tu pourrais m'oublier aussi vite, après tout moi je ne t'ai pas oublié!

Et sur ces mots, il tire d'un coup sec sur le foulard qui lui couvrait le visage, dévoilant une peau laiteuse presque pâle, les traits marqués par quelques rides qui barrent son front et le coin de ses yeux ainsi que de son nez, de lourde cernes qui creuse ses yeux et les assombrissent radicalement et les lèvres entouré par une barbe légèrement fournie. Ses cheveux clairs tirés en arrière par des tresses plaquées le long de son crane rendent son visage plus vide encore et pourtant, l'éclat de ses yeux bleu gris semble plus menaçant encore, comme éclairé d'une lueur malsaine alors que son sourire crispé d'une joie étrangement instable vacille nerveusement à la commissure droite de ses lèvres.

- Surpris? Je suis sur que tu ne t'attendais pas à me revoir depuis le jour où tu m'as largué seul sur une île déserte parce que tu avais bien trop peur de moi! J'imagine que ton trèèès estimé Second n'était pas au courant de cette histoire hein? Mais attends, c'est pas encore tout à fais fini! J'ai bien l'intention de te faire payer cette foutu dette et je... pense que ça ne va pas te plaire!

Le Capitaine du Bloody Mary hausse les épaules et esquisse un signe de la main dans le vide, aussitôt une dizaine d'homme assis tout autour d'eux se lèvent d'un même geste et l'un d'eux vient éclater avec violence une bouteille d'alcool à l'arrière du crane d'Adam pendant qu'un second se charge de le réceptionner lorsque celui ci s'écroule...











The Huntmaster


Dire que Morgan n'est pas spécialement rassuré par le silence morbide et tendu qui plane entre lui, son presque frère et Samoth est un doux euphémisme... en réalité, et ceux même s'il s'efforce du plus profond de lui même de ne pas le laisser transparaître, le Capitaine maudit est... terrifié. Le sauveur du Black Sails est à la fois bien trop détendu et bien trop passif pour ne pas être entrain de préparer quelque chose. Cet échange de regard qui dure depuis déjà plusieurs bonnes minutes entre lui et Adam a eu rapidement pour effet d'agacer son ainé au plus au point qui non content de se sentir complètement exclu du trio se retrouve dans une situation d'attente absolument insoutenable, lui qui n'aspirait qu'à régler sa dette et retourner sur son cher Black Sails, auprès de ses compagnons qui ont sans doute en cet instant bien plus besoin de leurs leaders que cet étrange personnage qu'est Samoth.

Lassé, frustré et un brin énervé, Morgan, une jambe repliée sur la seconde, sa main droite soutenant son coude et la gauche encadrant son menton lourdement appuyé dans sa paume, agite frénétiquement son pied suspendu dans le vide, presque entièrement secoué de petits spasmes alors qu'il s'agite nerveusement sur sa chaise tandis que son Quartier-maître et le sauveur de son navire se fixe dans le blanc de l'œil sans souffler mot. Le pirate maudit coule un regard sur Adam qui ne semble même pas s'en rendre compte, et dire qu'il avait tout fait pour le maintenir loin de cet échange, sachant pertinemment que la situation se terminerait comme ça si il prenait part à la réunion. Après tout il n'est pas nécessaire d'être trop perspicace pour avoir compris que dés leur première rencontre, Adam et Samoth avaient développé l'un pour l'autre un mépris mutuel. Ne souhaitant pas avoir à se battre avec son bienfaiteur parce qu'Adam et lui auraient fini par se foutre sur la gueule avant la fin de l'entretien, était l'une des raisons principales qui avait poussé Morgan à garder secret le lieux du rendez-vous. Ca et aussi que son meilleur ami n'étant pas entièrement remis de ses blessure, encore moins de la mort de ses camarades, il aurait préféré que celui ci se repose sous la surveillance d'Adrian. C'est bien ce qu'il avait fait comprendre au Maître d'équipage, mais qu'il s'agisse d'Adrian ou de lui, le Second n'en avait toujours fais qu'à sa tête de toute manière.

Oh non pas qu'il n'apprécie pas la présence de son presque frère à ses côtés, bien au contraire, le ruffian c'est toujours sentit pousser des ailes lorsqu'il est avec lui, mais pour cette fois, il a vraiment cette sensation désagréable de se dire que si quelque chose venait à lui arriver il aurait encore plus de mal à s'en remettre et pour rien au monde Morgan ne voudrait voir son cadet risquer sa vie à cause de lui... surtout qu'il n'était pas spécialement nécessaire de s'en faire pour son propre cas. Mais le Second est comme ça... il se fiche de la malédiction, il se fiche que Morgan soit immortel, il a même plusieurs fois cherché à le protéger par pur réflexe comme s'il n'avait jamais accepté que son Capitaine ne ressente plus aucune sensation, mais aujourd'hui... oh non il aurait vraiment préféré qu'il ne vienne pas. D'autant plus qu'Adam se ferait presque menaçant en appuyant sa main sur le pommeau du vieux sabre rouillé qui ceint sa taille... et cette provocation est d'autant plus inquiétante que Samoth qui a bien entendu remarqué ladite menace ne semble absolument pas y prêté la moindre attention... Adam putain... fais pas le con!

Toutes les craintes du forban semblent se réaliser quand le Quartier-maître du Black Sails entame la conversation d'un ton sec et agacé, ne cherchant même pas à cacher son dégout vis à vis de Samoth ce qui pousse Morgan à appréhender grandement la réaction de leur sauveur... heureusement... celui ci ne semble pas s'offusquer de l'excès d'impatience du cadet, mais lorsqu'il prend enfin la parole pour répondre aux question du Capitaine du Black Sails, le pirate encapuchonné ne répond que par des énigmes. Ses propos sont loin d'être clairs et au fur et à mesure qu'il monologue, les sourcils de Morgan se froncent et une moue incrédule tord ses lèvres en une grimace significative de son incompréhension la plus totale. Où veut-il en venir? Et pourquoi le Capitaine maudit a-t-il l'impression que son interlocuteur s'adresse à lui comme s'il parlait à un compagnon de longue date?

- Je...

Il voudrait pouvoir répondre, mais le voila doublé par Adam qui s'empresse de le faire à sa place. Se détournant vivement dans la direction de son meilleur ami, Morgan observe les traits encore détendu de son visage et pourtant, il peut sentir toute la tension, tout le dédain et par dessus tout la frustration qui se dégage de chaque pore de sa peau, chaque mimiques qu'esquissent ses lèvres chaque clignement de paupières, tout ça à un sens aux yeux du forban qui comprend rapidement qu'Adam est à deux doigts de craquer. Il dit tout haut ce que lui aussi pense tout bas, mais encore une fois, il se retrouve diamétralement écarté de la conversation et ça a pour effet de faire grimper son agacement qui se distingue aisément dans la lueur vibrante de ses yeux. Détournant alors le regard sur Samoth pour jauger sa réaction au monologue de son meilleur ami, Morgan ne peut s'empêcher de serrer le poing sur la table en constatant le regard assuré du Capitaine du Bloody Mary et devinant aisément son sourire derrière ce foulard sombre.

Il essaie une seconde fois de prendre la parole mais encore raté... c'est l'éclat de rire soudain de Samoth qui le coupe en plein élan... si ça avait été possible, Morgan aurait surement frisonné, ce rire est lugubre et presque dément, il ressent une indicible sensation de crainte inexplicable, c'est bien la première fois qu'un simple être humain lui procure un tel effet de répulsion et de méfiance et ce sentiment désagréable le dérange. Il le dérange d'autant plus que leur "bienfaiteur" se montre cette fois ci bien plus agressif dans sa réponse bien que son ton conserve une légèreté affolante. Et ce monologue qui ne veut toujours rien dire... mais cette fois ci la situation semble claire aux yeux de Morgan, Samoth lui en veut... il lui en veut pour quelque chose et ce n'est pas simplement de ne pas lui avoir adressé la parole durant le trajet qui les menait à l'île. Non. C'est quelque chose de beaucoup plus ancien, de beaucoup plus profond... quelque chose dont il n'a vraisemblablement jamais parlé à Adam d'après les dires du Capitaine du Bloody Mary. Son pieds s'agite toujours plus vite, toujours plus fort jusqu'à ce que la tension ne devienne trop forte et que sa patience n'atteigne son extrême limite. Morgan hurle à son tour et pourtant sa voix est mal assurée, il se dresse sur ses jambes pour se faire plus imposant mais Samoth ne semble pas intimidé le moins du monde ce qui à pour mérite d'énerver le pirate maudit encore d'avantage.

- ALLEZ! PARLES!

Et qu'est ce qui doit le plus faire redoubler la colère du ruffian? Le fait que son interlocuteur s'adresse à lui avec un calme Olympien? Qu'il commence à insulter son meilleur ami et son équipage juste sous son nez? Qu'il continue de parler par énigme, resserrant pourtant un peu plus à chaque mot l'étau de ses intentions sur le pirate, qui lentement, décrispe chacun de ses muscles pour laisser retomber mollement ses bras le long de son corps, son visage se décomposant et ses yeux s'arrondissant comme des billes alors qu'il comprend doucement qui est la personne entrain de lui balancer toute sa rancœur à la figure? Les doigts de Morgan se crispent à l'intérieur de sa main, ses ongles s'enfonçant dans sa peau sans que la moindre sensation de douleur ne vienne l'arrêter et c'est lorsque le Capitaine du Bloody Mary se découvre enfin sous son regard défiguré par l'appréhension et la surprise qu'il échappe d'une voix blanche.

- T-Thomas...

L'information a du mal à circuler clairement dans sa tête, ça doit faire plus de dix ans qu'ils ne se sont plus revu, et ça, Morgan ne l'avait jamais regretté. Il détourne rapidement le regard en direction d'Adam qui doit sans doute être encore plus perdu que lui. Non... c'est vrai qu'il ne lui avait jamais parlé de Thomas.

- Thomas, Qu'est ce que tu fous ici putain?!! Me dis pas que t'as passé quinze ans à me chercher!!!!

Mais le Capitaine du Bloody Mary ne fait pas cas de sa question, il reprend comme si Morgan n'avait rien dit, occasionnant un mouvement de recul de sa part lorsqu'une dizaine de lascars se lèvent tout autour d'eux.

- Tu nous a piégé CONNARD! Pas foutu de régler ça entre n-...........
Mais il se retrouve interrompu lorsqu'un bruit sourd raisonne à côté de lui et qu'il aperçoit son presque frère se faire assommer en se faisant éclater une bouteille sur la tête.

- ADAM! Morgan coule un regard noir, démoniaque à l'attention de sa vieille connaissance avant de hurler à travers tout l'établissement. FILS DE PUTE! SALAUD JE VAIS TE...

Et il grimpe sur la table à quatre pattes avec la ferme intention de se jeter sur lui...









The Huntmaster

Non... décidément, juste non. Adam ne peux pas empiffrer ce salopard qui éprouve un malin plaisir à se moquer d'eux... de lui. Sa rage et sa haine exacerbées, autant que sa patience est émoussée, par la fatigue, les blessures, les morts... il n'est plus lui-même depuis deux jours. Dans un autre contexte, il aurait eu des réactions toutes autres, mais là il ne peut plus supporter ce sale type qui ne semble rien avoir de bon à leur apporter. Quand il met sa fierté de côté pour que la conversation démarre enfin et que Samoth lui rit au nez, celui-ci est bien chanceux d'avoir rapidement commencé à parler car il s'apprêtait à lui lancer son poing sur le coin du visage, peu importe si Morgan le regarde de travers pour l'empêcher de faire une connerie depuis dix minutes !

Mais Samoth a, semble-t-il, décidé de ne pas être coopératif le moins du monde. Oh, oui, il parle. Mais il se fait vexant, acerbe, et quand il semble enfin vouloir expliquer quelque chose c'est pour mieux embrouiller les deux têtes du Black Sails. Empêchant Morgan de commencer la réponse qu'il allait formuler, comme pour continuer ce duel avec l'inconnu qui essaye de faire comme s'il n'était pas là, Adam se met à son tour à monologuer. Toute son impatience semble s'être envolée comme par magie, il parle posément, analyse... à la fois façade bien montée et réel chemin de déduction, le cadet se sent sûr de lui, même satisfait, car il a le sentiment de toucher du doigt tout ce qui cloche, qu'il va démasquer ce salaud. Même si c'est très certainement lui qui les a mené là.

Le quartier-maître a toutefois perdu son calme à la fin de son discours, se redressant et hurlant dans la taverne qui a à peine réagi. En haleine, ses épaules et sa poitrine se soulevant et s'abaissant lourdement, il fixe les yeux du pirate avec un regard fou. Aussi fou que le rire de Samoth qui fait soudainement chauffer son sang, pulser violemment les veines de son front. Ne pas lui casser la gueule maintenant, attendre juste encore un peu, il est sur le point de cracher le dernier mot de l'histoire... Adam ferme les yeux et prend une longue inspiration pour ensuite expirer tout aussi longuement quand le capitaine du Bloody Mary lui répond.

- Je me fous de ce que tu peux dire sur moi. Je me contrefous de ce que tu désires et ne désires pas. Mais il y a bien une chose qui m'intéresse : pourquoi sembles-tu faire tant de cas de moi, te soucier si particulièrement de ce que je sais et ne sais pas ? Et surtout, désolé de te chagriner, mais j'ai bien l'impression que Morgan lui-même n'a pas la moindre putain d'idée de ce dont tu nous parles !

Son ton calme et posé a duré jusqu'à sa dernière phrase pendant laquelle il s'est penché pour faire arriver son visage face à celui de Samoth toujours assis, prenant un air plus grave et menaçant, insistant sur chaque syllabe. Très vite, c'est évidemment au tour de Morgan de se relever pour confirmer les dires de son quartier-maître qui se redresse doucement pour être à ses côtés alors qu'il finit de hurler. Sans perdre son calme, l'homme masqué répond à nouveau mais Adam sent très vite que quelque chose de plus cloche. Leur sauveur a toujours parlé familièrement à Morgan, mais c'est un autre ton qu'il est en train d'employer en ce moment. Quelque chose de plus personnel, des remarques plus acides, plus... comme s'il le connaissait. Adam a même un mouvement de recul, une grimace inquiète et incrédule se peignant sur ses traits, quand le sale type se met à dire que le Black Sails lui revient autant qu'à son capitaine avec lequel il semble avoir un contentieux bien particulier et qu'il accuse de bien des choses, le qualifie de bien des adjectifs... Le ton de l'homme devient de plus en plus violent et quand il tire sur l'étoffe qui dissimule son visage pour le révéler à l'assistance, le quartier-maître le fixe avec intensité, cherchant à déceler quelque chose en lui, mais rien à faire, il ne connaît pas cette homme et n'a pas la moindre idée de ce qui le lie à son meilleur ami.

Quand celui-ci prononce un prénom d'un air abasourdi et solennel, comme s'il avait vu un fantôme, Adam écarquille les yeux pour fixer Morgan. En quête de réponse, complètement perdu, le regard que lui rend son presque frère le laisse s'inquiéter d'une cruelle réalité dont il n'a jamais été mis au courant, un secret obscur, un squelette dans son placard, que peut-être bien des hommes du Black Sails savaient, mais pas lui. Quand il reprend la parole sans lui apporter le moindre éclaircissement, le plus jeune blêmit en entendant parler d'une dizaine d'années... c'est si peu de temps avant qu'il ne devienne membre de cet équipage... comment peut-il ne pas être au courant de quelque chose d'assez horrible pour créer une telle rancœur, un tel personnage ? Il se doute que Morgan ne lui a pas tout dit de l'intégralité de sa vie, Adam est le premier à faire des cachotteries sur son passé, mais qu'est-ce que c'est que ça ? La réponse de ce Thomas lui apprend qu'il l'a abandonné sur une île déserte... Parce qu'il avait peur de lui ? Le Second commence à avoir la tête qui tourne alors que les pièces déchirées d'un puzzle déformé s'assemblent dans son esprit. Ce traitement... connaissant Morgan -mais le connaît-il finalement vraiment?-, ça ne peut-être que quelque chose réservé à un traître... mais qu'il aurait assez apprécié pour lui laisser une infime chance de survie... Le Black Sails lui revient de droit... un très vieil ami ? Un partenaire de toujours, un fondateur de l'équipage ? Les questions se bousculent dans son esprit.

Il secoue la tête pour reprendre de l'assurance en entendant son capitaine hurler sur son homologue et membre de son passé. Il cesse de vaciller et tente de s'interposer, essayant de couvrir toute les voix avec la sienne.

- Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer ce qu'il se p...

Et soudain il sent un choc sur l'arrière de son crâne, une douleur violente l'envahit et alors que ses yeux tournent sur eux-même pour se cacher derrière ses paupières supérieures, il n'a que le temps de voir la table se rapprocher avant de sombrer dans l'inconscience.














Samoth ignore royalement toutes les remarques suivantes du Second de Morgan, ce môme qui n'a rien à faire là, qui ne devrait même pas exister, qui se mêle à une histoire qui n'aurait jamais dû le concerner. Et il va le regretter.

Non, tout ce qui compte, c'est le visage de Morgan qu'il ne va désormais plus cesser de regarder. Cette expression de colère, d'un homme à bout, avec lequel on a trop joué. C'est un tel délice. Son incompréhension le ferait presque rire, il va tomber de haut dans si peu de temps,une question de secondes... mais en même temps il a si mal, dans sa chair, dans son orgueil, en assistant au déni de son ancien ami qui ne réalise pas encore à qui il a affaire. Est-ce que ce connard a vraiment pu l'oublier si facilement ? Ne reconnaît-il donc pas sa voix, bien qu'il l'aggrave un peu ? Ne voit-il pas la vérité dans ses yeux ? Quel fumier.

Le quartier-maître vient brailler sous son nez, plongeant ses yeux bleu océan dans les siens de glace, mais le maître du Bloody Mary ne le voit pas, il regarde à travers lui, continue de fixer Morgan par-delà cet obstacle de chair, d'os et de bruit. Voilà, recule quartier-maître, recule, laisse-le contempler sa blessure la plus brûlante... il ne continuera pas cet acte sans avoir le plaisir de le regarder, de voir son visage se décomposer. C'est son privilège, ce qu'il a attendu dix ans, et tu ne gâcheras pas son plaisir.

Il se lance dans des accusations, ces mots qu'il a ruminé des années, qu'il veut cracher au visage du capitaine du Black Sails comme du venin. Et son âme rongée par le fiel se sent satisfaite plus que jamais en voyant Morgan prendre conscience de qui revient à lui, voir ses traits se muer en quelque chose mêlant inquiétude, incrédulité, surprise... c'est mieux, bien mieux que tout ce qu'il a toujours imaginé. Lorsqu'il retire ce maudit foulard de son visage, levant le rideau sur la réalité, c'est un profond sentiment de jouissance qui habite l'âme en peine de Thomas dont le sourire s'agite nerveusement, se déforme et s'étire. Il hoche lentement la tête en entendant son nom récité d'une voix fantomatique.

- Oui... Articule lentement, presque presque comme un râle de plaisir.

Finalement, le jeune intrus n'est pas si indésirable que ça... les coups d’œil qu'ils ne cessaient de se jeter sans jamais se croiser tout à l'heure, cette complicité, cette inquiétude mutuelle, ce langage muet, tout ça lui donnait envie de vomir. Mais voir le regard incrédule et effrayé du Second se tourner vers Morgan qui lui répond par des yeux tremblants et coupables, pris sur le fait, la main dans le sac... c'est exquis. Voir les doutes gagner un homme, un lien qui s'effiloche... si seulement il pouvait briser cette confiance, cette affection, ces certitudes !

Ah, il ne trouve rien à répondre ! Il se tourne à nouveau vers lui pour l'accuser ! Rejette donc la faute sur lui une fois de plus Morgan ! Mais tu es le seul à avoir quelque chose à te reprocher ici !  Thomas ne prend pas la peine de répondre à sa question dénuée d'intérêt, il préfère se moquer de lui, appuyer sur les brèches toutes neuves de leur relation, les failles qui naissent en lui, mettre son son plan à exécution. Finalement, il est plaisant de regarder le quartier-maître, son visage assailli par le doute, à la frontière du malaise. Ses hommes se lèvent et la haine encore plus virulente de Morgan lui fait manquer un éclat de rire. Quand au même moment le Second tente de s'interposer, il roule des yeux, dépité et indique d'un petit mouvement de main à ses larbins de s'occuper de lui. Ah les voir interrompus dans leurs phrases par le fracas de la bouteille, voir le môme s'écrouler... ces sentiments de supériorité et de satisfaction à leur paroxysme sont juste trop bons ! Presque autant que ce regard noir après le cri d'horreur de Morgan, ses insultes alors qu'il se jette sur lui.

Thomas lui envoie une droite au visage pour l'interrompre et saisir son col pour l'attirer contre la table en même temps que son verre ne choit sur le sol et se brise en plusieurs morceaux. Ses hommes viennent lui saisir les bras pour les entraver dans son dos, trop loin pour avoir à s'inquiéter de ses jambes, le maîtrisant alors qu'il se débat.

- Eh quoi ?! Qu'allais-tu dire ? Régler ça entre nous ? Lui hurle-t-il au visage. Est-ce que tu as essayé de régler ça entre nous avant de m'abandonner à une mort certaine ?! C'est maintenant que tu es en position de faiblesse que tu veux discuter ? Négocier ? Ou alors tu es en train de me parler d'honneur ? De respect ? MAIS QUI ES-TU POUR ME PARLER D'HONNEUR ET DE RESPECT ?!

Il écrase ses poings sur la table juste à côté de son visage.

- Mais c'est exactement ce que je vais faire, Morgan ! Je vais régler nos comptes ! Rappelle-moi où tu t'es interrompu ? Tu vas me quoi ? Me tuer ? On va voir qui tuera qui !

Sa voix devient un murmure alors qu'il se rapproche encore un peu, devenant plus mielleux mais aussi plus macabre.

- En admettant qu'une seule personne meure je ne vois que trois échappatoires... Ajoute-t-il en insistant bien sur le chiffre.

Il se relève et envoie une bourse bien remplie sur le comptoir tout en commandant à ses hommes de bien le tenir et le surplombe de toute sa hauteur.

- Alors Morgan, quelque chose à ajouter pour ta défense avant qu'on aille s'amuser dans un espace un peu plus intime ?











The Huntmaster


Au fond, peut être bien que Morgan ne se doutait absolument pas de l'identité du sauveur de son navire, de son équipage, de celui qu'il continuait encore à appeler son "bienfaiteur" jusqu'à l'orée de cette conversation à la fois silencieuse et pleine de tension. les doutes, l'appréhension, finalement... n'a-t-il pas commencé à se poser la question dés l'instant où il avait commencé à évoquer une dette qu'il tenait à lui faire payer, à cette impression que le Capitaine du bloody Mary laissait traîner volontairement dans ses mots pour appuyer cette sensation de longueur dans le temps, le fait qu'il se sente foncièrement blessé de la méfiance de son collègue pirate. Oui Morgan y a songé l'espace d'une seconde, il y a songé et c'est empressé d'oublier bien vite cette invraisemblable idée qu'il considérait comme irréalisable, ou peut être redoutait-t-il tout simplement trop cette vérité pour l'accepter. Rester dans le dénis, encore et encore, jusqu'à ce que les propos de Samoth ne se clarifient, se précisent, prennent une toute autre ampleur, autant dans sa façon de s'adresser au forban que dans le choix de ses mots. Et pourtant... il refuse toujours d'y croire, son regard à beau se perdre dans le vague, sa tête oscillant d'un mouvement négatif lent alors que l'évidence se tiens juste sous ses yeux.

Non, il lui aura fallu attendre le dernier moment, cet instant où Thomas de son vrai nom se sera enfin découvert à la vue de Morgan et de son Quartier-maître. Tomber le masque, dans un sourire éclatant de rancœur, de folie et de jouissance. Le Capitaine du Bloody Mary est fier de son effet de surprise, ça se vois, peut-être même plus encore devant les expression abasourdies et déphasées de ses deux interlocuteurs perdu dans l'incompréhension l'un comme l'autre. L'immortel détourne le regard en direction d'Adam qui cherche également du soutiens de ses yeux océan, mais tout ce que parvient à lui donner son meilleur ami, c'est un regard plus incertain, plus mal à l'aise, comme s'il venait soudainement de réaliser que cette partie là de sa vie est totalement inconnue pour son Quartier-maître. Ce n'est pas qu'il n'a jamais voulu lui en parler, c'est surtout que tous ces événements avaient fini par lui sortir de la tête, ou plutôt... qu'il les avait volontairement annihilé de ses souvenirs et pourtant... il se demande à présent si Adam aurait remarqué quelque chose avant lui s'il avait été au courant pour Thomas. Une indicible sensation de gêne et de remord l'assaillit, il aimerait pouvoir parler mais ses propres mots s'embrouillent dans sa bouche et finalement c'est le Capitaine du Bloody Mary qui reprend la parole pour continuer à cracher toute sa rancœur comme un venin à la face du pirate maudit avant de faire intervenir ses hommes qui encerclent soudainement Adam et Morgan.

A l'incompréhension, se mêle la précipitation et la colère, Morgan est hors de lui en réalisant qu'il est tombé dans un piège aussi vieux que le monde lui même et sa rage le pousse à s'en prendre à Thomas plutôt que de se préoccuper des malfrats qui les entourent... encore une erreur du leader du Black Sails qui n'a pas le temps de voir arriver le coup destiné à son presque frère, réagissant bien trop tard alors qu'Adam se fait neutraliser par les hommes de l'odieux connard dont le sourire dément ne s'efface pas une seule seconde de son visage pour se perdre dans les prunelles émeraudes de Morgan. Il hurle, aussi bien pour extérioriser sa colère que parce qu'il vient de voir son meilleur ami s'écrouler sous ses yeux sans avoir rien pu faire. Le Capitaine maudit ne répond plus de ses actes, il a oublié ce qu'est la tempérance et la réflexion, il a oublié qu'il est seul contre l'humanité tout entière, il a oublié que Thomas à la main mise sur l'entière situation... mais s'il y a une chose qu'il n'a pas oublié, c'est bien qu'il ne peut pas mourir, alors sans l'ombre d'une hésitation, Morgan se jette sur son ancien camarade devenu aujourd'hui son ennemi  en grimpant directement par dessus la table pour combler le misérable mètre qui les sépare.

Aveuglé par le mépris et le désir de venger Adam, le Capitaine du Black Sails ne remarque même pas le poing qui lui arrive droit en pleine figure, le désarçonnant et manquant de le faire s'écrouler avec la table à laquelle il c'est machinalement agrippé. La surprise le plonge dans la perplexité et il n'a pas le temps de réagir lorsque Thomas l'attrape par le col de sa chemise pour le plaquer violemment sur la table, renversant au passage son verre ainsi que celui du Second toujours à moitié plein, les laissant tous les deux se briser sur le sol dans un bruit sourd. Sa tête heurte violemment le tableau de bois massif, mais comme le coup de poing, aucune douleur ne vient meurtrir son crane et à peine commence-t-il à se débattre que plusieurs hommes se jettent sur lui pour l'immobiliser. Deux d'entre eux agrippent ses bras et les replient dans son dos, un autre maintien sa tête contre la table et un dernier est presque affalé sur lui, agrippant sa chemise pour l'empêcher de se débattre.

C'est à ce moment que la voix du maître du Bloody Mary raisonne à nouveau pour s'adresser à Morgan qui plonge son regard dans le sien, un regard plein de haine, terrifiant, il serre les dents et un réflexe le pousse à échapper une amble respiration qui n'a rien de naturel, comme s'il avait du mal à respirer alors qu'il ne se sent même pas essoufflé. Il continue encore un peu de se débattre mais en vain... les hurlement de Thomas se font plus insistant plus virulents, et Morgan n'a aucun mal à ressentir toute la rancœur que son ancien ami éprouve à son égard, mais s'il avait pu s'en sentir peut être... un peu coupable à cette époque, aujourd'hui il ne l'est plus du tout. Thomas est instable, dangereux, il l'a toujours été et le Capitaine du Black Sails se crispe un peu lorsque son vis à vis lui hurle presque dans les oreilles avant d'écraser violement ses poings tout près de sa tête. Le regard de l'immortel oscille entre le poing et le visage de Thomas, seul ses iris bougent puisque le reste de son corps est immobilisé.

- Comme si j'avais eu le choix!! Attaque le ruffian plus qu'il ne se défend. Et faut dire qu'aujourd'hui tu ne me motives pas beaucoup plus à vouloir parlementer avec toi pour régler nos différents!!!! Lance-t-il d'une voix grave et éraillée

Une grimace de dégout profond vient parer son visage alors que les paroles de Thomas prennent une allure plus douce et paradoxalement tellement plus malsaine. Surtout lorsque cette enflure fait ouvertement comprendre à son interlocuteur qu'il n'a pas l'intention de laisser Adam en dehors de cette histoire, bien au contraire. Morgan se débat de plus belle alors qu'il était resté calme le temps des premiers mots du Capitaine du Bloody Mary, occasionnant une légère surprise de la part de ses entraves qui ne lui laissent que le temps de détourner la tête avant de se la refaire plaquer contre la table mais cette fois si, dans la direction de son meilleur ami évanoui.

- LAISSE ADAM EN DEHORS DE CA ESPECE DE CINGLE! Il plante son regard dans le sien. C'est pas la peine de faire passer ta frustration sur lui parce que t'as jamais réussit à obtenir le poste de Quartier-maître! Ajoute Morgan sur un ton détestable, un sourire machiavélique et blessant étirant ses lèvres.
Le Capitaine du Black Sails ne mesure plus ses paroles, il laisse sortir tout ce qui lui passe par la tête à la fois excédé, paniqué et en proie à une terreur au moins aussi intense que la rage folle qui l'habite. Personne ne bouge dans la taverne comme si tous les clients étaient au bout du compte des complice de ce petit con de Thomas! Finalement... à peine lui et Adam avaient-il franchit la porte de l'établissement que le sort venait déjà de se refermer sous leur pied. La question que lui pose le fomentateur de son agression lui provoque un rire nerveux, vide, sans vie ni émotion. Et il continue encore et toujours à se débattre espérant désespérément que ses agresseurs finiront par se fatiguer tout en sachant qu'il est pris au piège sans espoir de se libérer.

- Ma défense? Mais qui te dis que j'ai envie de me défendre Thomas? Ca sous-entendrait que je regrette mes actes tu vois! Et ça n'est... mais alors A-BSO-LU-MENT PAS LE CAS! T'es un malade!! Un taré! J'ai toujours su que t'étais dangereux et pourtant je pensais que notre amitié t'empêcherait de faire des conneries! Mais tu crois que j'étais assez CON pour pas comprendre que t'étais entrain de préparer une PUTAIN DE MUTINERIE dans mon dos?!!!

Malgré la position de force du leader du Bloody Mary, Morgan ne se laisse pas démonter, il ne lui reste de toute façon que ses mots pour se battre, il continue de se débattre mais rien à faire, il coule son regard en direction d'Adam toujours inconscient puis le repose sur Thomas, plus enragé que jamais.

- Une chose m'intrigue pourtant... Pourquoi tu nous a sauvé?! Si tu voulais me tuer ou récupérer le Black Sails, il te suffisais d'attendre bien sagement que les marines nous terminent! Alors POURQUOI?! POURQUOI BORDEL DE MERDE?!









The Huntmaster

La colère de Thomas grimpe encore et toujours, son cœur tambourine dans sa poitrine comme après un marathon. Il exulte, il est excité, il est en colère, il est heureux, il a mal, il ne se contrôle plus. Morgan lui demande s'il a passé dix ans à le chercher... non, sûrement pas, il n'en serait pas là sinon. Il a passé dix ans à essayer d'oublier ces événements, se refaire une vie, se trouver un faux nom. Oui, tout comme il y a des années il a trouvé un bateau, seul cette fois, s'est fait capitaine, a trouvé un équipage, a continuellement travaillé son navire, pillé des vaisseaux, et le voilà aujourd'hui avec le brick doté de la plus grande puissance de feu de la Méditerranée et des Caraïbes, de quoi faire rougir certains bateaux d'une classe supérieure. Après dix ans de lutte, alors qu'il s'apprêtait à se lancer dans une quête d'or et de gloire, prêt à prendre sa revanche sur la vie, c'est une toute autre vengeance qui lui a été donné d'assouvir. À la vue de ce Jolly Roger, de cette figure de proue, son ancien lui est revenu dans sa mémoire, ces événements dramatiques, cette trahison. Il n'a pas pu s'en empêcher.

Et maintenant qu'il se retrouve là, devant Morgan, prêt à réaliser un plan horrible, il ne songe même pas à ce qu'il est devenu. Il n'a d'yeux que pour son traître d'ami, sans savoir s'il veut rire, pleurer ou hurler. Quand il voit sa réaction face à ce jeune homme qui s'effondre sous ses yeux, son nom qu'il crie... a-t-il jamais fait pareil pour lui ? Qu'a pu faire ce môme pour en arriver là ? Il n'était pas là lors de son bannissement, presque sa condamnation à mort, et pourtant Thomas éprouve de la rancune envers lui. Et alors que le capitaine du Bloody Mary met celui du Black Sails face à la vérité, il cherche encore des excuses... on dirait presque qu'il croit ses propres mensonges. Excédé, le trahi frappe une nouvelle fois des poings sur la table.

- Tu te moques de qui ?! Après avoir été laissé pour mort je devrais revenir les mains dans les poches te demander qu'on parle de ça tranquillement, avec le recul ?!

C'est peut-être cette remarque mal placée qui pousse Thomas à se faire plus vicieux, à impliquer le Second dans ses plans. Si voir la panique colérique dans les yeux et les hurlements de son vieil ami lui provoque une satisfaction significative, la remarque suivante est comme un poignard dans son cœur qui le fait grimacer et envoyer une gifle monumentale sur la joue droite de Morgan, presque assez pour lui déboîter la nuque.

- Si ce n'est pas toi qui lui a mis le nez dedans alors il s'est impliqué tout seul... Il soupire sentant l'arrière-goût de la remarque qu'a fait Morgan planer encore dans son esprit. Ça n'a rien à voir... Si fourbe, si fourbe... Ne te fais-tu des « amis » que pour savoir viser leurs points faibles ? Est-ce pour ça que tu ne fais confiance à personne ? Il sourit avec ironie. Mais là, j'avoue que tu as fait fort, deux en un... lui cacher un de tes points faibles pour que sa révélation le blesse... Je me demande ce qu'avait fait ton Second, lui qui semblait si cher à ton cœur, pour mériter ça...

Bataille oratoire abjecte, coups bas après coups bas, Thomas en oublie presque que le clou du spectacle ne se trouve pas dans ce buibui et que le véritable règlement de comptes aura lieu dans un de ses repaires... mais une occasion de discuter ainsi, d'étaler la vérité pour l'un comme pour l'autre, ne se reproduira peut-être plus jamais. Il a un abcès à crever et il sera long, bien long, d'en faire s'échapper tout le pus qui le remplit.

- Et la faute à qui, hein ?! Qui m'a rendu comme ça ? J'aimerais bien voir ton état après qu'on t'ait trahi, abandonné, oublié ! Il éclate d'un rire lugubre. Tu crois vraiment ça ? En as-tu la certitude ou bien as-tu fait d'une rumeur une vérité avec ta paranoïa ? Est-ce que parce que j'étais, enfin je croyais, ton plus proche ami, tu as songé que j'étais le seul capable de t'éliminer ?! Je vais te faire plaisir, je t'accorde que je pensais que le poste qu'occupe ce type me revenait de droit ! Mais je n'avais pas la moindre envie de te destituer ! Je me demande quelle phrase t'as fait croire ça... Peut-être un jour ai-je eu le malheur de dire « Tous les équipages ont un quartier-maître. » ? Je ne voulais pas que tu passes pour un despote Morgan, un tyran, et c'est exactement ce que tu es devenu ! Tu pensais que notre amitié m'empêcherait de faire des conneries ? Je pensais qu'elle te permettrait de me comprendre ! REGARDE OÙ ON EN EST MAINTENANT !

Vérité, mensonge, déni ? Saura-t-on seulement un jour qui a tort et qui a raison ? Y a-t-il seulement quelqu'un qui ait tort ou raison ? Quoi qu'il en soit, Thomas est d'autant plus vexé de voir que malgré ses cris, ses révélations, ses questions, la justice et la vérité réclamée, malgré le fait qu'il soit un fragment de son passé qui refait surface, Morgan soit obnubilé par son Second inconscient. N'est-il vraiment plus qu'un fantôme pour lui ?

Il se fait plus sombre à la question haineuse du capitaine, reprenant un calme relatif, tourmenté.

- Pourquoi hein ? Qui te dit que j'ai vraiment quelque chose à faire d'un puzzle de planches, de poutres et de tissu ? Qui te dit que j'ai oublié ma fraternité avec les hommes que nous avons connus ? Quel intérêt ai-je à te voir mort, Morgan ? Et plus que tout... je veux des réponses, des réponses aux centaines de questions qui me hantent depuis dix ans.

Et une plus récente mais qu'il n'aura clairement pas encore la foi de prononcer.

- Mais Morgan... admettons qu'à l'époque j'étais déjà... instable, comme tu dis. Si tu veux, admettons même que tu étais ma planche de salut... C'est toi qui a fini par me briser... Il y a une dualité en moi... Même si tu es ce qui me rattache à la raison... QU'EST-CE QUE JE DOIS DIRE À CETTE FORCE IRRÉSISTIBLE QUI ME POUSSE À TE FAIRE DU MAL ?!

Essoufflé, les yeux exorbités et injectés de sang, ses mains crispés contre le bois massif de la table et ses ongles enfoncés dedans à deux doigts de se retourner alors que la pulpe de ses phalanges est parsemée d'échardes, Thomas tremble en fixant désespérément Morgan avant de faire un brusque volte-face et de jeter son foulard à un de ses hommes.

- Bandez-lui les yeux et bâillonnez-le. On y va.

Le comploteur part d'une démarche lourde vers la porte arrière de la taverne par laquelle la petite troupe va s'échapper aussi discrètement que possible. Il échange rapidement ses vêtements avec un homme qui a la même corpulence et les mêmes yeux que lui et lui tend un foulard identique. Il est convenu qu'il se fasse passer pour lui, retourne sur le Bloody Mary en s'assurant de croiser un membre du Black Sails pour lui dire que ce fut un plaisir de faire affaire avec eux et que leurs deux têtes pensantes sont allées ailleurs pour se changer les idées, laissant au maître d'équipage le soin du navire en leur absence. Le Bloody Mary fera ensuite le tour de l'île pour se réfugier dans une crique bien dissimulée près de là où se trouve un port de fortune, l'ancien repaire de Thomas où ont eu lieu bien des activités illégales... La bande à pied fera ce chemin à travers la végétation que le capitaine connaît comme sa poche depuis un peu moins de dix ans, les chemins secrets qui y mènent, les raccourcis, les oasis, ils arriveront dans deux heures... l'homme tourmenté ne peut que soupirer, entre nostalgie et dépit.

Dire que Morgan ne s'est probablement jamais rendu compte que l'île déserte sur laquelle il l'a abandonné ne se trouve qu'à cinq lieues d'ici...









The Huntmaster


Une insatiable guerre des nerfs vient de débuter entre le Capitaine du Bloody Mary et son vieil ami. Les paroles sont violentes, blessantes, mais ce n'est pas tout, Morgan voudrait simplement pouvoir étrangler de ses mains cette enflure qui vient de leur tendre un piège à lui et Adam... Adam désormais prisonnier des hommes de Thomas, inconscient...  et par conséquent, incapable de calmer son aîné qui, privé de sa tempérance, ne cherche plus le moins du monde à retenir la plus petite provocation qui lui passera par la tête. Aplatit de force contre la table de la taverne le Capitaine maudit toise son vis à vis d'un regard haineux, plain de rage et de mépris, oui, il méprise cet homme, comme il méprise ceux qui le suivent sans broncher... combien les a-t-il payé pour qu'ils lui obéissent dans lui poser de question? Comment a-t-il réussit à trouver des matelot aussi cinglés que lui pour cautionner ses actes? Morgan est loin d'être un saint, bien au contraire, mais il a souvent eu le mérite de se dire que quelqu'un était encore pire que lui... et ce quelqu'un, c'était Thomas.

Le poing du Capitaine du Bloody Mary s'abat à nouveau violemment sur la table, faisant trembler le plateau de bois et crisper les paupières du pirate maudit qui voit les doigts refermés s'écraser à quelques millimètres de son nez. La réponse de son ancien ami l'amuse au moins autant qu'elle le dégoûte et c'est sans la moindre gêne, sans le moindre remord, qu'il vient plonger son regard dans le sien et étirer un sourire qui laisse entrevoir ses dents serrés. Il le fixe une seconde, ricane et le dévisage en promenant son regard de bas au haut pour revenir soutenir ces yeux bleu gris qui le fixe avec une rancœur non dissimulée. Mais Morgan ne se sent pas coupable. Au contraire, il veut faire savoir à Thomas que son retour dans sa vie ne l'enchante pas le moins du monde.

- En fait...... j'aurais certainement préféré que tu ne reviennes pas du tout tu vois?!

Mais Morgan n'est visiblement pas le seul à se complaire dans les paroles blessantes et la provocation, le Capitaine du Bloody Mary possède plusieurs bons arguments capables de faire sortir le ruffian de ses gonds, et il a de toute évidence bien comprit que son fidèle Quartier-maître en faisait parti. Il ne suffit que de quelques sous-entendu glissés à l'attention du Capitaine du Black Sails pour que celui ci entre dans une colère profonde, cherchant plus que tout à défendre son meilleur ami en danger, et à la colère se succède une fois encore la méchanceté, Morgan sait quoi dire pour appuyer là où sa fait mal, et la grimace qui décompose le visage de Thomas à pour effet d'étirer d'avantage le rictus mauvais du pirate maudit, fier de son effet...

Enfin... fier jusqu'au moment où le plat de la main de son ancien camarade ne vienne violemment frapper sa joue dans un grand bruit de claquement, malgré la pression d'un de ses agresseurs, la tête de Morgan se détourne brusquement dans la direction opposée à celle qu'il était entrain de regarder, sentant son cou craquer et se déboîter partiellement. S'il n'avait pas été immortel, cette gifle aurait certainement brisés ses cervicales sans espoir de retour... heureusement dans son cas, il lui suffira de s'étirer sommairement pour retrouver toute la mobilité de sa nuque.

Les deux hommes continuent de se faire du mal mutuellement, chacun leur tour, ils semblent se nourrir de la frustration et du dégoût de l'autre et se servent des attaques de leur adversaires pour redoubler d'intensité et d'ardeur dans les tentatives de se faire de plus en plus blessant. Thomas ne se laisse pas abattre et entreprend alors de faire culpabiliser son vieil ami en lui faisant comprendre qu'avoir caché la vérité à son Quartier-maître sur son existence était une erreur qui aura fini par vexer Adam. Le simple souvenir du regard perdu de son meilleur ami pousse Morgan à froncer les sourcils, lançant un regard noir au Capitaine du Bloody Mary qui lui sourit avec ironie.

- J'ai la mémoire sélective... Lance-tout d'abord le ruffian d'une voix grave. Et avoir des secrets ne signifie pas que l'on a pas confiance en quelqu'un! En ce qui te concerne Thomas... je ne suis même pas sur de pouvoir parler de secret ! Attends... comment on appel ça déjà? ... Ah oui! ... j'ai du tout simplement... oublier!!

Oublié? Ou involontairement enfouit au plus profond de sa mémoire, quelque part où il ne pourrait jamais se souvenir de ce jour où il a abandonné celui qu'il avait longtemps considéré comme son plus proche ami sur une île déserte avant de faire voile sans jamais se détourner? Morgan veut croire qu'Adam ne lui en voudra pas de ne jamais lui avoir parlé de Thomas et pourtant, les paroles de son vieil ami n'ont de cesse de lui tourner encore et encore dans la tête. Il n'arrive pas à ne pas se sentir coupable vis à vis de son Second et presque frère.

- Adam a plus fait pour moi que tu ne le feras jamais et que tu n'aurais jamais fais!!

Regards noirs sur regards noirs, Le Capitaine du Black Sails se débat encore et toujours il veut étrangler ce salopard, lui faire avaler son foulard et exploser sa tête contre un mur avant de lui faire sauter la cervelle! Sa rage le rend incontrôlable, et son esprit n'est plus animé que par ce désir de régler ses comptes avec son vieil ami qui se défend d'avoir un jour cherché à l'évincer de son poste de Capitaine. Morgan serre les dents, se mort la lèvre inférieure si fort qu'il aurait pu s'en éclater la pulpe, ses poings sont crispés dans son dos et son regard n'exprime que colère et dédains. Et pourtant chacun des mots de Thomas le font réfléchir plus en profondeur, il essaie de se souvenir... le pirate maudit sait que son camarade était déjà dangereux à l'époque où ils naviguaient ensemble, il sait que celui ci convoitait très ouvertement la place de Quartier-maître, mais il sait aussi que de son tempérament de feu, à toujours agir sur un coup de tête, sa nature violente et menaçante en faisait aussi un homme ambitieux, près à tout pour gravir les échelons de la hiérarchie. Ou bien... ou bien est-ce que Morgan a réellement eu peur de voir son ami prendre sa place et faire un meilleur Capitaine que lui? A-t-il agit par crainte de se faire destituer? Se serait-il monté la tête tout seul par soucis de conserver le pouvoir sur son navire? Etre le... seul maître à bord? Non... Non impossible, Morgan refuse de se voir comme un tyran, il à toujours agit pour le bien de ses hommes et la seule raison qui l'a poussé à ne jamais choisir de Quartier-maître est qu'il n'en avait jamais trouvé l'utilité... Qui plus est, donner du pouvoir à un homme comme Thomas aurait pu s'avérer être dangereux pour ses camarades.

- TE FOUS PAS DE MA GUEULE!  Hurle Morgan d'une voix branlante. Tu veux me faire croire que je suis le seul responsable de ce qui t'es arrivé?? Mais tu divagues complètement!!! Tu étais violent! Tu étais insolent! T'en faisais qu'à ta tête! Comment tu voulais que je te fasse confiance si t'étais même pas FOUTU de suivre les ordres qu'on te donnait!! Qu'est ce qui avait à comprendre là dedans HEIN?? QU'EST CE QUI AVAIT A COMPRENDRE?

Ou peut être bien que Morgan ne veut tout simplement pas essayer de comprendre... Tout ce qu'il veut savoir c'est "pourquoi" Pourquoi Thomas c'est embêté à sauver son équipage pour finalement le faire prisonnier. Il ne veut pas croire que son ancien ami puisse encore éprouver une once de sympathie pour les hommes avec qui il avait voyagé jadis, tout comme il ne veut pas croire que Thomas n'ai aucun intérêt à le voir mort...

- Si tu voulais pas du Black Sails... ou me tuer... Qu'est ce que tu veux alors??? Demande Morgan sur un ton partagé entre l'empressement et l'incompréhension. Va te faire foutre! Lui crache-t-il presque au visage lorsque le Capitaine du Bloody Mary avoue avoir quelques questions à lui poser.

Thomas semble persuadé que la faute incombe entièrement à son ancien Capitaine si celui ci à bel et bien perdu sa santé mentale et le pirate maudit cligne frénétiquement des paupières sans jamais quitter son bourreau du regard, celui là même qui l'accuse tout haut d'être celui qui aura achevé de le briser. Thomas hurle dans les oreilles de Morgan qui l'espace d'une seconde écarquille les yeux de stupeur devant la remarque morbide et inquiétante de son ancien ami.

Le pirate maudit se retrouve soudainement redressé de force et il profite de l'agitation pour esquisser un ample mouvement circulaire de la nuque pour la replacer dans un craquement lugubre, puis il se retrouve bâillonné et bientôt... le monde autour de lui se retrouve plongé dans le noir...

*
*  *

Aveugle, réduit au silence, il ne reste plus à Morgan que son ouïe pour se repérer dans l'espace. Ça va bientôt faire deux heures qu'il se fait traîner à travers tellement de chemins qu'il n'a plus la moindre idée d'où peut bien se trouver le Nord. Tout ce qui lui reste, ce sont les cris d'oiseaux et d'animaux qui l'entourent, le crissement des feuilles qui craquent sous ses pieds ou encore les nombreuses racines et branches épaisses sur lesquelles il manque plusieurs fois de trébucher pour en déduire qu'il est entrain de marcher au cœur d'une forêt... ou d'une jungle. Les hommes parlent entre eux mais il ne s'agit là que de broutilles sans intérêt, en revanche le Capitaine du Black Sails entend à peine la voix de Thomas, il n'a même aucune idée de savoir si celui ci se trouve loin de lui ou non. Il n'a également aucun moyen de savoir si Adam est toujours inconscient et s'il va bien... et c'est peut être cette idée qui l'agace le plus, l’exècre au plus au point même! Sans parler de l'équipage qui va se demander pourquoi Adam et lui ne reviennent pas.

Soudainement le sol meuble sous ses pieds devient plus dur, et les quelques raies de lumière qui perçaient à travers le bandeau qui obstruait la vue disparaissent pour le plonger dans le noir le plus complet. Les pas des hommes raisonnent dans un échos répétitif ce qui laisse entendre à Morgan que le petit groupe vient de pénétrer dans un bâtiment, sans doute entièrement construit en pierre. Il trébuche royalement lorsqu'ils entament la descente d'un escalier, ne s'attendant pas à ce soudain écart entre le sol et son pied. Heureusement retenu par ses entraves, Morgan compte minutieusement le nombre de marches qu'ils descendent... il semble que ça ne s'arrête jamais! Puis enfin, l'escalier ne descend plus et il entend une porte grincer, on le pousse à entrer et là, il sent ses mains se faire menotter par de lourd bracelets de métal auxquels sont attachées des chaines sans doute reliées à des anneaux directement encastrés dans le sol. On lui retire enfin son bâillon, mais ses yeux sont toujours bandés et il ne se prive pas pour tirer violemment sur ses entraves dés l'instant où ses agresseurs le relâchent enfin.

- Où est-ce que tu nous a emmené Thomas?!!!!!!! Rage Morgan, sa tête se détournant frénétiquement à droite et à gauche dans l'espoir de capter la voix du Capitaine du Bloody Mary.









The Huntmaster

Thomas enrage, sa colère montant chaque seconde d'un cran nouveau alors que l'objet de son mépris est soumis à lui, sous ses yeux. Et pourtant, il n'a pas vraiment l'impression d'obtenir ce qu'il a désiré tout ce temps. Est-ce parce que Morgan n'a pas l'air de se sentir coupable le moins du monde ? Est-ce parce que ce jeune insolent s'est incrusté dans la fête ? Est-ce qu'il a des remords ? Est-ce qu'il est en train de ruiner cette nouvelle vie qu'il a mis une décennie à bâtir ? Les questions résonnent et s'entrechoquent dans sa tête sans trouver de réponse satisfaisante, éclatant en plusieurs morceaux pour se multiplier. Et entre chaque nouvelle couvée d'interrogations, un sifflement strident et imaginaire qui vient démanger ses tympans, le fait crisper les doigts et sentir un malaise au niveau des ongles comme s'ils griffaient une ardoise, lui donne l'impression d'avoir des dents en bois, la langue comme un vieux morceau de cuir... et la seule chose qui bannit ce crissement est la vue de Morgan en proie à la haine ou la souffrance, la faiblesse.

Ce même Morgan qui ne se laisse pas abattre tant que ça, agitant avec velléité sa langue de vipère pour blesser son vieil ami toujours plus profondément, rouvrant la plaie qu'il avait passé dix ans à minutieusement refermer, la ravivant à coup du gros sel que sont ses mots. Et lui qui croyait que son seul désir était d'oublier ces funestes événements... il se rend compte que ce qui lui fait le plus peur, le plus mal, c'est l'oubli. Le fait que Morgan prétende avoir oublié cette dramatique journée, celle qui a balayé tout ce en quoi il croyait. Les mains tremblant de rage contenue et d'une terreur incrédule, Thomas ne cesse de s'exciter contre le panneau de bois qui ne tardera pas à se fendre sous le regard des homme qu'il a recruté qui ne l'ont jamais vu dans cet état et ne réagissent pas que parce qu'ils sont grassement payés. Et peut-être, pour une fois, vaguement effrayés.

- Comment peux-tu... Comment est-ce que tu peux prétendre oublier ?! Tu y arrives vraiment ? À te convaincre que tu n'as pas ruiné la vie de tant de personnes ?! Que tu es blanc comme neige ? Que tu n'as pas poignardé dans le dos plus de gens que tu ne peux en compter ? ÇA T'AIDE À MIEUX DORMIR LA NUIT ?!

Le capitaine du Bloody Mary se plaît à voir le doute habiter fugacement les yeux verts de son traître d'ami. Il savoure le sentiment de culpabilité qui est en train de le gagner, quand bien même ce n'est pas à son égard. Il est rassuré de savoir qu'il... qu'il n'est plus le seul à souffrir. Il a pu déverser une partie de sa blessure purulente dans les plaies fraîchement ouverte de Morgan et se sent tellement plus léger, tellement moins mal à l'aise, malade, hanté... maintenant qu'il partage son fardeau avec son vieil ami.

Et pourtant, une fois de plus, son plaisir est gâché par le jeune trouble-fête qui, même assommé, trouve le moyen de s'immiscer dans la conversation de ses deux aînés juste par... son existence. S'il est le meilleur moyen, malheureusement, pour faire culpabiliser Morgan, il est aussi le plus douloureux des moyens de comparaisons. À l'heure qu'il est, le second plus grand désir de Thomas est de remonter le temps pour l'empêcher de venir au monde... Il se fait mielleux.

- Tu es vraiment exceptionnel, Morgan... maintenant tu es capable de lire le destin, de parcourir l'infinité de ses tenants et aboutissants ? Tu ne peux que supposer... Tout comme je ne peux que supposer que si j'avais été à tes côtés j'aurais peut-être bien pu faire beaucoup plus que lui pour toi. Peut-être que dans quelques années, ce sera lui qui te trahira. Peut-être que si tu ne m'avais pas trahi j'aurais encore été sur notre Black Sails à son arrivée et nous serions devenus bons amis. Peut-être même que j'aurais pu le respecter en tant que quartier-maître au lieu de vouloir le réduire en charpie tant il me débecte ! À part, comme s'il se faisait une réflexion à lui-même, comme un instant de lucidité qui ne fait que souligner le désordre de son esprit, il ajoute : De vous trois il n'y a peut-être qu'Adrian qui mérite son poste... non, il mérite bien mieux.

Et l'ancien membre du Black Sails ne peut que prendre sa propre défense, seul, pouvant enfin dire tout ce qu'il avait à crier, sans personne pour le soutenir, personne pour réclamer justice à ses côtés... Morgan refuse l'évidence qu'il veut lui mettre sous les yeux mais il est déstabilisé, c'est certain, à voir les inflexions particulières de sa voix quand il hurle. Il lui reproche tant de choses, tant de choses...

- À te voir réagir ainsi, on pourrait presque croire que tu ne veux pas en entendre plus... Es-tu en train de te rendre compte que tu as tort ? Prise de conscience tardive, mais je pourrais apprécier... Il est soudainement beaucoup plus calme et amer. Je n'ai même pas envie de te contredire... Parce que tu as raison Morgan, parfaitement raison. Je plaide coupable pour la violence … parce qu'un pirate ne fait pas de la couture. Peut-être bien que je contestais ce que tu disais comme si je faisais semblant d'être ton bras-droit, que je faisais ce qui me semblait plus juste car en l'absence de quelqu'un pour contrebalancer ton pouvoir je prenais des initiatives. Car, comme je croyais être ton ami, je pensais que si une personne pouvait et devait le faire, c'était moi... Mais quelque chose me chiffonne. Il se met presque front contre front avec Morgan louchant sur lui avec un drôle de sourire. Au moins la moitié de ce que tu me reproches, ne pourrais-tu pas le reprocher à ton légendaire Second ? N'était-il pas insolent sur ce pont, que ce soit avec moi ou toi ? Ne t'a-t-il pas désobéi en sortant de la cabine où il était réfugié ou en venant ici ? Tu croyais vraiment que je ne voyais pas les regards que vous vous lanciez ? QUE JE NE LES COMPRENAIS PAS ?!

Thomas pourrait continuer ce petit jeu des heures, mais la discrétion a déjà été bien mutilée et il a assez ébranlé les convictions de Morgan pour le moment... De toute façon, son ancien ami le diabolise tellement qu'il n'en tirera pas plus pour le moment.

- Aller me faire foutre hein... j'ai comme l'impression que tu n'as plus rien à répondre. Je te laisse le loisir de la réflexion sur le trajet.

Et ainsi, Morgan se fait priver de ses sens et emmené dans un convoi mené par le capitaine du Bloody Mary qui n'ouvre guère plus la bouche jusqu'à arriver à son ancienne demeure, désormais l'un des ports d'attache de son brick et repaire de son équipage lors des escales. C'est là qu'il a dû survivre des années... mais il a également de bons souvenirs dans ce lieu, de la camaraderie. Dire qu'il n'a pas pris du plaisir à mener ces hommes et qu'il ne les chéris pas serait mentir. Et alors qu'il emmène les deux leaders du Black Sails dans son sanctuaire, il éprouve comme du dégoût ou le sentiment qu'on viole son intimité. Il a observé le visage grimaçant du quartier-maître inconscient pendant une grande partie du trajet, hésitant très franchement et à de nombreuses reprises à le tuer en silence ou à l'abandonner au milieu d'une végétation hostile.

Arrivé dans sa demeure, il conduit Morgan dans la cave la plus profonde de ce bâtiment, presque des cachots. Il ne peut retenir un ricanement moqueur en le voyant manquer de trébucher ; qu'il s'arrête donc de se débattre. Pendant ce temps, le troisième protagoniste est emmené dans une prison dans un sous-sols plus haut. Une fois son camarade d'autrefois attaché, il congédie tous ses hommes : il veut profiter seul de ce règlement de compte, personne pour l'interrompre, dans l'intimité de leur amitié scarifié et souillée par la trahison réciproque.

- Où ça ? Est-ce que ça a vraiment une importance ? Nous pourrions bien être à l'autre bout du monde, tu n'as aucun moyen de t'échapper ou de contacter ce qui reste de notre équipage jusqu'à ce que nous ayons réglé nos affaires. Tout dépend de mon bon vouloir... je t'avais bien dit que tu devrais discuter avec moi et me satisfaire, rendre cette conversation intéressante.

Tapant du pied contre le sol, le cuir de sa botte frottant nerveusement le sol de pierre froide, il s'amuse de ce son agaçant qui doit torturer le seul sens encore actif de Morgan.

- Je me demande bien ce que, plongé dans l'obscurité, tu es en train d'imaginer... Toi qui prétendais voir l'avenir, et si tu me disais ce qu'il va t'arriver ?

Il lui tourne alors autour à pas de chats, sans un bruit, s'amusant de sa désorientation. Après quelques minutes de guerre des nerfs, il ne résiste pas à l'envie de lui faucher les jambes en les balayant avec son pied droit pour le faire choir. Il s’assoit ensuite à califourchon sur lui et plante violemment une dague dans sa main gauche en retirant le bandeau qui obstrue sa vue pour pleinement contempler son expression...

Oh qu'il voudrait voir la souffrance dans son regard !









The Huntmaster



Le sourire démoniaque de Morgan s'étire et se rétracte dans une valse frénétiques, les différentes émotions qui le parcourent s'avouant être aussi changeantes et contradictoires que ne le sont ses pensées. Plus douloureux et blessant encore qu'un duel à l'épée, qu'un coup de poing en pleine figure, la joute verbale qui oppose les deux ruffians est d'autant plus violente que les deux hommes se connaissent si bien, si bien, qu'ils peuvent chacun jouer avec les nerfs de l'autre. Ils se lancent répliques cinglantes sur répliques cinglantes, et autour des deux pirates, une ambiance de mort plane. Le silence quasi religieux des hommes de mains de Thomas est pesant, comme des spectateurs qui seraient entrain d'assister à une pièce de théâtre, il émane de chacun d'entre eux un respect et une passivité déstabilisante alors que le Capitaine du Black Sails se fait clairement malmener par ses bourreaux qui s'acharnent à tirer plus fort sur ses bras pour les replier dans son dos à un angle presque improbable, qui le maintiennent aplatit contre le plateau de la table qui  craque à répétition sous les coups de leur leader entrain de déverser autant sa rage par ses paroles pleines de mépris et de colère que par la violence de son poing.

Alors que le visage de Thomas se pare d'une expression à la fois horrifiée et incrédule lorsque son vieil ami prétend avoir grassement oublié ce jour où il a délibérément détruit sa vie en le condamnant à l'exil, l'immortel lui sourit de plus belle, et les hurlements virulents du Capitaine du Bloody Mary ne sont qu'un facteur supplémentaire pour le faire rire, un rire mauvais presque surréaliste, un ricanement amer et sans la moindre joie, ses lèvres se crispent même l'espace d'une demi seconde où il fixe la table fendue par le poids de la rage de Thomas. Il ne lui répond pas tout de suite, se contentant de continuer à ricaner sobrement comme s'il avait tout simplement effacé la présence de son agresseur en face de lui, comme s'il avait soudainement perdu pied. Puis son regard vient se perdre dans les iris de glace de son vis à vis, le toisant avec un dédain appuyé.

- Hmph... Ca fait longtemps que j'ai oublié ce que "bien dormir" veut dire... Lance-t-il sur le ton las de la constatation.

Comme un éventail qui se tend et se replis, les lèvres de Morgan sont en constant mouvement, ses rictus s'effacent et se redessinent, ses yeux vert se font aussi tranchant que des lames de couteau, il ne supporte plus cette voix qui l'endoctrine, le force à douter, le plonge dans la perplexité et s'adresse à lui avec tant d'assurance et de certitude que Thomas en arrive presque à forcer son vieil ami à le croire alors qu'il accuse une fois de plus son ancien Capitaine de l'avoir rayé de l'équipage sans aucune raison valable, s'acharnant même à essayer de lui faire entrevoir des bribes de destins possibles si seulement le leader du Black Sails n'avait pas agis sous le coup de la paranoïa comme il veut le lui faire croire. Le pirate maudit ferme les yeux une seconde pour échapper un long soupir partagé entre le dépit et la frustration, s'efforçant de conserver autant de contenance que possible... ne pas ployer, ne pas céder au bourrage de crane, Morgan doit se vider l'esprit, se concentrer sur son désir de sauver son meilleur ami, de se libérer et de s'enfuir d'ici... douce chimère inaccessible, Morgan... tu sais pourtant bien que tu n'as plus le droit de rêver depuis cette nuit.

- "Si"... "si"... encore et toujours des "si" ! Avec des "si" on pourrait mettre ton cul et le reste dans une bouteille! Seulement voila Thomas, le monde ne c'est pas construit sur des suppositions... Alors ça ne sert à rien de te monter la tête en t'imaginant une autre vie SI rien n'était arrivé! parce que SI t'avais été moins con, j'aurais pas été forcé de prendre des mesures drastiques!!!

Oui... il en est certain, Morgan à bien agit ce jour là, il n'y a qu'à en juger par la réaction de l'équipage, personne ne l'a jamais contredit, personne n'a jamais intenté une quelconque mutinerie en pensant qu'il serait le prochain et pourtant ce genre de décision ne peuvent pas se prendre à la légère. Jamais aucun homme n'a remit sa parole en doute, c'est bien que personne n'avait trouvé de quoi contredire ses arguments non? Non?? Ou bien... auraient-il respecté la décision du cœur du navire par crainte? Impossible... même alimenté par la peur... si ne serait-ce qu'une petite dizaine d'hommes avaient eu de quoi douter de Morgan ils l'auraient fait savoir. Capitaine ou non, il était encore tout ce qu'il y a de plus mortel à l'époque, et à dix contre un, il y aurait eu fort à parier que le ruffian n'aurait pas conservé sa place très longtemps. Alors pourquoi... pourquoi est-ce que les mots de Thomas se répètent en un écho désagréable dans sa tête, comme une prise de conscience, comme un désir de connaître la vérité, de savoir... à quoi pensaient les gars au moment où Morgan à prononcé sa sentence? Est-ce qu'un seul d'entre eux c'est dit l'espace d'un instant qu'il était le pire des salaud, un... tyran? Qu'il n'hésiterait pas une seconde à lâcher chacun de ses marins au moindre signe de rébellion? Mais Thomas n'était pas un rebelle... c'était bien pire que ça, c'était un agitateur, un danger, une personne instable et... et soudainement Morgan n'arrive plus à penser...

A quelque millimètre de son visage, Thomas l'envisage d'un regard bien trop satisfait, son sourire est désagréable au possible, le Capitaine du Black Sails a réussit à faire abstraction de sa propagande, s'efforçant de ne pas douter de lui contrairement à ce que veut prétendre son bourreau, mais alors qu'il entame de mielleuses et douces paroles concernant l'attitude d'Adam étrangement similaire à la sienne, argumentant sur le fait qu'il pourrait lui faire les mêmes reproches qu'à lui, Morgan écarquille les yeux comme harponné par le regard de son vieil ami, partagé entre l'envie soudaine de lui crever les yeux, de lui cracher à la figure et de lui hurler dessus toutes les insultes qu'il connait et ce dans toutes les langues possibles et imaginables. Comment ose-t-il parler d'Adam de cette manière? Comment ose-t-il lui faire remarquer cette attitude qu'il reconnait pourtant parfaitement à son Second et meilleur ami, ce caractère bien trempé et cette faculté qu'il à de ne jamais s'écraser devant lui... c'est même cette caractéristique qui avait attiré Morgan dés leur première rencontre... comment Thomas peut-il se comparer à lui alors qu'il ne sait rien de leur relation?!

Morgan serre les poings si fort que ses bras et ses épaule tremblent, il se débat d'un coup sec essayant d'envoyer un coup de tête en plein sur le front de ce connard qui parle et qui parle alors qu'il ne sait rien! Et pourtant... pourtant tout ça est... bien trop vrai! Pourtant les mots de Thomas continuent à tourner comme une évidence que l'immortel se refuse de voir. Non Adam n'a rien à voir avec ce salopard et sa langue de putain, il veut le manipuler, le faire culpabiliser c'est tout ce qui compte c'est certain! Jamais Adam ne le trahira, jamais il ne le doublera! Il n'est pas devin non, mais il en est persuadé... il veut en être persuadé! Oh bordel, il faut qu'il en soit persuadé!!

- TA GUEULE! Je t'interdis de parler de lui comme s'il te ressemblait! Adam n'a rien à voir avec toi! RIEN DU TOUT! Tu supportes pas l'idée d'avoir été remplacé! Tu supportes pas l'idée que j'ai pu lui accorder ma confiance à lui et pas à toi ! J'vais te dire quelque chose Thomas... y a une grosse différence entre contester et SABOTER! T'étais près à tout pour faire passer tes idées même à risquer la vie des gars!! j'appelle pas ça prendre des initiatives moi!!!!!

Morgan hurle, s'égosille, sa voix s'enraye, elle tremble autant de rage que de volonté de blesser, de se faire insultant et pourtant il semble que soudainement ses parole ont bien moins d'ampleur, que leur portée c'est considérablement rétrécie... Il se sent... faible pour la première fois depuis dix ans. Et alors le Capitaine du Black Sails se fait redresser de force, bâillonner et bander les yeux avant de se faire entrainer jusque sur le Bloody Mary, s'éloignant un peu plus à chaque seconde de son équipage. Aucun moyen pour lui de se défendre, de protéger son cher Quartier-maître, aucun moyen d'appeler à l'aide, aucun moyen de lutter... et bientôt le maigre effectif qui reste encore de son équipage pensera qu'il est simplement entrain de vagabonder avec Adam alors qu'il commence doucement à se demander s'il les reverra un jour. Rien... Morgan est parfaitement impuissant.

*
**

Le trajet au cœur de la sylve est interminable, le silence est agaçant, et privé de la vue, Morgan se sent complètement perdu! Même la sensation du sol sous ses pieds lui semble approximative comme si l'absence de vision rendait son insensibilité encore plus poussée, comme si soudainement même son propre corps devenait intangible, seul la présence de quelques branches et racines auxquelles ses pieds se cognent lui rappellent qu'il n'est pas un fantôme entrain d'errer dans les limbes. Lorsque l'environnement change autour de lui pour un décor visiblement plus minéral Morgan devine aisément qu'ils ont pénétré à l'intérieur d'un bâtiment. Le forban ne saurait même plus dire depuis combien de temps ils marchent, s'il se trouve toujours sur la même île, quelle heure il est, où est son meilleur ami. On le traine, on l'embarque de force, parfois, il résiste, mais c'est sans compter sur les hommes de Thomas qui le poussent toujours à avancer. Et finalement après avoir déambuler dans ce qui semblait être quelques longs couloirs, Morgan se retrouve enfin seul avec son vieil ami, menotté par des chaines, incapable de s'échapper. Un silence morbide règne entre les deux hommes jusqu'à ce que le Capitaine du Black Sails ne se décide enfin à demander où est-ce qu'ils les a emmené Adam et lui.

Sans surprise, Thomas refuse de lui répondre, se jouant même de sa désorientation pour se moquer de lui. Toujours prisonnier de sa cécité, Morgan détourne la tête à droite à gauche, se tourne et se retourne pour essayer de capter la direction de laquelle vient la voix de son traitre d'ancien compagnon de route. Mais l'écho de l'immense pièce de pierre fait ricocher le son en une sonorité diffuse qui ne fait que perdre un peu plus le Capitaine maudit dans l'espace. Il entend le tapotement répétitif du pieds de son geôlier, un bruit on ne peut plus agaçant qui pourrait le faire grincer des dents d'autant plus qu'il ne supporte plus son ton condescendant.

- Arrêtes de parler de MES hommes comme s'ils étaient encore tes camarades! Siffle l'immortel avec un sourire détestable.

C'est vrai... Morgan se demande se qu'a bien pu prévoir le Capitaine du Bloody Mary en l'emmenant seul dans cette prison, loin de tout, oh bien sur il ne s'attend pas à ce qu'ils tapent simplement un brin de causette... non Thomas est bien plus fourbe et calculateur que ça...

- Tu vas me violer? Répond-il sur un ton affreusement méprisable et hautain comme si la situation l'amusait presque.

Un silence lourd et macabre vient alors englober cette conversation qui ressemble plus à une nouvelle joute visant à blesser l'autre plutôt qu'un réel dialogue. Morgan essaie de suivre le bruit de pas qu'il sent lui tourner autour, seul le bruit des chaines qui s'entrechoquent raisonne et soudainement, Morgan échappe un hoquet de surprise en sentant ses pieds se faire brusquement balayer. Il tombe de haut et son coccys heurte violement le sol suivit de ses omoplate et de sa tête. hébété et surpris, l'immortel a à peine le temps de se redresser qu'il sent son vieil ami l'enfourcher et un poids lourd venir appuyer contre son ventre, se demandant l'espace d'une seconde s'il n'avait pas vu juste quelque minutes plus tôt. C'est pourtant une toute autre chose qui attend Morgan et sa main vient soudainement se faire transpercer par ce qui semble être une lame. C'est la surprise qui le pousse à sursauter ... ça et aussi le visage dément de Thomas qui s'affiche désormais à ses yeux ayant retrouvé leur capacité à voir.

L'espace d'une seconde, le temps s'arrête, se fige, le pirate maudit soutien le regard de son agresseur avec calme, un air neutre et totalement dépourvu de la moindre émotion, comme s'il cherchait simplement à regarder à travers lui. Puis il coule ses iris émeraudes vers la paume de sa main empalée par la dague. Pas de sang... pas de douleur... le contraire l'aurait étonné. Lentement, très lentement, un sourire se dessine sur les lippes du Capitaine du Black Sails, savourant à son tour l'expression de Thomas. Le rictus s'étire jusqu'à laisser apparaître les dents du ruffian qui commence doucement à ricaner. D'abord par vagues successives, laissant planer un bref silence entre chaque rire, puis progressivement, les vagues sont de plus en plus longues et bientôt Morgan entre dans un fou-rire terrifiant, incontrôlable il parvient néanmoins à les stopper net pour toiser à nouveau son vieil ami, trop heureux de pouvoir prendre le dessus de la situation

- Oh... c'est frustrant hein? ... Aurais-je omis de te préciser ce... léger détail? Il se redresse un peu pour s'approcher tout près du visage de Thomas, glissant ses lèvres à son oreille pour lui chuchoter d'une voix presque langoureuse. Je suis déjà mort... Il continue en s'éloignant à peine, juste assez pour pouvoir plonger son regard dans le sien. Ca c'est passé... environ quatre ans après que tu nous ai quitté... il y a dix ans. Sale histoire. Le fils d'un Shaman que j'ai éliminé lors d'un pillage m'a lancé... une affreuse malédiction.

Le timbre de la voix de Morgan est sombre et pourtant un brin moqueur, comme s'il sur jouait, comme un conteur raconte une histoire. Il ricane une nouvelle fois, alors c'était ça que Thomas voulais? Le faire souffrir? Quel dommage que ce soit impossible. Morgan n'a jamais autant apprécié son statu d'âme damnée qu'en cet instant, il va même jusqu'à bouger un peu la main pour agrandir légèrement la plaie, affichant un petit sourire provoquant et plein de fierté à l'attention du leader du Bloody Mary. Puis de sa main valide, il vient attraper celle de Thomas, tout proche de la sienne et la dirige doucement sous son pectoral gauche.

- Mon cœur a cessé de battre, mes organes de fonctionner... Mais t'as pas encore vu le plus beau! Dommage qu'y ai aucune fenêtre dans ta foutu crypte, si tu savais comme la lumière de la lune sublime mon teint! Il rit de plus belle, ses doigts se serrant avec force sur le poignet de Thomas. Je n'ai plus d'odorat... ni de gout... j'peux même plus baiser c'est dire! Mais... je ne ressens plus la douleur non plus... et... puisque je suis déjà mort. Je ne peux plus mourir. Il grimace, faisant se soulever la commissure droite de ses lèvres et arquer le sourcil du même côté pour afficher une moue dépité. C'est bête hein? Je pensais que tu en aurais entendu parler, après tout... je suis un peu devenu une légende grâce à cette malédiction!

Morgan se délecte de cette sensation soudaine de supériorité. Sa colère et sa haine se sont mué en un orgueil démesuré qui lui vaut son ton ignominieux et supérieur, oubliant presque qu'il est enchainé... et qu'Adam n'est pas dans la même pièce que lui...









The Huntmaster

Quelle ambiance dégoûtante ! Quelle aura malsaine ! Tout ce qui se dégage de la confrontation des deux vieux amis a une odeur lugubre de pourri, de poison. De l'extérieur, quand on voit et entend le dialogue répugnant des deux hommes dont la table de la taverne est le théâtre, il est difficile de dire qui est le bon et qui est le mauvais... y a-t-il seulement un bon dans cet affaire ? Même le quartier-maître inconscient ne peut peut-être pas prétendre à ce titre... Et la haine vicieuse et réciproque des capitaines est un cercle infernal et sans fin qui va croissant à chaque tour sur lui-même. Les visages se déchirent, se déforment, grimacent, passant tour à tour de la satisfaction malsaine à la frustration douloureuse dans un duel oral particulièrement intense et venimeux. Leurs nerfs à vifs sont chaque fois touchés plus précisément, les aiguilles chauffées à blanc que sont leurs réparties s'enfoncent toujours un peu plus profondément... Et quoi de plus motivant, pour survivre, que la peine ? Chaque mot de l'autre est une plaie qui va attiser le feu de la colère poussant à se faire plus inventif et acéré dans l'usage de la langue...

Ah ! Que ce rire est odieux ! Détestable ! Strident ! C'est un supplice pour les tympans et les yeux du revanchard que de voir et entendre son otage s'esclaffer, rire à gorge déployée ; bouffi d'orgueil, de prétentions et de certitudes ! Assumant de l'avoir complètement effacé de sa mémoire ! Mais qu'il rie tant qu'il le peu ! Thomas se fera un devoir et un plaisir de briser cet orgueil, de déchirer une par une ses prétentions et de faire s'effondrer ses certitudes. Il va le réduire à l'état de loque, meurtri, en peine, l'esprit éparpillé comme les pièces d'un puzzle éclaté sur le sol. Rien qu'à cette pensée, plus rien ne peut faire disparaître la bonne humeur maladive et macabre qui habite le capitaine du Bloody Mary. Son cœur bat comme un tambour de guerre et il sent le sang lui monter à la tête. Dès lors, il peut faire fi des paroles de Morgan, sa remarque ambiguë sur sa faculté à bien dormir, sa réplique cinglante sur les « si »... il n'en tirera plus rien,il l'a déjà poussé à bout, sucé son assurance jusqu'à la moelle. Il lui en reste juste assez pour hésiter... et y a-t-il pire sentiment que le doute ? Il est cent fois préférable d'être sûr de ses choix ou certain de son triste destin que tiraillé entre deux possibilités qui nous déchirent le cœur.

Non, il restait une dernière corde à effilocher, une dernière étincelle à écraser du talon de sa botte. Ce cher Second, saint parmi les saints semble-t-il, apparemment l'indéfectible lueur d'espoir de Morgan, sa raison de vivre... quelques mots, rien que quelques phrases, mais bien choisies, et voilà le poison froid et insidieux de la peur qui s'installe dans l'esprit de son vieil ami. Sa réaction excessive et virulente ne lui laisse plus de sentiment douloureux, il s'en amuse et rit doucement, presque avec raffinement. Cet entretien va se terminer pour le moment et Thomas en sort blessé mais avec un sentiment de victoire, comme une intense bataille. Il peut lire la fatigue dans les traits de son interlocuteur, ses doutes, sa haine. Il est tellement plus facile de blesser quelqu'un qui vous déteste, il n'y a pas de remord à avoir.

- Tu pourras lui tenir le même discours quand tu trouveras un autre môme qui le fera passer au second plan.

Et sur cette dernière note vicieuse et acide, Thomas ordonne à ses subordonnés de réduire Morgan l'impuissance malgré toutes ses vaines tentatives de lui faire du mal physiquement et l'entraîne dans l'épaisse et dense jungle qui, au terme d'un périple de quelques heures de marche, les mènera dans un lieu connu d'eux seuls, et quelques criminels et autres trafiquants, où les festivités pourront commencer...

Quand il voit son bateau amarré au port secret, le capitaine ne peut réprimer un sourire... ce soir, il fêtera encore plus que d'habitude sa prise... en comité restreint, un charmant tête-à-tête... La promesse d'une nuit inoubliable et aux cris qui resteront gravés dans sa mémoire. Et cet entretien intime commence sans tarder, Thomas se rend dans son plus bas sous-sol pour y voir avec plaisir Morgan attaché par des chaînes et toujours plus déboussolé. Il s'amuse à lui tourner autour sans un bruit, le railler, le perdre. Son sourire horripilant est d'autant plus marqué qu'il ne voit pas ses yeux. Mais il sait bien vite quel coup bas répondre pour ôter ce rictus de ses lèvres.

- Oui tu as raison... Après tout, je ne connais pas tes hommes. Tu as mené à la mort ceux qui étaient mes camarades.

Comme après une bonne blague, Thomas glousse sans ouvrir la bouche, laissant juste résonner dans sa gorge une sorte de gémissement aigu.

- Oh malheureusement, c'est peut-être ton petit plaisir, mais je ne crois pas pouvoir ne serait-ce que rougir pour toi ! C'est les œillades langoureuses que j'échangeais avec ton Second qui t'ont donné cette idée ?

L'amusement ne va pas durer bien longtemps... finis les préliminaires ! Thomas fait violemment chuter Morgan qui s'étale de tout son long sur le sol avant de venir le chevaucher et de planter sa lame dans sa main tout en arrachant le bandeau qui lui couvre la vue. Un sourire sadique et impatient barre ses traits, il jubile un premier temps devant le hoquet de surprise de son ancien camarade... Il est un peu essoufflé et haletant d'excitation, incrédule, en le voyant ensuite arborer une expression de pur... désintérêt. Un rire nerveux passe les lèvres du capitaine du Bloody Mary qui ne saisit pas bien l'ampleur de la situation avant de progressivement froncer les sourcils. Il ne peut qu'écarquiller les yeux, un peu tremblant devant la mine tout à faire banale de sa victime qui commence à déblatérer et vient finalement lui glisser une phrase à l'oreille, de sa voix rauque et grave, presque sensuelle. Les yeux de glace se plonge dans les émeraudes de Morgan qui lui explique le pourquoi du comment alors que Thomas perd de plus en plus de son entrain et son assurance, comme si son monde s'écroulait. Encore.

Bien sûr, bien sûr qu'il avait entendu parler de cette histoire stupide de malédiction... Mais ça ne devait être qu'une rumeur... comme quoi il avait déjà survécu a de nombreuses blessures... peut-être qu'il est insensible à une partie de son corps... C'est... c'est pas possible. Pas maintenant... Pas après tous ses efforts ! On ne peut pas lui voler sa vengeance maintenant ! NON ! C'est impossible ! Il fixe avec effroi la main qui s'agite pour agrandir la plaie sans tiquer. Il sursaute quand l'autre vient saisir la sienne pour la porter jusqu'à une poitrine dans laquelle rien ne bat... Non, ça doit être un subterfuge. Il simule... Il joue les durs... Joyeux tour d’illusionniste... non !

- Tu... tu te moques de moi... une fois de plus... pas vrai ?

Le souffle court, respirant plus vite que son cœur ne bat, Thomas sort la dague de la main de Morgan et le poignarde à divers autres endroits, les yeux vacillants, dans l'espoir, non, avec la certitude de le voir râler de douleur... mais rien... non... pas la moindre réaction... Tremblant, avec un sourire dément aux lèvres, Thomas se relève doucement.

- Non... je peux pas y croire... C'est... le destin se moque vraiment de moi... TU VAS ME POURRIR LA VIE JUSQU'AU BOUT ?!

Dans un accès de rage il donne un violent coup de pied dans un poteau de bois sculpté près de l'entrée qui ne prend pas la peine de se briser et contre lequel il finit par s'avachir, le visage réfugié dans son avant-bras, dépité. Il reste silencieux une poignée de minutes avant de soudainement ricaner, d'abord doucement puis bien plus fort.

- Ahahah... Ahahah... j'ai compris... j'ai compris... Aucun problème !

Il éclate soudainement de rire... Très bien... s'il le faut... qu'il s'incruste jusque dans cette conversation !













The Huntmaster

Le noir, le noir total,  non pas total, presque total, quelques nuances de gris plus foncées ou plus claires viennent parfois agrémenter son champ de vision... parfois du rouge... Non, ce n'est pas le noir inconscient du sommeil, comme une ellipse agréable dont on sortirait. Il est dans un état entre la conscience et l'inconscience, incapable de bouger, d'ouvrir les yeux, d'entendre ou de sentir distinctement... mais ayant conscience d'en être incapable. Depuis ce violent coup à l'arrière de son crâne qui fit remonter ses yeux derrière les voiles de chair que sont ses paupières qui devinrent subitement bien lourdes, il avait l'impression d'être comme un sac, une pierre, un objet quelconque qu'on empoignait fermement et qu'on trimbalait nonchalamment, secoué au rythme des mouvements, des virages, des montées et des descentes. Les voix, les sons, les discussions arrivaient brouillées dans ses oreilles, déformées et couvertes par un bourdonnement nauséeux si bien qu'il ne pouvait absolument pas en saisir toute la portée. Il avait l'impression que son esprit était dans un état vaporeux tandis que son corps était devenu mou comme de la glaise qu'on s'apprêterait à modeler. Irrésistiblement attiré par le sol, supposait-il , il n'aurait su dire s'il avait la tête en haut ou la tête en bas.

Où qu'elle fut, cette tête lui tourna quand il comprit qu'ils se mettaient en mouvement. Il sentait parfois les racines sur lesquels ses membres traînaient et s'accrochaient mais même s'il en donnait l'ordre à son corps, celui-ci refusait de se mouvoir pour ne serait-ce qu'esquisser une ébauche de marche. Transporté comme un cadavre, il se demandait si, justement, il n'était pas mort... si c'était cela, être mort était une sensation bien effrayante et dérangeante. Il crut savoir qu'ils arrivaient dans un espace moins sauvage quand le sol se fit plus lisse sous ses pieds. Le changement de température lui indiqua également qu'ils venaient probablement de pénétrer dans un bâtiment de pierres qui rafraîchissaient l'atmosphère. En imaginant le sol qui se dérobait sous la pointe de ses pieds à intervalles réguliers, il se douta qu'on l'entraînait dans un escalier menant dans les profondeurs d'un bâtiment. Il espérait juste que ce n'était pas les marches qui menaient à une crypte ou un mausolée. Il se sentit retourné en tous sens pour se faire peu à peu, tel une poupée, dépossédé de son manteau aux ornements dorés, son bandeau de soie et finalement ses bottes de cuir fin, avant d'être violemment jeté contre un sol de pierres dures et vaguement recouvert de paille. Pieds nus, vêtu seulement de son pantalon sali et de sa chemise blanche sans réelle forme, il venait d'être pillé de tout ce qui semblait précieux sur lui. Étonnamment, il n'y avait qu'une montre à gousset que ses voleurs n'avaient pas réussi à extraire de sa main crispée excessivement dessus, ses phalanges blanchissant de façon inquiétante.

C'est ainsi qu'il se retrouve dans ce cachot humide, dans cet état liminaire, sensible mais insensible, conscient de son inconscience. Une sensation de chaleur au niveau de ses narines commence à le faire revenir à lui, il comprend qu'il s'est réceptionné sur le nez qui, si par chance il n'est pas brisé, est en train de ruisseler d'hémoglobine. Il commence à entrevoir les rainures de dalles grossières et entreprend de redresser la tête pour fixer un mur flou. Un œil à demi-ouvert, l'autre paupière tremblante, il a le regard vague et la bouche entrouverte alors qu'il sent à nouveau la douleur pulser contre l'arrière de sa boîte crânienne en un signal qui résonne dans toute sa tête jusque dans ses dents. S'il ne sait pas pourquoi il est là, il commence tout doucement à se rappeler ce qui s'est passé avant sa perte de conscience. Il se sent la force d'à nouveau articuler une pensée simple et la première qui lui vient à l'esprit se trouve être « MAIS QUEL CONN- ».

Malheureusement, il se fait interrompre par le surprenant et douloureux contact de l'eau glacée qui s'abat dans son dos et le fait tendre son corps, rabattant sa nuque en arrière comme s'il allait la briser de son propre chef. Adam retrouve subitement pleinement conscience de lui-même, parfaitement éveillé. Le choc aussi bien thermique que du réveil brutal, est si violent qu'il laisse échapper un pitoyable cri avant de vomir lamentablement dans le foin sous sa tête, s'appuyant sur les poings et les coudes pour ne pas s'effondrer dans ce qu'il vient de régurgiter et haletant, en état de choc. Il se fait saisir sans ménagement sous les bras et relever brusquement avant d'être traîné dans un dédale de couloirs, sa chemise maculée du sang s'écoulant de son nez dont le débit redouble suite à la douche froide, également souillée par une vague teinte grise de poussière et d'un vert jaunâtre et translucide de bile et de vomi dont un filet mêlé de salive coule encore de la commissure droite de ses lèvres. Tremblant autant de la peur viscérale qui lui noue les tripes qu'il vient de vider que du froid dont il est transi, il voit un brin de paille de tomber de ses mèches grasses, humides et emmêlées et se demande où on l'emmène, regardant nerveusement de tous les côtés, les yeux écarquillés et les pupilles dilatées comme un animal apeuré. Un animal apeuré qu'on emmènerait à l'abattoir...

Et qui sentirait le chien mouillé.

Son regard se perd sur sa main qui se fait toujours écrin de la montre qu'il glissera dans sa poche dès que l'occasion se présentera avant de coulisser sur son flanc où il voit avec étonnement que pend toujours le sabre que Samoth lui a offert... mais en même temps, que peut-il bien faire d'une arme en si piteux état ? Surtout quand il est dans un état bien plus piteux qu'elle ? Il descend finalement quelques marches supplémentaires en s'efforçant de mimer un début de démarche mais son pied boiteux et douloureux se rappelle vite à son souvenir, bientôt imité par sa plaie au flanc qui le tire tout comme celle à son épaule, toutes deux encore bandées et recousues. Il envisage une lourde porte de bois, un énorme battant, que ses transporteurs ne tardent pas à ouvrir. La première chose qu'il remarque est l'odeur presque agréable, mélange de cuir, de bois et une effluve légèrement citronnée. Une cheminée austère répand une lumière subtile et tamisée, créant une trompeuse ambiance de cocon dans cette vaste pièce aux murs et au plafond recouverts d'une teinte bordeaux dont le quartier-maître a peur de deviner la provenance. Une grande croix en acajou en forme de X équipée de fers à chaque extrémité occupe le mur face à la porte. Toutes sortes de cordes, de chaînes et de cadenas pendent du plafond, scintillent et cliquettent dans une mélodie à la fois harmonieuse et effrayante. Près de la porte, deux longs poteaux de bois ornés de sculptures compliquées sont fixés au mur : un assortiment de fouets, d'instruments tranchants, de cravaches et d'étranges instruments à plumes y  est accroché.

La première surprise passée, il contemple bêtement la croix précédemment observée à laquelle est attaché Morgan. Il cligne des yeux comme s'il ne croyait pas à la vision qui se déroule juste en face de lui mais est interrompu dans le flot de ses pensées, essentiellement des questions, par les hommes qui le poussent une fois de plus et l'attachent à des fers au milieu de la pièce, le laissant à peine plus libre de ses mouvements... il pourrait dégainer, mais il ne s'en sent ni la force, ni le courage et sait que ce serait vain. Alors qu'il est voûté, un homme avec un sourire malsain vient finalement le surplomber. Qui est ce type ? Il faut une paire de secondes à Adam pour se rappeler que cette face de connard dans laquelle il a une irrésistible envie de ficher son poing est le visage que dissimulait Samoth sous son masque... Thomas de son vrai nom, un ancien membre, et semble-t-il pas parmi les moins éminents, du Black Sails. D'une voix étouffée, rauque et éraillée, le Second s'efforce de prendre un ton ironique.

- Eh bah, je vous manquais déjà ? À voir comment tu me fixais en suçant ton tube comme une fille de joie je savais que tu voulais m'emmener dans un coin sombre...

Mais il manque de la conviction et de la force dans sa réplique qui semble lasse, fatiguée. Il glisse subtilement sa montre dans sa poche en faisant mine de manquer de s'écrouler, ce qu'il n'a guère de mal à faire, et lance ses yeux océan en direction de Morgan, en quête de réponses sur la raison de leur présence.

Réprimant un nouveau haut-le-cœur, ils se tourne à nouveau vers Thomas et lui crache un mélange de bile, de salive, de sang et de morve avant de renifler bruyamment, sentant le goût horrible de tous les ingrédients précédents. Groggy, pas sûr de ses prises pour un sou, il fixe les prunelles d'un bleu gris.

- Excuse, je suis plus classe au premier rendez-vous quand je me suis pas fait éclater un tesson sur le coin du cuir chevelu.











The Huntmaster

Quelle sensation désagréable que d'être privé de l'un des seuls sens qui vous reste encore, quelle sensation horrible que de se retrouver les mains liées et la bouche entravée. S'il y a bien une chose que Morgan chéri probablement plus que son désir de vengeance sur Nimwë c'est bien sa liberté. C'est un peu tout ce qui lui reste après qu'on l'ai privé de son droit de mourir, de ressentir et de rêver, alors se la faire enlever... et qui plus ai par cette raclure de Thomas! Ce dingue qu'il a longtemps considéré comme son ami le plus proche avant de comprendre sa véritable nature, le Capitaine a l'impression de se faire insulter. Le destin ce moque de lui, les dieux s'acharnent sur son sort, peut-être jugent-lis qu'il n'a pas assez payé ses crimes, peut-être que sa malédiction ne pesant plus aussi lourd sur sa conscience, quelques sombres puissances supérieurs voulaient montrer à ce païen, ce forban cruel et sans pitié qu'un jour tout ce paie... que si ce n'est pas par le fer ou la potence il paiera des maigres plaisirs qu'il lui reste encore. D'abord son navire se fait aborder, puis ses hommes massacrer, son meilleur ami manque de se faire tuer en affrontant seul toute une armada de Marines... et puis... et puis Thomas est arrivé et si un semblant d'espoir aura semblé briller pour l'équipage du Black Sails, c'était pour mieux l'arracher à son leader qui c'est vu piégé par le Capitaine du Bloody Mary...

Aveugle et muet pour un temps, rongé par la rage, l'angoisse et les remords d'avoir entrainé Adam dans ce terrible règlement de compte, Morgan ne sait plus vraiment quoi penser. Il ne sait plus vers qui il doit détourner sa colère, il ne sait pas s'il doit prier pour le pardon ou hurler si fort que même Davy Johns tremblera dans son entre. Sa confusion se prolonge durant des heures qui lui semblent interminables et lorsque le trajet à pied touche à sa fin, le ruffian n'a pas le loisir de profiter d'une quelconque liberté puisqu'à peine lâché par les sous-fifres de Thomas, il se retrouve attaché à de lourde chaine ne lui laissant que peu de liberté de mouvement. Il retrouve l'usage de sa langue mais pas encore celui de ses yeux et sa rage continue de monter alors qu'il sent son ancien compagnon de route jubiler de sa faiblesse et de sa désorientation. Sa seule arme contre Thomas c'est encore sa répartie qui le pousse toujours plus à se faire blessant et désagréable, son rictus mauvais est à la fois une lame tranchante et un bouclier, destiné à exaspérer son interlocuteur comme à masquer sa haine grandissante mais aussi sa peur, car il a beau ne pas craindre pour sa propre vie, Morgan ressent au fond de lui une insatiable terreur qui ne le fait peut être pas trembler, mais rendent ses pensées confuses. Ou plutôt sa pensée car il n'en a qu'une seule à l'esprit... ou en tout cas, une seul clairement distinguable : "Où est Adam? Et comment va-t-il?"

Le Capitaine maudit serre les dents à la répartie de son vieil ami qui se fait également plus poignant et écœurant de mièvrerie dans sa réponse concernant ses frères d'arme tombés au combat. Dans sa bouche, Morgan ressent ces mots comme le pire des outrages. Il est tellement sur de lui... s'en est déstabilisant, comme s'il savait déjà qu'il ne peut que remporter cette bataille sans sabre ni pistolet. Serrant les poings, essayant de suivre le bruit des pas feutrés et de la voix qui raisonne, l'immortel préfère subitement jouer la carte de l'arrogance et de la moquerie, il n'y a pourtant aucune trace d'amusement dans son ton, en fait, il serait même presque dégouté. Et la répartie de Thomas le répugne d'avantage alors qu'il revoit encore les regards intéressés que lançait plutôt son vieil ami à son Quartier maître. Echappant un rire morne, Morgan hoche de la tête

- Je peux au moins reconnaître que t'as bons goûts mais je doute que tu sois son type...

Le silence n'a pas le temps de s'installer plus de quelques minutes... minutes qui semblent pourtant durer une éternité, une insupportable éternité que Morgan encaisse depuis déjà trop longtemps. Et brusquement, les pieds du ruffian ne touchent plus terre et il s'étale lourdement au sol dans un bruit sourd. Pris par surprise, toujours aveuglé par le bandeau qui couvre ses yeux, le Capitaine du Black Sails ignore purement et simplement ou se trouve le Nord, le Sud, l'Est et l'Ouest tout comme il a des doutes sur la position du haut et du bas... C'est sans doute sans le vouloir vraiment que Thomas répond à cette question en chevauchant le pirate maudit pour s'assoir sur lui et venir soudainement planter un poignard dans sa main, lui rendant la vue par la même occasion. Si l'acte en lui même l'a fait sursauter de surprise, ça fait bien longtemps que l'immortel ne fait plus cas d'une lame qui le transperce. Il fixe alternativement sa main empalée et le regard fou, débordant d'une joie malsaine de Thomas. Son sourire s'atténue pourtant tout doucement pour le plus grand plaisir du forban qui en opposition à lui étire un rictus mauvais, presque démoniaque de sadisme et de satisfaction.

Il se lance alors dans sa tirade, expliquant avec un maximum de détails les effets de la malédiction de Nimwë sur son corps et Oh par les océans qu'il est jouissif de voir la mine abasourdit de cette raclure se décomposer au fur et à mesure de ses mots. Qu'il est bon de voir ses espoirs de torture réduit à néant, sa fureur reprendre le dessus, l'incompréhension et l'incrédulité le gagner, sa voix tremblante de rage est délectable... oh oui s'il le pouvait Morgan aurait surement libéré un orgasme à l'heure actuelle, il se mord même la lèvre inferieur tant il semble prendre un réel plaisir à savourer cet instant qui vient de lui offrir un semblant de supériorité pour un temps.

- Mais non...  Quel intérêt j'aurais à me moquer de toi... tu pense sincèrement qu'on peut contenir autant la douleur? ... Il remue encore un peu sa main autour de la dague. Et tu vois? Je ne saigne pas...

Mais comme pour se prouver que l'immortel le trompe par un ridicule tour de passe-passe, Thomas s'acharne soudainement sur le pirate maudit qui se retrouve roué de coups de couteau, la plupart en pleine poitrine, quelques uns aux épaules d'autres dans le bras droit...

- Arrête ça tu te fatigues pour rien! Lance Morgan sur le ton de la constatation alors que la respiration haletante de Thomas couvre presque sa voix.

le dernier coup, plus violent que les autres, vient se planter en plein cœur. Mais le Capitaine du Black Sails est toujours là, il pousse même un soupir dépité et Thomas n'en croit toujours pas ses yeux. Sa voix se fait plus virulente, plus violente, il semble fou de rage et c'est maintenant au tour de Morgan de jubiler.

- Heh oui Thomas... le destin est parfois cruel. Il a un humour bien à lui mais il faut croire que parfois un mal peut aussi devenir un bien...

Il le regarde passer c'est nerf sur un poteau de bois avec dédain avant de porter un instant son regard sur l'entièreté de sa geôle qui ressemble en tout point à une salle de torture... décidément, Thomas a des lubies particulièrement flippantes. Puis Morgan est coupé dans ses pensées par le ricanement qu'échappe son ancien compagnon de route... ça y est... il a définitivement perdu pieds et c'est que ce malade recommencerait même à lui faire un peu peur... autant par son éclat de rire que par ses paroles qui lui font perdre son sourire au profit d'un froncement de sourcil interrogatif. Thomas s'approche finalement de la porte l'ouvre et interpelle ces hommes d'un tonitruant :

- Allez me chercher l'autre!

Morgan a tellement de mal à croire ce qu'il vient d'entendre qu'il en reste bouche bée, figé sur place comme si tout son corps venait soudainement d'arrêter de lui répondre, les yeux écarquillés en direction de son ancien camarade.

- QUOI??

- Et virez celui là du milieux...

Pas le temps d'en rajouter qu'à nouveau, cinq hommes se ruent sur l'immortel pour le relever de force, l'immobilisant alors que Morgan se débat comme un diable en hurlant.

- SALAUD! JE T'AVAIS DIS DE LE LAISSER EN DEHORS DE CA!

Mais la force de cinq hommes contre lui vient à bout de ses coups de pieds et de ses tentative de fausser compagnie à ses entraves. Le pirate se retrouve alors à nouveau enchainé, mais cette fois, c'est à une grande croix en forme de X que ses bras et ses jambes sont attachés. les menottes sont accrochées à des maillons de métal rouillé très court qui ne lui laisse aucune liberté de mouvement, tout ce qu'il peut faire c'est tirer, tirer et tirer encore en espérant rompre les plaques boulonnés à la croix de bois massif, elle même fermement encastrée dans un mur.

Rapidement, Adam est lui aussi entraîné au cœur de la salle de torture et se fait enchaîné là où son presque frère se trouvait seulement quelques minutes plus tôt. La vision de son Second meurtrit est pire qu'une gifle pour le Capitaine maudit qui écarquille d'avantage les yeux devant la dégaine pitoyable du jeune homme d'habitude si pimpant et propre sur lui. Dépossédé de la plupart de ses bien, il note pourtant toujours la présence du sabre à sa ceinture, ce vieux sabre rouillé et défraîchit qui n'est autre que le seul et unique cadeau qu'il ai un jour offert à Thomas. Dans cet état il ne l'aurait jamais reconnu, et dire qu'il resplendissait de beauté à l'époque où il lui avait donné. Les iris émeraudes terni par la peur et l'appréhension de Morgan se plongent finalement l'espace d'une seconde dans ceux de son meilleur ami, il étire un maigre sourire, assez peu convainquant et pas assuré pour un sous, et il hoche silencieusement de la tête histoire de lui faire comprendre que tout ira bien... il va trouver un moyen de les sortir de là. Son sourire s'étire d'avantage devant la verve éternelle d'Adam qui ne se prive pas de l'ouvrir pour railler cette enflure de Thomas malgré la fatigue évidente qui se lit sur ses traits. Le Capitaine est décidément de plus en plus impressionné par son cher Quartier maître... malgré son état déplorable, il trouve toujours le moyen de ne pas perdre la face... et pourtant Morgan est incapable de ne pas trembler de rage alors qu'il se doute déjà de ce que lui réserve ce fils de putain de Capitaine du Bloody Mary.











The Huntmaster

Non, non et non, impossible, ça ne peut pas être vrai, il ne peut pas avoir élaboré ce plan si parfais, attendu patiemment que le bon moment se présente, retenu son désir de vengeance qu'il avait pourtant réussit à oublier pour un temps, joué les personnages sympathiques jusqu'à s'écœurer de lui même... tout ça pour rien? Hors de question ! Thomas refuse d'y croire et pourtant... pourtant comment cela pourrait-il être un mensonge? Son regard hébété se pose sur la main de son vieil ami, transpercée de part en part avec la dague pointue qui agrandit lentement la plaie qui demeure parfaitement intacte, comme s'il venait d'empaler une poupée de chiffon. Aucune douleur, aucun cris, même pas une grimace. Morgan ne ressent absolument rien... C'est injuste, c'est dégueulasse, c'est révoltant! Le regard du Capitaine du Boody Mary se décompose prend des allures terrifiantes alors que ses yeux s'injectent de sang, que sa respiration se fait ample et saccadée comme s'il avait soudainement toutes les peines du monde à respirer. Il sent la rage l'envahir, elle crispe ses doigts sur la poignée de la dague, et sa main agrippée par sa victime se resserre avec fureur sur la chemise et la chair du pirate immortel.

Puis brusquement, relâchant toute la tension qui avait tendu chacun de ses membres, Thomas entre dans une folie furieuse, une frénésie de coups de poignard qui se plantent à répétition dans la moindre parcelle de peau de son ancien Capitaine. Il s'acharne, encore, encore, encore, il le plante plus violemment à chaque coup, ratant même parfois sa cible et dérapant sur le sol tant la rage rend ses mouvements imprécis et grossiers. Il n'entend même pas la voix de Morgan lui faire comprendre que ses tentatives sont inutiles, il ne veut pas y croire, non, il DOIT souffrir! il le mérite! Tout est de sa faute, Morgan à brisé ses rêves, détruit sa vie, l'a condamné à l'exil, à la mort! Qu'il éprouve cette souffrance n'est qu'une légitimité de son destin, il ne peut pas se résoudre à abandonner.

En partie défoulé, et parce qu'il a bien fini par comprendre que Morgan ne mourra pas d'une lame dans le cœur, Le Capitaine du Bloody Mary  libère une partie de la tension qui l'habite en un rire malsain, à la fois résigné et... étrangement habité par une sorte de plaisir comme s'il venait soudainement de comprendre une chose essentielle. Passant une main sur son front en sueur et la rabattant à l'arrière de son crane pour se masser la nuque, son sourire renaissant rapidement à la commissure de ses lèvres, il fini par échapper une longue expiration de sa bouche et de ses narines. Il retrouve bien vite son calme et sa prestance, quoi que sa main tremble encore un peu et s'approche de la porte pour s'adresser à ses hommes. La réaction de son traitre d'ancien Capitaine, il s'y attendait parfaitement, en fait il l'espérait même! Et, fier de constater qu'il à obtenu exactement ce qu'il souhaitait, Thomas s'approche de l'immortel pour le saisir à la gorge et le soulever, le faisant presque décoller du sol.

- ET ALORS QUOI!! Tu t'attendais peut être à ce que je t'écoutes bien sagement et que je le libère après notre petite entrevue?!!!! Ooooh non! Sa présence m'est beaucoup trop utile pour ça... je suis plutôt satisfait de ne pas m'être laissé aller à le tuer sur le trajet comme j'aurais pu le faire... SI FACILEMENT! Tu vois Morgan, tu n'es plus mon Capitaine, et comme tu le dis si bien "le destin est parfois cruel". Et il relâche brusquement le leader du Black Sails pour le jeter négligemment au sol. Alors je vais te montrer ce que c'est que la cruauté!

Sous le regard débordant de haine et de rancœur de Morgan, Thomas ordonne à ses hommes de libérer la place centrale et le pirate maudit se retrouve attaché à une croix en forme de X fermement encrée dans le mur. Le bois est partiellement recouvert de sang, preuve qu'on s'en est servit pour maintenir un prisonnier blessé... ou alors pour mutiler ledit prisonnier. Ce n'est d'ailleurs pas le seul endroit de la pièce à être teinté de rouge et Thomas peut enfin retrouver toute son assurance devant le regard déboussolé et terrifié de son vieil ami. Il l'envisage sous toutes les coutures, détaille sa chemise en lambeau totalement dépourvue de la moindre trace de sang, se perd une seconde dans ses prunelles émeraudes... rien ne semble indiquer que son cœur a déjà cessé de battre, pourtant c'est vrai qu'en quatorze an, il ne semble pas avoir pris une ride. Tant pis... puisqu'il ne peut pas faire souffrir Morgan physiquement, il s'y prendra autrement.

Le jeune Quartier-maître est bien vite amené à eux et Thomas affiche un sourire particulièrement satisfait devant son état franchement pitoyable, il est... dégoûtant, sale, couvert de sang de la figure jusque sur sa chemise, se cheveux sont humides, en bataille, collant lamentablement à son front, et le mieux de tout est qu'il ne se débat même pas, non, il se laisse traîner comme un pantin sans âme et sans volonté. Le pirate jubile de voir le sabre rouillé toujours accroché à sa ceinture et il ne lui vient même pas à l'esprit de le lui retirer... de toute façon la lame est émoussée et il est certain qu'elle se brisera au premier contact avec une autre lame. Il se retrouve bien vite attaché à la place de son supérieur hiérarchique et malgré sa nonchalance et son impertinence naturelle qui cherche à le provoquer, le rictus de Thomas ne s'efface pas le moins du monde. Il ne s'abaisse même pas a répondre, constatant toute la lassitude dans le timbre de la voix de ce sale gosse qui trouve encore le moyen de jouer les durs alors qu'il n'est clairement pas en position de force. Il est pourtant suffisamment près de lui pour recevoir en pleine figure ce qu'il lui crache dessus. Passablement agacé, son sourire s'effaçant brusquement alors qu'il à fermé un œil pour éviter que le liquide poisseux ne lui rentre dedans, Thomas décrispe pourtant rapidement ses épaules. Il s'essuie le visage avec le poing avant de s'approcher de sa nouvelle victime visiblement vacillante.

- Ça ne fait rien cher Quartier-maître... Après tout, le voyage à du être... légèrement inconfortable. Il essuie sa main sur la chemise déjà écœurante de crasse. T'as pas l'air très en forme... tu devrais T'ALLONGER UN PEU!

Et sans prévenir il lance un violent coup de poing dans la joue d'Adam pour l'étaler au sol, profitant de l'avoir passablement sonné pour venir flanquer un coup de pied à l'endroit où se trouve sa blessure la plus importante et appuyer ensuite son talon sur son poignet droit et y faire peser une bonne partie de son poids. Se détournant rapidement vers Morgan pour le toiser de son regard emplie par la démence et le désir de voir la colère et la peur ronger son visage c'est à lui qu'il s'adresse.

- Tu vois?! Il y a toujours une solution... Je vais te faire payer ton arrogance et assumer tes actes! Bientôt tu me supplieras non pas de t'épargner mais de ne pas réduire ton bien aimé Second à l'état de puzzle humain! Il écrase son pied d'un coup sec sur le poignet et reprend sur un timbre de voix plus aiguë, ses paroles entrecoupées par des petits rires qui gagnent en ampleur au fur et à mesure qu'il  s'exprime. Hahahaha... tu ne peux pas mourir?! Très bien! Tu ne peux pas souffrir?! D'accord! Et bien dans ce cas... je vais faire souffrir ce môme qui t'es si cher à ta place!!! Remercie le donc de nous avoir accompagné, il aura fini par se rendre utile finalement!

Il se baisse pour s'agenouiller près du Quartier-maître et récupérer la dague qu'il avait utilisé plus tôt pour poignarder son vieil ami et s'en sert pour la planter cette fois ci en pleine paume de la main droite d'Adam avec tant de violence qu'elle transperce entièrement l'os, la garde venant s'appuyer lourdement sur le haut de la main pour se planter à moitié dans le sol. Son rire redouble, il se sent à nouveau jubiler, et Thomas observe avec une fascination malsaine, le sang venir couler le long des doigts de son nouvel objet de torture. Il n'attend pas bien longtemps pour retirer la lame de la chair ensanglantée et venir d'un coup lacérer la chemise qu'il serre entre ses doigts, évitant en grande partie sa peau, mais l'entaillant tout de même superficiellement alors que le tissu s'ouvre en deux pour laisser entrevoir le torse blessé et bandé du Second. Quelques taches brunes montre que l'hémoglobine a continué de fuser même après que ses plaies aient sans  doute étés recousues.

- Voyons un peu ce qui se trouve là dessous...

Et lentement, très lentement, le Capitaine du Bloody Mary vient tirer sur les pansements qui collent encore à la peau et aux coutures encore trop fraîches pour ne pas s'être agrippées au tissu maculé de sang coagulé qui se déchire dans un petit bruit de craquement.









The Huntmaster

Arrivant dans la salle à l'atmosphère oppressante, Adam déglutit difficilement et manque de vomir à nouveau tant le goût de l'étrange mélange qui se balade dans sa bouche est innommable. Traîné et aussi immobile qu'un cadavre, c'est à croire que sa tête s'est réveillée mais pas le reste de son corps tremblant. Il est finalement emmené jusque dans une salle qui n'a rien d'accueillante malgré l'âtre dans laquelle brûle une feu qui le réchauffe quelque peu... et c'est bien normal : qui trouverait rassurant un endroit où se trouvent plus d'objets tranchants que le quartier-maître n'est capable d'en compter, des entraves, parfois exotiques, à n'en plus finir, des instruments dont il ne peut deviner l'utilité et ne souhaite pas particulièrement en être informé ? Et, par-dessus tout, une pièce où se trouve un Samoth démasqué qui l'observe avec le sourire d'un affamé auquel on présente un met de prince ?

À y regarder de plus près, il aperçoit Morgan crucifié un peu plus loin... ses vêtements en lambeaux, couvert de plaies exsangues loin d'être refermées. Leurs yeux n'ont le temps de se croiser que quelques secondes, mais ils se dise nt tant de choses... Il a eu le temps de voir son désespoir et sa crainte dans ses yeux verts délavés. Il pourrait hocher négativement la tête en lui riant au nez pour lui faire comprendre que ce sourire hésitant et cette tentative d'opiner du chef ne trompent personne ; au bout de trois pas dans cette pièce, Adam avait compris à quelle sauce il allait être mangé. La tête penchée en avant, voûté et à deux doigts de s'écrouler il étire son sourire le plus ironique et passe sa langue au coin de ses lèvres alors que sa respiration se fait haletante. L'espace d'un instant, la petite voix dans sa tête lui dit qu'il ferait mieux de s'inquiéter pour lui-même plutôt que d'essayer de rassurer Morgan en se donnant de grands airs mais c'est plus fort que lui... et un Adam qui ne se donne pas de la contenance, même à moitié à poil et couvert de vomi, c'est un Adam déjà vaincu.

Il se fait brusquement repousser vers le milieu de la pièce et ne tarde pas à être mis aux fers sous le regard appréciateur de Thomas auquel il se fait un plaisir de cracher à la figure des piques bien mesurées... et de lui cracher à la figure tout court. C'est que ça a l'air de le contrarier en plus, il perd soudain son sourire.

- Te sers pas de ça comme excuse pour me faire un clin d’œil, c'est les seuls fluides corporels que tu verras...

Le capitaine du Bloody Mary approche avec un air menaçant et le Second à genoux lève la tête bien haut pour soutenir son regard malgré sa faiblesse, ricanant à voix basse, très basse, alors qu'il l'excuse et lui parle de la qualité du transport tout en essuyant la main sur ses vêtements.

- J'ai vu mieux... M'enfin, c'est pas si grave, puisque tu m'invites à prendre le thé chez toi...

Il s'apprête également à faire une nouvelle remarque déplacée sur le fait qu'il cherche des excuses pour lui caresser la poitrine puisque, sans mentir, en s'essuyant dessus il va plus se salir que se nettoyer, mais il se fait bien vite couper la parole par ce salaud qui commente son état de santé avant de gentiment lui proposer de s'allonger. Le Second avait bien vite compris que la manière de s'allonger serait aussi douce que le ton sur lequel avait été prononcée l'invitation. Il n'a pas le temps d'écarquiller les yeux que le poing de Thomas lancé à pleine vitesse vient s'abattre sur sa joue, causant un éclair de douleur à travers sa dentition et la moitié de son crâne. Il s'écroule, des mouches imaginaires venant obstruer son champ de vision, et le sol aux lignes droites danse et ondule sous ses yeux alors qu'un écoulement de salive sanguinolente s'échappe de ses gencives pour venir cascader du coin de sa bouche jusque sur le plancher. Il manque de s'étouffer et lâche un râle rauque quand le pied du capitaine du Bloody Mary s'écrase sans hésitation sur le creux de son ventre et plus particulièrement là où se trouve la plaie béante infligée par un Marine. Le Second grimace de douleur et manque de vomir à nouveau alors que des bruits répugnants de régurgitation ratée s'échappent de sa gorge et de ses yeux grands ouverts. Il sent la peau de son flanc se détendre et comprend non sans peur que les coutures de sa blessure sont en train de céder peu à peu et que les lèvres de sa plaie se séparent au moins à nouveau un peu.

Il est détourné de ses réflexions par la botte de Thomas qui pèse lourdement sur un de ses poignets, le forçant à serrer un peu les dents et plisser les yeux alors que ses doigts s'agitent et se crispent nerveusement, comme une araignée paniquée. Un peu à la manière de son inconscience dans la taverne, il n'entend pas clairement ce que Samoth égosille sur Morgan, comme s'il avait la tête plongée sous l'eau... Seuls deux mots viennent nettement à la rencontre de ses tympans.

« Puzzle humain ».

Et puis c'est à ce moment que la pression sur son poignet s'est faite plus forte, le faisant distinctement crier de douleur alors qu'il entend un craquement inquiétant et que sa main s'arrête se tend brusquement avant de cesser de se mouvoir... ou douloureusement. Les yeux clos, le ventre tremblant et les lèvres retroussées, le quartier-maître s'efforce d'oublier que ce n'est probablement que le début alors que son bourreau explique hystériquement qu'il va payer pour l'incapacité de Morgan à ressentir la douleur. Et ça ne tarde pas puisqu'une dizaine de battements de cœur accélérés plus tard, il se retrouve avec une dague plantée jusqu'à la garde dans sa paume, l'os transpercé, une source de sang naissant au creux de sa main et s'écoulant sur et entre ses doigts sous le regard fasciné de Thomas. Quant à Adam, il commence à crier avant d'être interrompu par un haut-le-cœur et, cette fois, vraiment cracher un flot de bile à côté de sa tête pour ne pas se noyer dedans. Il n'a pas le temps de s'en remettre qu'un nouveau gémissement de douleur franchit le seuil de ses lèvres alors que le capitaine du Bloody Mary retire brusquement la dague de sa chair et vient lacérer sa chemise et tracer une estafilade sur sa poitrine, laissant apparaître les bandages qui couvrent son corps, bruns de sang séché et retrouvant progressivement une teinte vermillon.

- Je dois admettre que t'es doué en préliminaires, on m'a rarement désapé avec autant de classe...

Il s'efforce de glousser alors qu'il n'en a pas le moins du monde envie.

- Une catin m'a dit la même chose une fois, j'espère que comme elle tu seras pas déçu...

Il fixe les bandages que le tortionnaire se met à déchirer et se mord la lèvre inférieure tandis qu'il les décolle ni trop fort ni trop lentement, juste ce qu'il faut pour qu'il sente parfaitement ses croûtes qui s'arrachent progressivement de ses plaies, emportant avec elles quelques fils qui ouvrent un peu plus sa blessure loin d'être cicatrisée. Le ruissellement qui s'en échappe est loin d'être dramatique mais le Second connaît bien peu de personnes qui seraient rassurées de voir leur sang s'évader de leur corps.

Il profite de la satisfaction de Thomas qui semble s'amuser comme un petit fou pour jeter un coup d’œil à Morgan. Il grimace, serre les dents entre lesquels il respire fortement, mais s'efforce de lui sourire... il a déjà vu pire après tout... Non ? Prenant une longue inspiration et fermant les yeux, il tente de garder les idées claires, d'oublier la douleur qui lui lèche le bassin. Fixant un moment le plafond au chandelier éteint, il se demande l'espace d'un instant comment ils en sont arrivés là... Il ne sous-estime pas la tragédie qu'a vécu le Black Sails, mais comment ont-ils fait pour se retrouver dans le souterrain d'un psychopathe en l'espace de quelques jours seulement ? Il y a certaines situations terribles auxquelles on peut s'attendre, même si elles n'arrivent jamais, l'idée peut nous effleurer. Mais récemment, pas un instant, et même si ce Samoth lui paraissait suspect, il n'aurait pensé finir entre ses doigts visiblement experts pour se faire torturer. Et peut-être encore plus parce qu'il ne s'y attendait pas, il ne dissimule que difficilement la peur qui lui tord les tripes, l'angoisse viscérale qui l'habite, la crainte qui le pousse presque à vouloir verser quelques larmes puériles... parce qu'il n'a pas la moindre idée de jusqu'où peut aller ce type et parce qu'il ne sait pas s'il reverra ne serait-ce que la lumière du jour. Et tout ça pour quoi ? Une bête histoire de vengeance dans laquelle il n'a presque rien à faire... mais il ne peut s'en prendre qu'à lui-même, il est le seul à avoir décidé de s'en mêler. Pourtant, pourtant, il se refuse à tourner la tête vers son capitaine en quête de réponse... mais pourquoi ne lui a-t-il jamais parlé de ce chapitre de son passé ? De ce type effrayant ? Qui a tort ? Qui a raison ? Il avale difficilement une boule de salive au goût de métal pour chasser de son esprit les voix déraisonnables qui lui susurrent que tout est de sa faute et tente de réfléchir calmement. Y a-t-il un espoir de fuite ? Pas un seul garde, seulement Thomas, mais ils sont tous à l'étage... Et même s'ils se débarrassent de ce salopard, peuvent-ils seulement briser leurs liens ? Son regard se perd une nouvelle fois sur le visage du type qui décolle ses pansements avec la passion malsaine d'un enfant arrachant les ailes d'une libellule.

Et puis merde.

Puisant dans ses maigres ressources, Adam envoie un coup de boule si fort dans la tête de Thomas qu'il se fait mal lui-même et enchaîne en redressant son genou tant que possible pour cogner le menton de son tortionnaire puis se jette littéralement sur lui, bien vite arrêté dans son élan par ses chaînes, et tendant les doigts de sa main la moins meurtrie le plus possible dans l'espoir d'attraper, à défaut des clefs, la dague avec laquelle on lui a transpercé la main et déchiré les vêtements.









The Huntmaster

Ne pas perdre la face, ne pas se laisser aller à montrer sa peur et son angoisse, rester impassible... le contraire ferait beaucoup trop plaisir à ce connard de Thomas qui, puisqu'il n'a trouvé aucun moyen de faire souffrir son ancien Capitaine, a décidé de faire d'Adam son nouveau jouet. Mais comment retenir les hurlements de rage qui grondent dans sa tête? Comment ne pas serrer les dents et les poings à l'excès? Comment garder son calme et conserver un minimum de prestance quand votre meilleur ami, votre presque frère se fait traîner jusque sous vos yeux, dans un état lamentable, blessé, épuisé, couvert de sang, de crasse et probablement d'autres choses... Non, Morgan est incapable de ne pas réagir au quart de tour, il tire sur ses entraves, mais les chaines courtes lui permettent à peine un pas en avant. Thomas semble jouir d'un plaisir malsain et répugnant, mais l'immortel a totalement oublié la présence de son vieil ami, il n'a plus d'yeux que pour Adam alors qu'il songe qu'il ne devrait même pas se trouver ici... tout ça... ça aurait du se passer entre le leader du Bloody Mary et lui... eux deux et seulement eux deux, sans personne d'autre.

L'espace d'une seconde, Morgan s'interroge... Et que ce serait-il passé s'il avait été seul? Il n'aurait eu personne pour échanger sa place avec celle du Capitaine maudit, Thomas serait resté seul avec sa frustration, il aurait peut être choisit de séquestrer son ancien Capitaine pour le restant de ses jours... autant dire l'éternité, mais le Quartier-maître serait resté en dehors de tout ça, jamais il n'aurait eu à se retrouver enchaîné au milieux de cette salle de torture, jamais il n'aurait eu a supporter les provocations de ce fils de putes... bon sang, mais qu'est-ce qui lui a pris de ne pas lui donner l'ordre de le congédier?! Pourquoi n'a-t-il pas profité de sa position de supériorité pour le renvoyer sur le Black Sails? Parce qu'Adam est une tête brûlée qui ne se serait jamais laissé mettre à l'écart? Parce qu'il ne voulait pas montrer une quelconque faiblesse dans leur duo devant Thomas? Ou bien... parce que la présence de son meilleur ami à ses côtés lui plaisait finalement, parce qu'il c'est toujours sentit mieux quand il se trouvait auprès de lui. Comme un soutien, un pilier de sa conscience et de son humanité.

A présent ce pilier menace de s'écrouler... tout ça à cause de lui, et Morgan n'a plus qu'à s'en mordre les doigts. Son regard croisant enfin celui de son camarade, le ruffian ne c'est jamais sentit aussi mal à l'aise de contempler le sourire de son Second, ce sourire qui veut dire tant de chose alors qu'il a bien évidement compris que toutes les promesses muettes de son aîné ne changeront rien. A la merci de Thomas, Adam fait le fier, mais l'immortel ne sera pas trompé par un aussi piètre jeu d'acteur, il a pourtant encore pas mal de ressource le bougre! Il se débrouille même pour réussir à cracher à la figure de leur geôlier. L'acte en lui même fait sourire le Capitaine, au moins autant que la remarque qui s'échappe des lèvres du plus jeune, mais malheureusement il ne conserve pas son rictus très longtemps car le propriétaire du Bloody Mary se venge bien vite de ce geste de rébellion en envoyant un violent coup de poing terrasser Adam sous les yeux écarquillés de stupeur de Morgan qui tire sur ses entraves en grognant de rage, ses poings serrés si fort que ses ongles  transpercent la paume de ses mains.

Les cris qu'échappe son meilleur ami sont insupportables, et tout le corps du pirate maudit tremble de rage, ses yeux émeraudes ont perdu leur éclat, semblant deux billes ternes et sombres. Il se mord les lèvres, incapable d'esquisser le moindre mouvement, son regard happé malgré lui par la scène qui se déroule sous ses yeux, Thomas, au dessus de son presque frère, faisant couler le sang de sa main alors qu'il songe aux plaies qui couvrent son corps et ne se sont pas encore refermées.

- ENFLURE!! Si tu pense que j'vais rester là à te regarder faire.......

Et il tire, tire encore sur ses chaines, la croix de bois massif ne bouge pas d'un millimètre, les chaines teintent entre elles à répétition mais rien n'y fait, il n'a pas la force de les arracher non plus de la plaque de métal boulonnée à chaque extrémité du X. Ses gestes se stoppent pourtant tout net en voyant son presque frère rendre le contenu de son estomac sous le coup de la douleur qui l'assaille et il reste ainsi cloué sur place comme si on venait de  soudainement couper le lien qui permettait de relier son cerveau à chacun de ses membres. Et comme pour lui prouver que non seulement il ne peut rien faire mais qu'il n'a pas non plus l'intention de s'arrêter là, Thomas déchire subitement la chemise d'Adam, dévoilant ses blessures bandées à la lumière tamisée de la cheminée. Morgan serre les dents, son regard dévie sur son Quartier Maître qui continue encore et toujours à palabrer malgré sa position. Le Capitaine enrage, mais il ne veut pas accorder à son ancien ami le plaisir de lui donner ce qu'il veut. Et cette épreuve est d'autant plus difficile qu'alors que le maître des lieux est entrain de retirer avec une délicatesse feinte, malsaine et dérangeante les pansements qui couvrent les plaies rougeoyante d'Adam, celui ci sourit avec autant d'assurance que possible à son presque frère. Morgan hoche négativement la tête... que faire! Son regard est désespéré, perdu, envolée toute sa prestance, disparue la brève sensation de se sentir plus fort que ce connard... son moment de gloire n'aura duré que le temps d'un éclat de rire.

Le forban se prépare déjà à hurler à Thomas de relâcher Adam tout en sachant pertinemment qu'il ne fera que lui rire au nez, mais la surprise s'empare finalement du Capitaine du Black Sails lorsqu'il voit son Second se rebeller soudainement en lançant un coup de tête à leur tortionnaire qui se retrouve projeté un peu plus loin, pris par surprise  et n'ayant pas eu le temps de se défendre.

- VAS Y ADAM! SÈCHE LE CE SALOPARD!

Morgan tire sur ses chaines de plus belle, c'est le moment ou jamais, mais la ferraille résiste encore et toujours. Il pousse le longs grognement en mettant toute sa force dans ses tentatives de faire céder ses entraves, mais il ne soulève même pas un peu des boulons, ne fait même pas trembler la croix... impuissant! Totalement impuissant. L'immortel ne peut rien faire et se retrouve contraint de subir une fois encore la fureur de Thomas qui n'a pas l'intention de se laisser mettre à terre par sa victime.











The Huntmaster

Thomas n'a pas l'intention de perdre plus de temps, que ce soit en répondant aux provocations puériles et sans la moindre volonté du Quartier-maître menotté au centre de la pièce ou en se préoccupant des regards noirs et remplis de haine de Morgan. De toute façon, il n'a même pas envie de s’énerver alors que son prisonnier lui crache un mélange répugnant à la figure dont l'odeur vient agresser ses narines avant de se moquer à nouveau de lui. Rira bien qui rira le dernier, et le leader du Bloody Mary sait pertinemment que ce ne sera pas lui. Son rictus à beau s'effacer le temps d'une seconde, Thomas conserve tout son calme et sa majesté, son timbre de voix est mielleux, ses regards débordant d'un plaisir malsain alors qu'il jauge l'état lamentable d'Adam qui manque de s'écrouler totalement sous ses yeux. Et puisqu'il est déjà si proche du sol, se serait bien dommage de ne pas en profiter.

Le pirate ne se prive donc pas pour flanquer une droite monumentale à ce sale impertinent... aaah... ça fait un bien fou. Depuis le temps qu'il rêvait de pouvoir lui écraser son poing sur la figure, Thomas en ressentirait presque une montée de plaisir soudaine. Et il ne s'arrête pas là, non, pourquoi s'arrêter en si bon chemin? Profitant de ce que le Second du Black Sails se retrouve au sol, le tortionnaire lui envoie son pied dans le flanc pour réveiller sa blessure pas encore tout à fait cicatrisée et le hurlement qui s'échappe des lèvres du pauvre homme sonne comme une douce mélodie à ses oreilles. Son sourire s'étire, et il échappe un bref soupir, pouvoir ainsi se défouler sur la personne d'Adam est un formidable pied de nez au destin lui même. Celui là qui l'a fait exiler de son ancien équipage sans avoir jamais réussir à obtenir le post de Quartier-maître qui lui revenait de droit. Et dire que ce pauv' type a obtenu ce qu'il avait passé tant d'année à réclamer... cette idée le rend malade, fou de rage, sa colère vient à nouveau guider ses gestes et Thomas écrase violemment le poignet droit de sa victime pour y expulser toute sa frustration. Il sens l'os sous sa botte craquer significativement et entre dans une hystérie folle alors qu'il fait comprendre à son ancien Capitaine qu'il a bien l'intention de faire souffrir son ami à sa place puisque lui est incapable de ressentir la douleur.

Le Capitaine du Bloody Mary se saisit alors de sa dague pour réitérer le geste qu'il avait esquissé plus tôt sur Morgan mais qui n'avait rien donné. Alors qu'il lève la lame pour se préparer à frapper, il redoute presque un moment de se retrouver à nouveau devant le sourire satisfait et débordant de mesquinerie de son vieil ami... ce regard, ce rire qui le hante encore, il en a presque oublié que ce n'est plus lui qui se trouve sous son joug. Alors avec une fureur plus violente encore, la dague vient poignarder d'un coup la paume de la main du Quartier-maître qui se met presque immédiatement à suinter de sang, comme une fontaine qui se mettrait subitement à déborder. Les filets vermillons viennent ruisseler entre les doigts du jeune homme, emplissant les sillons de sa peau pour glisser le long de sa main et dessiner une petite flaque sur le sol. Adam hurle. Quel soulagement. Morgan aussi hurle... pas pour les mêmes raisons... mais cela lui plais au moins autant. Thomas échappe un ricanement aiguë et lui répond sans même l'envisager, obsédé par le sang qu'il prend plaisir à faire couler.

- Oh oui tu vas rester là et regarder Morgan ! Tu vas même rester bien sagement et m'observer entrain d’abîmer ton Second si parfait à tes yeux! Il penche la tête en arrière et son rire se fait plus oppressant. Hahahaha! Essaie donc de m'en empêcher! Je suis curieux de savoir comment tu vas t'y prendre pour le sauver!

Oh... Morgan essaie bien de se débattre, mais son ancien camarade connait bien la fiabilité de cette croix, il ne parviendra jamais à la faire céder. Il s'apprête bien vite à se reconcenter sur la dague plantée dans la main d'Adam lorsque celui ci cesse subitement de crier pour vider ses tripes sous le regard à peine surpris de Thomas qui fronce un peu les sourcils mais ne semble nullement dégoûté. Il ne tarde d'ailleurs pas à reprendre  ses maltraitances en venant retirer la dague de la chair dont le débit de sang se fait plus important sans le poignard pour faire bouchon. Il déchire d'un seul coup net et précis la chemise sale qui couvrait le torse du Second du Black Sails et ses yeux se mettent presque à briller devant la vision des bandages brunis par l'hémoglobine séchée entrain de se reteinter de rouge petit à petit. La remarque d'Adam ne semble même pas crédible, la piètre volonté de se montrer fort qui émane de sa voix est plus pitoyable encore que s'il fermait simplement sa gueule pour subir. Thomas glousse et plonge son regard dans celui du Quartier-maître.

- Si ça ta plus, tu devrais adorer la suite...

Il agite ses doigts dans le vide comme un enfant qui ne saurait pas quel cadeau il doit ouvrir en premier et ricane de plus belle à la nouvelle provocation du plus jeune, se gardant de répondre pour se concentrer sur l'un des bandages qu'il vient saisir entre ses doigts pour doucement l'arracher. La peau se soulève un peu en même temps que le tissus taché de sang coagulé, il entend la maille craquer et sens l'épiderme se déchirer en même temps qu'il emporte quelques point de sutures, faisant naître de nouveaux filets vermillons le long du torse d'Adam. Il prend son temps, se délecte, libère parfois quelques discrets et brefs gémissements de plaisir, contrairement à ceux de douleurs qu'échappe sa victime. Thomas aperçoit lentement les plaies purulentes et à moitié rouvertes qui recommencent à se dessiner sur la peau du Quartier-maître il se mort la lèvre inférieure et son regard s'arrête un instant sur une ligne d'encre noire située sous son pectoral gauche. Un tatouage? Il serait presque étonné d'en trouver un sur ce corps immaculé et tire un peu plus les bandages pour en découvrir l'entièreté. Mais, plongé dans sa fascination morbide, Thomas n'a pas vu venir le coup de boule qui vient s'abattre sur lui, lui faisant ressentir une intense douleur au niveau du front, tout comme il lui est impossible d'éviter le coup de genou qui percute son menton. Repoussé en arrière sous l'effet de la surprise et de son étourdissement qui fait pulser le sang dans son crane et sa mâchoire, Thomas échappe un râle mêlé de souffrance et de colère.

- Argh... fils de chien...

Il passe une main sur son front alors qu'Adam essaie de se jeter sur lui, heureusement bien vite retenu par ses entraves et le Capitaine du Bloody Mary s'efforce de reprendre pleine possession de ses moyens en secouant la tête et en attrapant avec une force surprenante le poignet du Second qui tente d'attraper le poignard de son bourreau. Thomas fulmine de rage et de frustration. Sa peau est rougie par le coup violent qu'il à reçu, et une petite bosse commence même à se faire voir à la base de son front. Il expire de colère, son souffle haletant s'échappant par ses narines et sa bouche, sa main tremblante, il constate pourtant que son cadet n'a pas la force de le faire plier. Il se relève en titubant sans lâcher la main d'Adam, secoue un peu la tête pour y voir à nouveau clairement et toise son agresseur d'un regard noir.

- C'était bien stupide et désespéré de ta part de faire ça p'tit con! Puisque tu tiens tant que ça souffrir je vais exaucer des prières sur le champ! Mais avant...

Il transperce l'autre main de sa dague, faisant encore une fois traverser la longue lame qu'il emmêle ensuite aux longues chaîne de métal pour empêcher d'éventuelles gesticulations de la retirer et lâche le jeune homme pour le laisser s'écrouler par terre avant de passer son pied sur la seconde main histoire de l'empêcher de bouger les bras, puis sans prévenir il écrase son pied libre sur l'un des genoux de sa victime avec la force d'une pierre, y appuyant tout son poids. Le coup est brutal... mais pas encore assez pour arriver à un résultat satisfaisant. Alors Thomas réitère son geste. Il pilonne la rotule du Quartier-maître à plusieurs reprise, s'acharnant avec une haine sans nom, il ne semble même plus éprouver du plaisir, juste un désir immense de se défouler. Un craquement lugubre et l'affaissement soudain de l'os sous sa botte lui font comprendre qu'il est arrivé à bout de ce genou ci. Sans même laisser à Adam le temps de respirer, il s'attaque au second genou et son sourire recommence doucement à peindre son visage, dévoilant ses dents. Il pouffe, d'abord doucement, puis de plus en plus fort, son rire macabre emplissant la pièce jusqu'à ce que la seconde rotule cède à son tour sous le poids du martèlement.

Thomas se dégage de la main sur laquelle son pied était appuyé, laissant la marque de son talon imprégné dans la chaire trouée, et retire ensuite sa dague avec une lenteur appuyée, son rire continuant doucement de s'échapper de ses lèvres. Il attrape le Second par les cheveux et le soulève un peu, se tenant tout de même à bonne distance de lui pour lui sourire.

- Ahah... ahahaha... comment vas tu te relever maintenant?!

Il accroupit à nouveau près de lui et observe sa main gauche ruisselant de sang jusque sur son bras, il s'en saisit avec une douceur paradoxale et vient doucement la faire caresser par la lame du poignard, parfois sur le plat, parfois sur la tranche. Les coupures son discrètes, fines, presque anodines et pourtant elle saignent abondamment. Les mains sont l'une des partie du corps qui transpirent le plus rapidement, le sel contenu dans la transpiration aura tôt fait de brûler ses plaies bien mieux que s'il avait eu à faire des entailles plus profondes. Puis lentement il fait remonter la dague le long de son indexe, en fait passer la pointe jusque sous son ongle et d'un petit mouvement vif et précis... le fait sauter.









The Huntmaster

Quel sentiment étrange que ce calme résolu et mécanique, ces barrières mentales qui se dressent d’elles-mêmes pour inhiber la douleur et la peur. Les souvenirs d’Adam sont comme un livre d’images qu’il contemplerait ; il se revoit se réveiller dans ce cloaque, inquiet, paniqué, une peur froide habitant ses intestins en se demandant où il se trouvait, le sursaut animal qu’il a esquissé quand on est venu l’attraper comme un lion en cage, une bête qu’on emmènerait à l’abattoir. Il visualise avec un recul étrange son analyse mécanique de la pièce, les déductions qu’il en tira. Il s’amuse presque de revoir Morgan attaché à cette croix, de la tête qu’il affichait. Depuis son état second, il trouve presque drôle les grimaces folles de Thomas. Il en vient à se trouver pitoyable dans ses réparties pauvres et bien peu inspirées jusqu’à se faire frapper par son tortionnaire avec la certitude qu’il attendait ça depuis plusieurs jours. C’est à ce moment qu’Adam s’est senti basculer dans ce cocon mental, une anesthésie psychique pour s’efforcer de ne plus penser, cacher son âme dans un coffre-fort cadenassé pour ne pas qu’elle soit endommagée et trop meurtrie par les traitements qu’on allait lui infliger. L’instant d’avant il éprouvait la peur de souffrir, des supplices qu’il allait devoir endurer, maintenant qu’il est plongé dans le feu de l’action il ne pense plus, ressent et réagit basiquement, exprimant sa douleur, s'abandonnant à l’ironie de sa nature profonde, mais résolu à souffrir, comprenant l’inéluctabilité de son destin.

Et pourtant, pourtant, après que sa main ait été transpercée, alors que Thomas semblait soudainement interpellé par quelque chose, Adam perçut comme un espoir, un réflexe de survie, se sentit habité par un instinct de conservation primaire pour s’en prendre à son bourreau et tenter une évasion inespérée sous les encouragements de son meilleur ami.

C’est maintenant ou jamais… l’occasion à ne pas rater qui ne se représentera pas, l’étincelle d’espoir… qui meurt dans l’abîme des actes manqués. C’était maintenant ou jamais, ce ne sera jamais. Sa main tendue pour saisir ce poignard comme s’il cherchait à attraper entre ses doigts la ligne infinie de l’horizon, il sent le creux dans son cœur devenir béant quand la poigne violente de Samoth se referme sur son poignet. Il lève des yeux fatigués sur lui pour observer son air dur et en colère, ne savourant même pas le plaisir de voir son visage déformé par la bosse qui naît sur le haut de son crâne. Il se rappelle avec des haut-le-cœur les précédents gloussements, les sourires d’extases, les gémissements satisfaits alors qu’il prenait son pied à le faire plier tout doucement. Maintenant qu’il voit ces traits haineux et excédés, la seule chose qu’Adam espère encore c’est que ça ira vite.

Trop las pour ne serait-ce que penser à résister, lutter contre cette main crispée sur la sienne, il regarde l’homme se relever, le surplombant, tordant son poignet et l’écoute sans l’entendre. Aucun mot ne peut exprimer ce que renvoie le regard qu’il lui lance. Il se cambre vers le haut, son torse se dirigeant vers les genoux de Thomas, alors que la lame pénètre sa seconde paume et se mêle à des chaînes pour ne pas s'en déloger. Chaque tremblement provoque chez Adam une douleur vicieuse qui entraîne des couinements ridicules, des plaintes aiguës et pitoyables. Quand son autre main se fait écraser par le pied de son tortionnaire, comme un sentiment de déjà-vu, il ouvre la bouche en un cri muet comme s’il asphyxiait et il la referme subitement quand la seconde jambe vient s’écraser contre son genou. Il manque de s’étouffer avec la salive qu’il avale brusquement et ses dents claquent contre sa langue qui se met à saigner abondamment. Renversant sa tête en arrière, il observe l’ombre projetée par l’âtre contre le mur, ces silhouettes macabres et déformées, comme un théâtre d’ombres chinoises qui se découpent sur une toile tendue, et voit la lugubre forme de Thomas s’acharner sur la sienne qui semble agitée de spasmes, se désarticulant au rythme de ses cris. Ses yeux s’écarquillent au point qu’il craint que ses paupières ne se déchirent et sa voix se coupe brusquement en un dérangeant gargouillis si bien qu’on pourrait penser qu’il a rendu son dernier souffle alors qu’un craquement plus prononcé et morbide résonne dans le sous-sol pour saluer la fissure de sa rotule. Il vomirait à nouveau s’il lui restait quelque chose dans l’estomac. Il n’a pas le temps de réaliser ce qui vient de se passer, de se demander si c’est seulement réparable, que l’enculé en train de tenir sa promesse de faire de lui un puzzle humain s’attaque à son autre jambe.

Les légers gloussements se muant rapidement en rires déments emplissent le sous-sol mais surtout la tête d'Adam, ricochant de façon déformée contre chaque coin de sa tête, ne voulant pas ressortir de ses oreilles bouchées par un bourdonnement de douleur. Ses yeux lui semblent couverts par un voile rouge de peine alors que le goût métallique du sang lui imbibe les papilles, qu'il se mord la lèvre pour ne pas gémir et qu'il se tord comme une poupée désarticulée à chaque coup infligé à sa jambe qui cède bientôt à son tour dans un bruit sourd à soulever le cœur et qui finit de lui faire se mutiler la lippe, presque autant que la sensation brûlante du cuir enfoncé dans sa chair à vif et qui s'en retire. Le rire malin et tonitruant, une vraie caricature, de Thomas s'accentue alors qu'il retire doucereusement la lame de sa paume traversée. Son rire est accompagné des sanglots étouffés du quartier-maître qui ne verse pourtant pas une seule larme alors qu'il se fait attraper par les cheveux pour être redressé en position presque assise histoire de profiter pleinement des moqueries de son bourreau. Tellement drôle, tellement drôle que ces hoquets de douleurs, ce réflexe presque enfantin, se mue en un rire guttural bien plus grave que le timbre habituel du Second qui se lèche la lèvre inférieure dégoulinant d'hémoglobine se répandant jusqu'au bout de son menton pour soutenir le regard de Samoth de ses yeux délavés mais d'autant plus lugubres, fantomatiques, articulant d'une voix d'outre-tombe.

- J'ai pas vraiment besoin de me lever... Puisque c'est allongé dans la crasse que tu viens à ma hauteur...

Quand la lame vient danser sur sa main il s'efforce de garder un sourire tordu par la douleur, haletant comme pour retenir quelque chose qui voudrait sortir de lui contre son gré, ses cris en l'occurrence, clignant frénétiquement des paupières et levant les yeux au plafond alors que ses mains déjà moites imbibent ses plaies de sel qui transforme bientôt ses paumes en un carré d'un supplice cuisant. Il fait couler son regard sur le coutelas qui vient se glisser sous son ongle et sursaute quand vient le coup sec bien qu'il savait pertinemment que c'était ce qui allait arriver. Et les sursauts et petits gémissements se succèdent... trois, quatre... sept... huit... huit et demi... dix... Ses doigts déjà bien poisseux de sang foncé terminent de se couvrir d'écarlate alors que le liquide rouge s'échappe du bout de ses doigts mis à nus, comme s'il avait plongé ses bras dans les entrailles d'un cadavre encore frais.

Perdant son rire, son sourire, Adam soupire brusquement et sa tête s’affaisse, sa respiration se faisant faible mais lourde , ses épaules s'affaissant... Avant de brusquement tendre le visage vers la gorge de Thomas pour y enfoncer ses dents, malheureusement pas assez profondément et bien vite délogé par un coup de poing au niveau de la pommette qui l'envoie s'étaler un peu plus loin, à nouveau bien vite retenu par les chaînes qui manquent de lui déboîter l'épaule... Répandu de tout son long par terre et sur le ventre, quelque peu tremblant, le Second jure et ne manque de force pour se relever. Il voit une botte entrer dans son champ de vision et ne prend même pas la peine de relever la tête. Comme s'il ne savait pas qui se dresse de tout son haut devant lui... Le bras gauche écrasé sous le ventre, le quartier-maître n'écoute même pas ce que dit Thomas s'il déblatère encore des conneries et serre les dents en tendant brusquement la tête quand l'une des lourdes bottes vient soudainement s'écraser sur ses doigts, pas assez fort pour les blesser mais juste ce qu'il faut pour le faire souffrir et l'empêcher de les bouger sous le poids de ce pied. Il ne comprend pourquoi son index a été épargné que lorsque l'autre chaussure vient se glisser en-dessous de celui-ci et qu'il commence à en lever la pointe pour le contraindre à se dresser progressivement. Il écarquille les yeux de terreur et se met à agiter nerveusement les phalanges sous la lourde semelle, convulser vainement son pouce, même tenter futilement d'exercer la pression de son index contre le cuir qui arrive à son apogée pour s'appuyer contre lui et commencer à appuyer dessus... Non... il n'y a pas moyen que ce membre se replie contre le dos de sa main, pas vrai ?

Un coup sec.

Crac.









The Huntmaster

Encore la vision brève et fugace d'un espoir qui s'envole dans un nuage de fumée. La tentative d'Adam de reprendre le dessus sur son bourreau n'aura finalement été qu'une perte de temps, Thomas n'a eu aucun mal à maîtriser le Quartier-maître courageux et bien déterminé à vivre et il a balayé ses rêves ainsi que ceux de son Capitaine d'un simple revers de la main. Morgan est de plus en plus paniqué, ses entraves n'ont pas l'air de vouloir céder le moins du monde et pourtant il ne cesse de s'acharner dessus comme un forcené. Il force tant et si bien sur les lourds bracelets de métal que ses poignets commencent déjà à s'abîmer sans qu'une quelconque sensation de douleur ne le pousse à freiner ses ardeurs, il tire, il tire car il sait que la vie de son presque frère en dépend, il tire parce que c'est la seule et unique chose qu'il peut faire. Tirer... et hurler. Et pourtant, l'immortel reste incroyablement stoïque, seul ses iris bougent frénétiquement, se posant alternativement sur Adam et sur son vieil ami, ses dents serrées, se crispant parfois sur ses lèvres ne laissent pas échapper le moindre cri, seuls quelques grondements de rage viennent parfois racler le fond de sa gorge, mais il sait bien que s'il montre sa colère, que s'il n'échappe ne serait-ce qu'une supplication, Thomas se fera un plaisir de les renvoyer de là où elles viennent.

S'il se sentait déjà frustré de ne pas pouvoir verser une larme à la mort de ses compagnons tragiquement disparus sur le Black Sails, Morgan en vient  à haïr un peu plus, non pas ce traitre de Thomas, mais bien son immortalité qui le rend intouchable et insensible physiquement. Même si une haine indicible et viscérale l'habite, il n'en ressent que l'impression, mais aucune boule ne noue son estomac, ne serre ses trippes, son cœur reste définitivement inerte et aucune respiration saccadée ne passe le pas de sa bouche. Pourtant il lui arrive parfois d'échapper encore de bref réflexes, lever ses épaules et les rabaisser dans un semblant d'inspiration... mais cette fois ci, le ruffian se trouve tellement concentré sur l'horrible spectacle entrain de se dérouler sous ses yeux qu'il semble plus mort et frigide que jamais.

Les hurlements d'Adam qui redoublent,  son visage qui se déforme par la douleur, son corps qui se teinte doucement de rouge... qu'a-t-il fait pour mériter un tel châtiment? Rien... rien à par être le Second et meilleur ami de Morgan... rien à part être resté fidèle à lui même en toutes circonstances, rien à part... exister simplement. Et Thomas se défoule toujours plus sur le malheureux. A chaque seconde, Morgan prie pour ne pas le voir rendre son dernier soupir, il en a échappé des sursauts en le voyant soudainement cesser de bouger, de crier. Comme si finalement sa voix poussé à son paroxysme était le seul moyen de certifier qu'Adam est toujours vivant, Morgan en vient presque traitreusement à espérer qu'il ne se taira jamais, il redoute plus que jamais ce moment ou un silence terrifiant et lourd raisonnera dans la salle de torture, uniquement perturbé par le rire démoniaque et malsain du Capitaine du Bloody Mary. Il le déteste, il ne pourra jamais lui pardonner ce qu'il à fait, jamais. Morgan continue à tirer sur ses chaines avec autant de force que possible, mais ce n'est à présent plus qu'avec le désir sombre et redoutable de pouvoir sauter à la gorge de cette enflure, lui arracher le nez et les yeux avec les dents, enserrer ses mains autour de son cou pour le pousser à la mort... lentement... très lentement . Dans l'esprit du pirate maudit, des visions d'horreurs commencent à germer dans lesquelles il est devenu le bourreau de Thomas, il a presque l'impression que ces rêves éveillés l'apaisent. Mais le rêve cède bien vide sa place à la réalité lorsque le maître des lieux s'attaque soudainement aux genoux d'Adam à grands coups de talon. Inutile, sans le moindre pouvoir, transpercé par la rancœur et le mépris, c'est dans un rire sans vie et vide de la moindre émotion que le pirate s'adresse à son ancien coéquipier.

- J... Je te le jure Thomas... je vais te tuer... je vais te tuer... JE VAIS TE TUER!

Mais aucune menace ne peut venir à bout du Capitaine du Bloody Mary qui semble y prendre plus de plaisir qu'une quelconque forme d'avertissement. A défaut de n'arriver à rien en tirant, Morgan essaie cette fois si de briser purement et simplement la plaque de métal qui maintient ses fers. Son poing fermé frappe lourdement contre le bois, les coups raisonnent à travers la pièce à l'image des hurlements qu'échappent Adam alors que ses rotules viennent de se démanteler, réduites en morceaux. Et ce rire... ce rire qu'échappe Thomas, il l'exècre au plus au point, il va le rendre fou, et cette foutue planche qui continue de résister, et ces chaines qui ne daignent même pas se fissurer. le Capitaine du Black Sails tire, et frappe à répétition, ses grognement de rage se fond de plus en plus lourds, de plus en plus fort, bien vite transformé en de vrai cris, pas dirigés contre son ancien ami non... mais contre lui-même. Ses chevilles exercent la même pression que ses poignets, mais là aussi, les entravent résistent.

Le sang d'Adam continue à se répandre sur le sol et son corps alors que Thomas lui a lentement arraché les ongles un par un... mais, nouvelle leur d'espoir désespérée, le Quartier-maître n'a pas encore dit son dernier mot et tente une nouvelle fois de se soulever contre son agresseur... encore un geste bien vite balayé par la suprématie du Capitaine du Bloody Mary qui n'a besoin que d'un coup de poing pour reprendre le contrôle. La haine de Morgan grimpe à son paroxysme alors que le corps déjà détruit de son presque frère gît au sol, face contre terre... mais il sait déjà que le pire reste à venir, et il se déteste d'autant plus qu'il ne pourra rien y faire. Le ruffian s'insulte, se maudit plus qu'il ne l'est déjà, sa pression sur les menottes est virulente mais il cesse soudainement tout mouvement, écarquillant les yeux de terreur alors qu'avec une lenteur calculée, le tortionnaire fait délicatement remonter l'indexe d'Adam dans une position parfaitement improbable. Non. Le doigt se tend. Non. Il se repli. Non. Il se brise.

Non...

Les lèvres de Morgan ce meuvent dans le vide. Aucun son n'en sort. Sa liberté de mouvement lui a été volé, il ne peut que rester lourdement planté, pieds écartés et bras levés, les yeux comme harponnés par un spectacle vicieux et malsain. Il voudrait fermer les paupières alors qu'un nouveau craquement retentit et qu'un second doigt vient se retourner contre le dessus de la main du Second... mais impossible d'ignorer. Impossible de ne pas regarder. Tous ses espoirs semblent soudainement aussi mort que son corps et la rage se transforme en tristesse. Le ruffian voudrait pouvoir laisser chacun de ses membres s'écrouler, se laisser tomber à genoux, mais ses entraves l'en empêchent. La tête basse... un cinquième craquement retentit. Et c'est sans oser plonger son regard que ce soit dans celui de Thomas ou de son Second qu'il vient s'adresser au maître des lieux. La voix morne... et suppliante.

- Arrêtes... Mais Thomas ne semble même pas l'entendre. Arrêtes... Son ton monte et son timbre devient menaçant. Ça suffit! ARRÊTE CA!!!!!!!!

Et comme dans un dernier élan de violence il vient tirer si fort sur ses chaines que... la plaque de métal retenant la chaîne de son pieds droit fini par se déboulonner brusquement sous le regard abasourdit du Capitaine qui devant ce signe presque trop beau pour être vrai continue à tirer comme un fou sur les maillons de métal. Si celle ci a cédé alors les autres ne devraient pas tarder à en faire de même!











The Huntmaster

Aaah... Sacré Morgan... Ses menaces feraient presque éclater de rire le Capitaine du Bloody Mary s'il n'était pas déjà trop occupé à  ricaner de son macabre défoulement sur les rotules de son bien aimé Second. Les cris du jeune homme  ne le font pas sourciller, au contraire ils lui offrent même un petit plaisir certain, il s'amuse de son corps se tendant, se crispant, se convulsant sous la souffrance qui le tord alors qu'il est presque crucifié au sol, incapable de se débattre. Oooh non Morgan ne lui fait pas peur, qu'il continue de hurler s'il en à envie, ce n'en est que plus amusant, après tout n'est-ce pas pour ça que Thomas a choisit de prendre comme victime cette personne si chère à ce cœur qui ne bat plus? Pour faire souffrir son vieil ami, pour lui faire ressentir ce que c'est que d'avoir mal, non pas physiquement, mais mentalement. La torture psychologique est parfois bien plus efficace que la torture physique, elle ne tue pas mais pouce à la démence, elle ne laisse aucune trace sur le corps mais provoque d'irrémédiable dommages à l'esprit et Morgan à beau être immortel et immunisé contre la douleur et toutes forme de blessures... il 'est surement pas insensible à la folie, celle qui ronge l'âme et l'essence... celle là même dont est pris le maître des lieux alors qu'il maltraite avec une dextérité dérangeante le malheureux dont les genoux se brisent sous ses pieds.

- Gardes tes menaces pour toi Capitaine... elles ne valent rien ici!! Il halète. Tu veux me tuer?? HA! J'ai déjà entendu ça tout à l'heure et je ne suis toujours pas mort! Arrêtes donc de te donner de faux espoirs, le seul qui risque de mourir aujourd'hui... c'est lui! Il soulève Adam par les cheveux et éclate d'un rire tonitruant.

Thomas salut pourtant la force d'esprit de sa jeune victime c'est le moins qu'on puisse dire. Il est entrain de le réduire en charpie, d'en faire des miettes, de le malmener de l'insulter, et pourtant malgré tout le Quartier-maître continue à parler, à le provoquer. Son ton manque cruellement de vie et de conviction, on croirait qu'il n'est même pas conscient de ses propres paroles, mais il parle tout de même toujours. Il cri aussi certes, mais il ne s'agit là que de cris du cœur, des réflexes du corps dus à la douleur... ce ne sont pas ces cris là que le Capitaine du Bloody Mary veut entendre. Ce qu'il veut lui c'est détruire ce gosse effronté et si parfait, il veut voir la souffrance ronger chaque partie de son être, l'horreur emplir chaque pore de sa peau, il veut le rendre si faible et débile qu'il n'aura même plus la force de cligner des paupières. Lui faire ravaler sa fierté agaçante, le rendre plus inerte qu'une loque... tout simplement l'anéantir, comme on anéantit la vermine, comme on éradique une nuisance, une épine sous le pied.

Maintenant toujours le Quartier-maître du Black Sails par les cheveux, se gardant bien de répondre à sa remarque qui cherche sans doute à se faire blessante, Thomas s'accroupit à nouveau près de sa victime pour dessiner les sillons de sa main du bout de sa dague, creusant quelques entailles légères mais qui seront bien vite remplies par le sel présent dans la sueur qui perle déjà dans sa paume. Mais c'est avec une tendresse et une douceur malsaine qu'il vient doucement glisser la pointe de la lame sous l'ongle de son indexe pour le faire sauter d'une simple pression. Il s'attend presque à un nouveau hurlement guttural, mais ce n'est qu'un bref gémissement qui s'échappe des lèvres d'Adam. Affichant une moue contrariée, dévisageant le doigts qui dégouline d'hémoglobine, il s'attaque rapidement au majeur... guère mieux... l'annuaire... ah cette fois c'était un petit cri suraigüe presque adorable et l'auriculaire? et le pouce? Hmm... il se retient de toute évidence... le fier Second essaie de rester fier un peu plus longtemps. Thomas hausse les épaules. Ca ne fait rien, il aura peut être un meilleur résultat avec la seconde main? Cette fois ci on commence dans l'autre sens... le tortionnaire glousse, il s'amuse, il sent bien sa victime au bord de laisser échapper toute sa souffrance...

Adam ne réagit presque plus... mais une fois encore il semblerait que son désir de s'en sortir soit plus fort que la torture et Thomas sursaute quand il sent les dents du jeune Second venir soudainement lui agripper fortement le cou. Cette fois ci pourtant, l'assaut est bien moins vigoureux, il manque d'assurance et de force et le Capitaine du Bloody Mary parvient à écarter l'enragé d'un coup précis juste sous son œil. La bouche pleine de sang du pirate a laissé quelques marques sur la peau de Thomas, le dessin de sa dentition et un large filet de bave ensanglanté qui coule le long du col de sa chemise. Le plus âgé ne prend même pas la peine de l'essuyer, se redressant dans un long soupir pour s'approcher d'Adam étendu sur le sol.

- Pas de ça entre nous cher Quartier-maître... qui tu veux impressionner? La raclure infecte et sans cœur qui te sert de Capitaine? Laisse moi rire!

Et c'est bien ce qu'il fait en se postant face au Second pour piétiner sa main droite avec satisfaction, s'assurant tout de même de laisser libre l'indexe couvert du liquide vermillon et poisseux qui jaillit de l'endroit où jadis se trouvait son ongle. C'est alors qu'il se sert de son autre pied pour venir minutieusement soulever ledit indexe de la pointe de sa botte. le doigt lui obéit à la perfection, même si lorsqu'il atteint une position verticale, il semblerait que le Quartier-maître cherche à lui opposer de la résistance... mais quelle résistance. Elle est bien vite soufflée par la force naturelle de Thomas qui n'a même pas besoin de trop ce fouler pour venir retourner le doigts dans le sens opposé à sa pliure naturelle. Un craquement retentit bien avant que le bout du doigt ne touche le dessus de la main, mais lorsque le Capitaine du Bloody Mary retire son pieds pour passer au suivant... l'indexe ne reprend pas sa position initiale. Il reste plié dans cette immonde posture tout ce qu'il y a de plus dérangeante et anormal. Le majeur résiste un peu moins longtemps à la pression de la botte et cède directement  à partir de la première phalange, se retrouvant dans une position tout aussi étrange. L'annuaire et le petit doigt sont plus souples, ils résistent manifestement plus longtemps et ne craquent que lorsqu'il parviennent à toucher le dessus de la main ensanglantée.

Chaque nouveau craquement fait expirer à Thomas un gémissement de plaisir, il en ferme parfois les yeux et oubli de se délecter de la souffrance du plus jeune tout comme il ne tient pas compte des hurlements presque dérangeants de Morgan... oui... sa voix le dérange, elle l'embête... et s'il le bâillonnait? Il serait plus tranquille pour savourer cet instant. Même son ton suppliant ne l'a pas fait réagir, comme si tout ce qui importait finalement c'était la destruction à petit feu du jeune homme. Seulement voila... Thomas n'avait peut être pas prévu que la rage de son vieil ami finirait par payer. il reconnait le bruit sourd d'un boulon qui éclate et d'une chaine qui se retrouve au sol, se retournant brusquement dans la direction de son ancien Capitaine  pour le fusiller du regard.

- QUOI?? Il n'en crois pas ces yeux. Comment a-t-il réussit à briser son entrave?

En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, l'acharnement de Morgan redouble, mais Thomas est bien décidé à poursuivre peu importe la situation. Il se baisse alors brusquement pour venir plaquer sa lame contre la gorge d'Adam, le retournant sur le dos et le soulevant un peu contre lui histoire que Morgan puisse parfaitement assister à la scène.

- Plus un geste !!! Si tu oses bouger ne serait-ce que d'un millimètre de plus sa tête finira détachée du reste de son corps! Je te préviens!!! Il appuis un peu sa lame pour faire couler le sang et bien lui faire comprendre qu'il ne plaisante pas.

L'ultimatum semble fonctionner puisque Morgan cesse de se débattre, mais son regard écarquillé rongé par l'impuissance est encore insuffisant pour faire passer sa colère... et dire qu'il a faillit tout gâcher ce diable! La dague dans la main droite, la tête d'Adam reposant contre son torse et toujours menacée par la lame, Thomas, furieux, vient se saisir de la main gauche du Quartier-maître et la remonte pour l'appuyer contre le torse de son propriétaire. Il appui fermement dessus et vient se saisir de l'indexe sur lequel il se met à forcer avec rage. Crrrrac. La folle frénésie de Thomas semble redoubler après cette "frayeur" il expire lourdement par les narines le regard rivé droit sur Morgan, un sourire démoniaque aux lèvres, il se saisit ensuite du majeur gauche... le tien fermement entre ses phalanges crispées qui tremblent, tremblent, sa main esquisse alors un brusque mouvement vers le bas, tellement violent  que le doigt d'Adam ne ce brise pas seulement mais se retrouve brusquement transpercé par l'os qui se scinde en deux sous la pression et ressort de la chair mise à vif et d'où vient s'échapper une rivière de liquide rouge et poisseux. Le majeur n'est encore rattaché à sa main que par une maigre couche de chair et de peau, il pendouille lamentablement contre le dessus de sa main et Thomas s'en trouve être le premier surprit.

- Oh... on dirait que c'est terminé pour celui là...

la vue de l'hémoglobine qui vient dégouliner sur le torse du Quartier maître semble calmer le tortionnaire qui reprend une respiration plus calme, comme cherchant lui même à se réguler... Il ne semble pourtant pas écœuré le moins du monde par cette vision dégoutante, il regarde simplement son travail d'un air détaché, comme on jaugerait une œuvre d'art.









The Huntmaster

Merde, merde, merde et merde ! Cette douleur lancinante, incessante, insoutenable à l'intérieur de sa tête qui cogne encore et encore contre sa boîte crânienne ! Si seulement il savait à quoi elle est due ! Cette foutue bouteille ? Les coups qu'il s'est pris au visage ? Ses chutes ? La voix de Thomas qui résonne ? Celle de Morgan qui s'égosille, entre haine et supplications ? La sienne qui lui paraît si lointaine ? Les angoisses qui montent, montent et montent encore ? Ou simplement la douleur si intense que tout son cerveau sonne l'alerte...

Ses mains saignent, son torse saigne, son flanc saigne, ses genoux saignent, sa pommette saigne. Ses jambes et ses doigts ont doublé de volume, une bosse gonfle sous son œil. Le voilà qui assiste presque aussi impuissant que Morgan à la destruction morbide et répugnante de ses doigts qu'on plie sur eux-même. Thomas est-il si précautionneux dans ses gestes, si sadique, ou Adam assiste-t-il à cette mutilation malsaine au ralenti ? Probablement un peu des deux. Les paupières incapables de se fermer, desséchant ses yeux au passage, le Second ressent avec terreur la valse décadente de ses tripes qui se serrent, se liquéfient, le rongent de l'intérieur comme une main de glace qui viendrait empoigner ses viscères. Dans un premier temps il n'y a aucune douleur, un interlude de paix qu'il pourrait presque apprécier s'il n'était pas le spectateur démuni de sa propre réduction en poussières. Quelle atrocité que d'être le témoin inerte de la désarticulation d'un de ses membres... De ce doigt qui se plie tout doucement, tout doucement, tout doucement, ploie un peu plus, un peu plus, un peu plus... et se brise dans un bref craquement sec, comme une brindille qui cède.

Adam se cambre d'un coup d'un seul, comme si le sol venait de brûler son visage, et un hurlement retentissant s'impose à lui et résonne probablement jusqu'à l'étage. Crispé, rigide, incapable de se détendre à nouveau, les seules pauses qu'il prend pour respirer sont celles que son corps prend mécaniquement au moment où une nouvelle phalange se scinde. Ses yeux sont humides mais pas assez pour dégouliner, sa voix s'éraille, meurt en trémolos décroissants. Lorsque son petit doigt plie il ne produit plus qu'une plainte courte et s'éteignant. De grands flashs polluent son champ de vision, son bras entier est irradié d'un feu intérieur projeté jusqu'à la base de son cou. Il transpire à n'en plus finir et tremble au rythme de sa respiration erratique alors que ses yeux roulent dans leurs orbites à la recherche d'un point net. Son regard dénué de volonté se porte sur le dernier rescapé de sa main en train de ployer à son tour sans autre forme de résistance que celle qu'impose la structure de son squelette... Bon Dieu, pour tous les autres il pouvait le concevoir, mais il n'aurait jamais pensé qu'un pouce pouvait se tordre ainsi.

Dévasté, incapable de penser, sourd à tout ce qui l'entoure, il n'a d'yeux que pour sa main droite dans un état purement et simplement pitoyable, on dirait la charpie tordue et lacérée d'un animal étrange, une sculpture occulte. Et pourtant, un bruit le sort de sa léthargie, quelque chose qui s'arrache du bois, une mécanique qui cède, un objet métallique qui s'écrase sur le sol et le tintement des chaînes qui dansent après avoir s'être détendues. Il tourne brusquement la tête en direction de Morgan en même temps que Thomas croasse. Et, erreur fatale, à ce moment précis il se laisser aller à quelque chose qu'il n'aurait jamais fait s'il avait toute sa tête : il croit. Oui, il croit, il espère que son presque frère qui commence à se détacher va tout simplement se défaire de tous ses liens et le sortir de ce mauvais pas. Et les braises fumantes de l'espoir s'éteignent, de toute façon elles n'auraient jamais dû se rallumer, quand Thomas vient se saisir de lui pour le plaquer contre sa poitrine, la lame contre sa gorge. Et voilà qu'il hurle, menace, calme les ardeurs, la lame s'appuie légèrement sur sa gorge pour faire couler un peu plus de sang... Qu'il en soit ainsi. Adam profite de la poigne précipitée de Thomas pour brusquement tourner sa tête de côté et faire glisser le poignard tout le long de son cou, presque jusque sous son oreille. La douleur est lancinante, le liquide chaud se déverse lentement sur sa gorge pour venir maculer un peu plus sa chemise. Oh oui, Adam veut en finir, que toute cette folie, ce cauchemar, s'arrête, priver Thomas de son plaisir en lui claquant entre les doigts, profitant d'une de ses erreurs, épargnant à Morgan la vision de sa torture, s'épargnant des peines supplémentaires... Malheureusement, il déchante vite et la sérénité de son regard disparaît bien vite pour montrer un abattement sans commune mesure : Samoth a de bons réflexes, il a eu le temps de reculer la lame avant que cela ne soit trop grave, blessure il y a, mais pas profonde, le sang coule, mais pas à gros bouillons. De sa vaine et lâche tentative ne résulte qu'une collerette de sang et une nouvelle plaie qui le fera souffrir alors qu'il pâlit un peu plus à chaque instant. Il fait alors face à son meilleur ami et lui lance un sourire las, le visage blafard, les yeux creusés, la voix douce et au volume bien bas, ignorant royalement son bourreau.

- Morgan, sois gentil. Mets un terme définitif à tout ça en te détachant ou reste bien sagement où t'es, regarde ailleurs, écoute le vent qui souffle entre les pierres, ce genre de choses. Il se fatiguera avant toi.

Et quant à lui... il n'en peut déjà plus. Sa main gauche se fait tirer vers le haut et... Par tous les dieux, est-ce que ce type est vraiment en train de briser son doigt en tirant dessus ?! Les dents serrées, Adam agite les épaules, sa nuque convulse, il se débat vainement, les yeux fermés, secouant un peu le bassin, mais rien n'y fait. Il crie lorsque l'appendice se brise, s'affaissant d'un coup, les yeux écarquillés et la bouche ouverte. Thomas ne fait même pas attention à ce qu'il fait, ne le regarde même pas, comme s'il n'était qu'un outil de torture, que le torturé était Morgan. La poigne sur son majeur est déjà douloureuse, les tremblements dérangeants, surtout mêlés aux siens. Et puis arrive un coup brusque auquel Adam assiste une nouvelle fois avec une lenteur virtuelle, il chuchote quelques « Non » incrédules puis hurle plus violemment que jamais en sentant ses chairs se déchirer, regardant vers le haut malgré lui. Un silence inquiétant règne alors dans la pièce, seulement ponctué par sa respiration haletante et chevrotante. Effrayé, il n'ose plus bouger mais une curiosité inquiète le pousse à observer à nouveau sa main quand Thomas y va de son petit commentaire. Ses yeux se ferment et il sanglote, hochant négativement la tête.

- Non... non... c'est pas possible... c'est un cauchemar... non...

Quelque chose se brise en lui après avoir vu son doigt, arraché manuellement par ce grand malade, inerte, pendant comme celui d'un cadavre décomposé, uniquement attaché par un petit bout de chair sanguinolente. Rien que d'envoyer à son cerveau l'information, le désir de le mouvoir, le fait souffrir et rien n'y fait : le tendon a été sectionné et s'agite dans le vide. Le désespoir le plus glaçant s'empare alors d'Adam qui se détend brutalement, s'affalant sans ménagement sur Thomas, presque comme s'il venait de faire un malaise... ce qui n'est pas si loin du compte. Détaché de la réalité, profondément traumatisé, il songe à tout ce qu'il ne pourra plus faire avec cette main : un doigt d'honneur à la française, saisir pleinement et fermement son mousquet ou son sabre, les faire tourner dans sa main, se lécher le doigt après le repas, claquer des doigts, jouer de la guitare... bon Dieu et dire qu'il y a tellement d'accords dans la chanson qu'il jouait il y a deux jours à peine... Et tous ces gestes bêtes et simples du quotidien...

Trouvant une force insoupçonnée dans la colère qui l'envahit soudainement, Adam s'agite frénétiquement, donne des coups de coude, cherche à frapper son mutilateur avec la tête, roule des épaules, plante ses doigts restants dans la main de Thomas.

- AAAAH ! FILS DE PUTE ! JE VAIS TE TUER ! TU M'ENTENDS ?! JE VAIS TELLEMENT TE MASSACRER QU'IL EN RESTERA PAS ASSEZ POUR MORGAN !

Un coup sur le bas de la colonne le fait taire, se tendre puis se laisser pendre en avant, à l'instar des deux pans de sa chemise, ses cheveux et les bandages à moitié déchirés qui touchent presque le sol, stoppant aussi sec sa furie mais ne faisant pas disparaître son regard noir.

- Putain de bâtard... T'es mort...

- Hm... vraiment ? Pour ça tu as peut-être besoin qu'on referme tes plaies ? Répond presque gentiment Thomas.

Adam cherche l'ironie dans la phrase, le coup de pute, clignant des yeux, coi. Il gémit à peine quand on le laisse tomber lourdement par terre et observe son tortionnaire se rendre à la cheminée pour en récupérer une petite casserole en train de chauffer. Non, ne lui dites pas que ce type avait fait un onguent pour recommencer plus tard ?! Thomas se rapproche de lui et le Second y croirait presque alors qu'il se penche sur sa blessure à la main... jusqu'à ce qu'il voie un imperceptible tic des lèvres qui se mue en rictus malsain quand il lui verse un peu d'huile bouillante sur la plaie.

Le Quartier-maître se tord de douleur, hurle et convulse, agité de spasmes alors que toutes ses meurtrissures se couvrent petit de liquide en ébullition.

- Je n'y suis pas allé de main morte, j'aurais dû en prévoir plus...

Et il jette le mince filet encore au fond du récipient sur les yeux d'Adam.









The Huntmaster

C'est un supplice... une torture... un terrible cauchemar! Non, Morgan ne ressent peut être pas physiquement la douleur mais assister à la mutilation, au démantèlement, à la réduction en poussière de son meilleur ami, de son presque frère est peut être pire encore que la plus insupportable des souffrances. Il est impuissant, enchainé à la croix de bois qui maintient chacun de ses membres emprisonné, il se hait et se déteste autant qu'il hait et déteste Thomas, autant qu'il se maudit d'avoir accordé sa confiance au Capitaine Samoth, autant qu'il s'en veut de ne pas avoir renvoyé Adam sur le Black Sails lorsqu'il en avait encore l'occasion. L'immortel se sent fondre dans la plus insatiable des peines, ces derniers jours n'ont été qu'une succession désastreuses de catastrophes plus terribles et impitoyables les unes que les autres. Les doutes l'assaillent, il ne sait plus ce qu'il doit croire, penser, il en vient même à se demander si dans toute cette histoire il ne serait pas effectivement le mauvais bougre, s'il a eu tort d'exiler Thomas, s'il n'aurait pas dû prendre le problème autrement... peut-être que rien ne serait jamais arrivé... et Adam ne serait certainement pas en train de souffrir mille morts à sa place, lui qui n'a rien à voir dans cette histoire.

Morgan perd pieds... la vue du corps mutilés, des doigts tordus et couvert de sang de son Quartier-maître, le son de ses cris qui raisonnent en un écho interminable même lorsqu'il ne cri plus, le sourire de cette enflure de Thomas, ses éclats de rire satisfait... il n'en peut plus, il ne les supporte plus, pour la première fois depuis dix longues années, il ressent cette impression de souffrance, rien de physique, rien qui ne le fasse trembler, rien qui ne rende son souffle court, rien qui ne fasse plier ses jambes sous le poids pesant de sa culpabilité... rien... rien à part ces pensées qui envahissent sa tête, se chevauchent, s'entremêlent en une multitudes de voix qui viennent se perdre dans les tréfonds de sa conscience... lui qui n'aurait jamais pensé en avoir une un jour... le voilà bien punis.

Les hurlements du Capitaine n'ont aucun impact sur le bourreau de son ami qui s'acharne encore et toujours sur cette main qui se retrouve bientôt entièrement brisée. Inutile. Thomas ne semble même pas l'entendre, comme si jouir de la douleur du Quartier-maître suffisait à son plaisir. Les supplications son veines, les menaces sont veines... et pourtant Morgan ne peut se résoudre à la passivité, il ne peut accepter le sort que subit son Second, il est bien décidé à changer les choses, à se sortir de là, à tuer Thomas de ses propres mains avant de sortir Adam de ses chaines et le ramener en vie sur le Black Sails. Depuis combien de temps sont-ils enfermé ici? Quelle heure est-il? Est-ce qu'il fait jour ou nuit? Est-ce que les hommes sont en train de se demander pourquoi leurs supérieurs tardent autant à rentrer? Tant de question qui vont et viennent et s'effacent aussi rapidement qu'elles sont apparu dans la tête du pirate maudit dont les yeux vert ternis par la peur et la rage sont rivés sur son meilleur ami avant de se poser soudainement sur sa cheville droite qui vient de faire céder par la force, la chaine qui la retenait. Les yeux écarquillés de stupeur, Morgan peut à peine croire ce qu'il voit... il a réussi! enfin!

Un sourire se dessine sur ses lèvres et il s'acharne de plus belle sur ses entraves comme si l'espoir pouvait encore briller. Mais le destin est bien cruel et le Capitaine du Bloody Mary trouve rapidement une parade à cette tentative d'échappatoire. Visiblement excédé, il ne lui aura suffi que d'une menace pour faire cesser tout mouvement de la part de Morgan qui regarde la lame venir doucement se positionner sous le menton de son presque frère. Non... il ne peut pas abandonner maintenant... pas si près du but. Il suffirait que le reste des chaines se brise en même temps et il... et il pourrait... il pourrait enfin être libre! L'espoir s'évapore comme un nuage de fumée, mais le forban pourrait essayer de le rattraper avec ses mains tant il est désespéré. Il se retrouve pourtant devant un effroyable spectacle alors qu'il voit au ralentit le mouvement de tête d'Adam qui vient de lui-même cisailler sa gorge, sans doute pour en finir.

- ADAAAAAM!

Quel abrutit! Quel con! Quel... quel... quel... non! Non il ne peut pas avoir eu une idée aussi stupide! Pas maintenant! Pas alors qu'il est à deux doigts de la liberté!! Pourquoi?! Pourquoi est-ce qu'il a fait ça! Et devant lui! N'a-t-il plus aucun respect pour leur amitié au point de se suicider juste sous ses yeux?! Est-il désireux de l'abandonner si vite, lui qui avait promis de ne jamais se laisser partir avant son Capitaine?! Il lui a encore répété cette maxime la il y a quelques jours à peine sur la frégate... est-ce que la torture de Thomas lui aura fait tout oublier si vite? Bien sûr il doit souffrir, bien sûr Morgan ne saura jamais ce qu'il est en train d'endurer... mais c'est certainement parce qu'il ignore quel enfer est en train de vivre Adam qu'il lui en veut autant d'avoir voulu attenter à sa propre vie. Son regard est rancunier, triste, abattu... Morgan ne pleure pas... il ne peut pas pleurer, et pourtant quelques gémissements étouffés vainement s'échappent de sa gorge comme quelques sanglots invisibles.

Plus de peur que de mal, heureusement Thomas a réagit rapidement pour empêcher au Second du Black Sails de se trancher la gorge. le Capitaine s'embrouille. Il en viendrait presque à vouloir remercier son vieil ami d'avoir épargné Adam alors que son but purement sadique ne visait qu'à l'empêcher d'abréger ses souffrances pour pouvoir le torturer plus encore, mais c'est plus fort que lui... Morgan ne sait plus. Il a définitivement oublié de chercher à s'échapper, la tête basse, avachie contre son torse, ses long cheveux bruns masquant son visage anéantit. Il relève brusquement la tête lorsque la voix faiblarde et éraillée de son ami parvient pourtant jusqu'à ses oreilles, ce sourire et probablement la pire de toutes les tortures, quant aux paroles qu'on lui adresse... il refuse de croire qu'elles sont prononcées par le même Adam plein de vie et désireux d'avancer qu'il a connu ce jour à Amsterdam.

- Comment tu peux dire ça crétin?! Je vais te sortir de là..... je vais te sortir de là j'te le promets!

Mais la colère de Thomas ne laisse aucune place à la rêverie, la torture reprend de plus belle et c'est au tour de la seconde main du Quartier-maître de se faire charcuter par ce fou dangereux! Le maître des lieux est hors de lui, la rage et la rancœur sont lisibles dans la simple façon qu'il a d'inspirer et expirer bruyamment. Son regard est braqué droit sur son ancien Capitaine et c'est sans se soucier la moindre seconde de ce qu'il est en train de faire à Adam qu'il vient subitement briser... non, arracher le majeur gauche du jeune homme dont le hurlement est si terrible que Morgan crispe ses paupières et détourne le regard une seconde, comme un réflexe de vouloir s'épargner la vision d'horreur qui se présente à lui lorsqu'il les rouvre pour envisager avec terreur l'appendice pendant tristement à sa base, retenu par un morceau de peau et de chair ensanglantée. L'os à vif et pleinement visible de la première phalange est entièrement sectionné ne laissant plus dépasser qu'un fin clou d'ivoire paré de rouge et les hoquets de stupeur de Morgan se trouvent bien vite accompagnés par les plaintes douloureuses du torturé qui se laisse aller à l'incrédulité et le désespoir le plus total. Le pirate maudit est comme hypnotisé par ce membre mort qui, même s'il pouvait encore être ressoudé et recousu ne retrouverait jamais son entière mobilité. Le majeur se vidant entièrement du sang qu'il contient pali à une vitesse incroyable, prenant une couleur presque bleu, la rage de Morgan est à son paroxysme et pourtant... pourtant il ne parvient pas à échapper un hurlement. Le jeune homme semble s'être évanoui... c'est peut-être ça qui vient subitement de refroidir les ardeurs de l'immortel qui ose se poser pour la première fois cette question... "Est-ce qu'Adam va survivre à cette séance de mutilation sadique et malsaine?"

Et comme si cette haine, comme si cette colère virulente venait subitement de passer au travers du corps du Quartier-maître, c'est lui qui se trouve brusquement pris d'une rage folle pour venir insulter Thomas, le menacer, se débattre courageusement comme s'il pouvait croire encore dur comme fer à sa liberté, comme si le soudain désir de mener leur bourreau à la mort était la seule raison qui pousse encore Adam à se battre contre le destin et sa foutu fatalité. Morgan pourrait presque être soulagé de voir son ami lutter pour survivre si seulement chaque mouvement du Second ne rouvrait pas d'avantage ses plaies. La peur de voir son presque frère s'éteindre brusquement le clou sur place, incapable de bouger, d'articuler, il ne cligne même pas des yeux, mais Thomas vient encore une fois calmer les ardeurs de sa victime en lui assénant un coup bien placé pour l'immobiliser. Toute la tension retombe lourdement alors que les paroles du Capitaine du Bloody Mary vibrent dans l'air comme un crissement désagréable qui font serrer les dents à Morgan.

Le regard perdu sur son ancien compagnon de voyage, l'immortel observe les flammes de la cheminée en train de faire chauffer un petit récipient de cuivre. Qu'est-ce que c'est? Incapable de se détourner, le Capitaine du Black Sails assiste alors les yeux écarquillés à la cautérisation forcée des plaies d'Adam dont l'hémoglobine se met soudainement à bouillonner lorsqu'un liquide fumant vient se déverser d'abord sur sa main puis sur tout le reste des blessures pour faire hurler le Quartier-maître plus fort encore... Cette vision cauchemardesque est un nouveau supplice à endurer, son presque frère est secoué de terribles spasmes de douleurs, il se contorsionne, incapable de s'enfuir et ses cris gutturaux sont insoutenables. Le ruffian se mord les lèvres à outrance, ses ongles s'enfonçant dans la paume de ses mains avant que le fond de la casserole se retrouve projeté en pleine figure du malheureux. La bouche grande ouverte, échappant un cris qui vient mourir dans le creux de sa gorge, Morgan ne peut plus accepter de voir son ami le plus cher  se faire torturer de la sorte. Il recommence à tirer sur ses chaines, frappant sur la crois de bois à l'aide de son pied libre avant de s'adresser à Thomas. Il voudrait hurler... mais sa voix éraillée et entrecoupés de sanglots imaginaires ne sonne guère plus fort qu'une nouvelle supplication. Remballe ta fierté, jette là aux orties, fait t'en un mouchoir et torche toi avec! S'il ne peut pas se libérer pour sauver Adam, il va encore tenter la plus veine et la plus inutile de toutes ses tentatives de faire cesser ce massacre.

- Thomas... arrêtes ça... je t'en supplies arrêtes ça! Fait de moi ce que tu veux, emprisonnes-moi pour toujours! Défigures-moi! Démembres-moi! Sa voix est bourré de trémolos, on jurerais qu'il est envahi par les larmes et pourtant ses yeux ne brillent pas le moins du monde et aucune perle ne vient rouler le long de ses joues. Qu'est-ce que je dois faire pour que tu fasses cesser cette putain de folie!!!!!!











The Huntmaster

Thomas n'en revient pas... est-ce que cet idiot de Quartier-maître vient réellement de tenter de se suicider?! Tentative aussi stupide que désespérée, le Capitaine du Bloody Mary n'aurait jamais laissé à ce sale prétentieux le loisir de lui claquer entre les doigts tout de suite, pas avant qu'il n'en ai lui-même pris la décision. Le hurlement de terreur de Morgan et ses réflexes auront été tous les deux bien utiles pour lui permettre de reculer la lame de la dague qui avait déjà bien entamer la gorge du jeune homme. L'entaille est heureusement superficielle et seul un nouveau filet de sang vient s'écouler dans son cou pour venir ajouter de nouvelles tâches carmines à la chemise en lambeaux et aux bandages sales et à moitiés arrachés qui pendent contre sa poitrine. Il s'en est fallu de peu. Thomas scrute la blessure que c'est auto-infligé son défouloir et voit rouge, il se trouve subitement pris d'une rage et d'une rancœur innommable à l'attention de ce poltron qui aura préféré en finir plutôt que de continuer à endurer... et dire qu'il a longtemps cherché quelque chose, un trait de sa personnalité qu'il pourrait respecter, admirer, lui faire se dire qu'il mérite sa place de Second homme le plus important du Black Sails, mais rien! Non il ne trouve définitivement rien, il déteste cet avorton au moins autant qu'il déteste Morgan, peut-être même plus encore, et cet acte soudain de lâcheté le révulse et l'écœure plus encore! Il veut le détruire! Le briser, en faire des miettes et les piétiner avant de les répartir aux quatre vents. Il veut le faire souffrir. HA! Et ces paroles pleines de mièvrerie dégoûtante que lance le plus jeune à son ami, et ces promesses stupides auxquelles même Morgan ne semble pas croire, elles pourraient le faire rire si seulement il n'était pas autant hors de lui.

- Hahaahaha... Foutaises! Non seulement t'es un beau menteur Morgan, mais t'es aussi bien cruel! Pas la peine de lui donner de faux espoirs parce que ni lui, ni toi NE SORTIREZ D'ICI!!

Alors la rage folle du maître des lieux devient si intense, que le désir combiné de vouloir faire payer sa traîtrise à son ancien Capitaine, sa tentative d'évasion et celle d'Adam de se donner la mort, le pousse à agir avec une violence toute particulière. Il est tellement en colère qu'il en vient à détruire de ses propres mains le reste des doigts du Quartier-maître, faisant ployer son indexe sans le moindre problème et réduisant tout bonnement en charpie sont majeur. Le plus grand des cinq doigts se retrouve arraché, coupé en deux à la base de sa première phalange et ce n'est que lorsqu'il réalise qu'il vient littéralement de scinder son os en deux parties bien distinctes, qu'il a probablement anéantit toute possibilité de soigner cette partie-là de la main gauche, que Thomas calme sa respiration effrénée et fait lentement retomber la rage qui l'habite. Les sanglots emplies de plaintes pitoyables du Second ne le font même pas sourciller et le Capitaine du Bloody Mary reprend tout doucement sa sérénité tandis qu'Adam semble avoir soudainement perdu conscience dans ses bras.

Cet étrange instant de calme et de silence mais aussi de tension et d'angoisse ne dure qu'un temps et le tortionnaire s'apprête secouer vivement sa victime pour la réanimer... mais se fait prendre de court par la victime elle-même qui commence brusquement à se débattre comme une bête, lui assénant quelques coups de tête auxquels Thomas résiste sans trop de mal. Il n'a même pas besoin de serrer les dents lorsque les quelques doigts encore valides et dénués d'ongle cherche à se planter dans sa main, au final tout ce que doit faire ce fou furieux c'est se faire un peu plus de mal à lui-même. Les hurlements de rage ont de quoi se montrer terrifiants, il veut bien le reconnaître mais Le Capitaine du Bloody Mary maintient fermement son cadet contre lui, faisant cette fois ci bien attention à ne pas laisser la dague à sa portée. Il contient ses vaines tentatives de s'échapper mais c'est qu'il a encore de la force cet enfoiré et Thomas se trouve rapidement obligé de lui assener un lourd coup de poing dans le bas du dos, à la base de la colonne vertébrale afin de le calmer. Le regard noir du Quartier-maître associé à sa pâleur presque cadavérique, ses cernes, l'hématome qui noircit sous son œil, le sang qui couvre sa peau et ses vêtements, ses cheveux dans un état lamentable... oui... il ferait presque peur, mais Thomas n'en a cure, il sourit, glousse et s'amuse de cette haine viscérale à son attention. Comment pourrait-il lui faire quoi que ce soit dans son état?! Parfais... cela concorde parfaitement avec la suite de son programme.

Non sans laisser le loisir à Adam de se faire toutes les idées possibles et imaginables en lui lançant une petite pique joyeuse et presque amicale, Thomas laisse lourdement retomber sa victime sur le sol comme on abandonne une poupée de chiffon après avoir joué trop longtemps avec elle. Il s'approche de la cheminée et en décroche une casserole dans laquelle est entrain de bouillir l'instrument de sa prochaine mutilation. Le regard incrédule du jeune Second est jouissif, le maître des lieux en laisse échapper un petit soupir d'aise. Et lorsqu'il commence doucement à verser l'huile bouillante sur le trou dans la main droite d'Adam, ses nouveaux hurlements font rouler les yeux du tortionnaire qui semble pris à nouveau d'un plaisir morbide et malsain en voyant souffrir le malheureux qui se tord et convulse sous la douleur. Les plaies se recouvrent au fur et à mesure d'huile qui continue à frétiller et cuire la peau comme on cuit un morceau de viande, laissant quelques marques rouge qui prennent la forme des coulures du liquide qui se déverse sur tout le corps du Quartier-maître. Le volume baisse à vive allure et bientôt il ne reste plus que le fond de la casserole encore fumant que Thomas vient balancer sans l'ombre d'un égard envers sa victime en plein sur ses yeux. La peau fume à nouveau mais c'est à peine si le tortionnaire se préoccupe de son cadet, secouant un peu le reste de la casserole pour s'assurer qu'il n'en reste plus une goutte.

Il peut enfin profiter du plaisir d'admirer son œuvre, la peau rougie à vif d'Adam où quelques cloques se sont déjà formées à cause de la brûlure dû à l'huile bouillante. Il est brièvement sortit de sa contemplation sordide par les nouvelles supplications de Morgan qui lui arrache un nouveau sourire. Il ne daigne pourtant ni lui répondre, ni se retourner vers lui pour soutenir ce qui doit être son regard pitoyable, meurtrit par la tristesse et le désespoir... ooh et pourtant il en meurt d'envie, qu'est-ce qu'il voudrait le voir! Allongé sur le dos, Thomas remarque les bandages couvrant les plaies qu'il n'a pas eu le temps de finir d'arracher... il y a pourtant un détail qui l'avait intrigué et il a bien l'intention de découvrir ce que peut être cette étrange ligne d'encre noire au niveau de son coeur.

S'accroupissant au-dessus d'Adam, le Capitaine du Bloody Mary s'applique à retirer ce qui reste des bandages sales, couvert d'hémoglobine séchée et noircie, il n'y met pas autant de retenu que plus tôt, se sentant étrangement gagné par l'impatience comme s'il était en train de déballer un cadeau. Au fur et à mesure les lignes d'encres grandissent pour former un dessin, il représente un cadenas verrouillé dont la serrure est entourée d'une gravure en forme de bouclier. Mais le détail le plus intriguant de ce tatouage reste sans doute la plume blanche et noire qui se trouve devant ce cadenas. Thomas fronce les sourcils comme plongé dans une intense réflexion.

- J'ai déjà vu cette plume...

Oui mais où? Le pirate en est persuadé il a déjà vu cette plume blanche et noire il n'y a pas si longtemps. Il cherche... il cherche... Et puis ça lui revient comme une évidence. Thomas se tourne brusquement vers Morgan pour envisager son air hagard, et horrifié alors qu'il n'a d'yeux que pour son cher camarade mal en point. Il le fixe, observe les entailles dans sa chemise et remarque la présence d'un tatouage sur son torse, en fait, il se trouve pratiquement au même endroit que celui de son bien aimé Second. Pris d'une curiosité soudaine, Thomas se redresse et abandonne sa victime sur le sol pour se rapprocher de son ancien compagnon de voile. Il ignore royalement le regard noir qu'on lui lance et lui flanque un violent coup de poing en plein plexus, non pas pour lui faire mal ou se défouler -même s'il faut reconnaître que ça fait franchement du bien-, mais pour forcer son corps à se replier sur lui-même sous l'effet de la surprise et profiter de cet instant pour arracher ce qui reste des aillons de la chemise. Le tortionnaire observe alors le tatouage couvrant le pectoral gauche de Morgan, il détail l'oiseau marin aux plumes blanches et noires dont les pattes sont entourées par d'épais bracelets de métal reliés à des chaines brisées. L'ancre semble plus vielle que celle du tatouage d'Adam, et le Capitaine du Bloody Mary fait rapidement le lien dans son esprit entre ces deux dessins.

Pourquoi cette furie furieuse semble tout à coup refaire surface? Est-ce parce qu'il vient de comprendre ou plutôt de confirmer ce lien si particulier qui unit le Capitaine et son Quartier-maître? Est-ce le regard noir et le sourire mauvais que lui lance Morgan? Ou bien tout cela à la fois? Le regard de Thomas, pas tout à fait écarquillé mais tout de même incrédule vient se perdre sur la loque qu'est son cadet, puis sur cet infâme traitre de Capitaine, il boue intérieurement, serre le poing et vient gifler son ancien camarade si fort que sa nuque émet un craquement macabre.

- Aaaah alors comme ça ce p'tit con a autant d'importance pour toi? Et il semblerait que ce soit réciproque... Tu m'dégoutes! Vous me dégoutez tous les deux! Ses paroles trembles de colère et il éclate soudainement d'un rire terrifiant. Ha! Hahahaha! C'est trop facile! C'est trop facile de vous faire souffrir!! Et c'est ce lien qui fait votre force qui vous perdra!!

Excédé! Pris d'une folie pleine de rancœur, Thomas retourne auprès de sa victime à qui il avait accordé un bref instant de répit pour l'attraper par les cheveux et le trainer sur le sol près de la cheminée qui vient illuminer les deux corps d'une lueur infernale. De sa main libre, Thomas retire la chemise ouverte en deux pour dévoiler le dos du Second, attrape l'un des nombreux martinets accroché à un des poteaux à l'entrée de la salle et sans prévenir vient fouetter une première fois les omoplates d'Adam des nombreuses lamelles de cuir.

- REGARDES LE MORGAN!! Il frappe une seconde fois. REGARDES LE SOUFFRIR! Encore un coup. REGARDES MOI LE RÉDUIRE EN POUSSIÈRE! Quatrième coup.... Puis un cinquième, puis un autre...

Il s’enchaînent, claquent dans l'air, la peau s'arrache du dos et des omoplates du plus jeune, le sang coule en de sévères plaies, et la frénésie de Thomas ne semble jamais trouver de fin...









The Huntmaster

Comme dans un rêve, comme dans un coma, comme drogué, comme dans un trop-plein de plaisir, Adam baigne dans un océan de douleur qui l’anesthésie en quelque sorte, l’assomme tellement que si la douleur est présente continuellement il peut presque l’oublier. Détaché de la réalité, les yeux vagues et ne voyant qu’une mer de rouge sans fin, le jeune homme ne sent que la pression de quelque chose sur sa gorge, comme une caresse, un picotement qui ressort de l’uniformité douloureuse de son enveloppe et lui rappelle en quelque sorte qu’il est vivant, pas la marionnette inerte d’un fou furieux. Cette caresse, il ressent le besoin de la ressentir plus, encore plus et appuie de lui même sa gorge en se cambrant et en fermant les yeux comme il pourrait le faire pour sentir avec plus de délectation un doigt se frayant un chemin sur sa nuque. Il sourit presque béatement en sentant le doucereux effleurement échapper un peu à sa pomme offerte en sacrifice comme une maîtresse joueuse. Et pourtant quelque chose le tire de sa torpeur, un son dérangeant qui gâche tout son plaisir, une petite voix dans sa tête, une conscience… qui lui rappelle ses promesses… qui hurle !

Ses yeux s’ouvrent brusquement pour se plonger dans l’air effaré de Morgan qui réalise en même temps que lui qu’il vient de manquer à se suicider. Il a l’air si choqué ! Horrifié ! Et surtout… accusateur ! Pourquoi devrait-il se sentir coupable ? Pourquoi ces yeux lourds de sens ? Qu’a-t-il fait de mal ? Ne comprend-t-il pas qu’il a fait ça pour lui ? Hein ?! Il croit que ça l’amuse de mourir ? De le voir souffrir parce qu’il souffre ?! … non. Non. Il sait bien qu’il se ment. C’est pour lui-même qu’il l’a fait, pour échapper à cette peine lancinante, mettre fin à ses tourments, lâchement se déshonorer et se rendre parjure sans penser à ceux qu’il laissait derrière lui… et surtout à celui qu’il laisserait derrière eux. Et paradoxalement, rien que pour ça, il mérite vraiment de crever.

Un sourire las passe sur ses traits et il retrouve bien vite son refuge de douleur qui l’apathie et l’hébète, incitant Morgan à arrêter de se faire du mal… c’est bien la seule sensation qu’il n’aurait jamais voulu qu’il retrouve. Ses yeux se lèvent brièvement vers son tortionnaire, même si dans cette position il n’est capable que de discerner le bout de son nez et de son menton. Non Samoth, Thomas ou qui que tu sois, le Second du Black Sails ne te laissera pas lui prendre la vie… celle du capitaine de son âme est déjà ferrée à un cercle de vengeance, inutile de l’emprisonner dans une seconde peut-être plus brûlante encore et dénué du soutien de son meilleur ami. N’y compte même pas. Il hurle lorsque le premier doigt cède mais la douleur n’est pas si poignante que ça, temporaire, brève dans son nuage sanglant, son opium d’hémoglobine qui lui endort les sens… Mais soudain ce cocon de peine protecteur éclate en morceaux, se transforme en une vierge de fer qui le transperce de toutes parts, déforme ses traits, fait vibrer puis brise sa voix, ouvrant de force ses yeux qui finissent par se poser avec horreur sur la main meurtrie dont l’os du majeur à l’air libre pulse de douleur, l’air fétide de la pièce mettant en alerte tous ses nerfs en ébullition. Son esprit et son courage se brisent également, il a l'impression qu'avec la disparition de ce membre c'est la fin du monde qui vient sonner dans sa tête. Il lance un regard éberlué, presque naïf, à Morgan, comme s'il cherchait à ce qu'il le rassure, lui dise que tout va bien se passer, que rien n'est réel, qu'il rêve juste. Il veut soudainement croire à cette promesse de le sortir de là, que Thomas réfute, il le supplie du regard... Il espère tellement... Et les cris de cet enfoiré derrière qui envoie tout ça en l'air...

Le sang se met à battre plus fort dans la veine de son front et Adam se retrouve soudain, sans savoir comment, en colère et doté d'une force désespérée qu'il abat vainement sur le Capitaine du Bloody Mary en s’époumonant sur lui. Un coup bien placé calme ses prétentions comme un douche froide sur des braises grises. Abattu, il jure encore tant qu'il le peut et attend avec appréhension le prochain mauvais tour de l'enfoiré qui se dirige vers l'âtre. Mauvais tour qui ne tarde pas puisque la douleur revient, ponctuelle mais avec la rapidité, la fréquence, l'éternité d'un court d'eau, un court d’huile bouillante qui se répand sur son épiderme lacéré refermant de façon barbare et à moitié les plaies à vif du quartier-maître qui ne peut que hurler à nouveau, seule action que son cerveau accepte d'envoyer à son corps. Haletant, prenant de grande bouffées d'air puant comme si on venait de lui mettre la tête sous l'eau, Adam jette un regard noir à Thomas.

- Je payerais cher pour savoir ce qu'il y a dans ta tête... En l'ouvrant avec ton foutu sabre...

Cette bravade ne restera pas impunie et son regard noir est vite balayé par une averse de liquide brûlant et poisseux. Le cadet jette brusquement sa tête en arrière et hurle, se mettant à convulser et tremblant terriblement, horrifié par le bruit malsain qui s'échappe de ses yeux, sorte de crépitement caractéristique de l'huile chaude en contact avec l'eau, le même sifflement que celui de la viande qu'on ferait cuire sur une pierre plongée dans le feu. Les hurlements s'étouffe en des râles lugubres dans sa gorge déshydratée. Il entend les plaintes folles de Morgan, ses supplications, ses questions, et articulerait probablement les mêmes s'il le pouvait... En fait non, il est persuadé que non. Trop d'orgueil ? De rancune ? Le mépris envers cet homme pour avoir mis son meilleur ami, presque frère et bien plus encore dans cet état ? Mais depuis le début de ce non-sens, Adam ne s'est jamais plaint, n'a jamais supplié... après être allé aussi loin, pas question d'en arriver là maintenant. Mais pour l'heure, le sol si froid lui paraît rassurant, une fraîcheur bienvenue, même sale et poisseuse de son sang et le cartilage. Il en vient à rouler des yeux et soupirer de désespoir quand Thomas vient le relever pour s'occuper de ses bandages à nouveau... n'en aura-t-il donc jamais assez ?

C'est quand son visage se décolle du sol qu'il se rend compte de l'état de sa vue : obscure, il est presque sûr qu'un de ses yeux ne voit pas, le droit visiblement, et floue ; il ne discerne qu'à peine les formes et couleurs qui dansent autour de lui dans un ballet vomitif et démoniaque. Il en vient à souhaiter de tout son être que ce ne soit pas définitif... Même s'il peut sembler présomptueux de réclamer quelque chose de plus que de rester vivant, si son corps est couvert de cicatrices répugnantes, de cloques grotesques, que ses os sont déformés, qu'un doigt lui a été arraché... s'il doit tenir sa promesse de rester de ce monde, que quelqu'un soit assez miséricordieux pour sauver sa vue. Ses yeux desséchés battent  frénétiquement sans parvenir à rendre une image nette de la réalité, si tant est qu'il ne soit pas perdu dans une fièvre délirante, et il sent soudain ses pansements se faire arracher. Il grimace à peine, il n'est plus à ça près... maintenant, il peut dire qu'il a vécu pire. La remarque soufflée par Thomas lui arrache un reniflement dédaigneux tant il a l'air sérieux.

- Peut-être sur un oiseau ? Connard.

Il se sent soudainement lâché et reste atone en percutant le sol dont les sillons se remplissent de son sang qui s'écoule à nouveau. D'ici, sans ses yeux, il n'entend que, impassible, des coups, des vêtements qu'on déchire et un macabre bruit d'os tordus. Inutile d'espérer que Morgan a profité qu'il se soit rapproché pour lui mettre une raclée... il manque le bruit de chaînes qui se balancent et des gonds qui s'arrachent du bois. Il fronce les sourcils et son cœur bat un peu plus fort quand il entend les cris de Samoth et se sent soudainement mal à l'aise, un froid étrange le prend aux tripes... bordel,qu'est-ce que ça peut lui foutre cette histoire de tatouages ? Et maintenant il se perd dans des éclats de rire d'une assurance démente et d'une démence assurée. Il entend et sent les pas revenir frénétiquement dans sa direction et s'étonne à peine de ses cheveux subitement saisis. Bon Dieu combien en a-t-il déjà arraché ? Il est presque sûr que son cuir chevelu saigne.  Il se fait ensuite jeté tout près de quelque chose qui dégage beaucoup de lumière et une chaleur traîtresse alors qu'on lui ôte sa chemise et il comprend qu'on l'a balancé devant la cheminée. Un bruit de cuir le fait arquer un sourcil et il sursaute quand des lamelles de peau viennent fouetter son dos... tiens donc, c'est vrai qu'il restait une partie intacte sur son corps. Il se tord et se crispe à chaque coup infligé à ses omoplates, ses vertèbres, ses chairs qui s'arrachent et se lacèrent, ses muscles qui se tordent et se déchirent, ravalant de sourd gémissements... ses oreilles bourdonnent alors qu'il entend les hurlements du fou furieux en train de le fouetter, un sifflement gagne ses tympans et il se met soudainement à rire. À leur suite, les coups semblent se faire plus fort mais il a cessé de les compter, son ricanement d'abord discret gagne de l'ampleur et il sent les coups cesser. Un gloussement particulièrement dérangeant s'échappe de ses lèvres mi-closes.

- C'est le numéro de jalousie... le plus ridicule qu'il m'ait été donné de voir... enfin d'entendre... Et Dieu sait que j'ai eu droit à quelques représentations...

Son ricanement muet est ponctué de reniflements qui s'accompagnent de convulsions des épaules.

- J'vois qu'on a affaire à un grand enquêteur... ça t'est pas venu à l'esprit que deux personnes peuvent avoir des tatouages qui se ressemblent ? Et ils se ressemblent pas des masses... J'espère que t'as pas une ancre en encre va savoir où... sinon j'imagine pas le nombre de marins des docks qui t'ont enculé...

Après un ricanement hystérique et répugnant, Adam pousse sur ses trois doigts restants pour se retourner ignorant l'élan de douleur qui vient tirer son bras, et appuie sur ses coudes pour atteindre une position entre l'assise et le coucher, fixant de ses yeux aveugles ce qu'il croit être le visage de Thomas, arborant un sourire malsain et aux dents rouge sang.

- Tu es littéralement, et sans aucun doute possible l'être le plus pitoyable qu'il m'ait été donné de rencontrer... Merci de m'avoir cramé les globes, je supporterais pas de te voir mieux que ça...

Le psychopathe vient mettre son visage face à celui du quartier-maître en se penchant un peu, il croit deviner un sourire.

- Tu sais quoi ? J'ai un tatouage de ma figure de proue... et accessoirement, j'ai déjà eu à faire du trafic d'êtres humains... Le jeune homme entend un bruit de ferrailles et de charbon qui se brise. Si ce n'est pas sa marque, tu permettras bien que j'officialise que maintenant tu es ma chose ?

Adam voit un point orange et luisant se glisser devant son champ de vision et il comprend sans peine où veut en venir le salopard qui le regarde dans les yeux.

- Je serais toi je ferais pas ça... si j'en suis ta logique après on sera obligés de se rouler des pelles et se présenter plus en profondeur... Ou alors les cadavres c'est ton truc ? Perso je les préfère encore à moitié viv...

Il serre les dents et affaisse à nouveau sa tête en arrière avant de lâcher un cri de gorge alors qu'il sent la chair de son torse brûler, sentant se graver dans sa peau et au fer rouge toutes les courbes délicatement ciselées de l'allégorie d'une justice vengeresse, aveuglée par la rage et non l'équité...

Il se tourne alors vers Morgan, avec une moue entre la songerie et le sourire, comme s'il se remettait doucement du plaisir qu'il prend pour se plonger dans une réflexion intense.

- Tu me demandais ce que tu devais faire pour que j'arrête ça ? Qu'est-ce qui me satisferait ? Tu pourrais t'excuser. Il attend un temps. Tu pourrais admettre que tu es le véritable salaud de cette pièce, le responsable de ce que je suis devenu et de ce qui lui arrive. Il s'arrête. Tu pourrais t'enterrer dans une tombe et ne jamais en sortir jusqu'à la fin de ton éternité. Il se stoppe encore un moment. Ouais je crois que j'aimerais vraiment que tu t'excuses. Il devient soudain inexpressif en regardant le sol, silencieux une bonne minute alors que la peau s'accroche au bout de métal qu'il tient dans sa main droite. Mais tu sais quoi ?

Il retire brusquement le tison de la chair du quartier-maître qui s'écroule en un râle soulagé. Une cicatrice sanguinolente et sentant la viande cuite venant briser le cadenas et brûler la plume.

- Moi-même je ne sais pas.









The Huntmaster

Il se débat, encore et encore et encore! Le Capitaine maudit tire sur ses chaines à n'en plus finir, il veut venir à bout des trois entraves restantes qui l'enchainent à cette immonde croix de bois. Il doit en venir à bout! Il le doit vraiment! A ses poignets, sa peau se cisaille, se démantèle doucement, aucune trace de sang ne vient pourtant perler de sa chaire mise à vif, une chaire qui a perdu sa couleur rosée et sa brillance naturelle. Elle est presque grise, desséchée, mais rien ne peut faire cesser les tentatives désespérées d'un homme désespéré, au bord du gouffre, il ne lui reste plus rien. Plus d'espoir, plus d'équipage, plus de force, plus de liberté. il est seul. Seul pour assister à la destruction physique et mentale de son meilleur ami, son presque frère et bien plus encore. Il ne peut que regarder, ses yeux vert singulièrement délavés perdu dans le vide, ne pouvant se résoudre à fermer les yeux comme s'auto-infligent sa propre torture afin de compatir au moins un peu à ce que doit être en train de ressentir Adam en cet instant précis. Il l'a vu se battre, il l'a vu renoncer, puis croire, puis renoncer à nouveau... Il l'a vu tenter de se suicider... Ô... comme il doit souffrir pour en être arrivé à de telles extrémités, comme il doit avoir mal pour préférer la mort à cette promesse qui poussait toujours son aîné à avancer. Et pourtant... il lui en veut encore terriblement. Non il ne comprendra jamais et non, il ne veut pas comprendre. Ou plutôt si il le veut mais... non, non ça ne peut pas être une raison suffisante.

Adam a enduré milles mort, Adam c'est fait briser les genoux, transpercer les mains, Adam a vu ses doigts réduit à l'état de tubes informes, c'est fait arracher le majeur gauche, Adam a été humilié, Adam c'est fait frapper, sa peau a été tailladée, ses mains transpercées, ses plaie grossièrement cautérisées... et maintenant Adam est, momentanément, il le souhaite jusqu'au tréfonds de son âme damnée, devenu aveugle. Insupportable. Insoutenable. Continuer de se débattre... continuer de lutter contre ses chaines, il le sent, elle vont bientôt finir par céder, on dirait que l'entrave de son poignet droit est doucement en train de s'arracher du socle d'acajou massif. Il l'entend un peu grincer et craquer, il sent qu'il peut tirer de quelques centimètres supplémentaires. Ce n'est plus qu'une question de temps. Il peut le faire. Il doit le faire. Détourner l'attention de Thomas, l'empêcher de comprendre. Quitte à le supplier, quitte à oublier jusqu'à la plus petite trace de fierté en lui. Il est prêt à tout. Il se laisserait tomber à genoux si c'était possible, il fondrait en larmes si c'était possible. Il peut le faire, il va le sauver, il doit le sauver... aussi vrai qu'il s'appelle Morgan, aussi vrai qu'il est Capitaine du Black Sails, Thomas, ce fou, ce malade, va payer...

Les plaintes de l'immortel sont pourtant ignorées. Royalement. Le maître des lieux n'a même pas daigné lui accorder un regard, en fait, il n'est même pas certain que ce connard l'ai entendu. A la place il continu de s'occuper méticuleusement de son Quartier-maître, ensanglanté, couvert d'ecchymoses, de cicatrices, de bleu dont la couleur vire autant sur le noir que le jaune, sa peau est rougie, brûlée, mais Thomas ne semble jamais s'arrêter. Il a d'ailleurs entrepris de finir ce qu'il avait commencé au début de leur entretien à savoir le soulager des bandages qui refermaient jadis les blessures qu'il avait reçu pendant la bataille contre la Marine et les Corsaires. Les murmures du bourreau sont à peines audibles autant que les réponses de son ami. Morgan est pourtant estomaqué de réaliser que son Second est toujours capable d'articuler des phrases cohérentes. Étrangement, ces quelques piques arrachent au Capitaine du Black Sails un sourire, qui disparaît bien vite à l'instant même où son ancien compagnon d'aventure se relève pour se diriger vers lui. Qu'il vienne! Un seul faux pas et le ruffian viendra réduire à néant ses chances d'obtenir une descendance avec sa jambe droite de libre.

Mais Thomas avait préparé son cou, à peine se trouve-t-il à bonne distance qu'il envoie son poing valser avec une force surprenante contre son torse faisant se recroqueviller violemment son buste sur lui-même. Certains de ses os sont surement cassés, il sent qu'il a quelques difficultés à retrouver une position normale, plus ou moins obligé de conserver une position voûté vers l'avant. Morgan se retrouve bientôt le torse à l'air libre, son plexus légèrement enfoncé, mais visiblement ce n'est pas ça qu'observe cette enflure de Thomas. Son regard bleu acier est en train de se perdre sur le tatouage qui couvre son pectoral gauche. Le dessin d'un oiseau marin sans doute un goéland ou un albatros en plein vol et dont les pattes sont encerclées par deux épais bracelet de métal... un peu comme lui à l'heure actuelle. Sauf que ces entraves ci, sont liée à des chaines brisées. L'envol d'un animal reprenant sa liberté. C'est tout ce qui reste au pirate maudit. Sa liberté... et elle lui a été sauvagement arrachée aujourd'hui.

- Qu'est ce qui a?! T'es jaloux parce que le mien est plus beau que le tien? J'en ai encore d'autres si tu veux les voir!

Mais Morgan se reçoit brusquement une gifle qui lui déboite pratiquement le cou... encore une foi.

- Salopard...

le leader du Bloody Mary lui hurle pratiquement dessus, ayant préalablement reculé de quelques pas pour se retrouver hors de portée d'un éventuel coup de pied. L'immortel fait craquer sa nuque en replongeant son regard droit dans celui de son ancien ami. Un regard noir, haineux, viscéral, tandis que les cris de colères de Thomas se muent peu à peu en un rire dément, qui fait se plaquer Morgan contre sa croix, presque apeuré à l'idée que ce fou dangereux se jette subitement sur lui pour lui arracher le nez avec les dents. Il cligne frénétiquement des paupières alors que le tortionnaire l'abandonne pour retourner auprès d'Adam qui n'a eu droit qu'à un bref instant de répit. Le Capitaine maudit recommence à tirer sur ses chaines.

- Arrêtes ça Thomas!!! Bordel CA SUFFIT!!! Nouveau sanglot plus ou moins forcé, et sa voix recommence à trembler à se faire plus faible alors qu'Adam est trainé par les cheveux près de la cheminée. Putain... mais tu vas t'arrêter...

Pitoyable... il est pitoyable, ses plaintes sont vaines, ses tentatives de s'échapper sont vaines, Morgan cesse un instant de se débattre, abattu. Ses jambes cèdent sous son poids, mais les entraves de ses mains le stoppent dans sa chute avant que ses genoux ne touchent le sol. Et encore une fois... encore... Adam devient la proie de la folie furieuse de Thomas. Cette fois si, c'est à coup de fouet armés de plusieurs lamelles de cuir que le bourreau maltraite les omoplate, et le dos et son bien aimé Second et presque frère. Comme un pendu, Morgan reste inerte, la tête basse ses long cheveux brun dissimulant en partie son visage rongé par la honte et les remords. Jusqu'à ce qu'un rire vienne doucement déchirer les hurlement de Thomas... un rire torturé et vide d'expression. La voix d'Adam. Le pirate relève la tête pour contempler avec un regard désolé la chute profonde de la raison de son ami qui semble se perdre dans ce fou rire aussi glauque que dérangeant. Il n'arrive même pas à deviner s'il se moque simplement de l'absurdité de la situation vis à vis de Thomas ou si ces nerfs sont purement et simplement entrain de lâcher une bonne fois pour toute. Les paroles du Quartier-maitres sont vicieuses, mauvaises, les expressions de son visage pour ce qu'il en voit ne lui rappellent en rien son cher Adam. On dirait une autre personne. Et le cadet continue, il continue de provoquer Thomas qu'il sent bouillir de fureur devant la résistance et l'incroyable don de palabre de sa malheureuse victime. C'est irritant... désagréable, perturbant... ça fait peur. Non, Morgan ne peut pas le laisser comme ça. Il reprend appuis sur ses pieds et se redresse forçant son thorax à bouger comme il l'entend et il continue à tirer sur ses chaines, il avait presque réussit tout à l'heure, encore quelques coup et... ca y est... il la sent se détacher doucement... encore un peu et le gond maintenant sa main droite va exploser.

Mais soudainement une lueur rougeâtre fait tressaillir le Capitaine du Black Sails qui reporte son attention sur le tortionnaire et sa victime. Il tient dans sa main un tison incandescent, impossible de deviner la forme forgée au bout mais on dirait un outil de marquage comme ceux qu'on utilise pour le bétail. Non... il ne va quand même pas...

Un bruit de chair qui fume et cuit se met à raisonner, un grésillement sournois et macabre qui libère également une épaisse fumée l'espace d'une seule seconde. Morgan écarquille les yeux, pétrifié devant la cambrure outrageuse du torse d'Adam, éclairé comme en contre-jour par les flamme de l'âtre qui dansent comme des démons lubriques et joyeux qui célèbreraient l'avènement de leur seigneur et maître. Les ombres se diffusent et entrecoupent la lueur rouge et jaune orangée ne rendant qu'une silhouette de profil de son camarade entrain de se tendre de douleur. Tremblant autant de rage que de terreur, le Capitaine du Black Sails c'est arrêté de tirer sur ses entraves. Détaillant avec dégoût les formes de la justice aveugle, ligotée et pleurant ses larmes de sang... de vrai larmes de sang qui ruissellent de la cicatrice laissé par la brûlure sur la peau d'Adam... par-dessus son tatouage devenu visible uniquement par endroits éparses. Morgan voudrait pleurer... Il se force, mais aucune perle de sel ne pare son regard et il se contente de ses gémissements étouffés faisant office de sanglots, alors que Thomas daigne enfin donner une réponse à ses supplications.

Tout ce que tu veux, pense-t-il... il fera tout ce que tu veux pourvu que tu le laisse enfin en paix. S'excuser... reconnaître ses torts... il y a un moment maintenant que Morgan sait que tout est de sa faute. Qu'il est responsable de la douleur et de la mutilation de son meilleur ami. Alors d'accord. Alors tant pis... s'il doit passer pour le salaud, il le fera... il le fera si ça peut sauver Adam. Même... s'il est probable que tout ça ne serve finalement à rien. Le pirate baisse la tête à nouveau incapable de soutenir le regard de son ancien compagnon de voile, encore moins celui de son Quartier-maître.

- D'accord... Il se tait une seconde. D'accord je vais le faire... Je... Sa lèvre tremble. Je... Sa voix aussi. Je suis... désolé... J'ai été un idiot, j'ai été égoïste... depuis le début je n'ai pensé qu'à moi... Sa voix meurt successivement et remonte en de bref trémolos. J'ai toujours cru que mes décisions étaient les bonnes... mais je me suis trompé cette fois. Alors oui... c'est bien que je dois être le responsable!!

Il lève enfin la voix pour regarder droit devant lui, ne soutenant ni le regards de Thomas, ni celui de son ami.

- Je suis le responsable de tes souffrances... je suis le responsable de ta déchéance... je mérite ta rancœur, je mérite ton mépris! Je ne voulais pas... je n'ai jamais voulu que tu souffres! Plus encore à cause de mes propres conneries! Je... je... suis... désolé... pardonnes-moi...

Et dans sa tête, le dernier mot qu'il ne peut pas murmurer mais qu'il articule d'un mouvement de lèvres sans en faire sortir aucun son, lui qui ne s'est jamais excusé, lui qui n'a jamais ressenti la moindre once de remord vis à vis de ses actes, lui qui a toujours mis un point d'honneur à assumer chacune de ces décisions... le souffle muet et discret qui se dessine sur ses lèvres forme le nom... Adam.











The Huntmaster

Impassible, réagissant à peine pour ne pas dire pas du tout aux menaces de mort totalement stupides du Quartier-maître du Black Sails qui le menace maintenant de lui ouvrir la tête avec son propre sabre, Thomas fini de vider ce qui lui reste d'huile sur les paupières grandes ouvertes de ce petit con qui se la joue gros dur. En le voyant balancer brusquement sa tête en arrière pour échapper un hurlement guttural alors que le bruit de l'huile bouillante crépite, mélangé à l'humidité des yeux d'Adam, le tortionnaire échappe un petit sourire satisfait. Aaah... il ne supportait plus ce regard noir, il ne supportait plus de le voir le défier, il ne supportait plus qu'il soit aussi sur de lui alors que son état pitoyable et les entraves retenant ses poignets ne devraient guère plus lui laisser l'impression d'être réduit à l'état de chien enragé que l'on enchaine pour éviter qu'il vous attaque. Un vulgaire animal.

Il reprend alors ses attentions sur les bandages entourant le torse de sa victime, peut-être moins par plaisir de le torturer cette fois ci que par curiosité de découvrir ce qui se cache réellement sous ces bandes de tissus brun noir à moitié déchirés et puant la chair calcinée. La brûlure dû au liquide bouillant à fait coaguler certaines entailles et coulures de sang frais qui ce sont finalement soudées aux pansements et s'arrachent dans un petit crissement macabre et répugnant en même temps que le tissu, emportant au passage quelques poils et morceaux d'épiderme. Pas vraiment de quoi le faire hurler de douleur, mais suffisamment pour lui laisser une sensation particulièrement désagréable de souffrance variable et irrégulière. Une fois le torse libéré de ses bandages, dévoilant la plaie encore sale et probablement infectée au flanc du Second, Thomas peut finalement découvrir la présence d'un tatouage qui l'intrigue au moins autant qu'il ressent une impression de déjà-vu. La plume... mais aussi le cadenas. Il a l'impression d'avoir déjà vu quelque chose de similaire il y a peu de temps. Très peu de temps.

La remarque cynique d'Adam ne fait même pas ciller le propriétaire du Bloody Mary, celui-ci ne lui accorde ni regard, ni réponse et pourtant il ne s'imagine pas à quel point les paroles de sa victime sont... pertinentes. Car c'est en malmenant un peu son ancien compagnon de bord pour lui arracher sa chemise déjà complètement trouée de part en part qu'il remarque la présence d'un autre tatouage sur le torse de Morgan. Effectivement, c'est bien un oiseau qui se trouve là sur son pectoral. Où et comment parvient-t-il à trouver un lien entre ses deux dessins pourtant étonnements différents? La position? La présence d'une plume et d'un oiseau ainsi que d'un cadenas et de chaines? Ou bien est-ce le petit sourire provocateur et mauvais de ce traitre de Capitaine qui semble vouloir lui confirmer par son regard que "oui, il y a bien un lien entre ces deux symboles". Thomas ne cherche pas à se poser plus de question, il peut bien se tromper ça lui est totalement égal, de toute façon il ne faut pas être une lumière pour comprendre qu'un lien tout particulier unis les deux pirates. Et repenser à ce lien, se souvenir qu'à une époque il était lui aussi le compagnon le plus proche de Morgan... et que cet Adam à... tout gâché! Il le déteste, il le déteste vraiment, il le méprise, du plus profond de son cœur, il voudrait qu'il souffre encore plus, il voudrait le voir mort! Ce sale môme, cette grande gueule!

Alors Thomas abandonne son ancien Capitaine pour retourner auprès du Quartier-maître, il le traine avec hargne jusqu'à la limite que lui permettent les chaines attachées au sol et attrape un martinet aux lamelles de cuir épaisses pour venir frapper de violents coups contre le dos de son cadet. Exprimant toute sa frustration et sa rage par le bais de cris fulgurents, son regard s'agrippant aux entailles que laissent les lames de cuirs comme envouté par leur beauté morbide. Une frénésie du sang, le désir de voir la souffrance, il se délecte de chaque râle de sa victime jusqu'à ce que celle-ci ne se mette soudainement a ricaner. Ah tu veux rire?! Très bien alors ris donc! Et les coups fouettant l'air redoublent, plus vite, plus fort, qu'il arrête de rire, mais qu'il arrête donc de rire! C'est finalement à bout de souffle que Thomas cesse de meurtrir le dos rougit d'hémoglobine d'Adam. De longues plaies multiples couvrent ses omoplates, à la fois vermillon et brunes, la chaire est grossièrement arrachée par endroit et le sang ruissèle de chacune des blessures plus ou moins profondes. Haletant, le Capitaine du Bloody Mary écarquille les yeux lorsque le jeune homme continue de glousser pour mieux se... moquer de lui.

- TA GUEULE! Et il le gifle d'une main tremblante. Tu ne sais rien de moi... ou de la jalousie ou de la vie... tu n'es rien qu'un p'tit con imbu de ta personne, prétentieux et qui devrait peut-être apprendre à la fermer quand c'est nécessaire...

Le pirate observe sa jeune victime se retourner sur le dos pour ensuite se forcer à prendre appuis sur ses coudes et l'envisager avec un sourire désagréable, la bouche pleine de sang. Il plisse un peu les yeux alors qu'Adam continue de déblatérer à tout vas... c'est à se demander où est-ce qu'il trouve encore la force d'articuler. Mais bien décidé à ne plus se laisser réagir aux piques volontairement sournoises et insultantes du plus jeune, Thomas étire un sourire avant de se pencher en avant pour approcher son visage du sien. Ses paroles son modérées, calmes, presque douces et il vient attraper une longue barre de fer au bout de laquelle se trouve un dessin également forgé dans le métal. Le dessin en question brille comme un feu de joie, illuminé par la chaleur de la cheminée et l'air tout autour vacille un peu comme la vision d'un mirage. Mais Adam ne doit de toute façon plus y voir grand-chose.

Et alors qu'il lui fait vaguement comprendre ce qu'il est sur le pont de lui arriver, le Second ne trouve évidemment rien de mieux à faire que de balancer une nouvelle remarque cynique. Excédé, mais peut être plus lassé qu'en colère, Thomas ne lui laisse plus le temps de terminer sa phrase et écrase le dessin de sa figure de proue contre la peau de sa victime qui se met à fumer et crisser comme une viande qu'on fait cuire. L'odeur fétide de la chair qui brûle commence à emplir l'air et Thomas sourit fièrement.

- C'est toi qui est pitoyable Quartier-maître, tu te crois malin à déblatérer tes inepties à tout vas... tu penses que ça fait de toi quelqu'un de fort, quelqu'un qui se bat pour survivre. Mais moi je crois plutôt que tu veux simplement te cacher. Il appuis un peu plus le tison contre le cadenas et la plume qui brûlent à l'unissons. Tu veux faire nous faire croire que tu tiendras encore le coup, que tu t'accroches à la vie, c'est tout à ton honneur... mais au fond de toi je sais que tu es détruit. Tu n'es plus rien. Et tu es condamné à être encore moins que rien pour le restant de ta misérable existence...

Puis c'est au tour de Morgan. Il lui fait face et se résout enfin à répondre à la question qu'il avait pourtant posé bien plus tôt. Et un sourire malsain illumine les traits du Capitaine du Bloody Mary, oh oui... il veut l'humilier, et il sait qu'il va y arriver. Le leader du Black Sails ne tarde pas à abandonner toute sa fierté et à accepter de s'excuser en présence de son ancien compagnon d'arme et de son cher Second et cela semble tellement lui coûter qu'il prête bien plus attention au regard pitoyable de l'immortel qu'à ses paroles. Il jouit intérieurement de sa supériorité. Il a gagné. Et Morgan a perdu. Avec un sourire à la fois fier et assuré, Thomas lâche le tison qui vient s'écraser au sol dans un grand CLING. Il contemple un instant la marque laissé par le forgeur qui remplace le tatouage d'Adam et s'adresse à nouveau à lui en le gratifiant de petites tapes sur la joue.

- Ton Capitaine a reconnu ses torts tu vois... et je pense que tu vas avoir besoin de méditer un peu sur le sujet alors pour ce soir, je vais te laisser encore vivre... et si vous passez la nuit toi et tes blessures, nous verrons ce que je peux faire d'une loque comme toi demain...

Il essuie le sang couvrant ses mains sur son pantalon et retourne auprès de Morgan.

- Et toi... tu devrais peut être lui dire Adieu qui sait... Il lance un regard dédaigneux à la cheville libérée et à la chaine de la main droite sur le point d'en faire de même. Tu n'en auras peut être plus l'occasion, parce que tu ne restes pas! Et il se retourne vers la porte pour hurler. Aller, entrez! On va bouger cette enflure de là!

Trois hommes entrent à l'intérieur de la salle de torture, et peine vraisemblablement à conserver leur self contrôle, l'un deux passe son avant-bras sur son nez pour tenter d'amoindrir la puanteur de l'air et un autre lance quelques regards écœurés à Adam. Ils ont pourtant l'habitude de ce genre de spectacle... Les pirates détachent Morgan qui recommence à se débattre en hurlant mais on le maintien fermement et Thomas ouvre la marche, se dirigeant vers la porte grande ouverte sans même lancer un regard à son prisonnier mutilé.

- Bonne nuit, Adam... lance-t-il sur un ton mielleux avant de refermer la porte derrière lui et de dépêcher quelques hommes pour la garder.









The Huntmaster

Bordel... c'est le monde à l'envers... et Adam ne pense pas à ça uniquement parce qu'il est allongé au sol à fixer le plafond et une descente de mur. Et pour cause, il ne les voit pas vraiment. Sa vision n'est qu'un grand vitrail dont les cristaux réfléchissent une lumière trop forte, une mosaïque sans forme et indigeste de nuances lumineuses, essentiellement une palette de rouge sale, quelques nuances de brun et de gris et un orange bien trop brillant... D'ailleurs, où est le haut ? Où est le bas ? La gauche ? La droite ? Tant de parties de son corps sont devenues insensibles... Est-il au moins par terre ou encore en train de chuter ? Non, il doit être par terre, il sent le sol froid à travers sa chemise trempée de sueur et de sang séché. C'est vrai que son dos va bien... Qu'est-ce que c'est que ces hurlements qu'il entend ? Probablement Thomas qui fait encore et toujours sa crise... Il n'aurait jamais cru pouvoir être aussi blasé pendant sa propre séance de torture... Depuis combien de temps a-t-il été entraîné dans ce processus visant à le réduire à l'état de « puzzle humain » ? Il est incapable de le dire... tant pis, c'est pas comme si ça avait une quelconque importance.

Le bruit malsain d'os qui se brisent, du corps qui ricoche contre bois et chaîne et les échos d'une dispute qu'il n'entend qu'à peine le laissent de marbre et il râle pour la forme quand il sent ses cheveux tirés en arrière et son corps rapper contre le sol alors qu'il ne prend pas la peine de se débattre... il n'en a plus vraiment les moyens, en fait. Traîné devant un source de lumière trop forte, il se sent dépossédé de sa chemise, se retrouvant en chaussettes et pantalon sur le sol froid et devant l'âtre flamboyante, comme le dernier des moins que rien... Et qu'est-ce qu'il entend ? Qu'est-ce que c'est que cette voix mourante ? Agitée de trémolos et variations ridicules... Ce timbre, on dirait celui de Morgan, mais ça ne peut pas être possible. Ce n'est pas son ton... C'est bien cet accent dégoûtant mais... Cet inflexion suppliante n'est pas dans sa gamme... Est-ce que... il est en train de pleurer ? Ou d'en ressentir le besoin impossible à épancher, à peine imitable ? Les coups de fouets commencent et son corps se raidit par réflexe... Alors comme ça même son dos va y passer... Des cris de douleurs brefs s'échappent mécaniquement de sa bouche alors que ses pensées sont ailleurs. C'est impossible, Morgan ne peut pas être dans cet état ? Pas à cause de lui ? Est-ce que... c'est une blague ?

Et comme si c'en était une, Adam se met à rire... D'abord doucement puis plus fort... si fort... D'un rire malsain et dément. Pourquoi ? Hein ? Pourquoi ? Parce qu'il n'avait rien à faire là ? Parce que la raison de sa souffrance lui paraît définitivement risible ? Qu'il trouve tout le macabre théâtre de Thomas complètement ridicule ? Parce qu'il devient tout simplement fou ? En plein rire, un coup de fouet lui fait fermer la bouche brusquement, lui faisant se mordre la langue déjà meurtrie qui commence à remplir sa bouche du goût métallique de l'hémoglobine. Ça ne l'arrête qu'une demi-seconde où il se lèche la lèvre qui se badigeonne de sang avant qu'il ne se remette à rire hystériquement. Il ne se serait pas cru dans cet état après une séance de torture... Oh non, il se voyait détruit, à moitié mort, pitoyable... Pas riant aux éclats car, plus encore que son corps en miettes, c'est son esprit qui a été blessé. Et pourtant, alors que son dos n'est plus qu'une vague charpie sanguinolente, c'est peut-être ce rire qui sauve Adam, déstabilisant Thomas ou l'agaçant assez pour qu'il s'arrête, laissant place à son petit speech à l'aveuglette... Il ne peut voir les expressions que Morgan arbore lors de ce théâtre occulte mais dans son état mental, il n'en a probablement plus rien à faire...

Une gifle vient l'interrompre, lançant une douleur bénigne comparé à tout ce qu'il a endure jusqu'ici et il ricane rapidement avant de reprendre, se fichant éperdument de l'ordre de son tourmenteur et de ses affirmations, ses grandiloquents sermons. Il se relève avec l'air le plus dément qu'il soit capable d'afficher, bien malgré lui d'ailleurs, pour continuer de cracher son venin au visage de Thomas qui malheureusement ne réagit plus... sa voix, sa dernière arme, ne fait plus d'effet. Thomas se sait fort, vainqueur, il l'a détruit et rendu incapable de faire quoi que ce soit de plus. Les mots qu'il lance sont comme une lame émoussée qu'il s'évertue à agiter vainement au-dessus de lui pour blesser un géant en armure. Et pourtant il insiste, insiste encore et encore, parce que sinon il n'a plus qu'à se laisser mourir, dévoré par cet ogre...

Et alors qu'il se lance dans des bravades plus osées les unes que les autres, poussé dans ses derniers retranchements, alors qu'il n'a plus rien à faire de ce qui va lui arriver, Thomas sort de la boule de feu floue qu'est la cheminée un sceptre noir et ondulant couronné par une autre étincelle brûlante déformant son champ de vision bien vague et entouré de petites flammèches en suspension dans l'air... Plus besoin d'être une flèche pour comprendre. Le plus jeune soupire en riant et se lance dans une énième moqueries, jouant dans la cour dérangée et folle de Thomas, presque dans une petite bulle d'intimité qui leur est propre... Mais il est le seigneur de cette cour et s'amuse tout juste des défis insensés de son invité, tant et si bien qu'il l'exécute brusquement, lassé de tant de gesticulations, en appuyant le fer sur sa poitrine.

Vaincu, cassé en bien plus que deux, son dos demandant maintenant à rompre pour échapper à l'emprise de la forge calcinant sa chair, ses yeux aveugles s'écarquillent à l’excès, tremblant et sa bouche s'ouvre comme un trou béant alors que tous les membres de son corps encore en état de le faire se tendent et se crispent. Thomas assènent des mots assassins comme une sentence et, plus que l'odieuse marque, plus que la brûlure sur son corps, c'est bien ces mots qui se gravent dans l'âme du Second qui veut lutter encore, hocher la tête négativement... Mais il a raison... Tellement raison ! Ses cris, ses grandes réparties, ne sont que les hurlements d'un porc qu'on égorge, il veut se réfugier derrière cette façade, ses dernières forces, la seule chose à laquelle il soit encore bon... Il se crispe un peu plus quand le métal en fusion s'écrase un peu plus contre son torse, effaçant dans les grandes lignes son tatouage... Alors que le feu l'attire comme un magnétisme malsain.. Il lui suffirait pourtant de se jeter par terre pour en plus en être la proie mais il est soudé à ce fer ardent. Oui, il n'est plus rien... Rien du tout... Moins qu'un estropié, moins qu'un infirme... Toutes ces fractures peuvent-elles seulement être guéries ? En a-t-il seulement envie ?

Et c'est alors au tour de Morgan de parler, s'excuser avec cette intonation de voix toujours aussi édifiante tant elle est pitoyable... Et Adam en souffre d'autant plus... Il sait qu'il n'est pas n'importe qui pour son capitaine, que le spectacle de sa mutilation ne le laisse pas indifférent, si on peut être indifférent à ce genre de spectacle. S'est-il un jour figuré être la fierté de son meilleur ami ? Plus encore que son bateau ? Si c'est proche de la vérité, alors il ne peut reprocher à Morgan d'être dans cet état alors que devant lui se trouvent les miettes de cette fierté... Le voir sacrifier son honneur à Thomas, son orgueil... non ! Arrête ça ! Arrête ça tout de suite ! Pas à cause de lui ! Pas après tout ça ! Il ne doit pas abandonner ! S'il le fait il lui en voudra autant qu'il l'a détesté à sa tentative de suicide ! Adam serre les dents et ses trois doigts, se mettant à trembler en forçant contre le tison, s'y empalant presque un peu plus, comme pour se redresser, ne pas se laisser abattre... Il ne doit pas... Et soudain, il écarquilles les yeux alors que le souffle muet de Morgan parvient à ses oreilles, comme un son que seul lui peut entendre alors qu'il ne l'a pas vu l'articuler... Qu'il comprend subitement que toutes les excuses lui sont adressées... Cela lui fait d'autant plus mal, bien qu'en même temps il en soit égoïstement fier, et il peut se détendre un peu, souriant et chuchotant un « Idiot » tremblant.

Le tison se retire brusquement de sa poitrine et Adam choit en même temps que lui, son corps s'écrasant lourdement sur le sol alors que la barre de métal carillonne doucement en s'éteignant. Les petits coups sur sa joue le font grimacer, il s'imagine un instant qu'il est tombé dans l'inconscience et qu'on veut le réveiller mais repousse bien vite cette idée. Il ne saurait dire la tête qu'affiche Thomas, bien que cela soit sûrement une mine glorieuse. Son ouïe est presque aussi trouble que sa vision mais il parvient à saisir le sens des paroles de son bourreau et affiche un sourire ironique tant il a envie de rire de ses propos mais n'en a plus la force...

C'est du moins ce qu'il se dit, peut-être a-t-il juste perdu la raison...

Il tend vainement le bras en direction de Morgan qu'on veut emmener loin de lui, mais parvient à le soulever de seulement une poignée de millimètres du sol tant il est affaibli. Il ne peut même pas tourner la tête, se contentant de fixer sans le voir un coin du plafond... Et bientôt son bras et sa tête retombent, son sourire s'efface et il ne bouge plus... Le seul témoin de sa survie étant une respiration faible et irrégulière. Il entend, impuissant, les hommes entrer, Morgan se débattre et se faire entraîner à l'extérieur, l'au revoir de Thomas qui sonne comme un adieu...

Et Adam se retrouve seul... tout seul... moins que rien, plus de forces, plus de sentiments, plus de douleur... Il n'a même plus ça pour se rappeler qu'il est humain. Sa poitrine le brûle, son tatouage est brisé... Lui qui représentait tant pour lui... Représentait tout pour lui... Thomas l'a tué... Il n'est pas encore mort mais Thomas l'a tué, a détruit tout ce qui faisait son essence. A brisé son corps, fait voler en éclats ses mots, brûlé ses symboles... Il peut se laisser emporter par le noir profond qui l'appelle et s'endormir maintenant...

Et soudain, un petit quelque chose le rappelle depuis ce monde noir et houleux, un bruit régulier et dérangeant... non pas dérangeant... plutôt rassurant même. Familier. Un... un tic tac... Celui d'une montre... Et il son cœur se remet à battre en rythme alors que la montre qu'il a serré si fort dans sa main quand on le dépouillait et qu'il a mise dans sa poche se met à résonner dans la salle vide et silencieuse. Cette montre qui lui rappelle une chose :

Il n'a pas le temps de se lamenter.













The Huntmaster

Quel agaçant duo, quel couple écœurant... Cela arrange bien le tortionnaire, mais il en est au moins autant révulsé de voir l'affection et l'empathie qu'ils ont l'un envers l'autre. Certes, le quartier-maître n'est plus en état d'avoir mal pour son capitaine, il a déjà assez mal pour plus que deux, mais aux prémices de la torture, ce côté rassurant qu'il se donnait, les paroles qu'il lançait pour épargner le pirate maudit, c'était intolérable ! Et le plus odieux, aux yeux de Thomas, c'est bien cette compassion que Morgan a pour son Second, cette peine qui le pousse presque aux sanglots, lui qui est incapable de pleurer, en voyant son nouveau partenaire se faire torturer alors qu'il n'a pas eu la moindre once de remords à l'abandonner, lui, sur une île déserte, à une mort certaine... Ils se connaissaient depuis plus longtemps pourtant... Ils avaient tout fait ensemble... Grandi, vécu, survécu... Ils avaient partagé les mêmes ambitions. Ils s'étaient finalement lancé dans le pari fou de recruter un équipage avec leur parole pour seule garantie, dérober un bateau et finalement emprunter la voie des pirates. Et tout ça pour quoi ? Du sable et de la souffrance.

À côté de ça, qu'est-ce que ce type a pu vivre avec Morgan pour qu'il lui porte tant d'importance ? Pour qu'il le nomme Second ? Lui voue une telle confiance ? Qu'est-ce qui mérite un tel traitement de faveur, une telle importance, tant d'affection ? Qu'est-ce qu'il a fait que lui n'aurait pas pu accomplir ? Qu'importe, aujourd'hui, l'heure est aux règlements de comptes. En l'espace de quelques heures, son ancien capitaine a souffert au moins une fraction de ce qu'il a enduré des années durant... Et la loque qui gît maintenant sur le sol a aussi eu son lot de souffrances. À son sujet, Thomas ne saurait dire s'il est pleinement satisfait ; jusqu'au tout dernier moment ce mécréant aura gardé sa grande gueule, sa fierté... Enfin, il devrait peut-être ressentir encore plus de satisfaction à l'idée d'avoir brisé quelqu'un de si résistant. Car oui, maintenant que cette séance macabre arrive à son terme, ce jeune homme est brisé, intérieurement et extérieurement. Et pourtant, un vague sourire persiste, agaçant rappel de ces incessantes moqueries... Mais, le capitaine du Bloody Mary en est sûr, ce n'est qu'un simulacre de ce qu'il a un jour été, ses dernières mimiques, ses dernières paroles, relevaient de la folie, celle d'un homme qui a basculé et a perdu toute retenue, ne cède plus qu'à son instinct.

Condescendant, Thomas tapote la joue du pirate à moitié mort et ordonne à ses hommes de libérer Morgan de ses entraves pour l'emmener dans un autre cachot. Le quartier-maître sera laissé là... et même lui ne sait pas s'il tiendra la nuit. La porte se referme lourdement, comme un adieu, comme une sentence, et le tortionnaire lâche un lourd soupir. S'adressant probablement à Adam, mais cherchant plutôt à irriter Morgan en fixant le battant de métal rouillé.

- Ce fut un plaisir de faire plus ample connaissance...

Il regarde ses marins par-dessus son épaule, un sourire de satisfaction sournoise aux lèvres.

- Emmenez-le dans un cachot du premier sous-sol... celui où vous aviez jetez l'autre, tant qu'à faire. Ses yeux coulissent jusqu'à son vieil ami. Si tu as envie de soulager ta conscience, te confier... bref, si tu n'arrives pas à dormir, que tu veux parler, discuter un peu... n'hésite pas, appelle-moi !

Son sourire se fait un peu plus vicieux et la petite troupe s'engage dans le dédale de couloirs de la bâtisse. Au détour d'un virage, le capitaine s'arrête un instant, regardant ses pieds, ses mains, Morgan qui se débat entre les mains de quelques forts gaillards qui continuent leur route sans lui en sortant de son champ de vision, puis finalement le plafond poussiéreux et rempli de toiles d'araignées. Après cette violente entrevue, Thomas n'est même pas fatigué, pas vraiment essoufflé... Un sentiment étrange l'envahit, quelque chose qui lui redonne toutes ses forces, par-delà l'excitation, par-delà la vengeance, par-delà les souffrances... Il a l'impression qu'un poids s'est retiré de ses épaules, il se sent un peu plus léger, comme si une voix dans sa tête s'était tue, qu'un sifflement strident avait cessé, qu'on avait vidé un abcès purulent, enlevé une écharde de sa chair... Et tout doucement, alors que son visage se trouve être absolument neutre, il se demande ce qu'il lui arrive. Et, rassurante, brillante et chaleureuse comme une bénédiction céleste, la réponse vient timidement s'immiscer dans son esprit sous la forme d'une nouvelle question. Est-ce que... pour la première fois depuis quinze ans... il est... serein ?

Un sourire, sincère cette fois, heureux, illumine son visage toujours fixé vers le haut et sa lèvre inférieure tremble imperceptiblement, comme s'il allait pleurer.











The Huntmaster


La haine, la rancœur, le mépris, et plus encore... la folie et les remords emplissent la Chambre de la Douleur dont Thomas est le maître. Le rire dément du Quartier-maître du Black Sails raisonne probablement jusque de l'autre côté de la porte et Morgan qui a fini par se laisser tomber, retenu par les chaines qui le bloquent, ses genoux dans le vide, tente de faire abstraction de cette voix habituellement si douce. Même lorsqu'ils s'engueulent avec le désir sincère de ce blesser cette voix ne lui fait pas... aussi peur. A présent, elle le terrorise presque, elle pourrait lui faire mal, il ne veut plus l'entendre, il ne veut pas accepter que ce rire dément est la manifestation évidente de l'abandon de conscience d'Adam, cette raison qui s'envole au même titre que son honneur et sa fierté. Non. Il ne peut pas le laisser comme ça, il ne peut pas se résoudre à l'abandonner à ce triste sort. Il doit faire quelque chose, agir, et s'il ne peut pas se libérer, espérer au moins pouvoir faire cesser cette torture, ce massacre gratuit dont le seul à profiter est cette enflure de Thomas, ce salaud qui continue à sourire alors qu'il est tout bonnement entrain de détruire un homme. Un être humain. N'as-t-il donc aucun sentiments? Question stupide de la part d'un pirate cruel et sans pitié, mais jamais Morgan n'a imposé la souffrance pour son propre plaisir. Le sadisme il connaît... ça ce n'est pas du sadisme, c'est une maladie! C'est... complètement fou!

Le Capitaine maudit se redresse doucement en reprenant appuis sur ses pieds alors qu'il n'a plus qu'une seule solution pour calmer le jeu de son vieil ami. Et il n'est même pas sur que ça suffira. Terriblement impuissant, l'immortel ne peut que regarder avec horreur le tatouage de son ami se transformer en une cicatrice à la forme détestable se parant ça et là des taches d'encre noire dont subsiste encore un morceau du fermoir du cadenas, quelques gravures et une toute petite partie de la pointe sombre de la plume. Il hoche la tête avec une lenteur incrédule. Qu'il s'arrête! Mais qu'il s'arrête. C'est dans un ultime coup désespéré sur ses chaines que Morgan fini par baisser la tête, avouant être près à répondre aux exigences du leader du Bloody Mary. Entre deux sanglots imaginaires, alors que s'échappent de sa gorge quelques gémissements pitoyables dont la cause est purement psychologique, le pirate fier et orgueilleux, celui qui n'avait jamais plié devant qui que ce soit pour un "pardon" abandonne. Tout ce qui lui importe à présent c'est la survie de son Second... non plus encore, de son meilleur ami, son presque frère.

Sans parvenir à poser son regard que ce soit sur Adam ou même Thomas, Morgan récite comme un texte qu'il aurait répété tellement de fois dans sa tête qu'il le connaîtrait par cœur. Et au fur et à mesure de son discours bourré de soubresauts, de bégaiements et de longues hésitations un message caché raisonne. Le ruffian semble avoir de plus en plus de difficulté à articuler. Avouer ses tords, les reconnaître, faire savoir au monde qu'il a commis des erreurs, des erreurs qu'il regrette, sans doute les premières qu'il n'arrive pas à assumer. Qu'est ce que c'est dur. Qu'est-ce qu'il à honte. Et pourtant il ne s'arrête pas et son timbre monocorde vient finalement mourir en un mouvement de lèvres presque imperceptible et un souffle muet. Alors qu'il avait réussit à brièvement relever la tête pour plonger alternativement son regard, d'abord dans celui de Thomas, et enfin, enfin... dans ce lui de son cher Quartier-maître qui ne le voit probablement pas, le Capitaine laisse mollement retomber son menton contre sa poitrine, les yeux crispés comme s'il allait fondre en larme alors qu'il en est physiquement incapable. Et puis... et puis un murmure parvient à ses oreilles, comme une transmission de pensées, comme s'il avait distinctement deviné la voix de son camarade s'adresser à lui. Un sourire détruit entaille ses joues derrière la masse bouclée de mèches brunes qui cachent son visage et il échappe un bref et triste ricanement.

Le pirate ignore comment et pourquoi, mais on dirait bien que c'est fini. Le tison de fer qui s'écrase au sol sonne la fin de l'interminable séance de torture adressée à l'un comme à l'autre des hauts gradés du Black sails et Morgan contemple avec une angoisse incalculable le corps mutilé, couvert de sang, de plaies et de poussière de son meilleur ami. Il ne veut même pas se perdre en interrogations futile du genre "Est-ce que ces blessures pourront un jour guérir?" "Est-ce qu'Adam va survivre suffisamment longtemps pour lui permettre de trouver un moyen de s'échapper et de sortir d'ici"... ou encore... "Sortiront-ils seulement d'ici un jour ensemble?" Pour une raison qui lui échappe, Morgan repense aux funérailles de ses compagnons d'armes et il serre les poings, sentant une rage folle l'envahir. Non... non, hors de question qu'il doive l'envelopper dans un linceul et le rendre à l'océan, ce traitre, ce pervers. Il refuse de tenir un discours en s'efforçant de rester solennel alors que son cœur ne demandera que la mort, il ne veut pas chanter encore cette chanson tout en pensant à lui. Jamais! L'immortel relève la tête pour toiser Thomas avec un regard si noir qu'il pourrait en faire cauchemarder le plus effrayant des nécromanciens.

- Salopard... t'as intérêt à bien m'attacher parce que j'te préviens... si je me libère......... t'es mort.

Sa voix vibre sur son dernier mot et il tire à répétition sur ses chaines qu'il sent à deux doigts de céder lorsqu'une poignée d'hommes pénètrent dans la salle de torture pour se saisir de lui par les bras, le cou et les cheveux afin de le détacher et de le transférer ailleurs. Morgan se débat comme un diable, il s'égosille, se laisse trainer par ses geôliers, il lance un dernier regard paniqué à Adam dont la main se tend péniblement dans sa direction.

- Adam... Murmure-t-il dans une plainte aigue avant de se faire plus assuré. Je vais revenir! Attends moi je t'en pris!

Et le ruffian se fait tirer de force à l'extérieur de la pièce, à nouveau plongé dans l'obscurité des couloirs avec pour seul paysage le dos de son ancien ami à la tête du cortège. Thomas donnes ses ordres et Morgan serre les dents alors qu'il apprend qu'on va l'enfermer dans le cachot où ils retenaient Adam prisonnier avant de le conduire à la torture, mais par dessus tout, ce sont les mots du maître des lieux qui achèvent de le faire entrer dans une colère incontrôlable. Il se retourne en forçant sur ses entrave pour observer Thomas qui c'est arrêté d'avancer contrairement à ses hommes qui continuent de tirer sur les bras et la tignasse de l'immortel qui ne s'en préoccupe presque pas, se contentant de lutter.

- Vas... ghnn... vas te faire FOUTRE Thomas!

Et le bourreau disparaît dans l'angle d'un mur alors qu'on le conduit à l'étage supérieur. Mais Morgan n'a pas l'intention de se laisser enfermer une seconde fois. Il cesse un temps de se débattre, suivant calmement les hommes qui l'entraine, comme résigné à son sort, et puis alors qu'ils aborde la montée des escaliers de pierre, Morgan se laisse choir de tout son poids sur les marches. Surpris, deux pirates s'affaissent par la pression exercée sur leur bras et le Capitaine en profite pour attraper la cheville de l'un d'entre eux et le faire chuter lourdement dans les marches. Evidement, les deux autres hommes qui le maintenaient prisonniers réagissent au quart de tour, mais l'immortel parvient à se redresser suffisamment vite pour que l'un des hommes se jette tout bonnement dans le vide, il en profite pour envoyer un violent coup de poing en pleine tête du dernier homme, son crane allant percuter le mur tout proche pour l'assommer tant le couloir est étroit. Il donne un coup de pieds au sous-fifre qui vient de s'étaler de lui même sur l'escalier et vient écraser son talon à l'arrière de sa tête. Il entend le craquement de l'os du nez qui se brise et une marre vermillon commence à se répandre sous le corps inerte. Le troisième pirate, celui que le Capitaine avait réussit à déséquilibrer en lui attrapant la cheville en a profité pour se relever et tirer son pistolet de son fourreau pour pointer le canon d'une main tremblante contre le front de l'immortel qui sourit de toutes ses dents, avant d'échapper un petit rire débordant de malveillance et de montrer son indexe qui pendule de gauche à droite dans un "tsst tsst" avant de saisir le mousquet pour l'abaisser d'un coup sec... et le coup part transperçant son flanc sans que la moindre douleur ne vienne l'assaillir. Vaguement terrifié, l'homme écarquille les yeux en remarquant que son prisonnier ne saigne pas ce qui laisse assez de temps au Capitaine du Black Sails pour lui donner un coup de tête magistral. L'homme s'écroule et Morgan ne prend même pas la peine de vérifier si l'arme est toujours chargée ou non, il l'enfourne dans la ceinture de son pantalon et redescend les escaliers pour faire marche arrière dans les couloirs... ou plutôt, il cours, il cours en ne pensant plus qu'à une chose, il court comme si Davy Jones lui même était à sa poursuite, jusqu'à... retomber enfin sur Thomas et sans réfléchir, il se jette ni plus ni moins sur lui, le faisant basculer en arrière et s'étaler au sol. Avachit  sur lui, le Capitaine maudit se redresse rapidement pour se retrouver à califourchon sur son ventre et vient saisir le col de sa chemise et planter son regard dans le sien.

- Je t'avais prévenu p'tit con... je t'avais avertis de ce qui se passerait si tu faisais pas gaffe...

Il halète à l'excès, sa colère prenant le dessus sur son état de mort-vivant le poussant à laisser les réflexes de son corps s'exprimer par une ample respiration factice. Morgan enrage, ses yeux n'ont plus rien d'humain, son regard est meurtrier et ses dents crispées grincent entre elles alors qu'il commence à le rouer de coup, éclatant ses phalanges repliés sur son visage.

- Ca c'est pour Adam!! Hurle-t-il en lançant un coup de poing plus fort que les autres alors que sa main qui enserre la chemise de Thomas l'étrangle pratiquement. Je vais te tuer t'entends?!! Je vais te transformer en charpie! Et t'es gars pourront même pas identifier ton cadavre crois moi!

La rage et la rancœur aveugle le Capitaine maudit qui oubli momentanément qu'il n'a pas vraiment le temps de se laisser aller à une telle violence, tout comme il ne prend même pas la peine de se saisir du mousquet pour verrifier s'il reste des balles et achever directement cette ordure.









The Huntmaster

C’est fini. Cette macabre représentation est finie. Thomas, en maître de cérémonie, laisse tomber sa dernière arme sur le sol dans qui résonne avec beauté et grandeur contre le sol de pierre froide. Ses hommes pénètrent dans la pièce presque timidement, occasionnant un courant d’air qui fait s’agiter les chaînes et cadenas pendus au plafond dans un tintement presque poétique et élégant. Il contemple avec un œil perplexe l’homme brisé, détruit, à ses pieds, comme un artiste qui se demanderait s’il a bien fait. Ses ordres donnés, il pose ses yeux sur son ancien ami qui vient le menace, tire plus fort sur ses entraves et le toise avec un regard noir. Mais c’est trop tard maintenant, il n’y a plus à se débattre, il n’y a plus rien à sauver. Il pourrait avoir peur de ces yeux terribles et meurtriers… si seulement la rage qui habitait ces pupilles vertes était plus forte et plus intense que la sienne. Les voilà quittes, à égalité. Il sait que maintenant le seul désir de Morgan est de se venger de lui, il sait qu’il l’a entraîné dans la spirale de la vengeance, qu’il veut sa mort. Et il s’en fiche, s’en fiche terriblement. Ça ne finira jamais. S’il le tue, quelqu’un d’autre prendra le relai, peut-être son équipage, peut-être son propre Second. Le désir de vengeance est facile à créer, il suffit d’une erreur… Mais briser cette boucle est bien moins évident, il n’y a que deux options. Il faut être fort. Assez fort pour réduire à néant toute une faction, toute trace d’affection d’un des revanchards sous peine de faire naître d’autres revanchards ou… être assez fort pour pardonner. Et ça, ni Morgan ni Thomas n’y sont prêts. Et le problème, avec ce désir, c’est qu’il ne meure jamais. Quel homme avide de vengeance a déjà été satisfait de la revanche qu’il a prise ? N’est pas allé plus loin ? Qui sait où s’arrêter ?

Le capitaine du Bloody Mary fixe avec dépit et agacement le petit manège ridicule de ses deux victimes. Il roule des yeux devant tant de mièvrerie de la part de pirates si fameux. Morgan qui se débat et hurle à l’intention de son meilleur ami qu’il va revenir, le sauver, jure qu’il le sortira de là… Et cette loque humaine qui lève faiblement la main dans la direction de la voix de son capitaine et ami. C’est abject et ridicule. Thomas n’a plus qu’une envie : que cela cesse. Il ordonne rapidement à tout le monde de quitter la salle et salue Adam avec ironie et sadisme, claquant la porte derrière lui. Emporté dans son élan malsain, il se tourne ensuite vers Morgan pour asséner quelques mots empoisonnés et moqueurs, ne prêtant pas plus attention à la réponse haineuse et puérile de son prisonnier qu’à sa précédente menace de mort, n’y répondant que par un vulgaire et bref gloussement.
Il l’observe s’éloigner, s’arrêtant d’un coup en sentant quelque chose d’étrange, de différent en lui et autour de lui. Il se sent… étrangement calme, comme si un brasier avait cessé de brûler en lui, s’était atténué au moins pour un moment, un court instant de plénitude où une partie du poids qui pèse sur ses épaules a été pris par quelqu’un d’autre. Il lui reste un fardeau terrible, un traumatisme, une peine profonde et solidement ancrée dans son cœur, mais il se sent un peu mieux, envisage maintenant l’avenir plus sereinement, il a su conjurer une partie de sa propre malédiction.

Perdu dans ses pensées, en transe, comme illuminé par le Seigneur qui chuchoterait à son oreille, il ne sort de son extase qu’en entendant un coup de feu retentir plus loin. Il n’a que le temps de commencer à se précipiter qu’il écarquille les yeux en voyant Morgan, fou de rage, surgir du couloir adjacent et lui sauter à la gorge. Basculant en arrière, Thomas s’écrase lourdement sur le coccyx puis le dos, grognant de douleur alors que son crâne cogne contre le sol. Hébété quand il se fait saisir par le col et brusquement redressé de force, ses yeux clignent à répétition devant le capitaine du Black Sails haletant et écumant de rage. Et cette fois, il a un peu peur. Cette bénédiction, cette phase de bien-être, est arrivée au mauvais moment, sapant momentanément ses forces et son bouclier impénétrable et impitoyable. Son souffle se coupe à chaque coup que lui porte violemment Morgan, il se mord la langue et ravale le sang qui s’en échappe, le goût métallique se répandant dans sa bouche. Le coup pour Adam le sonne violemment, faisant danser le décor et des étoiles devant ses yeux. Redevenu innocent l’espace de quelques douces minutes, il se demanderait presque pourquoi son meilleur ami est en train de le lyncher.

Dans un réflexe de survie, il se débat avec ses pieds et colle à son tour son poing dans le visage du capitaine, lui rendant ses coups autant qu’il en est capable tout en sachant que c’est vain, futile. Il songe avec ironie qu’il ne se rappelle pas en être jamais arrivé aux mains avec Morgan… Le visage gonflé, commençant à bleuir sous le sang qui s’écoule de plusieurs plaies et de son nez, Thomas se débat de moins en moins et finit par se détendre, comme une poupée de chiffon, un sac de sable qu’on rouerait de coup. Comme s’il était déjà mort. Il va mourir, il le sait. Morgan, peut-être le seul ami qu’il ait jamais eu, va le tuer maintenant, il l’a promis. Tous ses regrets, toutes ses peines, remontent à la surface en même temps qu’une foule de souvenirs, ceux de haine exacerbée mais aussi ceux qui datent d’avant tout ça, quand ils naviguaient et pillaient ensemble, buvaient et riaient. Et toute l’histoire de sa vie défile comme un livre dont le vent tournerait les pages à l’envers et il se revoit, il y a bien des années, aux côtés de Morgan, tous les deux plus jeunes, insolents et plein d’ambitions au comptoir de Douglas… Et l’espace d’un moment, il ne sait même plus quand ni comment ils en sont arrivés là ? La faute à qui ? Qui est le salaud de l’histoire au bout du compte ?

Et au milieu de tous ses souvenirs, une silhouette se dessine, empiète dessus avec un sourire espiègle, presque railleur. Adam, dans sa tenue de la veille, main sur la hanche, pimpant, représentant tout ce qu’il a toujours voulu être. Pourquoi est-il soudainement si beau ? Si imposant ? Si brillant ? Pourquoi se moque-t-il toujours de lui ? Pourquoi a-t-il l’air si supérieur ? C’est impossible ! Il vient juste de le détruire, le briser, le réduire à moins que rien ! Il a ruiné sa vie comme il a ruiné la sienne ! Un élan de désespoir prend Thomas au cœur et lui donne la force nécessaire pour soudainement saisir le col de Morgan, l’interrompant dans son cou et se redressant en position assise tout en l’attirant vers lui, collant presque son nez et son front contre le sien, plongeant ses yeux brillant comme la glace dans les iris émeraudes de son ancien camarade. Il peut bien mourir aujourd’hui, mais il doit poser cette question qui le hante depuis qu’il a revu Morgan, depuis qu’il a vu cet homme, depuis le premier jour où il entendit parler du Second du Black Sails, où il le vit sur un avis de recherche aux côtés de son capitaine. Ses mains tremblent, sa voix se meure comme une plainte douloureuse, un sanglot, ses yeux sont grands ouverts en quête d’une réponse, une question existentielle, la question de toute une vie.

- Qu’est-ce que j’avais de moins que lui ?!









The Huntmaster


A peine libéré de l'emprise de ses geôliers, l'esprit de Morgan ne pense plus qu'à une chose, une seule. Son champs de vision se pare d'un rouge qui n'existe que dans sa tête et il sait exactement quel chemin emprunter pour rebrousser chemin et... non pas retourner à la salle de torture comme il devrait probablement le faire mais bien se retrouver à nouveau nez à nez avec Thomas. Ou plutôt... il devine sa présence au détour d'un couloir et n'hésite pas la moindre seconde avant de se jeter dans un hurlement de rage sur son ancien camarade pour le faire chuter brusquement et avec une grande violence. Il s'est immédiatement saisis du col de sa chemise pour faire cogner sa tête plus fort contre le sol, cherchant probablement à lui briser le crâne tout en espérant que le coup ne le tue pas afin qu'il puisse profiter lui-même de sa vengeance. Une vengeance que le Capitaine maudit rumine depuis l'instant même où ce salopard a eu la bien mauvaise idée de s'en prendre à Adam.

Appuyé plus de tout son poids sur le bas-ventre du pirate pour l'immobiliser, l'immortel plonge son regard dément et hors de lui dans les yeux acier de Thomas qui s'écarquillent sous le joug de la terreur. Oui Thomas... oui! Tremble! Tu peux avoir peur, tu devrais avoir peur parce que maintenant tu vas récoler les fruit de l'amère et acide récolte que tu as toi-même semé. Les iris émeraudes poignardent, lacèrent sans vergogne le maître des lieux qui semble décontenancé au point de ne trouver aucun moyen de réagir face à cette agression. Il est pourtant plus grand que Morgan et possède certainement même une plus grande force physique, le ruffian s'étonnerait presque de ne pas se prendre de revers de la médaille alors qu'il assène son premier coup à son ancien camarade. Rien. Et bien tant pis pour lui, s'il ne veut pas se défendre ça n'en sera que plus facile, et puis... et puis il ne mérite même pas d'en avoir le droit.

C'est alors que commence le règlement de compte, celui que le Capitaine maudit n'aurait pour rien au monde ignoré. Il va tuer ce fils de pute, le tuer de ses mains en s'assurant qu'il souffre autant que ce qu'Adam a souffert entre ses doigts. Les coups de poings qui viennent s'abattre sur son visage son précis contrairement à ce que ces hurlements de colère et ses mains tremblantes peuvent laisser penser, il vise quelques points précis afin de ne pas porter de coup qui lui serait fatal trop rapidement comme l'arête du nez. Ses doigts crispés contre son poing s'abattent alors sur son arcade sourcilière, la faisant pratiquement éclater, ses pommettes qui se colorent rapidement de bleu, de jaune et de noir, ses yeux, son menton... Le forban fait pleurer le sang de celui qui fut un jour son plus proche compagnon, presque un frère, il ne se souvient même plus de comment ils se sont rencontrés, il ne se souvient pas de ce qui l'a attiré chez lui, pourquoi il s'est mis à le fréquenter ni les décisions qui les ont poussé à voler un navire pour s'enfuir, voguer et écumer les mers ensembles. Tout cela n'a plus d'importance de toute façon. Son passé est mort et enterré... et bientôt Thomas en fera partie. Il sera lui aussi enterré. Il ne veut plus savoir comment, il ne veut plus savoir pourquoi, non tout ce qu'il veut c'est lui faire payer. Comme si les dix années qu'ils avaient passé ensemble n'avait jamais existées.

Morgan est un pirate, il n'a jamais fait preuve d'une quelconque pitié envers ses ennemis, ne rechigne pas à tuer et n'en a jamais éprouvé le moindre remord, même après qu'il se soit retrouvé maudit. Pourtant il n'a jamais tué pour le plaisir gratuit de tuer, et d'ailleurs... il n'a même jamais tué par désir de vengeance. Pas encore. Parce que c'est bien ce qu'il avait l'intention de faire une fois qu'il aurait retrouvé Nimwë... et c'est bien ce qu'il a l'intention de faire maintenant! Aveugle et sourd à une conscience qu'il ne possède de toute façon pas, ou plus... Morgan n'est guère plus qu'un monstre. Un monstre entrain de tabasser l'homme qui se trouve à sa merci sans pratiquement rien pouvoir faire pour se défendre. Il en a presque oublié pourquoi tant de haine c'est emparé de lui, l'immortel ne se laisse plus guider que par ses poings, faire parler la violence, alors que ses menaces de mort s'échappent avec une folie furieuse de sa gorge.

Sa main gauche crispée sur le col de la chemise qui se retrouve bientôt recouvert de coulure rouge vermillon, la droite elle continue de frapper avec une violence phénoménale, faisant parfois buter la tête de Thomas contre le sol, le défigurant au moins pour les semaines à venir, mais s'il pouvait lui arracher les yeux, l'étrangler plus fort! Cette souffrance qui s'échappe de lui n'atteint même pas le Capitaine du Black Sails, elle ne le calme pas, ne le pousse aucunement à s'arrêter, et puis le leader du Bloody Mary se réveille quelque peu, cherchant visiblement à sauver sa vie en se défendant comme il le peut de l'assaut interminable. Morgan encaisse les coups de poings et les coups de pieds sans sourciller, il ne fait que se fatiguer pour rien, tout au plus, il ne fait que ralentir l'heure de sa propre mort. Mais la malheureuse victime ne se débat plus très longtemps. Bientôt, Thomas ne réagit plus à l'agression, comme résigner, si seulement son ancien camarade pouvait le voir, mais non, il ne voit rien, ne s'arrête pas. Il continue à rouer son corps de coup de poings haletant, laissant parfois échapper un long rage mêlé de rage et de désespoir mêlé, Morgan pourrait certainement éclater en sanglot si seulement il en était capable, mais puisqu'il ne peut pas, il va continuer à passer cette frustration comme il peut...

Jusqu'à ce qu'un dernier élan de survie ne semble habiter le malheureux Thomas qui parvient à se saisir du col  de la chemise en lambeau de son ancien camarade pour le serrer si fort que Morgan s'interrompt dans son élan, comme soudainement revenu à une réalité qui va jusqu'à faire cesser net la respiration "réflexe" qui soulève et abaisse ses épaules. Incrédule, comme si le pirate venait subitement de se révéler d'un long et pénible cauchemar, il regarde le Capitaine du Bloody Mary se hisser à lui avec une lenteur effrayante son regard incapable de se détacher du visage couvert de sang, de bosses, de plaies et d'hématomes qui couvres sa peau. L'instant semble durer des heures, comme pris au ralentit et Morgan se retrouve sans vraiment comprendre comment ni pourquoi front contre front avec Thomas, pouvant entendre sans peine le sifflement de sa respiration erratique.

Et puis sa voix presque pitoyable et étouffée de sanglot et son regard écarquillé font esquisser au forban un mouvement de recul tandis qu'il desserre son emprise sur le col de son ancien compagnon de voile et rabaisse légèrement son poing ensanglanté.

- P-pardon??!!

Pas tout à fait sûr d'avoir bien compris, Morgan reste une seconde silencieux, son regard plongé dans celui de son défouloir. Il semble avoir soudainement retrouver une partie de son humanité et cligne plusieurs fois des paupières en réalisant que la question implique son cher Quartier-maître, celui-là même qui se trouve seul, enfermé dans une sale de torture et probablement entre la vie et la mort. Qu'est-ce qu'il vient de faire?! La rage du pirate maudit s'évanouie presque trop brusquement au profit d'une autre émotion que Morgan n'aurait jamais cru éprouver un jour... est-ce qu'il... a... pitié de Thomas? Ce sale traitre, ce monstre infâme, cet espèce d'enflure qui ne mérite pas moins que ce qu'il a subi de la part du forban?! Pourquoi est-ce que soudainement, le Capitaine ne ressent plus le besoin de passer ses nerfs sur lui? Pourquoi est-ce qu'inconsciemment, il se met à réfléchir à une réponse à cette question qui n'en mérite pourtant aucune?

Il soupire.

- Tu n'as rien à voir avec Adam... Rien du tout. Répond-t-il d'une voix caverneuse.

La situation vient de changer du tout au tout, comme si brusquement, le temps venait de s'arrêter pour se perdre dans un nouvel espace.

- T'étais mon ami Thomas... mais toi et moi... il y avait indéniablement quelque chose qui nous faisait nous repousser. Il le regarde avec un sérieux rare. Avec Adam c'est différent...

Son poing s'abaisse complètement, prenant le risque d'un retour de violence de la part de son vieil ami et Morgan prend une voix plus calme, peut-être même plus douce.

- Tu sais quoi?! ... Peut-être que... oui, dans d'autres circonstances tout aurait été différent. Peut-être que si tu avais été là la nuit où j'ai cessé de vivre... peut-être que si tu m'avais soutenu envers et contre tout comme il l'a fait... les choses aurait été différentes. Il soupire, sans même chercher à retirer le contacte de leur deux front. Alors je t'en prie... n'y voit pas quelque chose de personnel. Je ne l'ai pas fait Second dans le but de t'humilier. Son poste... il le mérite.

Pendant qu'il parlait, Morgan est venu passer sa main derrière la tête de Thomas comme s'il cherchait à se aire plus proche de lui l'espace d'une seconde. Mais lorsqu'il laisse descendre cette main pour reculer tout doucement et  plonger pleinement son regard dans le sien, son visage se pare d'une ombre menaçante et pleine de rancœur et de mépris.

- Mais toi... Tu l'as détruit, tu l'as brisé!! Il lève la voix. Tout ça pour faire disparaître ton foutu complexe d'infériorité! Et il reprend plus bas. Et ça... je te le pardonnerais jamais Thomas. Tu me détestes?! D'accord... Tu me méprise? D'accord... Tu m'en veux? D'accord... Mais à compter de ce jour... ton existence est simplement en sursit.

Et sans prévenir, il assène un nouveau coup de poing à Thomas avec la ferme intention de l'assommer. Il se redresse dans le même temps et jette un regard au visage qu'il a lui-même mutilé avec un air dédaigneux. Il hésite une seconde à l'achever d'un coup de mousquet en pleine tête, mais il n'a pas le temps de s'attarder plus longtemps auprès de ce cancrelat... il y a quelqu'un qui l'attend, qui a besoin de lui.

La course folle de Morgan dans les couloirs redouble de vitesse et d'empressement. Adam... Ô Davy attends encore un peu avant de l'emmener, ce n'est pas son heure... pas encore! Heureusement, le ruffian se souvient du chemin qu'il a parcouru avec les hommes de Thomas et l'effectue en sens inverse sans se tromper jusqu'à apercevoir la porte gardée par deux autres sous-fifres. Evidement les hommes le vois et se ruent sur lui en comprenant bien vite qu'un prisonnier qui se balade tout seul est loin d'être bon signe. Le premier à se jeter sur lui se mange un coup magistral en plein nez qui le sèche sur place, le second est plus doué et résiste un moment avant que Morgan ne tire le mousquet de son pantalon pour lui tirer en pleine tête, faisant éclater sa cervelle qui se répand sur les murs et le sols. Il ne cherche pas non plus à réfléchir plus longtemps et tire une nouvelle fois dans la serrure de la porte qui vole en éclat permettant ainsi au Capitaine maudit de pousser la porte dans un grand fracas pour pénétrer à l'intérieur de la salle de torture. Et il prie. Il prie plus qu'il n'a jamais prié... Faites qu'il soit toujours en vie.

- Adam !!! Je suis là!









The Huntmaster

Les coups ont cessé mais la douleur est toujours présente. Pas celle que l'on pourrait croire pourtant, le capitaine du Bloody Mary se fiche éperdument de son visage aux multiples ecchymoses de couleurs plus ou moins dégoûtantes, du sang qui s'échappe de chaque angle de son crâne... Qui se soucie de ces douleurs quand on est sur le point d'être exécuté ? La seule promesse qu'on ait, c'est justement qu'elles vont cesser. Non, ce qui fait souffrir Thomas, perdu dans un état entre l'homme qu'il a été et celui qu'il est devenu, ce sont ses actes manqués, ses remords, ses regrets, ses peines... Quand il s'est retrouvé seul sur cette île déserte, était-il en colère contre Morgan ou contre lui-même ? Avait-il tout perdu parce que son ami était un salaud cupide ou bien à cause de la personne qu'il était, de son propre comportement ? Aujourd'hui, alors qu'il a retrouvé son meilleur ami, il sait qu'il ne doit ses blessures qu'à cause de ses actions. C'est toujours quand on est sur le point de mourir qu'on se rend compte qu'on aurait peut-être voulu faire les choses autrement. Mais après, c'est trop tard. Pleinement conscient de ce qu'est une spirale vengeresse, de pourquoi il va perdre la vie dans les minutes qui vont suivre, Thomas songe que s'il pouvait tout recommencer, il voudrait être un saint. Tant pis, il espère qu'au moins Morgan sera assez miséricordieux pour exaucer sa dernière volonté et lui dire où il s'est égaré...

Ce dernier a l'air particulièrement abasourdi par la question de sa victime, son ancien bourreau. Désappointé, il doit avoir l'impression de n'avoir pas bien compris. Et pourtant, il s'arrête de frapper, il arrête de cogner, commence à baisser la main. Les miettes d'empathie que Morgan commencent à ressentir pour Thomas, à essayer de le comprendre, lui font comme une couverture alors qu'il commence à avoir froid contre le sol de pierre. Dire qu'il aura fallu en arriver là... il comprend maintenant que ce qu'il a fait tout à l'heure c'est créer de la peine dans le cœur de Morgan alors que tout ce qu'il voulait c'est ce qui est en train de se passer maintenant : lui faire partager la sienne...

Le soupir de Morgan fait étrangement battre son cœur alors qu'il s'attend à une révélation. Ses yeux restent grands ouverts et il fixe intensément son camarade qui commence doucement à parler alors que son meilleur ami agonise dans un cachot. Alors comme ça, il n'a rien à voir avec leur cadet ? Peut-être bien... Thomas s'était pourtant trouvé bien des points communs avec lui, mais il ne le connaît pas après tout... et c'est bien ça le nœud de son complexe, il voudrait seulement savoir ce qui a fait, il y a des années,que son ami se décide à l'abandonner à une mort presque certaine alors que cet arriviste a su se faire une place de choix dans sa vie. Le condamné est à deux doigts de pleurer quand, de la bouche de Morgan, sort l'affirmation qu'il a un jour été son ami... et lui-même doit reconnaître maintenant, après tout ça, qu'il y a quelque chose de naturel entre eux qui les empêche de se confier à l'autre sans compter, une pudeur et une réserve naturelle qu'ils n'ont pas su briser, une confiance parfaite qui n'a pas su naître, deux caractères si forts... et incompatibles. Dans le fond, c'est peut-être ça que cet Adam a de plus que lui.

Son vieux compagnon baisse le poing complètement. Voilà qu'ils en arrivent aux « Si »... S'il n'avait pas été jeté par-dessus bord... S'il avait été là ce fameux soir... Et en toute franchise, Thomas lui-même n'a pas la réponse. Aurait-il pillé en solitaire ou aurait-il été avec Morgan ? Aurait-il pu empêcher ça ? Et dans le cas contraire, lui aurait-il toujours été fidèle ? Il n'a pas les détails de cette période, mais aurait-il soutenu Morgan jusqu'au bout ou en aurait-il profité pour lui voler son poste et aurait été celui qui l'aurait abandonné sur une île déserte ? Non, il ne sait pas et ne saura jamais, comme bien des choses.

Et durant tout ce monologue, Thomas sent la main de Morgan venir se glisser à l'arrière de sa tête, liant les deux fronts sans équivoque. Il se laisse aller à fermer les yeux et calme sa respiration alors qu'il ressent le crâne froid de Morgan contre le sien couvert de sang.... Très bien, si ça doit se finir comme ça, d'accord.

Ce moment de quiétude est interrompu quand le capitaine du Black Sails s'écarte de lui et plonge son regard sombre dans ses yeux bleus. Il ne sourcille pas, il l'accepte, il n'a plus la force de lutter. Les mots résonnent cruellement dans le couloir vide et Thomas hoche la tête à chaque accusation, presque douloureusement, surtout quand Morgan lui fait comprendre que ce qu'il a fait à peine quelques minutes auparavant est bien la seule chose qu'il ne pourra jamais lui pardonner. Et soudain... le point culminant... C'est le moment... Il va... Quoi ? Comment ça sursis ? Est-ce que ça veut dire que...

Thomas n'a pas le temps de finir de penser, de protester, de s'étonner. Un dernier coup le fait sombrer dans l'inconscience.













The Huntmaster

Tic... Tac...

Le plafond est trouble, danse, mais au moins il est là. Il n'est pas un noir profond, ses paupières ne sont pas closes, ses yeux ne sont pas tout à fait aveugles, il est vivant.

Tic... Tac...

Adam a puisé dans ses dernières forces pour tirer de sa poche la montre à gousset qui a réveillé sa conscience, la tenant en passant son pouce, son auriculaire et son annulaire dans la chaînette qui y est attachée... Il est même parvenu à relever la tête et à la passer autour de son cou.

Tic... Tac...

Il est maintenant allongé par terre, fixant ce plafond, les chaînes inquiétantes qui y pendent... Si ça se trouve, il pourrait être attaché là-haut à l'heure qu'il est. Son bras gauche replié sur sa poitrine mutilée, il caresse doucement la montre avec son pouce, détaillant chacune de ses ciselures pour s'en faire une image mentale. Il connaît ce petit appareil par cœur, le rythme de ses rouages, des aiguilles. Il s'imagine sans peine la tête de mort à un seul œil, en relief par-dessus une étoile de navigation sans Nord... encerclée par quelques runes...

Tic... Tac...

Depuis qu'il a repris conscience, cette petite horloge est la seule chose qui le maintient éveillé, toutes ses pensées sont concentrées dessus, sur son cliquetis régulier. Il en est à trois-cent soixante-dix-sept tics et trois-cent soixante-seize tacs, c'est à dire sept-cent cinquante-trois bruits mécaniques. Ça doit donc faire douze minutes et trente-trois secondes qu'il a repris conscience, donc, s'il ne s'est pas absenté trop longtemps, environ une demi-heure que Morgan et Thomas ont quitté la pièce. Tiens, un coup de feu...

Tic... Tac...

Il croit au retour de Morgan, il va revenir. Il a promis de le sauver tellement de fois pendant cette horrible séance qu'Adam vient de se remémorer... Il lui a promis... Combien de fois déjà ? « Je vais te sortir de là..... je vais te sortir de là j'te le promets ! » On va dire que ça fait une... « Je vais revenir ! Attends-moi je t'en prie ! » Et deux... Deux fois... Il va l'attendre, il lui a demandé, il a confiance... Morgan l'a toujours tiré d'affaire... Surtout quand il le promettait... Comme cette fois-là, peu après qu'ils aient repris la mer, sur l'île de Nimwë... Ou tout simplement sur cette frégate, alors qu'on l'étranglait, à moitié mort... En comparaison à son état de cette soirée et son état actuel, le Second peut estimer qu'à l'heure actuelle, il est cinq fois mort.

Tic... Tac...

Huit-cent cinquante-cinq tics et huit-cent cinquante-quatre tacs. Mille sept-cent neufs bruits mécaniques. Vingt-huit minutes et neuf secondes.

Tic... Tac...

Encore du bruit ? Le quartier-maître laisse pencher sa tête dans sa direction et discerne trois formes brunes... c'est donc là que se trouvent la porte et les deux étranges piliers. Et qu'est-ce que ce bruit ? On dirait... des coups, des personnes qui s'agitent... une bagarre ? Quelques râles de douleur et... Un nouveau coup de feu ! Et un troisième ! La serrure éclate en plusieurs morceaux dans un fracas métallique et il entend la porte s'ouvrir brusquement, claquant contre un des totems et son nom hurlé avec précipitation... C'est lui... Morgan est vraiment venu le chercher, après tant de tics et de tacs... Tant qu'il en a perdu le compte quand ça s'est mis à s'agiter de l'autre côté de la porte. Adam estime à peu près la hauteur où devrait se trouver le regard de son meilleur ami penché dans sa direction et lui lance un imperceptible sourire, avalant sa salive avec peine et articulant d'une voix éraillée.

- Eh bah, j'ai failli attendre... Un peu plus et je me levais pour aller te récupérer dans ta cellule.







(Chapitre 2) The Huntmaster
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