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Bitter Negotiations




Bitter Negotiations




Certains jours, rien ne le presse. L'aube se lève et malgré l'air frais qui passe à travers la fenêtre entrebâillé de la chambre, Bealfire a décidé que ce jour marquerait la grève du travail. Sourire bienheureux au lèvre, avec satisfaction, il serre sa couverture contre lui, enroulé dedans. Puis vient la réalité. Ou plutôt les coups frappés énergiquement à sa porte. Le jeune homme sursaute tellement fort qu'il tombe de son lit, s'étalant lamentablement contre le sol. La porte s'ouvre avec peu de délicatesse.

« Hé Gamin, le capitaine t'attend dans son b-.... Qu'est-ce que tu fais par terre ? »

Grognement inaudible en guise de réponse, la moue boudeuse, le jeune magicien s'assoit par terre, resserrant d'avantage le tissus contre lui, pour parer à ce froid soudain. Malgré qu'il soit le second d'Ambre, étrangement, il n'a pas le respect des pirates, et même des marins au service du maître des lieux. Lorsqu'il l'a fait remarqué quelques temps auparavant, les pirates lui ont rit au nez, même Ambre a participé aux taquineries. Et plus le jeune se vexait, plus cela les enchantaient.

Pour en revenir à leurs moutons, sa petite mâtiné de sommeil annuelle est réduit à néant par une pseudo urgence. Le marin ne se pose pas plus de questions, délivre son message et quitte la chambre.

Quelques minutes plus tard, Baelfire est auprès d'Ambre. Un navire pirate va accoster dans une heure. Quoi de plus normal dans une île pour pirates ? D'après les sources, ils recherches des membres supplémentaires pour leurs équipages. Ambre n'ayant pas beaucoup de temps, c'est à lui de se charger d'accueillir l'équipage et de négocier une compensation à leur aide. Malgré l'air sérieux de son capitaine, le petit magicien plisse les yeux. Ayant vécu une bonne partie de sa vie avec le prince Edouard/Ambre, il peut voir l'espace d'une demi seconde les yeux, pourtant pratiquement dépourvu de vue, se détourner avant de l'affronter de nouveau. Son pouce un peu trop serré sur ses doigts montre qu'il n'est pas détendu malgré l'air neutre qu'il affiche. Néanmoins, Bae ne demande pas plus d'informations. Si Ambre ne lui dit rien, c'est à lui d'aller chercher les réponses. Quelque chose se trame.


Une heure plus tard, il ne tarde pas à découvrir quoi. Il reconnaît les voiles, le ponts et toute autre partie du bateau, avant même que celui-ci n'accoste sur la plage. Avalant sa salive de travers, il garde pour lui toutes les « insultes » à l'égard de son capitaine qui lui traversent l'esprit. Rapidement, Baelfire enlève vivement son couvre-chef qui risque de trahir son identité, l'ayant toujours eu sur lui et le range dans son sac. Reconnaissant les visages familiers qui se présentent à lui, le brun s'efforce de rester calme, et ne pas passer une main dans ses bouclettes, geste qu'il a lorsqu'il est gêné. Ils ne doivent pas le reconnaître. Renfermant sa rancoeur et obligeant son corps à ne pas frissonner, c'est la gorge un peu asséchée qu'il prend la parole.

« Bonjour Captain Morgan. Ambre m'envoie à sa place vous accueillir. » Il s'incline légèrement, poliment. « Le Capitaine est occupé avec une communauté de pirates, mais il a bien réceptionné votre message. J'ai quelques hommes à vous proposer … Si vous voulez bien me suivre. »

Suffisamment professionnel n'est-ce pas ? Bae ignore si Morgan et Adam l'ont reconnu ou non. Après tout, c'était il y a plus de 10 ans. Il a grandit entre temps. Passant sa main dans ses cheveux, il n'attend pas de voir les réactions de ses anciens … amis ? et se détourne pour ouvrir la marche, soupirant doucement, trop sérieux, moitié grimaçant, moitié blasé. Les épaules raidit, mains dans les poches. Il a envie d'en finir vite.










Bitter Negotiations


Accoster pour trouver des marins... et sur une île qu'il ne connait que de nom... quelle idée stupide, grotesque même! Pourquoi n'auraient-ils pas pu retourner plutôt sur Minchin?! Ca fait quoi... plus de quarante ans que ses recrutements se font là-bas... et le temps a eu beau faire son office sur l'île peuplé de pirates, le Capitaine maudit n'a jamais été déçu. Pourquoi donc alors? Peut-être bien parce qu'après deux ou trois décennies sans avoir remis les pieds sur cette terre qu'il considère comme ce qu'il y a de plus proche d'un foyer, le pirate avait peur de savoir ce qui serait advenu de ses vieilles connaissances, après tout Douglas, comme Sophia sont loin d'être immortels et tous les deux plus âgés que lui. Aujourd'hui, même s'il parait toujours aussi jeune et frais qu'à ses début dans la piraterie, Morgan a... quoi... presque soixante-dix ans?! Il ne se souvient plus très bien, c'est dur de jauger le temps qui passe quand on ne vieillit pas. Sachant que ses vieux amis avait tous au minimum quinze ans d'avance sur lui... il n'ose imaginer ce qu'ils sont devenu aujourd'hui. Rien que le fait d'y réfléchir le déprime.

Alors puisqu'ils n'ont pas le choix, puisqu'il va bien falloir trouver des hommes pour faire naviguer le Battleheart, loin d'être aussi léger et maniable que le Black Sails, le ruffian à bien dû se rendre à l'évidence. S'il veut modérer ses hommes et rester tout aussi efficace, il va leur falloir quelques mains supplémentaires. Et il va falloir les trouver ailleurs que dans les endroits habituels. L'équipage du pirate maudit avait eu vent de cette île encore peu connue, dirigée par un Capitaine puissant et respecté qui faisait parler de lui depuis... un peu plus de dix ans. C'est de la gnognotte comparé à l'expérience de l'équipage de Morgan ou en tout cas du duo inséparable du Battleheart. Et c'est bien évidement sous les conseils de son Quartier-maître et meilleur ami, Adam, que le Capitaine avait finalement accepté de faire grossir l'équipage. L'idée ne l'enchante absolument pas, mais il faut bien reconnaître que leur nombre a considérablement réduit ses derniers temps.

Alors soit... il fait beau, le soleil est levé depuis peu et la brise flotte gracieusement, faisant gonfler les voiles du trois mâts. Il les pousse docilement dans la bonne direction et sur le pont du navire c'est l'effervescence, tout le monde s'agite pour diriger convenablement le bâtiment et Morgan n'a probablement jamais donné autant d'ordres en si peu de temps alors qu'ils approchent rapidement de la côte.

- Allez, on s'active un peu plus! Réduisez-moi ces voiles elles le feront pas toutes seules! Et pourquoi ce foutu perroquet est encore ouvert?! Ça doit faire au moins vingt minutes que j'ai demandé à ce qu'on le ferle! Bougez vos culs! On se prépare à jeter l'encre et à mettre les chaloupes à l'eau et j'vous préviens que si y faut que je le fasse moi-même ça va barder pour vos matricules! Quelle est l'allure de croisière?!

A la barre, Morgan scrute l'horizon de son unique œil droit et, en voyant les contours de l'ile se dessiner de plus en plus nettement, crispe ses doigts sur le gouvernail. Il fait claquer sa langue contre son palais en un bruit de mécontentement et hoche la tête avec une moue agacée, bon sang qu'est-ce que cette escale l'emmerde! Elle l'emmerde vraiment!!

- J'ai pas envie d'y aller... Maugrée-t-il à l'attention d'Adam. Faire des courbettes à un type qui se prend pour un seigneur c'est pas dans mes habitudes... On aurait mieux fait d'aller jusqu'à Tortuga... là-bas au moins on avait besoin de l'accord de personne pour enrôler des gars!

***

Le Battleheart met en panne à quelques miles du port, l'encre est jetée et les canots envoyés à la mer, faisant débarquer les hommes en premier et donc le Capitaine et son Second dans la dernière chaloupe. Durant tout le trajet, Morgan se concentre sur ses rames et continue de râler dans sa barbe quelques grognements presque inaudibles. Enfin, les barques touches les embarcadères et sont amarrées à quais. Les hommes se dispersent et un jeune homme d'une vingtaine d'année environ vient accueillir les têtes du navire pirate. Morgan fronce les sourcils devant le "messager" qui vient les avertir que l'homme censé les recevoir n'a pas pu se déplacer en personne et que c'est lui qui s'occupera de les conduire jusqu'aux potentielles recrues. Alors ça c'est fort! Le Capitaine a du mal à rester courtois contrairement à son interlocuteur dont la voix n'a de cesse de titiller ses oreilles... il est presque certains qu'il connait ce gosse.

- Allons bon ! Le maître des lieux est trop occupé alors ils nous envoie ces larbins?!! Ah ça pour imposer ses conditions y a du monde mais quand faut accueillir les visiteurs c'est une autre histoire! Réplique le pirate sur un ton désagréable.

Alors qu'Adam et lui son contraint de suivre le jeunot qui ouvre la marche, le Capitaine maudit ne peut s'empêcher de dévisager leur guide avec insistance, sa tenue, sa façon de marcher, d'enfoncer ses mains dans ses poches ou même de passer sa main dans ses cheveux... tout lui semble si familier. Et ce n'est pas tout, il y a aussi cette voix, cette voix qui raisonne encore dans ces tympans insensibles et semblent vouloir lui envoyer quelques signaux pour lui rappeler quelque chose. Discrètement, le pirate claudiquant sur la béquille de bois à sa jambe gauche se penche vers son Quartier-maître pour lui demander...

- Adam... ce gosse me dit quelque chose, je suis sûr qu'on l'a déjà vu quelque pa... oh bordel je crois que je sais..... Mais c'est... pas possible...









Bitter Negotiations

Le vent, les vagues et le ciel. La prestance et la hauteur. Au passage du Battleheart, même la Marine y réfléchit à deux fois. Le règne de Teach est fini et, si pour certains ce n'est pas encore clair, ce ne sont que les derniers râles de son agonie, juste le temps que l'information arrive au cerveau. Le Queen Anne's Revenge était déjà comparé au Black Sails de son vivant, aujourd'hui ce n'est plus qu'une épave à côté du Battleheart. Depuis les nombreuses années que l'équipage reconstitué navigue sur le trois-mâts, ils doivent probablement tous avoir les mêmes pensées ; ils ne se sont jamais senti aussi puissants, aussi grands. Pensaient-ils un jour, naviguant sur leur brick, essuyant des défaites, de lourdes pertes, mais se relevant toujours, qu'un jour ils feraient partie des plus craints habitants des mers ? Et pourtant, tout continue comme au premier jour... enfin, du point de vue des rescapés du naufrage du Black Sails, et eux-mêmes se comptent probablement sur les doigts de la main. Même Adam peut le faire. Adam qui n'a plus que son bras gauche, Adam dont la main dissimulée par un gant cache un doigt volé au capitaine des damnés. Adam, depuis plus de quarante ans aux côtés de Morgan. Plus personne à part le Capitaine et le Second lui-même n'a connu le jeune mousse qu'il a été. Pour le monde entier, il a toujours été le bras-droit de ce borgne immortel à la jambe de bois. À eux deux ils peinent à faire un homme entier et pourtant ils en imposent d'autant plus. Et allez savoir ce qui est le plus impressionnant entre le capitaine qui a toujours trente ans ou le vieil homme tenace mais dont les cheveux grisonnants et les rides marquées imposent un certain respect. Combien de déçus y aurait-il s'ils voyaient que les deux vieux loups de mer se prennent toujours aussi peu au sérieux l'un avec l'autre, quand il n'y a pas de public à intimider ou impressionner. Adam s'étonne presque parfois de se rappeler les airs terrifiants et impitoyables qu'il a déjà pu arborer.

Mais la vie de pirate est ainsi faite, même au sommet de la gloire, les pertes existent. Et si Morgan et Adam n'ont jamais sous-estimé la vie de leurs matelots, les hommes sont d'autant plus précieux qu'il faut beaucoup de monde pour faire vivre et se mouvoir un bâtiment de guerre. À coups de coursiers et ports d'attache réguliers, Adam a commencé à tenir des correspondances à divers endroits du monde. Il aurait aimé qu'ils aillent recruter à Minchin mais au vu de l'absence de réponses régulières, le Second préfère ne pas infliger à son meilleur ami d'éventuelles et probables mauvaises nouvelles... Et pas sûr que l'île soit toujours ce qu'elle a un jour été, si elle semblait immuable il y a trente ans, le temps fait son office partout un jour ou l'autre. C'est pourquoi Adam a parlé à Morgan d'une autre île non-loin où il y aurait moyen de recruter des hommes de confiance. Un des derniers repaires de pirates de ces mers, une île épanouie, stable, bien en place depuis dix ans. Ce n'est rien, des adolescents de la piraterie comparé aux deux têtes du Battleheart et quelques-uns de leurs compagnons. Et encore, si on peut appeler ça de la piraterie. Le maître de l'île n'a probablement plus posé le pied sur un bateau depuis des lustres, n'ayant de pirate que le nom et la sensation d'en être un des princes. Mais si cela amuse ce genre d'hommes de jouer les Guthrie, grand bien lui en fasse. Cela arrange les affaires des pirates, les vrais, et cela a également permis à Adam de rejouer de ses belles tournures en se lançant dans un bref échange épistolaire avec le maître des lieux. Peut-être bien qu'il l'a fait sous le nom de Morgan d'ailleurs... Et qu'il a omis de lui dire... Oh, il a dû oublier, l'âge sans doute !

Assis sur le bastingage, pas loin derrière le capitaine, Adam sourit et dissimule de discrets rire derrière sa main. La manche droite de son manteau, désespéramment vide et qu'il s'obstine à conserver, flotte comme un drapeau selon les aléas du vent. Il observe son presque frère lançant ses ordres à tout-va et glousse en les entendant répétés par les hommes en charge de faire passer les messages sur tout le navire, dont le truchement les rend étrangement bien moins fleuris. Même s'il est de dos, il peut voir à la posture et l'attitude de Morgan que celui-ci est agacé, exaspéré. Il n'a pas besoin d'être télépathe pour savoir que cette étape lui déplaît. Il entend sa plainte et soupire, presque attendri, en se mettant debout et en marchant lentement jusqu'à côté de lui.

- Ne fais pas l'enfant ! Il se voûte un peu pour mettre son visage à sa hauteur, constatant au passage et comme d'habitude que Morgan lui paraît de moins en moins petit. Laisse-moi les faire, ces courbettes, j'ai toujours été le revers diplomate de la médaille que nous sommes après tout. Et ne me parle pas de Tortuga ! C'est parce qu'on peut tomber sur le plus vaillant des marins comme sur le dernier des déchets qu'on a le droit de recruter qui on veut quand on veut là-bas !

Plus tard dans la journée, le successeur du Black Sails jette l'ancre à bonne distance de l'île et Adam se satisfait à se dire que leur navire a de quoi menacer bien des bateaux autour de ce banc de sable ainsi que ledit banc de sable. Plaisir un peu puéril, mais quoi de plus normal pour un pirate qui écume les mers depuis des décennies, ce qui se fait rare, que d'être satisfait à se savoir menaçant et respecté. ? Il y a peut-être bien une justice en ce monde,des efforts qui paient. Même s'il donnerait volontiers un régiment de bateaux de la carrure du Battleheart pour ramener ses vieux amis, il imagine que bien des bandits sacrifieraient un bras s'ils avaient l'opportunité d'acquérir pareil vaisseau.

Les chaloupes sont rapidement mises à l'eau et les hommes rament jusqu'au rivage. À peine arrivés, ils se font interpeller par un messager en lieu et place du gouverneur et Adam comprend la frustration et l'agacement de son capitaine. Peu de pirates s'attendraient à être accueillis par les grandes pontes, mais quand il parlait de l'orgueil d'être un grand pirate... Qu'importe, le Second hausse les épaules et ne va pas s'excuser pour lui auprès de l'envoyé, il est un peu d'accord même si cela l'atteint beaucoup moins. En plus des bruits de pas de cinq jambes, deux claquement secs se répondent tour à tour. La béquille de Morgan et une canne que le quartier-maître a sortie pour l'occasion, histoire de gagner en prestance... et puis elle peut toujours servir. Il note rapidement le trouble de son meilleur ami qui prend le pas sur son énervement sans qu'il sache pourquoi. Il remarque sans difficulté que son œil droit fixe avec une attention toute particulière l'émissaire, comme s'il cherchait à lire quelque chose à travers lui ou qu'il y avait un détail à remarquer. Il se penche de côté en même temps que lui pour être à sa hauteur et partager son point de vue, arquant un sourcil alors qu'il entend ce qui le tracasse. Intrigué, il ferme sa paupière droite, vieux réflexe et souvenir d'une cicatrice invisible mais bien présente, pour mieux distinguer le jeune homme. Il ne reconnaît pas leur mystérieux messager... en même temps, il sait combien ils en ont croisé des mômes ces dernières années ?! Et surtout qu'est-ce qu'une de leur rencontre foutrait ici ?

- Je suis désolé mais ce gamin ne me dit ri... Commence-t-il à voix basse avant d'ouvrir ses deux yeux en grand. Bonté divine !

Avec les derniers commentaires de Morgan, le vieil homme comprend de qui il parle et doit avouer que, maintenant qu'il le dit, la ressemblance est troublante. Adam avait, pour ainsi dire, complètement banni le petit Baelfire de ses souvenirs. Cela fait tant d'années... et il ne saurait toujours pas dire si cette période était le bon vieux temps ou un sale paquet d'emmerdes et de prises de tête. Ses relations avec l'adolescent qu'était le fils de Nimwë n'avaient jamais été particulièrement bonnes, sans être trop ouvertement mauvaises, mais il avait toujours trouvé profondément stupide et regrettable le sort que lui avait réservé Morgan sur un coup de chaud. Par ce constat, si c'est effectivement le jeune homme qui fut un temps le mousse du Battleheart, Adam en vient à être soulagé de savoir qu'il a survécu, mais est-ce vraiment une bonne nouvelle qu'ils tombent sur lui ? Ou son retour est-il annonciateur de nouveaux ennuis ? Le doute leur est permis, mais si c'est bien Baelfire il ne peut pas les avoir oubliés. Alors ne leur adresse-t-il mot que pour ne rien avoir à faire avec eux, se cache-t-il ou bien prépare-t-il un mauvais coup ? Le vieux pirate reste sur ses gardes.

- Qu'est-ce que tu comptes faire ? Demande-t-il, toujours à voix basse, se dédouanant naturellement de toute implication ou culpabilité.









Bitter Negotiations



S'il y a une chose que Baelfire ne peut tolérer, c'est bien qu'on manque de respect à Ambre. Même si cette personne n'est autre que Morgan. Sa mâchoire se crispe alors que le pirate râle sans aucune délicatesse contre le maître de l'île qui n'a pas pu se libérer. La garçon doit se faire violence pour ne pas sortir son sabre (comme si cela aurait été utile), et se contente de serrer les poings.

Le jeune préfère pousser un soupire et tourner ni plus ni moins les talons pour les emmener à l'endroit voulu. Morgan n'aura pas raison de sa patience.
N'est-ce pas ?
Il est pourtant désagréable de l'entendre murmurer dans son dos, avec un manque de discrétion flagrant. Le voilà à discuter à voix basse avec son éternelle second, Adam. Bon sang, si vous ne voulez pas qu'il vous entende, parlez un peu plus doucement, ou soyez un minimum naturel. Bae sent le rouge lui monter aux joues, alors qu'il accélère la marche. Il est difficile de ne pas se retrouver pour leur hurler dessus comme un putois. Bae est persuadé pouvoir trouver une dizaine de reproche et les leur dire en 5 secondes. Encore plus rabat-joie qu'étant enfant, il ne sera pas difficile de l'entendre. Mais il ne veut pas leur faire cette joie.

Avec un calme totalement volontaire et maîtrisé, il ouvre la porte d'une taverne et se décale pour les laisser entrer.

« Mon cher petit Baelfire ! » fait une fausse voix féminine.

Bae a tout juste le temps de se retourner pour voir la serveuse -qui est en fait un homme roux, grand et bien baraqué- l'attraper dans ses bras pour le serrer dans ses jupons, la tête au creux de cette fausse poitrine. La « serveuse » aux fausses formes généreuses rit de bon cœur, alors que le plus jeune se débat en étouffant littéralement. Finalement, il le relâche et lui frotte la tête alors que le plus jeune le foudroie du regard, le visage rouge pivoine.

« La table du fond vous est réservé ! »

Croisant le regard de Morgan, Bae n'ajoute rien mais lui lance un regard assassin, l'air de dire quelque chose comme « si tu l'ouvres, adieu les négociations ! », avant de tout simplement prendre place sur la table indiquée.

Poussant un soupire à fendre l'âme et se sachant de toute façon découvert, à cause de son camarade, Baelfire sort son précieux chapeau pour l'enfoncer sur sa tête. Prenant un air sérieux qui ne lui convient pas, il commande trois choppes de rhum. Après quelques minutes de silence de sa part, ne daignant pas ouvrir la bouche, les boissons arrivent. Bae cesse donc de les regarder en chat de faïence et boit une gorgée …. Avant de la recracher ni plus ni moins sur le visage de Morgan en face de lui.

« ….... » Impossible de garder contenance. Il s'essuie la bouche avec sa manche et repousse un peu son verre. « Désolé. Bref. » Il décide d'entrer directement dans le vif du sujet. « D'après le rapport d'Ambre, vous souhaitez qu'on vous livre quelques marins. Vous n'êtes certainement pas sans ignorer que le trafic est pour faire vivre cette île efficacement. Qu'avez vous donc à nous proposer en échange ? »

Sa voix sèche montre bien que les négociations vont être serrées. A vrai dire, il n'a pas du temps envie de rester professionnel. Et puisqu'on y est … Le jeune adulte redresse un peu son chapeau sur sa tête.

« Et entre nous … Vous allez devoir miser gros, si vous voulez obtenir quelque chose de moi. J'ai bien l'intention de dire non à tous vos arguments. » Il se penche vers eux, railleur. « Alors un petit conseil, abandonnez la partie avant de perdre votre temps inutilement, et partez la tête haute. »

Etant le second d'Ambre, en l'absence de celui-ci, c'est lui qui dicte les règles. Avoir le dessus sur les deux pirates est bien jubilatoire. Son sourire sarcastique s'agrandit, et alors qu'il allait continuer sur sa lancée, il se fige soudainement.

A l'autre bout de la taverne, au milieu d'un petit groupe de pirate, Ambre rit avec ses hommes, buvant son rhum dans la bonne humeur. Mais Bae connaît assez son précepteur pour savoir que même inattentif et à moitié aveugle, il peut l'observer, ou plutôt, le surveiller. Il déglutit difficilement et se tasse sur sa chaise, dans un changement de comportement soudain. Comme un gamin prit en faute qui cherche à se dissimuler, il rabaisse son chapeau sur sa tête. Sa voix est plus douce, plus boudeuse.

« …. Bon. Je veux bien au moins vous écouter. » Complètement à contre cœur, mais puisqu'il le faut.









Bitter Negotiations


La frustration de ne pas avoir été accueillit par le dirigeant de l'ile lui même étant passée, et puisque personne n'a jugé utile de réagir à sa tirade médisante et désagréable -il en serait presque déçu- Morgan se vois contraint de suivre le jeune messager jusqu'au lieux où se tiendront les négociations de leur échange. Mais il y a plusieurs choses qui dérangent le Capitaine, et ce n'est pas seulement le soleil qui ébloui son œil unique ou le fait de devoir marcher ou plutôt boiter sur le sol couvert de pavés loin d'être lisses avec cette maudite jambe de bois. Le garçon devant eux lui rappelle quelque chose. Et cette sensation de déjà vu agace, perturbe l'immortel qui fait une fixette dérangeante sur leur guide. Il réfléchit, cherche où est-ce qu'il a pu l'apercevoir, remonte le plus loin possible dans la foule de souvenirs qui emplissent sa tête... raah! Il est sur le point de trouver, c'est certain! Ils ont déjà croisé ce môme quelque part. Alors à force de se creuser les méninges sans arriver à rien, Morgan fini par appeler son meilleur ami à l'aide en lui faisant part de ses doutes. Adam se souviendra certainement du gamin lui?!

Mais non... ou plutôt... quelque chose semble effectivement lui revenir... mais exactement au même moment que son supérieur hiérarchique. Le pirate maudit peine à y croire, tout lui semble à la fois impossible et couler de source. Baelfire. C'est à force de le voir se tripoter les cheveux et enfoncer ses poings dans ses poches avec insistance que le Capitaine a fini par faire le rapprochement avec le gosse maniéré qu'était l'enfant Bae. Mais c'était il y a quoi... dix ans? Plus ou moins? Et aux dernières nouvelles... Morgan, pris d'un excès de rage et de rancœur l'avait cruellement abandonné sur une île déserte avant de prendre le large sans espoir de retour. Avec le temps, l'immortel avait fini par se dire qu'il y était peut être allé un peu fort, et même si le pirate a pour principe de ne jamais se remettre en question et qu'il se répète sans cesse que ce garnement l'avait bien cherché... il regrette peut être juste un peu d'avoir sans nulle doute causé la mort de ce garçon qu'il avait fini par considérer comme son propre fils. Enfin... si effectivement il s'agit bien de Bae qui marche devant eux, il n'est donc pas mort?! En revanche il n'a pas jugé bon de rappeler son existence au Capitaine et à son Quartier-maître... difficile de lui en vouloir, il doit leur tenir une sacré rancœur, mais en tout cas, il est physiquement impossible qu'il ne les ai pas reconnu. Morgan hoche la tête en murmurant pas tout à fais discrètement à l'oreille d'Adam.

- Qu'est ce que je compte faire? J'en sais foutrement rien! Je vais improviser comme d'habitude!

Plus facile à dire qu'à faire... surtout quand on se mange un retour vers le passé forcé par la présence de vieux souvenirs qui auraient certainement du rester ce qu'ils étaient... des vieux souvenirs.

- Et ne crois pas que tu vas me laisser seul sur ce coup! Rajoute l'immortel qui à bien comprit le petit jeu de son meilleur ami en lui posant sa question à la deuxième personne du singulier.

Non... ce coup ci... il va avoir besoin du soutien de son presque frère, aussi dérangeant que ça puisse être pour Morgan de se découvrir une faiblesse à devoir affronter ce garçon devenu un homme. Il lui a peut être parlé sur le ton d'un Capitaine donnant un ordre à son Second, mais sous sa virulence, se cache un discret appel au secours que le ruffian ne peut se résoudre à formuler autrement par fierté.

Le trio débarque donc dans une taverne et les trois hommes sont accueillit par une fe...homme? Quelque chose... de toute évidence un travestit puisque malgré ses cheveux roux mi-long et ce qui semble être une poitrine opulente... "la serveuse" à tout d'un bonhomme bien bâtit et pour le coup parfaitement ridicule. Et l'excentrique est littéralement entrain d'étouffer leur guide entre ses seins sous le regard abasourdit de Morgan qui ne sait pas vraiment s'il doit avoir peur ou simplement exploser de rire. D'ailleurs, si le doute avait pu planer encore un peu dans son esprit, maintenant il est certain que ce jeune homme est bien son "petit Bae". Il cligne plusieurs fois des paupières et se laisse finalement aller à pouffer d'amusement et son rire redouble même carrément lorsque le regard meurtrier du plus jeune vient le foudroyer comme pour l'avertir de quelque chose. le ruffian plaque sa main contre ses lèvre et continue de glousser en s'approchant de la table qui leur a été assignée, jouant des coudes et se faufilant entre les meubles et les gens non sans une certaine difficulté pour finalement se laisser choir brusquement sur sa chaise après avoir traversé toute la taverne. Une chance qu'il ne ressente pas la fatigue.

Et c'est peut être le pire instant que le Capitaine maudit ai jamais vécu depuis bien longtemps. A présent qu'ils ont tous les trois pris place autour de la table, un silence de mort règne entre les deux pirates et le jeune Baelfire qui de toute évidence ne trouvent absolument rien à se dire. Morgan lance un regard perplexe à Adam, toussotant une paire de fois en espérant que leur "guide" va ouvrir la bouche, mais ce n'est pas le cas. Raah au diable les convenances, Morgan est près à afficher son sourire le plus hypocrite et crier "Mon petit Bae! Qu'est ce que je suis content de te revoir" mais les boissons arrivent et finalement, un nouveau centre d'intérêt vient occuper l'esprit du pirate maudit. Bae boit du rhum? Non plus exactement... Bae boit de l'alcool? Lui qui a toujours détesté ça?! Sans même prêter une quelconque attention à la choppe qui lui est réservée -il est par ailleurs certains que le marmot lui en a commandé une rien que pour l'emmerder-, l'immortel observe avec une attention toute particulière son ancien protéger s'enfiler une gorgée de rhum... finalement toutes ses années n'auront pas été gâch.....................

- ...

Est-ce que Baelfire vient de lui recracher ce qu'il avait dans la bouche à la figure?! Morgan vient de crisper son œil droit et souffle de la bouche pour renvoyer l'alcool qui lui dégouline sur les lèvres... et c'est d'autant plus frustrant qu'il ne peut sentir ni l'odeur, ni le gout du rhum... c'est comme si on venait de lui balancer de l'eau à la tronche. Le ruffian s'essuie en passant sa main sur son visage.

- Merci... mais si j'avais soif ma choppe se trouvait encore juste là... Lance-t-il avec un sarcasme évident.

Il aurait presque envie de lui vider le contenu de la sienne sur la tête d'ailleurs! Mais Bae ouvre finalement la bouche pour entrer directement dans le vif du sujet et comment dire... l'expression grimaçante et agacée du Capitaine du Battleheart doit sans aucun doute parler d'elle même. Ce p'tit con n'a pas du tout changé! Voila qu'il se met à jouer les durs en pensant être le partit fort de leur négociations. Non mais quel toupet. S'il s'imagine que parce qu'ils ont besoin de matelots, les deux plus réputés et crains pirates de ses mers vont lui lécher les bottes, il se fourre le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Non il ne lui laissera pas imposer ses conditions comme ça...

- Ben voyons ! Et j'imagine que ton supérieur va être content d'apprendre que t'as fais complètement capoté son commerce en renvoyant deux influentes figures de la piraterie comme nous sans nous avoir satisfait! Crois moi ! D'ici quelques jours plus personne ne viendra mouiller sur cette île... Mon p'tit Bae!

Oui il n'a pas pu s'en empêcher, et le pirate c'est même autorisé un rictus provocateur tout ce qu'il y a de plus narquois et moqueur en s'accoudant sur la table pour se rapprocher de son ancien protéger.

Finalement, Baelfire change soudainement de comportement comme s'il venait de se faire gronder par un parent ou de se rendre compte qu'il vaut mieux pour lui qu'il ne fasse pas trop le malin. Le Capitaine ne sait pas ce qu'il vient de voir, mais ça leur a certainement sauvé la mise. Le sourire de Morgan s'agrandit et il s'affale un peu sur le dossier de sa chaise avant de couler un regard en direction de son meilleur ami, il sait parfaitement que c'est à ce moment qu'Adam entre réellement en scène, c'est lui le négociateur, et il ne l'a jamais vu quitter un entretien sans obtenir ce qu'il souhaitait.









Bitter Negotiations

Ah, les voies du Seigneur sont impénétrables, les fils du Destin sont durs à démêler, le Hasard fait bien les choses et, dites donc, ça faisait bien longtemps que la vie ne s'était plus moqué d'eux comme ça ! Le karma, la destinée, quoi que ce soit, quelque chose a remis Baelfire sur leur chemin pour une raison ou pour une autre. Il faut croire que certaines personnes sont faites pour être ensemble, où tout du moins se croiser, puisque, en toute honnêteté, quelles étaient les chances qu'après l'avoir abandonné sur une île déserte, le condamnant peu ou prou à mort, les deux pirates retrouvent le jeune homme des années plus tard, en parfaite santé, et visiblement devenu quelqu'un d'influent ? À peu près aussi probable qu'un Capitaine maudit et son Second ayant eu quelques entrevues houleuses avec Davy Jones. Tout compte fait, c'est parfaitement logique.

Morgan a beau être comme d'habitude, jouant la grande gueule et rappelant Adam à l'ordre, le Quartier-Maître n'est pas dupe. Après quatre décennies presque ininterrompues à le suivre comme son ombre, on ne la lui fait pas, il sent la pointe d'appréhension qui s'empare doucement de son capitaine et meilleur ami. Il ne faut pas se mentir, il ne l'admettra jamais mais son presque frère sait bien qu'il a regretté à de nombreuses reprises l'abandon de ce garçon pour lequel il s'était pris de ce qui ressemblait bien à de l'amour paternel. Mais très rares furent les fois où la conscience de Morgan prit l'ascendant sur sa fierté et, malheureusement pour Baelfire, ce ne fut pas le cas pour ce pas de travers. Alors quoi de plus naturel que le Capitaine se sente mal à l'aise alors que le Destin le met face à ses actes, son péché, en la personne du garçon devenu homme ? Passé le soulagement, même Adam se demande sur quel pied il va falloir danser et resserre sa poigne sur sa canne avant d'emboîter le pas au messager en tapotant l'épaule de Morgan sans dire un mot, hochant la tête.

Le jeune homme les mène rapidement à une taverne et à peine les deux pirates ont-ils le temps de boitiller à l'intérieur que l'émissaire disparaît brusquement de leur champ de vision, remplacé par un grand rouquin dont la tenue, les fausses formes et la voix de tête ne dupent même pas un tiers de seconde le Second qui s'arrête d'un seul coup et écarquille les yeux en arquant un sourcil. Ses paupières s'ouvrent et se ferment en même temps que celles de Morgan et, si ce dernier se laisse aller à rire, Adam se contente de soupirer un peu en haussant les épaules. Finalement, il y a peut-être bien des choses qui ne changent pas. Et cette fois, c'est certain, ils ont bien affaire à ce que le vieil homme n'osera pas appeler un fantôme de leur passé. Et s'il y avait quelqu'un d'assez sot pour douter de son identité avec ce nom et cette ressemblance, le chapeau qu'il pose finalement sur le sommet de son crâne est le plus flagrant des aveux. Adam lui ferait bien remarquer au passage que normalement on se découvre en entrant et pas le contraire. Mais il reste silencieux, quelque chose lui dit qu'avoir Baelfire comme interlocuteur ne va pas faciliter les négociations, il économise donc sa salive et sa palabre. Depuis le temps, il le sait, ce sont les premiers mots qui comptent.

Après avoir bataillé pour atteindre une table, traversée pendant laquelle Adam faisait jouer la prestance de son âge pour qu'on le laisse passer sans un mot ni un geste de sa part, il tire une chaise de sa main unique et s'assoit posément, conservant un air neutre, voire désintéressé, s'accoudant et observant le décor et son ambiance au lieu de leur vieil ami. Leur hôte commande trois choppes de rhum, il l'a fait exprès c'est certain, et Adam ne daigne se tourner vers lui qu'une fois qu'elles sont servies. Il saisit la sienne sans attendre et s'apprête à la boire distraitement, pas plus étonné que ça de voir que Baelfire a grandi et boit maintenant tout à fait nat...

- …

Adam perd son regard dans son godet, y cachant aussi sa bouche sans oser se tourner vers Morgan qui vient de se prendre un formidable crachat de rhum en pleine figure. Un léger pouffement étonné et quelques soubresauts trahissent son amusement et Dieu sait que si la conversation à venir n'était pas aussi importante, il aurait juste éclaté de rire comme il ne l'a plus fait depuis longtemps. Mais, c'est dur, vraiment, entre le silence gênant, les sobres excuses de Baelfire et la réplique de Morgan qui vient de s'essuyer le visage... Il n'y résisterait pas si ses lustres d'expérience n'étaient pas également constitués de situation au moins aussi rocambolesques et improbables que celle-ci. Il se contente finalement de boire avec un sourire satisfait, yeux fermés et assis en travers de sa chaise, le nez en direction de quelques fêtards. Il ne bronche pas alors que Baelfire exprime sans entrain les termes de l'accord à discuter, moins encore alors qu'il les menace tout de suite de sa partialité et se croit en mesure de se moquer d'eux. Toujours regardant ailleurs, Adam juge bon de finir son verre en une aspiration sonore pour ponctuer son mépris désintéressé des prétentions du garçon. D'expérience, il sait que c'est agaçant.

Son godet n'a que le temps de retomber sur la table, résonnant contre le bois, que Morgan s'insurge et se penche également vers le jeune homme pour lui dire ce qu'il pense. Distraitement, sans trop y penser, Adam laisse faire ce réflexe que les années lui ont conféré pour sauver l'honneur de son meilleur ami, réflexe qui consiste à prendre la choppe de Morgan pour la porter à ses lèvres. Il sirote tout doucement, avec une lenteur calculée, fermant toujours les yeux et penchant un petit peu la tête en arrière alors que le capitaine parle et conclut sa tirade sur une énième provocation. Mais son quartier-maître ne lui retirera pas qu'il a avancé de charmants arguments. Il continue de boire alors qu'un léger silence règne et entend ses deux camarades de beuverie se rétracter et reprendre place sur leur chaise respective. Quand Baelfire lance d'un air renfrogné, tel un gamin rabroué, qu'ils peuvent quand-même défendre leur cause, Adam sait que l'attention va se diriger vers lui puisque les deux hommes savent qu'il est le vrai parti négociant de l'équipage. C'est pourquoi il prend son temps pour boire encore un peu dans son verre déjà vide, mimant un nouveau bruit d'aspiration contre le bord du récipient et le posant une nouvelle fois lourdement sur la table. Ce n'est qu'une fois cela fait qu'il daigne ouvrir et poser ses yeux sur leur interlocuteur, plongeant aussitôt ses iris bleus dans les siens avec un sourire resplendissant, posant son menton sur son poing refermé.

- Si nous étions des pirates sans vergogne, ni respect, ni honneur... Il laisse planer une unique seconde de silence pour appuyer imperceptiblement le sous-entendu. Je ferais remarquer que ne pas réduire cet endroit à l'état de ruines et de cendres fumantes ainsi que les bateaux qui l'entourent à celui de morceaux de bois, de tissus et de filins flottant au gré des vaguelettes grâce au galion ayant jeté l'ancre non-loin serait déjà vous rendre un grand service.

Son sourire se fait plus taquin et emprunt d'assurance alors qu'il laisse son vis-à-vis encaisser la menace voilée par la politesse et l'amusement. Il se lisse la moustache du pouce et de l'index avant de reprendre de sa voix quelque peu étouffée, rendue grave et mystérieuse par le ton qu'il emploie, si bien qu'il faut légèrement tendre l'oreille pour la percevoir au milieu de la bruyante taverne.

- Mais nous venons ici pour négocier en tout bien tout honneur, n'est-ce pas ? Et puisque, à mon instar, vous, Baelfire, vous présentez en tant qu'honnête négociant, je vais vous faire la politesse de m'adresser à vous en tant que tel. Il va sans dire que j'attends la même attitude de votre part mais je ne vous ferai pas l'insulte de douter que vous eussiez eu l'intention de le faire ainsi que de vous décoiffer.

Il passe une mèche derrière son oreille sans même jeter un regard au chapeau incriminé, fixant toujours Baelfire de ses prunelles océan.

- Je tiens au passage à saluer vos précédentes plaisanteries, j'apprécie fortement converser avec des personnes dotées du sens de l'humour puisque, vous le reconnaîtrez, il était grotesque de prétendre catégoriquement refuser tout dialogue avec nous étant donné que mon capitaine ici-présent a longuement échangé par voie épistolaire avec le gouverneur de cette île, un certain Ambre il me semble, et qu'ils se sont déjà accordés pour qu'une telle transaction ait lieu, avec toute la bonne volonté du monde, à conditions qu'ils établissent aujourd'hui-même des termes qui satisferaient les deux partis. Il prend une courte pause le temps de respirer et tapote une fois de chacun de ses doigts gantés sur le panneau de bois. J'ai l'audace de penser que ce n'est pas inconcevable.

Il consent finalement à baisser les yeux, comme pour peser ses mots, dissimulant son regard derrière ses mèches grisonnantes et fixant les deux choppes devant lui.

- Je viens, par ces tirades, de vous exposer les arguments que pourraient vous soumettre quelques impitoyables pirates puis, cette plaisanterie répondant à la vôtre, d'introduire la conversation à la manière du représentant de bonne foi que vous prétendez être. Toutefois, par mesure d'équité et de compréhension, permettez-moi de m'adresser à vous comme vous le fîtes tantôt.

Il se penche sur la table, ses yeux harponnant à nouveau ceux de Baelfire avec une lueur plus sérieuse et menaçante cette fois-ci.

- Écoute-moi bien gamin, prends pas tes grands airs avec nous parce que la chance t'a souri quelques années. C'est pas parce que t'es devenu un semblant de quelqu'un et qu'on a fait ami-ami à une époque que tu peux te la jouer avec moi. Je sais plus si t'as déjà eu l'occasion de me voir marchander mais je vais te résumer ça en une phrase. Même si t'en avais pas l'intention je te promets qu'à l'issue de cette conversation tu payeras ces trois choppes et toutes celles qui suivront de ta poche et si j'y mets un peu du mien je peux te convaincre de me payer pour les boire et poser mon cul sur cette chaise !

Et sur ces entrefaites, il conclut son monologue en empoignant le verre à peine entamé du jeune homme et le vide d'une traite avant de le reposer lourdement sur la table avec un air de défi puis de se recomposer un visage souriant et amical alors qu'il s'affale à son tour sur son siège, croisant le bras sur sa poitrine comme s'il en avait toujours un deuxième à nouer avec lui. Il se rassure mentalement en se disant que, d'habitude, ce n'est qu'au bout de six verres de rhum qu'il jette ses godets par-dessus bord. Et puis, avec un peu de chance, dans une taverne de pirates et donc d'escrocs, on les coupe avec de l'eau.

- Deux autres choppes s'il-vous-plaît ! Lance-t-il fort et intelligiblement à qui veut bien l'entendre sans quitter son interlocuteur du regard.

Il pèse un instant le pour et le contre et, finalement, arrive à la conclusion qu'après avoir autant parlé, il peut bien en rajouter une couche. Il reprend comme si cette interlude menaçante n'avait jamais eu lieu.

- Voyez-vous, mon cher Baelfire, comme je vous fais confiance plus qu'à n'importe quel autre négociant, du fait que nous sommes amis de longue date, et que vous êtes plus au fait que moi des us et coutumes de ce charmant îlot, je ne vais vous soumettre aucun argument. J'ai dans l'idée de vous laisser me faire des propositions que vous jugerez convenables pour que nous laissions à des hommes d'ici l'insigne honneur de rejoindre notre équipage et donc d'accroître la renommée de ce carrefour de commerce. Propositions que je me réserve le droit de refuser, naturellement. Son sourire se fait vicieux alors qu'il caresse le bouc qui pousse doucement au sommet de son menton. Mais si vous ne vous sentez pas à la hauteur, ne vous privez pas pour faire venir ici le maître des lieux.

C'est presque en jubilant qu'il conclut.

- « Un petit conseil, abandonnez la partie avant de perdre votre temps inutilement, et partez la tête haute. ».









Bitter Negotiations



La provocation du jeune adulte ne tarde pas à animer un rictus mauvais puis provocateur sur le visage de Morgan. Baelfire se garde de répliquer qu'il ne pense pas qu'une absence de négociations entre eux fera couler le commerce d'Ambre, mais jamais il ne risquera de provoquer la déception de ce dernier à son égard. Ce n'est pas pour rien qu'il lui a confié cette affaire, s'assurant au passage de son bien être en restant dans les environs. Ca, c'est tout Ambre. Le placer de force devant ses tracas, car il n'y a qu'en les affrontant qu'on avance, mais s'assurer néanmoins du bon déroulement de ses petits plans. Ce qui n'empêche pas le jeune second d'hausser les sourcils lorsque Morgan le provoque en l'appelant par ce petit surnom qu'il lui a attribué. Il grimace. Maintenant, ce nom sonne d'une manière totalement différente.

Bae pousse un long soupire, au final, Morgan n'a pas changé. Il n'est absolument pas gêné de se retrouver ainsi devant lui, face à ses erreurs. Faire table rase du passé ? Et puis quoi encore. Bae n'a envie que d'une seule chose, c'est de lui arracher l'unique œil qu'il lui reste. Mais le petit brun reste assit sagement sur sa chaise. La tension presque palpable qui règne entre eux deux est repoussée par le comportement totalement opposé d'Adam qui sirote d'un air désintéressé et totalement calculé. La tête penchée en arrière, faisant des bruits atroces avec sa choppe. Bae le fixe d'un air perçant alors que le silence s'est installé. Monsieur se fait désiré. C'est bien pour l'agacer et lui montrer qu'il n'a pas les reines en mains. Refusant néanmoins de marcher dans ce jeu, Baelfire se montre patient et attend simplement sans mot dire, sans agacement visuel, qu'Adam veuille bien prendre part à la discussion.

Il n'a jamais vraiment aimé cet homme, tout comme il ne l'a pas détesté non plus. A vrai dire, il n'a jamais réussi à totalement le cerner, malgré les anciens enseignements du Prince Edouard qu'il a suivi dans son enfance. Observation, stratégie, manipulation. Il est clair qu'Adam est aussi doué qu'Ambre à ce jeu là. Et tout ce que Bae ne peut pas comprendre, le met grandement mal à l'aise. Ce sentiment se renforce maintenant qu'il se trouve aujourd'hui, face à lui.

Les premiers mots lui font le même effet que s'il venait de recevoir une choppe d'eau bien froide sur la tête. C'est ça. Sueur froide. Non pas par peur, mais par colère et mépris. Bien qu'il reste totalement indéchiffrable, neutre, sans émotions et calme, Baelfire pourrait presque ressentir chaque muscle de son corps se crisper. Il force sa main à rester plate sur la table et de ne pas aller tirer son épée. Les deux se toisent du regard. Le plus jeune n'exprime aucune frustration, fermant son visage comme il l'a apprit avec Ambre depuis toujours. Ne jamais laisser quelqu'un le connaître, voir l'ampleur des dégâts que peuvent provoquer certaines paroles, certains sujets. Or, pour lui, Ambre est le sujet le plus sensible qui soit sur ce monde.

La menace passée, les sous entendu d'Adam continue, son impartialité dans cette histoire et son manque de respect quant à son chapeau toujours sur sa tête. Le visage serein de Bae se transforme immédiatement en moue offenser. Enlever son chapeau ? Pardon ? Personne ne c'était risqué à lui faire une remarque à ce sujet depuis les 5 ans qu'il a passé sur cette île. Son couvre chef n'est pas un accessoire, mais une partie de lui même, tout le monde le sait, y compris les deux pirates qui partagent sa table. Personne n'a le droit d'y toucher, et jamais le chapeau ne le quitte. Est-ce que lui, il lui demande d'enlever ses cheveux lorsqu'il entre dans un lieu fermé ? Et bien non. C'est la même chose. Complètement outré, il croise les bras et n’émet pas le moindre geste pour enlever son couvre chef.

Pourtant, sans l'interrompre, Baelfire laisse Adam continuer sur sa lancé, sans baisser les yeux, soutenant sans aucun mal son regard. Le vouvoiement est étrange dans cet échange, montrant un faux respect hypocrite entre eux. Des cordialités, politesses qui dissimulent très mal des provocations et menaces. Tout est finement calculé et Bae lui reconnaît volontiers qu'il sait mettre les doigts là où le sujet devient de plus en plus sensible. L'entendre prononcer le nom d'Ambre le raidit sur place et Bae doit se faire violence pour ne pas lui envoyer la table à la figure. Adam lui fait comprendre que Morgan a fait un long voyage pour venir jusqu'ici, et ce après avoir longuement conversé avec le gouverneur de cette île. Il serait donc mal venu de rompre ainsi l'accord entre eux, cela ternirait la réputation d'Ambre et ce serait même lui manquer de respect. Ce n'est pas ce que lui dit Adam, mot pour mot, mais l'adulte sait lire entre les lignes. Un certain Ambre … Ben tient. Il le prend pour un idiot ou pas ? A 13 ans, lorsque Morgan et Adam l'ont trouvé, Bae n'était qu'un gamin complètement paniqué et affligé, qui voulait retrouver un certain Ambre considéré comme mort, persuadé qu'il ne l'était pas. Arrivé sur les lieux, ils ont trouvé la preuve qu'Ambre c'était bel et bien éteint, provoquant le déchirement de Baelfire mais aussi sa triste résignation. Personne ne connaissait à l'époque son lien qui l'unissait avec Ambre mais c'est un nom qui est revenu plusieurs fois par jour durant l'année qu'il a passé avec eux.
Il s'avère qu'Ambre est bel et bien en vie. Adam est loin d'être une personne stupide. Si le gouverneur et Capitaine d'un navire pirate, se fait appeler Ambre et que Baelfire est présent dans cette île, et en plus, son second, il n'est pas difficile de faire le rapprochement. C'est un détail qui n'a pas échappé au second de Morgan.

S'il enregistre bien ses paroles, encore une fois, Bae refuse de lui donner la satisfaction de réagir. Mais son sang bouillonne déjà. C'est un coup particulièrement bas. Le jeune adulte pose les yeux sur les doigts qui tapotent la table, d'un geste tout à fait calculé. Mais il préfère se concentrer sur le bruit et non sur les paroles. Saleté de pirate. Il agit tout en finesse, avec politesse, dans ses paroles, cherchant le petit coin à titiller, et même dans ses mouvements pour infliger le coup de grâce. C'est bien joué, il faut bien le reconnaître. Bae se serait bien levé pour le gifler, mais la présence d'Ambre le force à se calmer. Il n'a pas l'intention d'échouer à ce test. Le maître des lieux sait à quel point son petit protégé peut être surprotecteur avec lui, douce ironie. Bae a encore beaucoup de choses à apprendre sur la maîtrise de soit et Ambre attend beaucoup de lui dans cet entrevue. Hors de question de le décevoir. Le jeune adulte lui jette donc un regard morne. Son visage se détend alors qu'Adam se montre soudainement bien plus ouvertement menaçant avec des mots totalement appropriés de deux personnes qui se connaissent, en conflit.

La brusquerie des propos est tellement soudaine, qu'au lieu de se montrer offensé ou même choqué, Bae se sent presque rassuré. Cela lui paraît tellement familier qu'instinctivement, il sent l'hilarité venir. Mais ses éclats de rire sont stoppés net avant même de pouvoir s'exprimer, par le serveur, qui a reprit une apparence masculine. Sourcil froncés et même en colère, en voyant le cadet de l'équipe auquel il appartient se faire insulter de la sorte, le rouquin c'est approché, menaçant, main sur le manche de son sabre. D'un geste rapide, le bras de Bae le coupe dans son élan, l'empêchant d'avancer d'avantage. Surprit, son ami en perd même ses mots. Le bras plaqué contre le torse du rouquin, Bae prend enfin la parole, sans le regarder, son prunelles chocolats toujours plongées dans celles d'Adam.

« Ruthven. Stop. » Si sa voix est calme, elle reste néanmoins sans appelle, confiante et presque autoritaire. Les pas du pirate se stoppent, hésitant. Le dit Ruthven toise le trio, puis se retourne vers son petit protégé qu'il a retrouvé sur une certaine île 4 ans en arrière. De son côté, Baelfire bouge son bras disponible pour enlever son couvre-chef et le déposer contre le torse du rouquin, lui adressant un sourire sincère, abaissant immédiatement les tensions par ce geste. Ruthven pose les yeux sur l'accessoire, pas très sur de lui.

« Je te le confie. Et il s'appelle revient. »

Finalement, le pirate pousse un soupire à fendre l'âme, passant une main dans sa tignasse, d'un air embêté. Finalement, il sourit à son tour et ébouriffe les cheveux du garçon, en riant presque.

« Bon d'accord, mais au besoin, tu sais où me trouver Morpion ! »

Alors qu'il laisse Ruthven se charger des autres choppes de Rhum que vient subtilement de commander Adam avec son argent, Bae hausse les épaules. Il ne doute pas des paroles du pirate, mais de toute façon, son argent, c'est celui d'Ambre. Donc en fait …. Il s'en fiche un peu. Le garçon doit même se retenir d'afficher un sourire sarcastique vers son protecteur. Son petit sourire de vainqueur qui le prend quand il lui fait gaspiller son argent. Généralement, c'est lors de paris, lorsqu'il arrive à se montrer plus malin que lui. C'est rare, mais ça arrive. Bae se garde cependant de réagir de la sorte, ce n'est pas le bon moment.

Laissant Adam jouer à un tout nouveau jeu, il le laisse terminer, avant d'enfin prendre la parole.

« Premièrement, nous ne sommes pas amis. Mais comme vous me l'avez bien fait comprendre, je dois rester professionnel, et c'est ce que je vais faire. Par conséquence, je ne peux pas me permettre de partir la tête haute, ou d'appeler le maître de cette île. Parce que voyez vous, c'est moi qu'il envoi à votre rencontre. Je ne juge pas nécessaire de le déranger, il est …. fortement occupé. » explique Bae, tout sourire, joyeusement.

Ruthven fait de nouveau son apparition, petit clin d'oeil complice et encourageant pour son protéger, lui rappelant qu'il n'est pas loin, puis dépose les deux choppes sur la table avant de prendre congé. Sans perdre son sourire, Bae pousse sa choppe dans la direction d'Adam pour qu'il garde les deux.

Soudainement son sourire se perd, et Bae foudroie les deux pirates du regard, colère et haine visible s sur ses traits juvéniles. C'est avec une voix froide et tranchante qu'il reprend la parole.

« Cependant … Puisque tu m'as parlé à titre personnel, je vais ajouter ceci. Menacer cette île, c'est menacer Ambre. S'il lui arrive quoi que ce soit, je fais sombrer votre navire avant même que vous ayez pu quitter l'île. »

Il est inutile de nier tout l'amour qu'il éprouve pour Ambre, ce sentiment est connu des deux pirates depuis son enfance, alors Bae n'a pas l'intention de jouer aux fausses émotions en ce qui concerne son capitaine. A cause de cette fureur mal maîtrisée, de légers éclairs rouges traversent la table et brisent les chopes de rhum. Même les yeux perçant d'Ambre dirigés vers lui ne suffisent pas à le calmer.

« Je suis un sorcier, ne l'oubliez pas. Si l'Autre est capable de jeter une telle malédiction sur Morgan, ne vous demandez surtout pas ce que je suis capable de faire. Aucun de nous n'avons envies de connaître mes limites. Ne me testez pas. »

Quelques têtes se sont tournées vers eux, et même Ruthven derrière son comptoir, ne s'éloigne pas trop, prêt à intervenir si Baelfire ou les deux autres vont trop loin. Inquiet, il se retourne vers son meilleur ami, mais Ambre ne semble pas vouloir le prendre en considération. Alors qu'il s'apprête à rappeler le petit second à l'ordre, il hésite néanmoins en voyant l'attitude confiante et sereine de son capitaine, qui continue de festoyer dans son coin.

Et comme Ambre l'a si bien compris, Bae se calme tout seul. Fermant les poings, les éclairs rouges disparaissent. Le jeune adulte inspire un bon coup et retrouve son sourire charmeur, presque enfantin.

« Mais tout ceci reste hypothétique, il est inutile d'en arriver là. Après tout, nous sommes tous des personnes civilisées. Alors pour enfin répondre à votre requête, nous avons déjà en amont sélectionnés quelques marins qui pourraient répondre à vos attentes. »

Il sort quelques morceaux de parchemins où il a noté certaines notes et observations sur les fameuses personnes sélectionnées, mettant en avant leurs compétences, les désires de ces derniers, les voyages déjà effectués et les précédents capitaines.

« Parmi eux, il y en a deux que je vous recommande fortement. Silem. C'est un pirate d'une cinquantaine d'années, plus vigoureux qu'on pourrait le croire. Il a un long chemin derrière lui. De ce que je sais, Silem a déjà travaillé pour de nombreux pirates qui ne sont plus là aujourd'hui pour en témoigné. Il a le goût du risque et ce qui l'intéresse sont des nouvelles explorations dans certains niveaux de l'Océan où personne ne se risque à naviguer. Il a toujours réussi à survivre, il faut croire que la Mort ne veut pas de lui. Bref, il a beaucoup de savoir, connaît parfaitement l'Océan et surtout …. Il peut vous aider stratégiquement si vous vous faite aborder par d'autres pirates. Puisqu'il en a beaucoup affronté. »

Bae ont longuement discuté du cas de Silem. S'ils ne veulent pas perdre ce marin compétent, ils savent aussi que l'île n'est pas ce qu'il lui faut. Silem a besoin de voyager, il a besoin du danger et de découvrir des trésors insoupçonnés. C'est l'histoire de sa vie. Baelfire ignore s'il trouvera ce qu'il recherche auprès de l'équipage de Morgan mais ce n'est pour le moment tout ce qu'ils peuvent lui offrir.

« Puis il y a Aegon. Un débutant de 25 ans, très à cheval sur le code des pirates. Je me porte garant de son honneur et de sa loyauté. Ici, il est fils de forgeron, mais ce n'est pas la vie qu'il souhaite. Aegon sait se battre. »

Bae se mord les lèvres. Aegon a été une source de conflit entre Ambre et lui. Le jeune homme est un proche ami, Bae aurait préféré qu'il intègre son équipage au lieu d'un autre. Et maintenant qu'il sait que l'équipage en question est celui de Morgan, l'idée lui plaît encore moins. Pourtant, il sait qu'Ambre a raison. Ils ne partent pas assez en mer pour satisfaire les rêves d'Aegon, qui pour devenir l'homme qu'il souhaite être, doit partir loin d'ici. Mais il y a une bien grande différence entre la raison et le cœur. Le visage désapprobateur, Bae est fortement contrarié de proposer son ami. Il continue néanmoins sur sa lancé.

« Aegon est vif d'esprit, imaginatif, stratège et endurant. »

Bae sait que son attitude hostile envers lui même est là sa première erreur. Il n'a pas besoin de lever la tête vers Ambre pour constater qu'il a lamentablement échoué à l'une de ses attentes. Et c'est sans doute ce qui le frustre le plus. Pourtant, Ambre lui a apprit depuis tout petit à ne pas montrer ses émotions, il était inutile que Morgan et Adam sachent qu'il connaît personnellement Aegon. Ce n'est pas la première fois qu'il échoue à ce genre de test. Lorsque quelque chose lui tient trop à cœur, il réagit ainsi, comme il l'a déjà fait quelques minutes auparavant lorsque cela concernait Ambre ou il y a 4 ans quand Bae a comprit que Morgan c'était servit de lui.

Il faut croire que se retrouver 4 ans dans une île n'a pas changé la donne à ce niveau là. Bae est tellement en colère contre lui même. Partagé entre l'envie de partir d'ici en claquant la porte de la taverne, ou de pleurnicher auprès d'Ambre …. Il se contente de rester sur sa chaise et de continuer.

« En fait, tout dépend si vous chercher la qualité ou la quantité. Mon prix sera différent selon votre choix. »









Bitter Negotiations


A peine commencée, on aurait pu croire que les négociations étaient plutôt mal partie à en juger par la prétention du jeune Baelfire à refuser n'importe quelle proposition des deux vétérans du Battleheart, mais c'était sans compter, et d'une sur l'entêtement de Morgan à vouloir se faire entendre et menacer ouvertement de faire couler le commerce de ce foutu îlot si jamais Bae continuait à jouer les effronté, et de deux sur l'intervention d'Adam qui allait à présent devenir le centre même de la conversation. En quittant le navire un peu plus tôt, non dés l'instant ou le Capitaine maudit avait appris qu'ils allaient devoir marchander de nouveaux marins dans un port inconnu, l'immortel savait déjà qu'il n'allait pas avoir à user énormément de salive... si l'on peut exprimer les choses ainsi. le Quartier-maître est bien meilleur négociateur et orateur que lui. Sans compter son don d'argumentation et sa répartie impressionnante ou tout simplement ca capacité à garder son calme bien plus longtemps que son ainé. Oui, Morgan est loin d'être patient, et s'il avait du gérer lui même cette conversation, il serait surement déjà entrain de se battre avec toute la taverne.

Alors c'est avec une confiance aveugle que le Pirate laisse son meilleur ami s'exprimer, s'affalant un peu dans sa chaise, bras croisés, sa jambe valide repliée tandis que l'autre s'étend sous la table. Il ne dit rien, ne respire pas et ne feint même pas de soulever sa poitrine pour mimer une inspiration. Si on gardait le regard fixe sur lui, on pourrait croire à une statue. Non en fait... on pourait presque croire à un cadavre. Le regard inexpressif, braqué sur Adam, aucun souffle ne s'échappant de ses lèvres et plus immobile et muet qu'une tombe. Morgan se contente d'écouter, de noter dans sa tête chaque tournure de phrase et chaque argument avancé par son Second. Il détourne vaguement la tête dans sa direction, cherchant son regard, vaguement interloqué, lorsque celui ci affirme que c'est lui qui a conversé par lettre avec le "Gouverneur" de l'île alors qu'il s'agissait d'Adam. Mais son visage inerte reprend finalement vie alors que son presque frère reprend le ton menaçant sur lequel Baelfire c'était adressé à eux un peu plus tôt et il étire un sourire à la fois amusé et moqueur, pour ne pas dire particulièrement satisfait, détournant rapidement le regard sur le jeune homme pour constater tout son malaise alors qu'Adam se fait particulièrement terrifiant. Oui, il se débrouille vraiment bien, même lui aurait pu frissonner.

Mais Baelfire ne se laisse pas impressionner bien longtemps, il faut reconnaître qu'il possède un certain self contrôle... il a murit après toutes ses années ça ne fait aucun doute. L'espace d'une seconde, le ruffian se perd en de lointain souvenir ou un gamin de quatorze ans flânait au milieux d'un équipage de pirate sanguinaire comme une brebis au milieux d'un troupeau de loup. Personne n'a jamais levé la main sur lui, personne n'a jamais désobéi aux ordres du Capitaine précisant que le premier qui toucherait à ne serait-ce qu'un seul de ses cheveux finirai ses jours tragiquement. Bae était privilégier, personne n'a eu autant de chance que lui sur ce rafiot, pas même Adam qui lorsqu'il a rejoint le Black Sails dans sa jeunesse n'avait pas pu échapper au... petit bizutage forcé des pirates.

Morgan reprend conscience de la situation en plein milieux de l'une des phrase de son meilleur ami et se déconcentre sur sa voix en plissant les yeux comme pour essayer de focaliser son attention uniquement sur les négociations. Il y a de quoi être impressionné, que ce soit par les tournures de phrase du Quartier-maître, sa façon qu'il a de toujours faire pencher la situation à leur avantage, à faire main basse sur la direction du marchandage. Ouais... Adam est impressionnant.  En fait à peine termine-t-il son monologue que Morgan aurait presque envie de l'applaudir, un peu à la façon dont on applaudit un comédien qui vient de réciter une longue tirade compliquée, mais il sait parfaitement que ça le décrédibiliserait totalement alors il se contente de sourire en s'asseyant plus confortablement sur sa chaise dans un petit bruit de raclement de gorge. C'est purement esthétique, il ne se sentait pas si mal assis que ça et n'a jamais eu besoin de se racler la gorge depuis près de quarante ans.

C'est alors au tour de leur ancien protéger de reprendre la parole, comme toute bonne conversation. Bien entendu, le Capitaine est un peu à part, mais ça ne le dérange pas d'être uniquement spectateur et juge d'un tel débat. La première chose qui l'impressionne, c'est bien de le voir se découvrir sous la demande d'Adam. Lui qui pensait que le jeune homme n'aurait jamais accepté l'idée de retirer son chapeau. Et au lieu de se dire que Bae est un faible qui se laisse facilement impressionner, il a plutôt tendance à penser que de sa part, ce geste est une preuve de maturité et de confiance en lui. Et... et il faut bien reconnaître que ça agace Morgan. Oui ça l'agace vraiment de voir son petit protéger jadis si fragile avoir pris autant d'assurance.

Mais ce n'est pas encore le pire... à peine a-t-il ouvert la bouche que le seul mot qui semble parvenir aux oreilles du Capitaine est "Ambre" Ambre par ci, Ambre par là, Baelfire ne semble avoir que ce nom là à la bouche. Non pas qu'il éprouve une quelconque mésentente avec le principal concerné, a vrai dire, il ne sait même pas a quoi il ressemble, tout ce qu'il sait de lui c'est son nom et le fait qu'il dirige plus ou moins l'île à la manière d'un gouverneur, mais qu'il se fait appeler pirate. Et ça l'énerve... oh oui que ça l'énerve d'entendre Bae louer son nom à tout va comme s'il s'agissait d'un messie. L'immortel fronce les sourcils et serre les poings sur la table, se tortillant un peu sur sa chaise en essayant de trouver une position plus confortable. Il pousse un long soupir d'agacement et ne lâche pas le môme des yeux alors qu'il se découvre des aptitudes de meneur. Il ne peut toute fois s'empêcher de rire ouvertement quand le gosse prétend parvenir à couler le Battleheart sans la moindre hésitation.

- Comme si ce cher "Gouverneur" Lance Morgan en fléchissant en rythme l'indexe et le majeur de ses deux mains. N'était pas capable de se défendre seul... Tu ne lui fais pas vraiment honneur en le couvant de la sorte tu sais...

Mais le Capitaine maudit grimace finalement en apercevant les quelques éclairs de magie traverser la table pour briser les choppe de Rhum. Un mouvement de recul le prend et sa chaise grince sur le parquet de la taverne alors que le pirate se retrouve à quelques centimètres de la table. Mais son malaise est bien vite contrôlé et il se rapproche à nouveau sans se priver de faire a nouveau grincer les pieds de sa chaise sur le sol, frappant fort de sa jambe de bois pour expressément faire encore un peu plus de bruit. Bon, il l'a peut être cherché... provoquer Bae n'était sans doute pas la meilleure de ses idée, et pourtant... un sourire malsain a fini par étirer les lèvres du forban borgne qui croise les bras contre sa poitrine en s'avachissant un peu contre le dossier de sa chaise. Les menaces de son ancien protéger ne lui font pas vraiment peur... tout au plus, elles l'intrigue vaguement. Lui qui enfant rechignait à utiliser la magie, à toujours refuser de s'en servir, alors ce servir de cette argument aujourd'hui... c'est un peu fort.

- Ah vraiment?! C'est dommage parce que j'ai l'impression que tu ignore complètement de quoi nous sommes capable également... alors si tu n'as rien de mieux que quelques lumières à nous montrer pour essayer de nous impressionner il va falloir que tu trouve autre chose comme arguments de persuasion...

C'est une provocation tout a fait gratuite, Morgan sait bien que le jeune homme ne risquera pas la vie de ses camarades dans cette taverne en déclenchant quelque chose de plus puissant là tout de suite. Et puis... le self contrôle est un atout précieux lorsqu'on est négociant... il suffit de regarder Adam pour s'en rendre compte. Imperturbable, ferme et assuré, voila les véritable qualité d'un négociant et Bae est loin d'être un idiot, il sait aussi que pour faire bonne figure auprès de ce cher Ambre, il va devoir contrôler ses pulsions colériques.

La discussions se poursuit donc et il semblerait comme l'ainé le pensait, que Baelfire s'en sorte... plutôt très bien dans son rôle. Il propose tour à tour les profils les plus intéressant et les plus dignes d'intéresser les deux pirates venu recruter des hommes. Il les allèches avec ce qui semblerait être de précieux avantage pour l'équipage. En tout cas, les deux hommes qu'il décrit semblent posséder quelques caractéristiques très intéressantes et le jeune homme a l'art et la manière de les dépeindre de façon à ce qu'ils ai l'air indispensables. Bien joué. Alors l'immortel abandonne un instant son rôle de provocateur perfide et bas pour reprendre celui du Capitaine, du vrai, celui qui se soucis de ses hommes et de son équipages. Et comment dire... dés les premier mots concernant ledit Silem, une image vient se substituer à toutes les autres dans la tête de Morgan, sa description correspond assez à un homme qu'il a bien connu... très bien même, en fait... c'était le tout premier a l'avoir suivit en mer... alors qu'il était encore jeune et inexpérimenté. Le forban affiche un air sérieux et ne peux s'empêcher de détourner le regard vers Adam pour savoir si celui ci à penser à la même personne que lui.

La deuxième proposition n'en est pas moins aussi intrigante. Depuis le temps, Morgan sait que privilégier l'expérience n'est pas forcément nécessaire, il n'y a qu'à regarder ou en est Bobby aujourd'hui pour le savoir... et ce ne serait pas la première fois qu'ils engagerais des marins inexpérimentés. Les compétence s'acquièrent sur le tas c'est bien connu. Un bref instant de silence s'installe alors que Bae leur demande finalement s'ils préfère la quantité ou la qualité. Pour Morgan la réponse coule de source, et il se doute bien que son meilleur ami pense la même chose.

- C'est pourtant évident... Les qualités des hommes sont particulièrement importante dans le choix d'un équipage, mais la quantité n'est pas non plus à ignorer... nous ne voulons pas tes deux meilleurs hommes, nous voulons LES meilleurs. Le Battleheart n'est pas n'importe quel navire, sa réputation se doit d'être parfaitement conservée et si j'ai besoin de toi aujourd'hui... Bae... ce n'est pas seulement pour la maintenir à un niveau correcte... c'est pour la faire grimper! Une sorte de grandeur admiratrice pare la voix du pirate qui s'enflamme d'émotion. On m'a dit que je ne trouverai sans doute pas meilleurs choix que les marins que compte cette île alors je ne veux pas être déçu ! n'est-ce pas Adam? Prend-il son meilleur ami à partit en affichant un grand sourire plein de prestance.

Ca coute peut être a Morgan d'avouer qu'il a "besoin" que Baelfire leur délègue les meilleurs éléments de l'île, mais il faut aussi savoir brosser l'adversaire dans le sens du poils pour obtenir ce que l'on souhaite, et en l'occurrence, il faut bien reconnaitre que ce petit duel entre son Quartier-maître et lui et son ancien protéger à de quoi l'amuser en quelque sorte. Il est particulièrement curieux de voir jusqu’où le petit enfant qu'il a connu a grandit, et est finalement devenu un homme.









Bitter Negotiations

En quarante ans, beaucoup d'encre coula au sujet d'Adam Morgan, le Second du Black Sails. Sans parler des légendes grotesques le dépeignant, dans ses jeunes années, comme le diable avec lequel Morgan aurait fait un pacte pour gagner sa légendaire immortalité. Le temps a rapidement montré à tous qu'il est tout ce qu'il y a de plus mortel. Mais si, de toutes les caractéristiques qu'on prête à Adam, parfois vraies, parfois fausses, l'on devait n'en retenir qu'une seule, ce serait indubitablement son aisance avec les mots. Et s'il est déjà rare qu'on se souvienne d'un flibustier pour autre chose que sa cruauté et sa barbarie, il l'est encore plus qu'on se dise qu'il avait un beau parler et des tournures de phrases raffinées. Oh on lui prête ces qualités mais elles deviennent des défauts sur son sillage, des armes vicieuses qu'il met au service de ses sombres desseins, ses mots trompent, envoûtent, blessent. Ses mots tuent.

Alors si Adam n'est pas peu fier de cette triste réputation, il considère d'autant plus une bête négociation comme un jeu d'enfants. Mais voilà, il ne joue pas avec un adulte, à ses yeux, il joue justement avec un enfant. Un expert donc ! De prime abord il regardait juste ses réactions, ovservant ses crispations nonchalamment et sans discrétion, sans paraître pour un stratège qui note chaque parcelle de terrain qu'il gagne, souriant odieusement avec un air quelque peu humiliant. Il avait été fourbe en mentionnant Ambre avec un tel désintérêt, comme s'il ne savait pas qui il était. Et pourtant... jusqu'à voir Baelfire sur le quai de ce port clandestin, il n'avait pas fait le rapprochement. Et cela le contrarie, car il avait trouvé sympathique ses échanges épistolaires avec le capitaine gouverneur, il avait trouvé sa conversation intéressante, agréable. De beaux mots lui font du bien de temps en temps. Il l'avait trouvé digne de confiance... Mais que sait Ambre ? À quel point leur ancien ami lui a-t-il parlé d'eux ? Savait-il avec qui il traitait ? Baelfire était-il dans la confidence ? Est-ce un piège de l'un ou de l'autre ? Adam n'aime pas ça, pas du tout.

Son rictus reste parfaitement calme, tel un vieux grand-père joueur, alors qu'un gros bras fait mine d'arriver avec un air menaçant. Il fait comme s'il n'existe pas. Il serait mort bien avant d'avoir le temps de lever la main sur lui. Mais ce qui fait s’agrandir encore la courbe des lèvres d'Adam, c'est de voir le jeune homme ôter sa coiffe avec assurance pour s'adresser à eux. Ça c'est l'esprit ! Aaaah, Baelfire, quel dommage que nous ne nous soyons pas entendus quand tu étais sur ce bateau, tout maugréant que j'étais alors que nous étions les seuls à avoir des manières !  Un amusement sincère pare les traits du Second alors qu'il a l'impression d'avoir quelqu'un de tout à fait différent face à lui, imperturbable, le laissant finir son petit monologue sans broncher. Ça c'est un adversaire intéressant ! Il lui laisse enfin le loisir de poursuivre.

Le début des hostilités laisse Adam perplexe, ce n'est pas être négociant très adroit que de ne pas vouloir faire de son pigeon un ami. M'enfin, un peu de fierté ne fait pas de mal de temps en temps, pas vrai ? Il hoche doucement la tête en écoutant les paroles du jeune homme, comme pour lui donner un bon point. Il ne se laisse pas démonter, mais les réponses évasives sur Ambre laissent le vieil homme sur le qui vive. Quelque méfiance pourrait l'amener à penser que cet homme n'existe tout simplement pas, que c'est le nom que porte désormais Baelfire, que c'est une machination de plus pour les piéger. Et pourtant... non, cet homme existe sans nul doute. Et ce ne sont pas que ces menaces et cette voix froide qui lui font penser ça. Même s'il ne peut nier la sincérité et l'affection que porte le jeune homme à son maître.

Il est interrompu dans ses réflexions par l'intervention de Morgan qui va sans nul doute agacer le jeune homme qui semblait déjà en phase menace. Trop prévisible, ne pas répondre à l'insulte qui lui a été faite, tant par Adam que Morgan, serait une preuve de faiblesse. C'est simplement trop tôt à son goût, trop précipité, une pulsion. Les éclairs rouges qui s'échappent de ses doigts et viennent pulvériser les deux verres ne font pas sursauter le vieil homme qui l'a senti venir et tire une moue perplexe, contrariée et déçue en regardant les débris baignant dans une épaisse flaque de rhum.

- Quel gâchis...

Il laisse Morgan répondre pour dire que les menaces de Baelfire ne leur font ni chaud ni froid, qu'il serait bien orgueilleux de croire être en mesure de les défaire et de couler leur bateau si facilement. Quelle prétention ! Quelle impulsivité ! Quelle fougue ! Mais c'est de son âge. Il y a des leçons qu'il n'a pas encore tirées, des leçons que la vie nous apprend avec le temps... Des leçons qu'il a apprises en vieillissant. Et, avisant son reflet difforme dans le breuvage répandu sur la table, il songe que Morgan non plus n'a pas encore appris tout ce qu'il devrait, bloqué à un âge par une  malédiction qui, dans un premier temps, l'a fait mûrir bien trop vite avant de le laisser figer sans guère plus d'espoir de se faire apprendre quoi que ce soit par la vie. Exceptés quelques fois, bien entendus. Avec cet air songeur sur le visage, Adam reste figé sur l'image de son visage, déformé, mais n'en prend pas moins la parole.

- Tu as bien grandi, Baelfire, te voilà un beau jeune homme, commence-t-il sans la moindre once de moquerie. Tu as compris qu'il est bon d'être grand, d'être fort, d'être menaçant. Au moins un petit peu.

Du dos de la main, il balaye précautionneusement les débris des verres pour les regrouper en un petit tas devant lui.

- Mais il y a quelque chose que tu n'as pas encore réalisé. Je le vois à ton comportement, ton attitude, tes mots. Malheureusement, beaucoup de monde ne s'en rend compte que trop tard.

Il pose le bras devant le monticule de verre, un peu au-dessus de la flaque de rhum pour ne pas mouiller sa manche. Il regarde désormais son interlocuteur droit dans les yeux avec un petit sourire tendre, presque taquin. Son bras se relève tout doucement, laissant peu à peu voir les deux verres intacts bien que vides.

- Détruire est facile. Réparer ce qui a été brisé l'est beaucoup moins.

Et toute chose qui a un jour été brisée, même reforgée, restera à jamais fragilisée. Mais il en a déjà trop dit. La vraie discussion commence enfin avec une ambiance presque sereine, tout le monde semble souriant ou intéressé, difficile de croire qu'encore une minute auparavant les menaces planaient, le ton montait et les éclairs traversaient la table. Si ce n'est le rhum qui coule sur son pantalon.

Pourtant, bien vite, le visage d'Adam se crispe sur son sourire alors qu'on aborde le premier homme qu'on leur propose. Il sent l’œil de Morgan se poser sur lui mais ne daigne pas lui rendre son œillade, restant figé dans son rictus et écoutant Baelfire avec toute l'attention qu'il mérite pour le moment. Croiser son regard alors qu'il pense à la même personne que lui serait trop douloureux, la disparition d'Adrian est encore une blessure trop vive dans le cœur du Quartier-Maître et elle ne cicatrisera sans doute jamais.

Quant à ce Aegon... Adam ne voit pas de raison particulière de refouler une telle personne, si elle est telle que le décrit le jeune homme, tant que tout leur équipage n'est pas uniquement composé de jeunes inexpérimentés. Il en a été un, il fut un temps, Bobby aussi, et aujourd'hui ils occupent des places de choix sur l'un des bateaux les plus redoutés du monde. Il a connu bien des jeunes hommes -et femmes- devenus très compétents, qui avaient tous leurs qualités, certains devinrent des amis proches, il se rendait compte qu'il ne s'était attaché à d'autres que trop tard. Ah, Adam n'aime pas les recrutements, il y en a eu trop... chaque fois qu'il imagine de nouvelles personnes, il envisage déjà le moment où il devra les recouvrir d'un linceul... le lot de celui qui a désormais plus d'amis morts que vifs, sans doute. Il chasse ces idées noires de son esprit.

Pendant que Morgan parle pour eux deux, il laisse son regard traîner par-ci par-là. Il ne se retourne pas, bien sûr, il a depuis un moment maintenant vu toutes les surfaces réfléchissantes pour observer discrètement ses angles morts sans bouger. Il suit les regards de tout un chacun, voyant où ils mènent, les attitudes de toutes les personnes de cette taverne, les vraies et les jouées, tout cela mêlé à ce qu'il a pu observer du comportement de son jeune interlocuteur depuis le début de l'entrevue, depuis qu'il les a récupérés au port. Cette seconde nature, héritée d'une compagnie plus noble et ridicule, Adam a compris depuis bien longtemps qu'elle était bien plus utile dans un milieu de brigands. Pour une raison bien simple ; outre le fait d'aiguiser l'attention et de remarquer tout détail intéressant... contrairement à une réception de grotesques, dans une assemblée de gens sincères on repère vite ceux qui jouent au même jeu que soi.

Cette fois c'est sûr.

Ses yeux bleus se posent à nouveau sur Baelfire alors que Morgan finit son petit discours enflammé. Le sourire d'Adam se fait de nouveau un peu plus mesquin, quoique de façon gentillette.

- Parfaitement ! Je n'aurais pas mieux dit moi-même ! Néanmoins, il y a un détail fort regrettable qui me chagrine particulièrement !

Il tire sa pipe de sa poche et commence doucement à la bourrer de feuilles, observant le petit objet de bois, continuant de parler tout à fait distraitement, comme il le ferait d'une bagatelle, d'un potin.

- Vous voyez, mon cher, actuellement vous ne nous proposez pas des hommes.

La pipe en bouche, il embrase rapidement les quelques feuilles de tabac et inspire une lente bouffée de fumée qu'il recrache lentement sur le côté pour ne pas enfumer la table et le jeune homme, tenant l'instrument de bois dans sa main unique, à côté de sa tête, adressant un sourire ravissant à Baelfire.

- Vous nous présentez des mots.

Il tire à nouveau sur l'ustensile avant de continuer.

- Nous n'avons pas pour habitude de choisir nos marins sur catalogue. Usuellement, ce sont les hommes qui se présentent à nous, et nous qui jugeons ce qu'ils nous disent. Nous sommes peut-être en piètre état mais nous voyons et entendons toujours. On sait assez rapidement si ce que prétend quelqu'un à propos de lui-même est vrai et si cela en vaut la peine, si l'on peut passer à côté de certains mensonges, si cette personne a un potentiel qu'elle-même ignore. Peu de gens peuvent se vanter de m'avoir trompé, Monsieur Baelfire. Son regard est un peu plus perçant, il laisse planer un léger silence. Mais dans la bouche d'une personne assez, disons, convaincante, le dernier des badauds peut devenir une personne exceptionnelle. Est-ce pour cela que le maître des lieux vous a envoyé à sa place, parce que vous maniez mieux les mots que lui ? Oh pardon, c'est vrai ! Il est très occupé, vous l'avez dit il y a cinq minutes à peine ! Je me fais vieux... Et je n'oserais pas non plus remettre en question la valeur de vos hommes et amis !

Il rit doucement, sincèrement, avec l'air de celui qui fait une boutade classique mais qui fait toujours rire.

- Enfin ! Moi je pense qu'il est en train de prendre du bon temps !

Et Adam reprend l'espace d'une seconde un air vicieux et aiguisé, outrageusement sûr de lui-même. Articulant lentement deux syllabes muettes, deux syllabes qui, s'il donnait de la voix, formeraient un mot.

Menteur.









Bitter Negotiations



Bae regarde silencieusement Adam reconstruire le verre. Il avait oublié que lui aussi à la magie. Des choses faciles à détruire mais pas aussi aisé à reconstruire hein ? La leçon de morale ne lui plaît pas. Le jeune adulte les foudroie du regard. Il le prend pour un enfant, mais il ne l'est pas. Il ne l'est plus depuis que Morgan l'a abandonné à une mort certaine dans une île déserte. Si la présence d'Ambre l'a aidé à se reconstruire, le jeune homme n'en reste pas moins fragilisé. Rien n'enlève les cauchemars. Aucune magie ne peut réparer les blessures mentales. Non, il en restera marqué à vie et ce satané pirate en est l'unique responsable. Baelfire ne répond rien et se contente de fixer Morgan, impassible. Ces deux là ont sans doute vécus beaucoup plus d’événements tragiques que lui, mais ce n'est pas pour autant qu'il faut minimiser le sien.

« Nous avons tous nos propres démons. » en conclu simplement le jeune homme avant de revenir au sujet de discussion.

Si les deux profils annoncés ont l'air de plaire aux deux pirates, ils n'en restent pas moins sur leur faim. Les reproches ne tardent pas à arriver. Il ne leur sert que des mots et non des hommes. Bae manque d'éclater de rire lorsqu'Adam lui demande si Ambre serait moins habile avec les mots que lui et que c'est pour cela qu'il l'envoi. Ambre est son mentor, frère du roi d'Angleterre, ancien assassin, espion et tout ce qui va avec. Oh non, Baelfire ne doute pas des capacités de son protecteur, qu'il sait sans limite. Un fin sourire étire ses lèvres quand Adam lui fait comprendre qu'il a grillé la présence du gouverneur au fond du bar. Peu importe. Ambre ne fait pas spécialement d'efforts pour être discret, il surveille tout de loin.

« Adam … Tu as tout à fait raison, Ambre est bien ici. Mais peu importe. Je suis un grand garçon et son second. Le gouverneur vous recevra personnellement en temps et en heure, soyez en assuré. Mais pour le moment, c'est à moi que revient la gestion de cette affaire. Je suis son second après tout. Je suppose que tu peux comprendre ça, puisque c'est toi qui négocie depuis le départ alors que Morgan sert de décoration. »

Il eu un petit sourire amusé. Le pic n'est pas bien méchant, ni provoquant. La blague est légère et s'il se vexe pour si peu, tant pis. Bae hausse les épaules.

« Mais j'admets aussi que tu as raison. Je ne peux pas me contenter de belles paroles. Rassure toi,  les marins potentiels ont déjà été prévenus du lieu et de l'heure du rendez vous. Ils devraient être arrivés. Je vais les chercher. »

Jetant un rapide coup d'oeil à Ambre, Bae se lève et s'éloigne de la taverne pour aller ouvrir la porte. Il laisse le temps aux deux pirates de bavarder ensembles s'ils en trouvent l'utilité. Pendant ce temps, il fait un rapide récapitulatif de ce qu'ils ont tous la main et sourit à son ami bien présent lui aussi. Hors de vue, Bae pousse un soupire à fendre l'âme. Cet abruti d'Adam l'a fatigué. Quant à Morgan, il a juste envie de lui sauter dessus et de lui cogner la tête contre le sol. Mais ça ne lui fera pas mal, donc ce serait plus frustrant qu'autre chose.

Il s'étire en baillant.
« Et ben, ce que c'est dur d'être un homme ! »

Une petite moue boudeuse se forme sur son visage. Mais au moins, il peut évacuer la pression pendant un court laps de temps. Ce n'est pas facile d'être le second d'Ambre et d'avoir autant de responsabilité. Surtout en ayant un passif plutôt sombre avec les deux protagonistes. Lui apprendre à rester objectif et ne pas faire entrer ses sentiments personnels dans le jeu. Plus facile à dire qu'à faire. Bae estime s'en être bien sorti … A quelques détails près. Mais tout de même … Ambre allait savoir comment il s'appelle.

« Bon allez, on y va les gars. »

Retournant dans la taverne, il retourne à leur table et se rassoit. Bae présente rapidement le comptable, Ned Stewart avec qui ils pourront voir pour l'argent quand ils auront sélectionné leurs marins. Ces derniers se présentent tour à tour. Bae écoute d'une oreille distraite mais se force à se concentrer.

Quand soudainement, un frisson d'angoisse traverse tout son corps. Réceptif à certaines choses, un mauvais pressentiment le submerge. Il se fige sur place, oubliant tout le reste, regardant dans le vague. Sa respiration se fait plus lente, ses ongles griffent doucement le bois de la table. Puis, tout aussi soudainement, il se reprend et revient à la réalité.

« C'est tout pour moi. » annonce subitement Bae coupant un marin dans sa présentation. Les regards se tournent vers lui, surprit. Même Ambre, plus loin, ne s'attendait pas à ce changement de plan.
« Mon rôle s'arrête là. » Il se lève. « Je vous laisse voir avec le comptable, Monsieur Stewart pour la suite. Je reviendrais plus tard pour voir ce qu'il en est. »

Et avant que quiconque ne puisse protester, Bae s'est déjà éloigné vers le comptoir où le barman et membre de leur équipage, Ruthven le regarde d'un air incrédule. Il passe une main dans ses cheveux roux.

« Bae … Est-ce que tout va bien ? »

Le jeune adulte acquiesce d'un signe de tête et lui sourit pour le rassurer.
« Oui, ne t'inquiète pas. J'étouffe juste, je vais prendre l'air. »

Attrapant son couvre chef qui regagne aussitôt sa tête, il quitte la taverne. Ruthven le laisse partir, se disant qu'en fin de compte, c'était peut-être trop pour le cadet de rester face à ces deux pirates. Il peut le comprendre … Bien que ce soit dommage d'échouer le test d'Ambre, si près du but. Il jette un regard à son supérieur.

De son côté, Bae marche sereinement jusqu'à être hors de vue, avant de se précipiter en direction de la plage. Qu'est-ce que c'est que ce sentiment ? Quelque chose ne va pas, il le sent. Il parcourt l'île de fond en comble, avant de trouver ce qui cloche.

« Qu'est-ce que ... » La longue vue entre les mains, près d'une des petites îles non loin de la leur, il peut apercevoir un autre navire. Qui n'a rien à faire là. Ce drapeau …. Le Dragon Rouge. L'armada du Roi d'Angleterre. « Ce n'est pas vrai ? »

« On dirait bien que si. » fait une voix derrière lui. Bae pourrait presque sentir son sang se glacer sur place. « Mais je trouve ça amusant, pas toi, Baelfire ? » Des bruits de pas s'approchent de lui et Bae sent des doigts glisser le long de son dos. Retenant sa respiration, il ne bouge pas. « Nous avons vraiment le don de nous rencontrer dans les endroits les plus improbables. »

Enfin, le jeune adulte sort de sa torpeur et s'écarte brusquement. Il se retourne vers lui, la terreur brillant dans son regard.

« John Randall. »











Bitter Negotiations



Capitaine Morgan. Un nom qui a fait sa réputation depuis bien longtemps. Un pirate qui a attiré l'attention du roi d'Angleterre. Une malédiction d'après les on-dit. Intéressant pour le roi, grotesque pour Jonathan Randall. Mais le capitaine du Dragon Rouge se contente de suivre les ordres. Alors il a voyagé, à la trace des rumeurs, qui finalement l'ont mené tout droit à cette île. Le Capitaine Morgan y serait à la recherches de marins pour son équipage. Le Dragon Rouge a jeté l'encre sur une île voisine afin de ne pas se faire repérer. Gagner l'île principale ne fut pas un problème. Le Capitaine Randall laisse son armada se charger de prendre en otage l'équipage de Morgan et de les débarquer sur son propre navire. Il compte faire discrètement le tour de l'île, à la recherche de Morgan pour le voir de ses propres yeux. La curiosité ne lui fait pas défaut. A dire vrai, Jonathan le plain. Les émotions, c'est ce qui est le plus important, ce qui frôle la perfection. Alors ne plus en avoir … La rage, le plaisir, la douleur, l'amertume, l'abandon. Il s'en délecte et fait en sorte que ses proies le ressentent. Il se demande déjà comment les faire ressentir à un homme qui a perdu toute sensation. Il doit bien y avoir un autre moyen. Le challenge est intéressant et même surprenant. Un fin sourire étire ses lèvres. Il aura tout le temps de se pencher sur cette question quand le capitaine en question pourrira derrière un cachot. Mais tout de même, quelle créature étrange.

Quoi qu'il en soit. Randall ne s'attendait pas à voir sa petite souris favori. L'air affolé de Baelfire lui montre que le cadet a déjà comprit que quelque chose se trame. Décidément, ce jeune homme ne cesserait jamais de l'étonner. Mais que fait Baelfire dans un lieu aussi insolite ? Ambre … Associé au garçon, cela ne peut être que cet Ambre. Maintenant qu'il connaît son emplacement, le roi sera heureux d'obtenir cette information. Mettre la main sur Baelfire attirera forcément Ambre à leur poursuite. De toute manière, maintenant qu'il l'a vu, Jonathan n'a aucune intention de le laisser s'enfuir. Il s'approche du gamin qui vient de comprendre ce qu'il se passe grâce à sa longue vue.

« On dirait bien que si. Mais je trouve ça amusant, pas toi, Baelfire ? Nous avons vraiment le don de nous rencontrer dans les endroits les plus improbables. »

Jonathan laisse glisser ses doigts sur le dos du garçon. Toujours aussi fascinant. Fougueux Baelfire. Ce dernier se retourne et le regarde avec terreur, comprenant l'identité de l'homme en face de lui. John retient un petit sourire de satisfaction. C'est lui qui a fait naître cette si belle émotion sur le visage juvénile du garçon. Il admire son œuvre d'art. Pourtant, le principal concerné reprend rapidement le contrôle. Et bien … Le travail n'est donc pas achevé. Surprenant.

« L'équipage de Morgan ? »

Cette fois-ci, John esquisse un sourire. Toujours aussi perspicace. Puisque lui même est étonné de la présence du cadet en ces lieux, cela veut dire qu'il est là pour une autre raison que Baelfire ou Ambre. Il en a vite déduit que la raison à un rapport avec l'arrivée de Morgan.

« Déjà en route pour rencontrer le roi. » Jonathan attrape la mâchoire de Baelfire pour le forcer à le regarder. Il rapproche son visage tout près du sien et lui murmure. « Ne t'inquiète pas, mon cher Baelfire, tu vas prendre le même chemin. »

***

Une heure plus tard, un pirate débarque dans la taverne, essoufflé.

« CAPITAINE AMBRE ! » Il reprend son souffle alors que les négociations viennent de terminer du côté de Morgan. La pirate s'approche de son capitaine et gouverneur de cette île. « Nous avons reçu un message … Les Tuniques Rouges … Les anglais. » Il secoue la tête. « L'équipage d'un certain Morgan a été arrêté. »

En entendant cela, Ruthven écarquille les yeux et regarde Ambre. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Bon sang, où est Baelfire ? Sans attendre d'avantage, il se précipite hors de la taverne, en direction de la plage, où certains pirates sont rassemblés. Certains inquiets pour la sécurité de l'île, d'autres ricanant face à ce qu'il vient de se passer. Et alors, dans le sable, presque au niveau de l'eau, Ruthven le voit. Le chapeau de de Baelfire. Les tuniques rouges. Bae qui a disparu. Cela ne peut signifier qu'une chose. Ruthven regarde le couvre-chef sans le prendre, comme s'il était en train de se rendre compte du danger que représente cette situation.

« John Randall. »







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