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(Chapitre 3) Never Walk Alone




Never Walk Alone


C'était dur... mais finalement, il semblerait tout ce soit plus ou moins bien terminé. Stephen soupire devant le travail accomplit, il s'est occupé d'Adam toute la journée et une partie de la nuit afin de s'assurer qu'il aurait le maximum de chance possible d'y survivre. Devant le malheureux endormit... le médecin ne peut s'empêcher de se dire qu'Adam est probablement l'homme le plus chanceux qu'il ait jamais connu. Il y a quelques heures à peine encore, il l'amputait du majeur gauche afin d'éviter une surinfection de sa main, et pour être honnête, dès l'instant ou le Quartier-maître avait finalement tourné de l'œil après avoir vomit une petite quantité de sang et de bile, Stephen avait commencé à douter. A douter des chances de survie de son patient, de ses chances de s'en remettre. Le maintenir éveillé était le seul moyen de lui éviter la mort pendant son sommeil, mais à présent... il n'y avait plus que la chance. Inutile de prier les dieux, le médecin a toujours su que remettre le sort d'un homme entre les mains d'une soit disant puissance supérieure était parfaitement inutile, tout ce qu'il pouvait faire, était de terminer les soins du blessé en surveillant régulièrement ses constantes vitale.

Le médecin avait néanmoins pu profiter de l'inconscience du Quartier-maître pour redresser les os brisés et tordus de ses doigts sans risquer que la douleur ne le réveille, lui posant une petite atèle de bois et les bandant afin de les maintenir bien en place pour que les os se ressoudent, en avait fait de même avec ses rotules défoncées et avait terminé en recousant les plaies de la paumes de ses mains, achevant son travail par le bandage de chacune des plaies, même les plus superficielles pour éviter une éventuelle infection. Il ne restait plus qu'à attendre qu'il se réveille... en espérant qu'il se réveillerait...

J-1

La nuit a été courte, et lorsqu'il n'était pas au chevet du blessé afin de le veiller et s'assurer qu'il ne ferait pas d'arrêt cardiaque dans son sommeil, il s'occupait des blessures d'Adrian et Bobby qui avaient été blessés dans la cale. Heureusement, Les blessures n'avaient rien d'alarmant même si la plaie à la nuque de Bobby c'était légèrement infectée. Heureusement qu'il avait pu prendre tout ça à temps. En sortant annoncer qu'il avait terminé de s'occuper d'Adam la veille, il a interdit à qui que ce soit de rendre visite à son patient, non seulement parce qu'il avait besoin de repos, mais aussi parce qu'il savait déjà comment Morgan réagirait à chaud devant le corps inanimé de son meilleur ami, autant attendre qu'Adam reprenne conscience. Il s'était bien sûr gardé de tout lui dire d'ailleurs, afin d'éviter que le Capitaine ne s'énerve encore.... enfin... plus fort que le moment où il venait de ramener le Second en morceau.

A présent la journée est bien avancée Stephen a fini par s'endormir sur une chaise mais se fait réveillé par un coup de tonnerre qui semble vouloir lui rappeler qu'il a un rôle de surveillant à assumer. Il sourit posément en voyant Adam gigoter un peu dans son sommeil, preuve qu'il n'est plus complètement inconscient mais bien endormi. Soulagé et reprenant espoir qu'Adam va se sortir de cette terrible épreuve, il commence doucement à vérifier l'état des blessures en retirant les pansements pour s'assurer que rien ne s'est infecté. Il ausculte chacune des plaies, une à une, avec minutie et attention, soupirant à nouveau dans un petit sourire en confirmant que tout vas bien et qu'il ne reste plus qu'à changer les pansements. Il en profite également pour remettre de l'onguent sur les yeux blessés et humidifier le torchon d'eau chaude pour le reposer sur les paupières du Second. Nouveau coup de tonnerre. Il entend la pluie battre sur les planches de bois. Mais ce n'est pas ça qui le déconcentreras dans son travail.











Never Walk Alone


J-1

Le Black Sails a navigué, il a navigué malgré les brèches, malgré l'eau, malgré la pluie et le vent. Il a navigué toujours plus loin pour fuir l'enfer. Cet enfer dans lequel les avait précipité Thomas afin de tendre un piège à son Capitaine. A présent, le brick est loin, l'équipage est réduit au nombre de cinq. Adrian, le vétéran, celui sans qui la fuite n'aurait surement pas été possible, Bobby, le jeune mousse dont le courage n'est plus à démontrer depuis cette fuite désastreuse, Stephen, le médecin de bord, Morgan, Capitaine de l'épave flottante qui se remet doucement de la bataille, et Adam Quartier-maître et meilleur ami de ce dernier, car oui, Adam a survécu à ses blessures, enfin... pour l'instant. Après avoir passé plusieurs heures à s'occuper du malheureux, Stephen avait finalement quitté l'infirmerie pour annoncer aux autres que le Second s'en était tiré, mais avait refusé que qui que ce soit essaie d'entrer en contact avec lui pour l'heure, et il avait fallu qu'Adrian se charge une fois encore de contenir le Capitaine maudit qui n'avait pas spécialement apprécié de devoir attendre plus longtemps pour voir son presque frère.

La journée est passée... la nuit aussi, sombre, sans étoiles, plus longue que jamais pour l'immortel qui l'avait passé à la barre, n'ayant pas le courage de se retrouver seul dans sa cabine. Une torture. Cette attente est en train de le rendre dingue, il n'en peut plus de s'imaginer les pires scénarios, il n'en peut plus de se ronger les sangs, l'état déplorable du Black Sails est presque secondaire, et pourtant les craquements répétés et inquiétants des planches est suffisamment alarmant pour lui faire se poser la question de "comment faire réparer le navire?"

Dans le ciel gris, les nuages sombre pleurent une pluie qui dure depuis la veille, c'est comme si le ciel et l'océan tout entier partageaient la morosité de Morgan qui reste silencieux à piloter son cher bâtiment. Il a demandé à Adrian de trouver sur une carte, une terre où ils pourraient faire halte et remettre le brick en forme, lui donnant accès à sa cabine et ses registres, puisqu'Adam n'est pas en état de s'en occuper. Un coup de tonnerre lointain gronde, espérons qu'ils n'auront pas à affronter une tempête sous peu où tous leurs efforts n'auront servi à rien...

Perdu dans ses pensées, Morgan parvient tout de même à entendre le grincement de la porte de l'infirmerie par laquelle sort le toubib qui rejoint son Capitaine sur le pont supérieur, il l'envisage à peine, se contentant de fixer l'horizon de son regard préoccupé.

- Vous pouvez aller le voir si vous voulez...

- Pardon?? Demande Morgan incrédule comme s'il avait mal comprit les paroles du médecin.

- Vous avez bien comprit... vous pouvez aller voir Adam si vous voulez. Son état est stable, mais ménagez-le, il est encore faible...

Morgan en croit à peine ses oreilles, il va enfin pouvoir retrouver son meilleur ami, il n'a passé qu'un jour et une nuit sans le voir et il a pourtant l'impression que cela fait des mois. Il ne sourit pas, mais son âme maudite est transportée de soulagement.

- Occupes toi de la barre.

- Q-Quoi? Mais je n'ai jamais...

- Raah, c'est facile, y suffit que tu gardes le cap de toute façon pour l'instant on ne sait pas où on va.

- Mais... mais comment je...

Il lui fourre son compas dans les mains.

- Tu vois l'aiguille? Tu sais suivre une boussole non? Ben c'est la même chose! Bon courage!

Et il abandonne le pauvre Stephen qui crispe ses doigts sur la barre en grimaçant sous la pluie.

Morgan descend les escaliers quatre à quatre et s'apprête à pousser la porte de l'infirmerie dans un grand fracas... mais se ravise en se souvenant des paroles du toubib, il va falloir qu'il se contienne s'il ne veut pas aggraver l'état de son presque frère. Alors il se saisit de la poignée et l'ouvre lentement, Adam est là, allongé dans l'un des hamac de l'infirmerie. L'immortel sentirait presque son cœur se serrer devant cette terrible vision. Tous ces bandages... Il s'approche près du hamac et murmure de sa voix la plus douce en passant délicatement une main dans ses cheveux.

- Adam? Tu m'entends? Comment tu te sens?









Never Walk Alone


J-1

Pluie et brouillard. Voilà ce qui habille le monde extérieur, le rythme, le brouille. Mais la pluie et le brouillard sont aussi dans le bateau, dans la petite infirmerie à peu près chaude, dans le hamac au tissu troué, à l'intérieur de la grosse couverture dans laquelle Adam est emmitouflé, dans l'intimité de sa tête. Sa respiration est lente, régulière, rauque. Elle s'emballe parfois, s'interrompt brusquement alors que le tonnerre tambourine et que ses paupières battent pour le réveiller sans parvenir à le tirer de l'inconscience. Le danger, la peur, la surprise, rien de tout ça ne réveillera l'homme meurtri qui tremblote dans ses draps froissés et tachés. Il en a soupé, il n'en veut plus, il n'en supportera pas plus. La douleur non plus, même une lame dans le cœur ne le réveillerait pas pour qu'il ait conscience de son dernier souffle.

C'est bien alors que tout est un calme, que seul le bruit régulier des gouttes d'eau qui cognent contre le bois rompt le silence, qu'il ouvre ses yeux bleus cernés et brûlés pour deviner les plis spongieux d'un chiffon presque sec. Il fait pivoter sa tête, le mouchoir choit à demi, libérant la majeure partie de son champ de vision. Tout est trouble, quelques clignements des paupières lui font vite remarquer que son œil droit peine à percevoir nettement le décor qui l'entoure. Ses globes oculaires blessés se bordent doucement de légères larmes qui provoquent une désagréable et piquante sensation. C'est pas le moment de voir encore moins bien, il passe mollement son bras sur son visage et grimace en sentant une douleur provenant de son index. Il perd son regard dessus et contemple avec angoisse le vide qui trône désormais au sommet de sa main tendue alors que son majeur a purement et simplement disparu. Il déglutit difficilement et mire alors sa main gauche, recouverte de morceaux de bois qui gardent ses phalanges bien droites. Il a l'impression d'avoir un deuxième squelette, impression renforcée par le dispositif semblable qui maintient ses jambes tendues. Il n'a pas mal, mais l'idée de se lever lui passe bien vite alors qu'il ne sent plus ses genoux qui refusent de répondre. Ce n'est qu'alors que, cadet de ses soucis, il sent un violent mal de crâne qui lui rappelle l'impressionnante quantité d'alcool qu'il a ingurgitée. La bonne nouvelle c'est que s'il a la gueule de bois, cela veut dire qu'il n'est pas resté inconscient trop longtemps.

Nouveau soupir, nouveau sanglot étouffé. Il se mord la lèvre et se roule dans ses draps pour y chercher du réconfort. Trois fois qu'il se réveille. Trois fois depuis cette maudite bataille navale. Une fois dans la cabine, une fois dans la cave de Samoth, une fois dans l'infirmerie. Trois fois. Trois fois qu'il espère l'espace d'une minute, qu'il veut croire l'espace d'un instant, que tout ça n'a été qu'un mauvais rêve. Trois fois qu'il se rend douloureusement compte que tout ça est bien vrai. Les jours heureux sont-ils donc partis à tout jamais ? Ceux de joies, de festivités, de rires et de chansons sur le pont du Black Sails ? Pas la peine de penser à ceux d'avant, quand il courait dans les forêts couronnant Amsterdam, quand il volait de rapines en rapines.

Ses yeux malmenés se dirigent vers Stephen dont il vient tout juste de se rendre compte de la présence. Il semble fatigué, lui aussi. Il a fait un travail extraordinaire, à n'en pas douter, il l'a sauvé autant que Morgan. Et pourtant, Adam, meurtri, chagriné, désespéré, se dit avec culpabilité qu'il lui en veut de n'avoir pu faire mieux. Il voudrait fuir, loin, très loin, loin de cette odieuse réalité. Quand le coup de tonnerre suivant résonne, il s'est déjà rendormi.

Ce qui le réveille une nouvelle fois n'est pas le grondement du ciel, n'est pas la pluie qui bat son plein, les vagues qui roulent bruyamment et font craquer les planches endommagées du Black Sails. Non, c'est le bruit de pas lourds et précipités qui s'écrasent bruyamment sur les marches qui mènent à l'infirmerie. Ce bruit de bottes, il sait bien à qui il appartient. Il serre ses draps plus fort, autant que le lui permettent ses membres handicapées, et se réfugie dans la maigre armure de ses couvertures.

- Fais moins de bruit, idiot... Jure-t-il, avant de l'entendre s'arrêter brusquement.

Il se tourne dans son hamac pour faire dos à la porte. Est-ce qu'il a envie de le voir ? Sans doute, oui, si ses yeux lui en offrent la possibilité. Mais est-ce qu'il a envie qu'il le voie comme ça ? Non. Non, pitié, qu'il ne pose pas son regard sur son état pitoyable, sur la chose ridicule, chétive et vulnérable qu'il est devenu. Il ne veut pas que Morgan ait cette image de lui. Tout sauf ça. Tout le monde sauf lui. Le battant s'ouvre doucement, grinçant un peu, et les pas plus calmes du capitaine résonne doucement contre le plancher, se posent avec délicatesse pour ne pas brusquer Adam. Sans un mot, sans un son, son meilleur ami arrive à son chevet, se penche lentement sur lui et passe tendrement une main dans ses cheveux, lui parlant d'une voix douce. Le Quartier-maître serre les dents et crispe les paupières. C'est horrible, c'est affreux, c'est intolérable, c'est humiliant... Il se sent tellement misérable, tellement honteux. Il a toujours voulu que Morgan fasse preuve d'affection avec lui, qu'il ait droit à de petits gestes, quelques attentions qu'il est le seul à recevoir, mais pas comme ça ! Pas de cette façon ! C'est un cauchemar !

- Je me sens, lâche-t-il après un bref moment de silence. Depuis combien de temps je suis dans ce hamac ?

Il ne veut pas supporter ça plus longtemps, il ne veut pas penser à lui, il ne veut pas qu'on lui tourne autour en parlant de son état, il ne veut pas qu'on le regarde avec pitié ! Pitié, qu'on fasse comme si tout allait bien, même si tout va mal !

- Et toi, ça va ? Où est-ce qu'on est ? Il reste encore un moment silencieux. Comment ça se passe dehors ?

C'est un supplice. Il a envie de pleurer. Il est mortifié. Il n'aurait jamais cru penser ça un jour, ressentir ça. Il a juste envie d'être seul... il a juste besoin que Morgan parte.









Never Walk Alone



J-1


De l'excitation? Du stress ou de la peur? Qu'est ce qui pousse Morgan à se sentir à la fois aussi pressé et aussi craintif à l'idée de se rendre à l'infirmerie? Lui qui aurait surement pu en coller plusieurs à Stephen alors que celui ci lui interdisait non pas une, mais bien par deux fois l'accès à l'infirmerie où gisait son meilleur ami dans un triste état. Dire que ca fait deux jours qu'il attend de ses nouvelles, deux jours qu'il n'a plus d'ongle à ronger et qu'il ne fait rien d'autre que scruter l'horizon, triste et nu. Deux jours qu'il pleut averse et que le tonnerre gronde comme près à éclater dans un terrible cataclysme. Deux jours, que le monde à comme qui dirait... cesser de tourner. Le pont semble, non, le pont est si vide alors qu'il n'est plus parcourus occasionnellement que par quelques hommes que l'on peut compter sur les doigts d'une seule main. Et à présent que le médecin de bord lui accorde enfin le droit de voir Adam, l'immortel est... terriblement angoissé.

Mais son impatience prend le pas sur ses craintes et c'est avec un calme relatif qu'il ouvre enfin la porte de l'infirmerie et aperçoit le hamac dans lequel se dessine abstraitement la silhouette d'un homme emmitouflé dans quelques couvertures. Le Capitaine entre dans la pièce et referme la porte derrière lui, avançant à pas feutrés, comme on entre dans une église ou un cimetière, deux endroit que, l'un comme l'autre, il n'est pas habitué à fréquenter. Alors sa démarche est maladroite, comme s'il se déplaçait sur des œufs ou des morceaux de verre.

Le Quartier-maître est dos à lui, et même a travers les draps, Morgan peut sentir toute l'ampleur de l'intervention qu'il a du subir. Il ne se retourne même pas, ne semble respirer qu'a peine, peut être est-il encore entrain de dormir? Le Capitaine s'en voudrait de déranger son meilleur ami alors qu'il a besoin de repos, Stephen n'ayant d'ailleurs pas manqué de lui rappeler de ne pas trop en faire pour le ménager. Mais c'est plus fort que lui, il faut qu'il s'en assure par lui même, il faut qu'il le touche, qu'il sente son corps sous ses doigts... qu'importe qu'il ne dégage aucune chaleur, aucune texture pour ses doigts insensibles, il veut juste... s'assurer qu'Adam est vivant. Alors lorsqu'il passe doucement une main dans ses mèches ébènes et lui adresse la parole, le pirate à le temps de s'imaginer le pire au moins une bonne quinzaine de fois avant que la voix morne et fatiguée de son cadet ne daigne enfin lui répondre. Une réponse vague, qui n'est même pas une réponse d'ailleurs, ou tout au plus un moyen détourné comme un autre de ne pas le faire franchement. Morgan fronce les sourcils mais ne peux s'empêcher d'afficher un discret sourire, soulagé que son meilleur ami soit réveillé. Il réfléchit un peu avant de répondre à la question qu'il lui adresse.

- Une journée, une nuit et bientôt une seconde journée de plus.... Marmonne le pirate maudit de sa voix la plus calme.

Un bref silence s'installe, silence durant lequel Morgan observe simplement l'armure de tissus de son frère d'arme, il s'est tellement bien enroulé dans les couvertures que c'est à peine s'il peut voir son visage, seul une pointe d'oreille et quelques mèches de cheveux dépassent. En regardant bien, il peut voir un bout de main et de bras entièrement bandés, mais ce n'est ni ses mains, ni sont corps qu'il veut voir. Et pourtant, Adam continue de lui faire dos. Est-ce que par hasard... il lui en voudrait pour quelque chose qu'il aurait fait? Ou n'aurait pas fait d'ailleurs... Non... non il doit tout simplement être épuisé, il doit certainement souffrir et bouger doit lui faire tellement mal après la terrible torture qu'il a enduré. Oui... oui ca doit être pour ça. Peut être... peut être qu'il pourrait bouger lui, se déplacer, faire le tour du hamac pour enfin pouvoir plonger son regard dans le sien...

Et alors qu'il s'apprête à mêler acte et pensées, la voix du Second raisonne à nouveau dans le silence de mort de l'infirmerie, uniquement troublé par la pluie battante et les coups de tonnerre, interrompant le Capitaine dans son geste alors qu'il semble reconnaître quelques sanglots étouffés dans sa voix vacillante, comme s'il se retenait de pleurer. Que faire... Morgan ne c'est certainement jamais sentit aussi mal à l'aise en présence de son meilleur ami...

- Évidement que ça va, tu le sais bien. Se renfrogne-t-il peut être un peu alors qu'il se doute bien que la question n'est là que pour détourner l'attention de lui. Mais si c'est ce qu'il faut pour lui faire oublier sa peine alors soit... il n'insistera pas tout de suite. Pour le moment, nous nous dirigerons vers le Nord dans l'espoir de trouver une terre où mouiller et terminer les réparations du Black Sails... Mais caréner à quatre ça va être compliqué, il faudra surement aussi payer des hommes pour s'en occuper...

La conversation n'a rien de ce a quoi le maître à bord s'attendait. Lui qui se réjouissait de revoir son cher Adam, à présent il lui semble que tout est sombre et triste dans cette infirmerie, que leur discussion n'est ni agréable ni réconfortante, et même s'il est réveillé, qu'il est à porté de main, Adam lui semble plus loin qu'il ne l'a jamais été.

- Au moins, la pluie finira de nettoyer le pont... Si on a pas coulé d'ici là, se garde-t-il de rajouter avant de s'essayer à un registre plus léger. Stephen est venu me prévenir que je pouvais venir de voir, alors je l'ai laissé à la barre sans lui laisser le choix... Il rit doucement pour essayer de détendre l'atmosphère mais son rire est presque coincé dans sa gorge. Tu aurais du voir sa tête quand je lui ai refilé le compas et demandé de garder le cap, il venait tout juste de sortir et il était déjà trempé jusqu'aux os!

Nouveau ricanement, cette fois un peu plus léger mais toujours discret et timide. L'immortel voudrait savoir comment se sent Adam, savoir ce qu'il ressent, trouver un moyen de l'aider à se sentir mieux. Quel terrible châtiment que celui d'être inutile. Mais il ne veut pas le laisser... pas maintenant...

- Adrian est entrain de faire des recherches d'itinéraire dans ma cabine, et Boby se repose dans la cale, il le mérite bien!

Qui aurait cru que ce serait si difficile de tenir une conversation avec Adam le beau parleur, mais le Capitaine n'abandonne pas.

- Et... et toi? Ca fait longtemps que t'es réveillé? C'est pas moi j'espère hein? Un rire nerveux s'échappe de ses lèvres. Après tout ça... t'as besoin de calme et de repos...









Never Walk Alone


J-1

Quelle sensation horrible que de se sentir si misérable devant la personne devant laquelle on veut être le plus fier et le plus beau ! Devant Morgan, Adam veut être un paon. Il veut être fier et beau, insolent et hautain, majestueux et provocant, somptueux et magnifique ! Il ne veut pas être semblable à une baleine échouée, entraînée par un courant trop violent et désormais à l'article de la mort.

Combien de temps dit-il ? Une journée et demi ? À dormir ?! C'est pitoyable, il se sent si faible. Où est passé le si éveillé quartier-maître, toujours vif, toujours réactif ? Le voilà l'esprit pris dans un brouillard trouble et insondable, il somnole même quand il ne dort pas, l'inconscience l'appelle. Il peine à aligner plus de trois idées. C'est peut-être pour ça qu'il pose des questions bateaux à Morgan, pour qu'il réfléchisse à sa place. Il hausse douloureusement des épaules quand son cher capitaine lui dit qu'il va bien. Qu'est-ce qu'il en sait, hein ? Qu'il arrête de se croire invulnérable juste parce qu'il est physiquement intouchable. Il a toujours des émotions, des sentiments. L'exubérant quartier-maître est bien placé pour savoir qu'on peut être plus bas que terre sans être blessé. Même si pour le coup, il est les deux.

Il écarquille ses yeux aveugles avec peine en entendant les mots de Morgan. Quatre pour caréner ?! Il se doute bien qu'il n'est pas compté dans le lot. Est-ce qu'il ne reste que... trois personne ? Qui ? Qui les a abandonnés ?! Qui sont les odieux connards qui ont déserté ?! Une colère profonde s'immisce dans le cœur d'Adam, comme il y a des années, et son souffle se coupe en songeant à tous ces enfoirés qui les ont laissé tombés parce que ça allait mal, juste parce que le vent tournait en leur défaveur et qu'ils voulaient assurer leurs arrières. Il crève d'envie de les crever. Qui reste alors ?

Morgan a tôt fait de lui révéler qui est resté... et le Second n'est pas étonné le moins du monde par les noms qui sortent. Il aurait tout misé sur eux. Même Bobby qui avait l'air si triste et en colère. Voilà ce qu'est le Black Sails, voilà qui est le Black Sails.

Que répondrait le Paon aux dires de Morgan ? Ah oui, il rirait doucement en imaginant Stephen détrempé et à la barre.

- Ça se voit que t'as pas eu affaire à un médecin depuis longtemps, tu sais plus à quoi ça sert. Manquerait plus qu'il choppe une pneumonie et qu'on ait à le soigner. Fais gaffe quand même, on risque de faire demi-tour.

Ça manquait de panache, on aurait dit une litanie, un texte appris par cœur, il a presque envie de recommencer pour se corriger.

Il fait la moue derrière le tissu du hamac. Est-ce qu'il doit dire à Morgan que c'est bien lui qui l'a réveillé ? Est-ce qu'il doit la jouer avec tact et finesse. Sans doute oui.

- Non, ça fait pas longtemps, mais c'est pas toi. C'est le bruit des vagues. Il perd son regard dans les planches clouées au mur. C'est angoissant un bateau fantôme perdu, mais c'est presque serein sans toute l'agitation habituelle. Juste les vagues, le vent et la pluie. C'est calme... tu crois que c'est comme ça, la mort ?

Il se met à renifler et se frotte les yeux contre l'épaule.

- Désolé, je dois encore être un peu fatigué. Tu peux revenir plus tard s'il-te-plaît ?

*
* *

J-14

Adam ne l'a pas remarqué tout de suite, les premières heures. Mais après plusieurs jours à dormir, quand bien même il n'a pas vraiment mangé ni bu, il a rapidement dû faire face à l'évidence : quand on est presque tétraplégique, faire ses besoins devient une épreuve. On a beau avoir les épaules et les coudes à peu près en bon état, c'est compliqué de pisser quand on ne peut même pas se la tenir à cause de ses doigts en lambeaux. Et ne parlons pas du reste. C'est tellement humiliant, il se sent si honteux. Quand bien même on lui donne un pot de chambre, encore heureux, il tient à peine en position assise. Ses compagnons ne doivent jamais être bien loin et parfois il a besoin d'aide. La première fois qu'il est tombé et n'a pas pu se relever, il n'a pas pu s'empêcher d'éclater en sanglots alors que ses amis le soulevaient délicatement. Ah... c'est tellement dur... ce sentiment d'impuissance, d'être assisté... Quelle image ses compagnons d'infortune vont-ils garder de lui ? Plus personne ne le prendra au sérieux, s'il se remet, et qu'il recommence à jouer le beau gosse assuré et plein de panache. Ils garderont pour toujours cette image de lui. C'est ça qui mortifie le plus Adam. C'est comme ça qu'on le tue, que Samoth l'a tué. Il n'est plus celui qu'il était. Aux yeux de tous, il n'est plus que cette loque pitoyable. Et plus que quiconque, il veut empêcher Morgan de le voir dans cet état ridicule et répugnant, il lui demande toujours de s'éloigner, de ne pas le regarder, de ne pas le contempler. Quel affreux spectacle. Il n'est plus qu'un monstre de foire.

Il ne peut toutefois pas couper les ponts avec son meilleur ami de capitaine. Il n'en a pas envie d'ailleurs, il a juste tellement honte de lui-même. Alors il a dû se résoudre à le laisser lui donner la becquée. C'est encore le moins humiliant. Et puis il peut à peu près tenir une conversation comme ça, si on ne regarde que son visage il a presque l'air normal si on omet les brûlures autour de ses yeux.

Il a été tellement heureux alors que la vue lui revenait progressivement. À peine pouvait-il distinguer la forme floue des contours de Morgan, le reconnaître au milieu des autres, qu'il s'est mis à en pleurer. S'il avait été en mesure de marcher il n'aurait pas su faire deux pas sans trébucher mais il s'est pourtant perdu dans une crise de larmes en répétant avec émotions « Je te vois... ». Et aujourd'hui, après deux semaines, il voit à nouveau presque clairement. Il semble qu'il ne retrouvera jamais le plein usage de son œil droit mais au milieu de tout le reste, il s'est fait à l'idée assez rapidement.

- Du coup... on approche de quelque chose ? Demande-t-il en feignant l'aisance et les hésitations.





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Never Walk Alone



J-1



Cette conversation à l'aveugle est quelque peu... perturbante. Morgan n'arrive pas vraiment à se décider sur son ressentit par rapport à la situation. Entre Adam et lui, ça a toujours été clair comme de l'eau de roche, une relation naturelle, presque comme s'ils se connaissaient depuis toujours. Dès la première seconde où il lui a adressé la parole, le Capitaine avait éprouvé une sorte de sympathie à l'égard du jeune bandit des grands chemins qu'était le gosse qu'il a rencontré à Amsterdam et qui deviendrait plus tard son meilleur ami et Quartier-maître. Dès lors ils ont toujours parlé ouvertement l'un envers l'autre. Adam n'a jamais eu sa langue dans sa poche, même lorsqu'il n'était encore qu'un mousse inexpérimenté. C'est ça que Morgan a aimé en premier chez lui, son franc parlé, cette aisance qu'il a toujours eu avec les mots. Sa grandiloquence et ses beaux discours. Ils pouvaient parler de tout et en toutes circonstances, ils pouvaient deviner les pensées de l'autre sans même se regarder...

Et aujourd'hui que sont-ils? Sinon deux âmes passablement égarées dans la mélancolie et les regrets. L'immortel est... mal à l'aise. Il ne s'était jamais sentit "mal à l'aise" en présence de son cadet, mais aujourd'hui tout semble tellement différent. Adam est épuisé, blessé, autant dans son corps que dans son esprit, Morgan ne serait même pas surpris que le Second le tienne même pour responsable de son état. En soit, c'est un peu le cas. Et le Capitaine est mortifié. Adam lui tournant le dos ne l'aide pas à se rassurer et s'il est soulagé de le savoir en vie et tiré d'affaire, entendre cette voix éraillée raisonner sur un ton monocorde l'inquiète bien d'avantage. Pourquoi ne le regarde-t-il pas? Pourquoi a-t-il la désagréable impression de faire partie du décors, de n'être qu'un mur, qu'un... parasite. Pourquoi a-t-il le sentiment étrange d'être de trop dans cette pièce?

Même lorsque le cadet s'essaie à l'humour, le résultat n'est pas vraiment concluant. Au mieux, Morgan sourit à ses efforts, mais à quoi bon puisqu'il ne peut même pas le voir. Alors puisqu'il n'a rien d'autre, puisqu'il ne peut ni le toucher ni le regarder dans les yeux, l'immortel essaie de jouer sur son terrain, mais il ne se sent pas vraiment d'humeur à plaisanter.

- Je préfèrerais encore affronter le Leviathan plutôt que faire demi-tour! Et puis c'est toujours utile de savoir manier la barre!

Le tonnerre gronde. Le Capitaine ne peut s'empêcher de se souvenir des premières fois d'Adam à la barre. Dans un équipage modeste, tout le monde doit un peu être polyvalent et même si Morgan avait la quasi exclusivité du gouvernail, il lui arrivait aussi de devoir se faire remplacer. Et ça va être encore plus d'actualité dans les jours à venir, maintenant qu'ils ne sont plus que cinq dont un momentanément sur le carreau.

Et lorsque l'immortel s'autorise enfin à demander à son meilleur ami comment il se sent, il ne tarde pas à regretter d'avoir posé la question. Sa voix semble si loin. On dirait qu'il récite un poème, qu'il peine à aligner trois mot à la suite. Son ton est bas, presque trop bas pour ne pas être couvert par le bourdonnement de l'orage, de la pluie sur le pont ou des vagues contre la quille. Il fronce les sourcils et se mord l'intérieur de la joue. Non vraiment, ce n'est pas le genre de discours que tiens habituellement Adam. Le Capitaine se doute bien que son presque frère lui a posé une question rhétorique mais allez savoir pourquoi, il risque une réponse à voix basse.

- Je sais pas... la mienne était pas vraiment... sereine...

Il soupire. Ce genre de pensées morbides... c'est déprimant. Si en général l'immortel est plutôt curieux en ce qui concerne l'éventuelle fin de toute chose, il est soudainement bien moins intéressé lorsque les mots sortent de la bouche de son meilleur ami. Il a l'air... si triste. Morgan jurerait l'entendre sangloter. Et lorsque le quartier maître lui demande finalement de partir, le Capitaine n'a même pas le cœur à protester et quitte l'infirmerie sans un mot.

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J-14


Les premiers jours on sans doutes été les plus difficile. Pour tout le monde. Au début, Morgan pensait que les réparations sommaire du Black Sails ne leur permettrait pas de tenir trois jours en mer. C'était la débandade. Il fallait s'activer, donner de sa personne, être partout à la fois. Adrian, Bobby, et même Stephen lorsqu'il n'était pas au chevet du quartier-maître convalescent, tous ont dû faire face à la mauvaise humeurs et aux angoisses de Morgan qui leur demandait à tous bien plus que ce dont ils étaient naturellement capable. Et lorsqu'ils n'étaient pas sur le pont à trimer, les trois membre restant de l'équipage aidait Adam qui avait fini par comprendre que son quotidien allait être violemment chamboulé par son handicap.

Et Morgan? On le laissait rarement approcher. Le Cadet refusait constamment qu'il le voit dans cet état de faiblesse humiliante. Et cette soudaine pudeur de la part du cadet n'arrangeait en rien les sautes d'humeur et l'agacement profond du Capitaine qui, en plus de se sentir inutile en ce qui concerne son meilleur ami, se voyait soudainement devenir la proie d'un injuste sentiment de rejet.

Il ne comprend pas. Borné, peut-être même un peu trop d'ailleurs, l'immortel ne comprend pas pourquoi son presque frère lui refuse son aide contrairement aux autres. Pourquoi il ne peut jamais être à ses côtés dans les moments de crises. Combien de fois il l'a entendu éclater en sanglot sans rien pouvoir faire pour le consoler? Combien de fois l'a-t-on sortit en trombe de l'infirmerie pour une raison ou pour une autre. Presque à le jeter dehors. Combien de fois Adam a-t-il détourné le regard avant de le réprimander alors qu'il s'évertuait à le contempler sans arrière-pensée aucune. Ils ne se retrouvent plus que rarement seuls tous les deux, et l'immortel n'est pas facile à vivre tous les jours. Il a bien conscience qu'il n'arrange pas ses camarades déjà débordés avec ses caprices d'enfant, mais c'est plus fort que lui... Il se sent comme un pestiféré.

Oh, il y a bien eu quelques moments de joie et de bonne humeur, alors qu'Adam retrouvait progressivement la vue, qu'il pouvait le voir à nouveau. Mais même si Morgan est tout de même autorisé à faire prendre ses repas à son presque frère, il a toujours du mal à se faire à l'idée qu'il ne peut pas l'assister aussi souvent qu'il le voudrait.

Aujourd'hui, après bientôt quinze jour de voyages, les planches du Black Sails semblent plutôt bien tenir le coup, mais à chaque nouvelle secousse laissée par une vague un peu trop violente, l'immortel craint que son navire ne se disloque en petit morceau. Alors qu'il tient dans sa main gauche une assiette rempli de pomme de terre écrasée et de tranche de lard et dans la droite une fourchette, la discussion qu'il tien avec le Quartier-maître est tout ce qu'il y a de plus banale. Il hoche la tête.

- Difficile à dire... On est obligé d'avancer à allure réduite si on veut que ce cher Black Sails nous transporte encore un peu sur sa vieille carcasse. Il pique dans l'assiette et la porte aux lèvres d'Adam, osant à peine le regarder de peur de l'incommoder. Il continue sur le même ton uniforme. D'un autre côté, on ne peut pas non plus se permettre de trop prendre notre temps. Mais si on veut réparer convenablement on ne peut pas s'arrêter n'importe où... Il soupire. D'après les cartes on devrait bientôt atteindre les Côtes Irlandaises... Il pique à nouveau la fourchette dans l'assiette pour donner la becquée à son camarade. Quand on aura rejoint le port le plus important ce sera de trouver de la main d'œuvre pour remettre le Black Sails en état et puis... il faudra songer à recruter un nouvel équipage. Ajoute-t-il dans un presque murmure, la tête basse.

Il ne l'a pas vraiment laissé montrer depuis le début, mais Morgan est profondément touché par la désertion de la quasi-totalité de son équipage, la plupart voguaient avec lui depuis longtemps... mais après le massacre de l'autre nuit et la soudaine disparition des deux gradés... les membres restant de l'équipage ont dû penser qu'ils avaient fui pour sauver leur peau. Encore un échec de grande envergure... la dernière fois c'était après que les hommes soient mis au courant de la malédiction dont il était devenu la victime. Et... il restait quand même bien plus de monde...









Never Walk Alone


J-14

Il mâche, il mâche, mais il n'a pas vraiment faim. C'est mécanique, c'est pour vivre, puisqu'il y est bien obligé. Il n'aime pas le goût de ce qu'il mange, il ne le sent pas. Il ne sait même pas ce que c'est et ne veut pas savoir. Il ne prend pas la peine de poser les yeux sur ce qu'il mange, trop occupé à détourner les yeux tout comme le fait Morgan. Il a mal au ventre, mal à en vomir. Il voit tous ses amis tellement fatigués, exténués, épuisés, les yeux gonflés, cernés, rouges. Ils ont tellement à faire. Et en plus, ils doivent s'occuper de lui. Il s'en veut encore plus, il se déteste, il veut s'effacer pour les soulager d'un poids, d'une bouche à nourrir, d'un bambin dont on doit prendre soin.

Du coin de l’œil, il mire Morgan qui ne se départit pas d'une mine terriblement triste. Il ne s'en rend sans doute pas compte, mais Adam voit la peine qui se cache derrière ses colères. Il est rejeté en permanence, repoussé, préservé contre son gré  du triste spectacle que donne son Second. Bah, c'est mieux comme ça, vraiment. Qu'il pense à son bateau plutôt qu'à son meilleur ami, c'est un mal moins grave et un souci plus urgent.  De plus, il a beau avoir perdu partiellement l'usage d'un de ses yeux, Adam voit également la peine et le coup au moral que lui a causé la désertion de ce qui restait de son équipage. Quelle bande de salauds, de connards. S'il remet la main sur eux, il leur fera regretter de ne pas avoir perdu la vie noblement pendant la bataille contre les Anglais et les Espagnols.

Adam déglutit, avale, et ouvre mécaniquement la bouche pour prendre une becquée supplémentaire avant de se racler la gorge pour signifier son intention de parler.

- Mouais... peut-être qu'il faudrait quand même s'arrêter n'importe où pour faire des réparations sommaires ? Il se rembrunit. M'enfin, j'en sais rien, faites au mieux... de toute façon je pourrai pas vous aider à le rafistoler.

Il jure dans sa moustache et sa barbe naissante après une nouvelle bouchée.

- Tss, les Irlandais... Ils vont nous faire payer une planche au prix d'une forêt.

Il maugrée en songeant que l'avantage des désertions et des morts, si l'on peut se permettre la remarque macabre, c'est bien qu'il n'y a plus à partager le butin et qu'ils vont pouvoir tout mettre dans les réparations. Encore que, il mettrait son autre majeur à couper que les rats n'ont pas déserté le navire sans prendre leur part du fromage.  Il prend une longue inspiration en cherchant les mots pour rassurer son capitaine.

- On va vite en trouver un, aussi bien des jeunes fougueux que des gars avec de la bouteille. On est plus comme y a dix ans. Nos réputations, même les plus dérangeantes, jouent en notre faveur. À boire s'il-te-plaît.

Il tend la bouche pour accueillir le liquide et reprend.

- Enfin, sauvons les apparences. D'abord on répare et ensuite on va recruter. Sinon les gens vont se poser des questions. À la rigueur, paye des gars pour nous assister jusque-là où tu penses trouver des bons gars. Tu dois bien en connaître, des endroits comme ça. Nassau ou Tortuga, mais en plus près et plus britannique.

Il se risque à étirer un sourire.

- Et je ne dis pas ça que pour éviter les Irlandais.





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Never Walk Alone



J – 14




Quelle sensation dérangeante, quelle impression désagréable. Cette conversation ne mène peu ou prou à rien... en tout cas, a pas grand chose de constructif, semble penser Morgan alors qu'il s'occupe à nourrir son meilleur ami, la seule chose qu'on l'autorise encore à faire pour lui. Elle est stérile, sans émotion ni réelle implication. Les deux hommes discutes, mais sans vraiment se parler. Il se répondent, mais sans vraiment s'entendre, ils se trouvent dans la même pièce et pourtant le Capitaine ne c'est jamais sentit aussi loin d'Adam. Ils ne se regardent pas, ou à peine le temps d'un battement de cils, la seule chose qui les unis encore et la fourchette qui vient faire le lien entre eux lorsque l'immortel la porte à la bouche du Quartier-maître. Et c'est toujours comme ça.

C'est tous les jours comme ça depuis qu'Adam à pleinement repris conscience. Si Morgan insiste en général pour être seul avec son presque frère lorsqu'il en a l'occasion, il ne tarde jamais a se rendre compte qu'il aurait sans doute mieux valu que Stephen ou Adrian restent. Jamais l'ambiance n'a été aussi lourde, aussi étouffante entre eux. C'est comme si deux inconnus s'efforçaient de se parler pour ne pas trop s'ennuyer. Mais il y a une gêne indubitable qui s’installe un peu plus chaque jour entre les deux têtes du Black Sails, pour l'un parce qu'il a honte de son état  et craint l’humiliation, et pour l'autre parce qu'il se sent beaucoup trop concerné pour comprendre les raisons qui le mettent sans cesse à l'écart.

Chaque fois que Morgan se risque à poser son regard sur son meilleur ami, celui ci détourne vivement les yeux. Même manège dans l'autre sens. Et pourtant le Capitaine maudit aimerait lire en lui comme il à toujours su le faire. Mais aujourd'hui son esprit lui est fermé, interdit, et non seulement cela l'attriste, mais cette situation le rend aussi extrêmement irascible. Alors pour éviter de s'énerver injustement contre le blessé, il préfère parler le moins possible, et sur le ton le plus neutre qui soi. Il craint de le vexer ou de lui faire la peine à chaque fois qu'il ouvre la bouche. C'est pour ça que lorsqu'Adam lui demande en quelque sorte de lui expliquer ce qu'il va en être de la suite des événement, l’aîné s'applique à tout résumé de la façon la plus claire qui soi.

Bien entendu, il ne peut pas empêcher son Second de donner son avis, et l'immortel ne peut pas s'empêcher de faire la moue lorsque son camarade fait remarquer qu'il serait quand même peut être plus judicieux de réparer le plus tôt possible, même de façon sommaire.

- On ne peut pas utiliser n'importe quoi pour réparer. Commence Morgan de sa voix grave en piquant dans l'assiette. Si c'est mal  fait, les réparations ne tiendrons pas le coup... le Black Sails est en trop mauvais état. On perdrait plus de temps qu'on en gagnerait a essayer de rafistoler sommairement. Mieux vaut arriver dans un port sûr le plus rapidement possible.

Et lorsque Morgan mentionne qu'ils ne se trouvent pas loin des côtes Irlandaise et qu'il s'agit passablement de leur prochaine destination, il hoche la tête à la remarque peu valorisante qu'en fait le Quartier-maître. Mais pour l'heure, le Capitaine ne pense pas vraiment au coût des réparations, tout ce qui lui importe c'est de remettre le Black Sails en état, peu importe le prix qu'il faudra y mettre, et puis... ce n'est pas tout, il y a aussi l'équipage. Alors qu'il songe qu'il va falloir recruter de nouveaux hommes, le regard de Morgan s'assombrit et il baisse les yeux, sa main crispée sur la fourchette. Il ne veut pas remplacer ses amis, mais c'est la vie, c'est ainsi que fonctionne la piraterie, chaque vie est remplaçable, même la sienne. On ne peut pas se permettre de faire des sentiments même si les hommes qui nous accompagnaient étaient presque comme des frères. Ils doivent se relever et avancer s'ils ne veulent pas finir victime de la Navy ou de plus gros navires Pirates ou Corsaires. Les paroles d'Adam ne sont pas vraiment rassurantes, mais le maudit force un sourire assuré à se dessiner sur son visage.

- Je sais. Je ne m'inquiète pas vraiment à ce sujet... Ment le Capitaine en se redressant pour se tenir droit,

Il attrape le verre qui traîne sur guéridon à côté du hamac et le glisse doucement vers les lèvres du Second pour faire glisser l'eau dans sa gorge, prenant soin à ne pas aller trop vite pour éviter qu'il se noie.

L'immortel se concentre encore et toujours sur la voix de son meilleur ami à défaut de pouvoir soutenir son regard. Il hoche parfois la tête pour montrer qu'il l'écoute et échappe un bref ricanement alors que le plus jeune étire un petit sourire, sûrement un brin forcé, mais c'est toujours ça. Et cette fois, le rictus de Morgan se fait plus sincère, plus vrai, comme si un souvenir agréable venait de refaire surface dans sa mémoire. C'est avec une assurance sincère qu'il se risque ce coup ci à plonger son regard dans celui de son ami.

- Justement mon cher, je sais précisément ou nous allons nous rendre pour recruter de nouveaux hommes. Un endroit qui vaut tous les Nassau et Tortuga du monde. C'est même là que j'ai recruté mon premier équipage !

Tout fier de son histoire, son sourire s'affaisse pourtant un instant alors qu'il repense à ce premier recrutement. A l'époque, c'est Thomas qui se trouvait à ses côtés. Il soupire. Mieux vaut ne pas y penser...

J – 20


- Terre !! Crie Bobby à la vigie alors que dans la brume tombante du soir, on aperçoit les lumières d'un port.

Le trajet a été laborieux, plus les jours passaient et plus le Black Sails semblaient tomber en lambeaux de bois fragile. Ils auraient du atteindre le port de Galway en trois jours à peine, mais ces derniers jours, la mer c'est agité alors qu'ils approchaient des côtes Irlandaises et les réparations très sommaires du navires avaient commencé à céder. Il a fallu plusieurs fois écoper l'eau de la cale, se débarrasser des poids trop lourds et encombrants et naviguer à une allure plus que réduite. Adrian et le jeune mousse avaient souvent du se passer de l'aide de Stephen devant s'assurer qu'Adam ne risquait rien seul dans l'infirmerie lorsque les vagues devenaient trop imposantes et menaçaient de faire chavirer la pitoyable épave du Black Sails. Plus de peur que de mal mais ces trois derniers jours avaient été particulièrement éprouvant pour tout le monde. Même pour Morgan qui ne ressent pas la fatigue.

Alors en se sentant enfin toucher au but, autant dire que l'humeur générale a finalement regagnée en légèreté. A la barre, Morgan est enfin rassuré, ils vont pouvoir réparer leur navire et profiter d'un moment de calme pour tout le monde. Ils ont bien mérités quelques jours de répit. La terre approche, ils arriveront bientôt à destination. Le ciel est gris et couvert d'épais nuages, la brume enlace la surface de l'eau, on pourrait croire qu'un navire fantôme pourrait surgir de n'importe ou à travers le brouillard. Puisque la situation est enfin sûre, Morgan se sent l'envie d'aller annoncer la bonne nouvelle à son meilleur ami qu'il n'a presque pas vu depuis trois jours. Bien trop occupé à gérer le potentiel naufrage qui les guettait.

- Adrian ! Occupes-toi de la barre un moment, je vais prévenir Adam qu'on accostera bientôt.

Le Capitaine descend sur le pont principal et s'approche de l'infirmerie. Alors qu'il s’apprête à ouvrir la porte, il ressent cette même gêne, cette même angoisse qui le prend chaque fois qu'il est sur le point de parler à Adam. C'est toujours pareil. Il frappe à la porte en espérant ne pas entendre la voix de son meilleur ami lui répondre que ce n'est pas le moment d'entrer ou le renvoyer sèchement, en général s'il ne répond rien c'est qu'il dort ou qu'il ne s'oppose pas à ce que Morgan le rejoigne, et lorsqu'il lui répond d'entrer, c'est qu'il est plus ou moins de bon humeur suivant le ton qu'il emploie.

La porte s'ouvre sur un Morgan tout sourire qui lance au même moment qu'il entre dans l'infirmerie.

- Bonne nouvelle ! Le périple touche à sa fin ! On arrivera à Galway dans une ou deux heures.









Never Walk Alone


J-14

Adam hoche sommairement la tête quand Morgan lui explique que rien ne sert de réparer le Black Sails si c'est pour bâcler le travail. Il a sans doute raison... en même temps, depuis sa prison médicale, le Quartier-maître n'a pas la moindre idée de l'état actuel du navire. Il pourrait bien manquer un des deux mâts qu'il n'en saurait rien. Il soupire et observe Morgan du coin de l’œil. Cette gêne entre eux le tue un peu plus chaque jour. Il commence à être très mort. Même quand ils n'étaient que deux inconnus, ils n'ont jamais été aussi pudiques, timides. Ils n'ont jamais été des étrangers l'un pour l'autre. Il détourne le regard quand le capitaine porte son attention sur lui.

Il faut dire qu'Adam n'a jamais autant eu l'impression d'être un étranger pour lui-même. Cet état de dépendance, d'assisté, ça le bouffe. Il a toujours dû se débrouiller, faire ses cabrioles, ses longs discours. Il s'en est toujours sorti avec panache et insolence, tout seul ou presque. Toujours à duper tout le monde, se moquer, réussir. Depuis des années, depuis toujours rien n'a arrêté l'ascension fulgurante du jeune homme devenu bandit des grands chemins d'Amsterdam jusqu'à devenir le Second d'un des bateaux pirates les plus connus, ceux que les pères et mères diabolisent pour faire trembler leur progéniture dans les chaumières. Et aujourd'hui, à quoi est réduit le démon, le barbare, le fourbe ? Un handicapé qui ne peut guère plus bouger qu'un nourrisson. Mendierait-il dans les rues de Londres qu'il se fonderait dans le décor. Puisses-tu être en train de rôtir en enfer, Samoth.

Adam arque discrètement un sourcil peu convaincu au mensonge éhonté de son meilleur ami. Pas inquiet hein ? Je t'ai vu dépité et moribond à la disparition de deux générations d'équipage, je sais que ça te ronge de l'intérieur. Adam lève les yeux en songeant aux différents équipage qu'a eu le Black Sails. À sa connaissance, en ne comptant que les grands changements... trois. Le premier, aujourd'hui symbolisé par Adrian et Morgan, le second qu'il incarne et le troisième que représentent Bobby et Stephen. Belle progression pour le médecin et le mousse qui vont devenir des figures respectées sur ce rafiot.

Son cœur se fait plus léger alors qu'ils arrivent à échanger quelques plaisanteries. Son visage s'éclaire véritablement alors qu'il lui lance avec un air complice qu'ils se dirigent vers l'endroit où il a recruté son premier équipage ! Adam s'apprête presque à lui demander de lui raconter l'histoire de cet endroit mais s'arrête en voyant Morgan se rembrunir. Il baisse les yeux et ferme son visage à son tour.

- D'accord... À boire, s'il-te-plaît.

Bah, c'est pas la peine. De toute façon, ils ne se sont jamais parlé de leur vie d'avant leur rencontre. Y a qu'à voir dans quel état ils sont ; ressasser le passé ça n'apporte que des problèmes.

J-20

Clairement, les trois derniers jours furent bien pourris. Ça fait bientôt trois semaines qu'Adam ne peut plus dire qu'une journée est la pire de sa vie sans peser le poids de ses mots et vérifier le compte de ses doigts, mais c'était assez éprouvant. Un bateau, ça tangue beaucoup. Un bateau qui tangue, ça fait tanguer un hamac. Un hamac qui tangue, ça donne envie de vomir. Un bateau dans une tempête, ça donne envie de vomir très fort. Enfin, après les premières heures, le Second n'a pas tardé à s'y faire. Contemplant d'un air blasé le plafond dont perlait des gouttes qu'il évitait grâce au hamac qui bougeait de droite à gauche, il faisait à peine attention au bruit des meubles qui crissaient contre le sol au rythme des vagues et se cognaient contre les murs. Il parvenait même à dormir et n'était réveillé que par les mains de Stephen qui s'agrippait douloureusement à lui alors que son hamac menaçait de se retourner et de le faire tomber par terre.

Le côté positif de la chose, c'est qu'il s'était rendu compte que s'il balançait assez son refuge et tendait assez ses doigts valides, il pouvait atteindre la bouteille que Stephen laissait sur la bibliothèque clouée au plancher, coincée entre deux bouquins pour ne pas s'écraser par terre. Il manqua de tomber trois ou quatre fois mais se rassurait en songeant que personne ne se douterait que c'était parce qu'il avait fait l'idiot. Quoi qu'il en soit, il avait nettement moins mal, dormait mieux et était même de meilleur humeur. M'enfin, avec les tempêtes et le peu de temps qu'on lui consacrait, sa barbe naissante et ses cheveux gras lui donnaient une allure clairement négligée. Plus le temps passe, moins il guérit.

Vingtième jour à la dérive, si ses comptes sont exacts. Le voilà tendu de tout son long, tout du moins ce qui est possible, à savoir son torse et son bras, pour saisir la bouteille que Stephen retrouve toujours avec la même surprise à la mauvaise place. Il le soupçonne de volontairement le laisser faire ce petit manège. Il tremblote un peu, manque de tomber, attrape finalement la précieuse bouteille. Allongé dans son hamac avec un petit air de contentement, il boit une lampée de rhum qui vient lui brûler les papilles. Un léger bourdonnement emplit ses oreilles tant et si bien qu'il n'entend pas Morgan toquer à la porte. Surpris alors qu'il exclame la bonne nouvelle en entrant, la bouteille échappe des mains d'Adam qui sursaute en un juron, s'efforçant de balayer les morceaux de verre du bout des doigts avant de reprendre sa place de grand blessé, l'air de rien. Avec un peu de pot, son capitaine éreinté en verra pas la flaque d'alcool qui est mystérieusement apparue sous lui. C'est pas comme s'il pouvait en sentir l'odeur après tout.

- Génial ! Lance-t-il d'un ton un peu faux, celui du type qui essaye de détourner l'attention.

Misère, même mentir il ne sait plus le faire. L'information arrive jusqu'à son cerveau ralenti et sa réaction ne se fait pas attendre, il tire rapidement une mine grisâtre, accentuée d'un sourire triste.

- Enfin, j'peux toujours pas marcher. J'imagine que c'est pas aujourd'hui que je vais voir la lumière du jour...









Never Walk Alone



J - 20



Enfin un peu de légèreté et de bonne humeur sur ce navire maudit. Une bonne nouvelle qui fait sincèrement office de rayon de soleil dans le ciel orageux, gris et noir qui entoure le port de Galway. Le Black Sails arrivera bientôt à destination, entier ou presque et sans plus de dommage infligé par le lourd trajet qui a sans doute duré le double de ce qu'il aurait dû être si le bâtiment n'avait pas été aussi endommagé et les éléments aussi déchainés. Lorsque Bobby annonce que le port est en vue, inutile de dire que le peu de membres restants de l'équipage avait sauté de joie, impatient d'arriver à terre et de pouvoir prendre le temps de se reposer.

Le malheureux Black Sails est dans un triste état. Le bastingage est à moitié détruit, les voiles sont complètement déchirées et ralentissent considérablement la progression du navire, le mât du perroquet est complètement détruit et la quille a été colmatée au mieux avec de vieux panneaux de bois provenant des tables ou des armoires de la cale. Sans parler du Mât de Misaine qui commence sincèrement à tanguer dangereusement. Bien entendu, il ne s'agit là que des dégâts majeurs, il manque toujours une planche par-ci par-là, de nombreuses cargaisons ont été détruites ou jetées à l'eau pour empêcher le navire de couler... un véritable fiasco. Mais heureusement, le cœur des hommes est tout de même plus léger à l'approche des côtes irlandaises, chacun retrouve l'espoir à sa façon et Morgan se sent quelque peu soulagé de constater que le peu qu'il reste de ses hommes lui est encore fidèle.

Et pourtant il n'y en a un qui n'est pas là pour partager cet agréable moment avec eux. Le Capitaine ne peut s'empêcher de se sentir seul, combien cela fait il de jours qu'il n'a pas vu Adam ? Beaucoup trop à son goût et il entreprend d'arranger la situation au plus vite en lui rendant une petite visite afin de lui faire partager la nouvelle.

Lorsque l'immortel entre dans l'infirmerie, il n'entend même pas le bruit de la bouteille de rhum se briser contre le plancher tant il déclame sa bonne nouvelle avec enthousiasme. Son regard se pose bien vite sur Adam qui s'empresse de lui répondre, mais quelque chose sonne faux dans son exclamation. Un petit silence s'installe au cours duquel Morgan envisage son Second, la mine fatiguée, des cernes sombres et creusées sous les yeux, sa barbe qui commence à pousser, ses cheveux emmêlés... il n'a vraiment pas fière allure, en fait, il n'a jamais vu Adam comme ça avant aujourd'hui, et cette vision quelque peu cauchemardesque lui coupe le sifflet aussi sec.

- Oui... acquiesce-t-il un peu hésitant. C'est une bonne chose pour une fois...

Et voilà... il a suffi de rien pour que toute cette ambiance légère et joyeuse dégringole lourdement au contact de son meilleur ami. Morgan détourne le regard, il ne supporte pas de voir son presque frère aussi éteint. Alors pour l'éviter, il baisse les yeux et fronce les sourcils en envisageant la flaque juste sous le hamac. Il ne distingue pas tout de suite les morceaux de verre un peu plus loin et se demande un instant quelle peut bien en être l'origine. Quand même pas...

Mais Adam reprend bien vite la parole de sa voix lasse. Le Capitaine maudit s'efforce de lever les yeux vers son visage mais ce sourire lui fait tant de peine qu'il ne peut le soutenir très longtemps. Il a toujours l'air si triste. Et puis, il n'a pas tort sur un point. Lui ne peut pas encore marcher. Et pourtant, Morgan ne veut pas le laisser seul ici, il doit bien y avoir une solution...

- Eh bien... Je... je vais aller parler à Stephen ! Peut-être que tu pourras être transporté à l'extérieur le temps de prendre un peu l'air ! Ça te fera du bien !

Il s'efforce de lui sourire avec autant de compréhension que possible. Mais baisse à nouveau bien vite les yeux sur le sol et la flaque mystérieuse. Ce n'est qu'alors qu'il remarque le plus gros de la bouteille de Rhum brisée tout près du hamac. L'immortel qui était jusqu'alors resté dans l'entrebâillement de la porte s'autorise finalement a entrer pour s'approcher.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?









Never Walk Alone

J-20

Adam se rembrunit presque instantanément alors que Morgan rouvre la bouche. Toute sa bonne humeur semble s'être... envolée lorsqu'il a vu sa tête. Il fronce les sourcils mais pas trop longtemps, c'est fatigant. Il a envie de pleurer mais pas trop, ça fait mal. Est-ce ça, le sort qui lui est réservé ? Sera-t-il le malade, l'indolent qui sera un poids pour tout le monde mais dont personne n'ose se débarrasser par nostalgie ? Une nostalgie qui fait mal, qui fait souffrir ceux autour de lui. Parce qu'il a été beau, parce qu'il a été fort, tout le monde est mal à l'aise, gêné, à cause de sa décrépitude, son état pitoyable de déchéance. C'est affreux, c'est à lui que cela fait le plus mal. Il ne veut pas saper le moral, le bonheur de tout le monde. C'est dans ces moments qu'il se sent le plus sale et misérable. Il aimerait bien boire une autre gorgée de rhum.

T'as raison Morgan, baisse les yeux, épargne-toi le terrible spectacle de ma désuétude et montre moi que rien que de me voir te fait souffrir. Au moins je t'aurai redonné des sensations, c'est déjà ça de pris. Adam suis son regard qui coulisse jusque sous son hamac et ne sait pas à quel sentiment s'adonner entre le soulagement en constatant qu'il ne reconnaît pas aussitôt une flaque de rhum et l'insulte qu'il lui fait par le doute presque imperceptible qui l'habite un instant qu'Adam sait déceler. À force de voir tout le monde détourner les yeux et commenter intérieurement sa pitoyable apparence, il a appris à discerner les doutes qui envahissent ses amis sur son état et ce qu'il engendre.

Il perd son sourire triste au profit d'une moue blasée et perplexe en regardant Morgan bégayer et émettre quelques idées pour lui faire prendre l'air. Il y réfléchit, regarde le plafond délabré et soupire.

- Un peu comme le grand-père en fin de vie qu'on fait sortir pour ses dernières volontés tu veux dire ? J'ai hâte de vous voir me porter sur un brancard... Tu crois que j'aurai le droit de m’asseoir ? C'est moins humiliant d'être sur une chaise quand on fait la plante verte sur les quais ou le pont à regarder les marins passer et commérer comme un petit vieux.

Ah ce sourire lui fait tant de mal, il est tellement plein de... condescendance, de pitié ! Il le déteste. Mais il baisse les yeux et soupire à nouveau.

- Désolé, je crois que j'ai vraiment besoin de prendre l'air.

Il blêmit d'un coup alors que Morgan se rapproche avec un regard suspicieux à l'attention de la bouteille réduite à l'état de puzzle. Il cherche ses mots un instants avant de répondre avec un semblant d'assurance.

- Ah ça ? T'as vu la tempête qu'on s'est pris ? Elle s'est inéluctablement rapprochée du bord jusqu'à choir et se briser sur le sol. M'enfin, c'est pas bien grave, hein ?

Et avec le sourire du menteur éméché, il remercie Nimwë pour avoir ôté son odorat à Morgan, lui empêchant par la même de sentir son haleine empestant le rhum. Doit y avoir de quoi rendre saoul quelqu'un en quelques respirations. Il se racle la gorge.

- Y a des bons gars à recruter à Galway ? Des trucs sympas à b-voir ? C'est joli ? Tente-t-il.









Never Walk Alone



J - 20




Plus le temps passe et plus il semblerait que la relation entre Morgan et son meilleur ami se dégrade indéniablement. Ils ne peuvent pour ainsi dire plus se voir aussi souvent que d'habitude, et lorsqu'ils en ont l'occasion, ils se retrouvent, sans doute bien malgré eux hélas, à se parler comme s'ils étaient des étrangers l'un pour l'autre. Adam souffre... et Morgan souffre de voir Adam si mal en point. Chaque vois qu'il plonge son regard dans ses iris océan, devenus ternes avec les jours et les blessures, le Capitaine ne peut retenir cette culpabilité qui grandit un peu plus en lui à chaque instant. Tout est de sa faute. Lui qui pensait avoir sauvé son presque frère de la mort, tout ce qu'il a l'impression d'avoir fait c'est de prolonger sa triste et lente agonie.

Combien cela fait-il de temps qu'il n'a pas vu Adam sourire ? Et on ne parle pas de cette caricature de rictus éteint et sans vie qu'il arbore chaque fois que l'immortel vient lui rendre visite. On parle de vrais sourires, d'éclats de rire, de visage rayonnant! Dire que tout ça est arrivé parce qu'il n'a pas su le tenir à l'écart de son altercation avec ce fils de pute de Thomas. Parfois, lorsqu'il est seul, Morgan se prend à se maudire plus encore de l'avoir laissé en vie. Qu'est-ce qui a bien pu le retenir ce soir-là? La compassion? La pitié? La nostalgie de la vieille époque? Thomas était son plus proche ami, son compagnon d'arme, son camarade de jeunesse... mais aujourd'hui, lorsque l'immortel regarde son Quartier-maître dans un si sale état, il ne peut qu'haïr et renier cette vieille amitié.

Même la bonne nouvelle de leur débarquement prochain à Galway ne semble pas avoir plus réchauffer le pauvre cœur du blessé qui ne pouvait pas vraiment se réjouir à l'idée de ne pas pouvoir profiter de cet instant de répit pour pouvoir quitter son infirmerie. C'est donc avec toute la bonne volonté du monde que Le Capitaine lui propose une éventuelle solution afin de lui permettre de prendre l'air, mais le moins qu'on puisse dire c'est que la réaction d'Adam n'est pas vraiment celle à laquelle s'attendait le pirate.

Morgan fronce les sourcils alors que son cadet a presque l'air de l'engueuler, il ne supporte pas son ton sarcastique et pour la première fois depuis longtemps, Adam l'énerve... il l'énerve vraiment. Oh bien sûr, on ne peut pas trop en vouloir au Quartier-maître de tirer la tronche dans sa situation, il y a surement de quoi être mal luné, ce n'est pas ça qu'il lui reproche, ce serait parfaitement stupide et cruel de sa part, mais si le maudit comprend bien la détresse dans laquelle se trouve son meilleur ami, il n'encaisse pas qu'il se foute de sa gueule alors que lui fait des efforts pour trouver des solutions qui conviennent à son état. Et puis... c'est Morgan, il est plutôt du genre à vouloir qu'on le remercie à genoux lorsqu'il fait des effort dans l'intérêt de quelqu'un d'autre que lui-même.

- Si ça te plais pas, tu peux toujours rester dans ton hamac tu sais... Lance-t-il sèchement.

Mais il semblerait qu'Adam regrette tout de même ces paroles, ce qui, sans vraiment stopper l'agacement du Capitaine a au moins le mérite de calmer sa colère. Il croise les bras et soupire.

- J'en doute pas. C'est bien pour ça que j'essaie de trouver un moyen...

Mais finalement, la conversation et déviée la bouteille de rhum responsable de la flaque sous le hamac, le Capitaine en aperçoit enfin les débris et se rapproche de son meilleur ami en s'accroupissant au sol pour constater la bouteille en mille morceaux. Il s'empresse donc de demander ce qui a bien pu se passer et la réponse d'Adam, sans lui paraitre particulièrement sincère, ne lui semble pas non plus improbable. C'est vrai que la tempête était plutôt violente. Il se redresse.

- Non, non c'est pas grave. On rachètera une bouteille quand on sera à Terre. Mais heureusement qu'elle t'es pas tombée dessus. Je dirai à Stephen de la ranger ailleurs...

Il en profite pour regrouper les débris de verre et ramasser, enfouissant les plus petits morceaux dans les plus gros. En même temps, il écoute la question du plus jeune, sans doute posée histoire de faire la conversation. Le Capitaine hoche la tête à quatre pattes sous le hamac.

- C'est une belle ville oui. Pas aussi grand que Dublin mais plus tranquille. Le port est un endroit très commercial, on aura aucun mal à ravitailler. Il se relève, les débris de bouteille à la main et envisage Adam. Mais pour ce qui est de trouver des hommes, je préfère attendre que le Black Sails soit remis en état... Si on arrive la bas avec la rumeur d'un recrutement et que de potentiels intéressés remarque le navire délabré non seulement personne ne cherchera à s'engager mais en plus on va nous faire une sale réputation. Il laisse planner un instant de silence et rajoute en essayant de jouer le ton de l'amusement. Enfin... plus sale que celle qu'on a déjà!

Il ricane timidement.









Never Walk Alone


J-20

Adam  soupire, ça ne lui plaît pas de paraître aussi désagréable. Mais bientôt il ne saura plus qui est le vrai lui entre le Adam chatoyant et le Adam rond comme une bille. Toutefois, il s'efforce de sourire avec gêne et sincérité alors que Morgan fait des commentaires sur l'avenir de la bouteille brisée et de sa future petite sœur.

- Ouais, t'as raison, faudrait pas m'abîmer un peu à cause d'une vieille bouteille de rhum, hein ?

Merde, son seul secours, son seul réconfort, la seule chose qui le sort illusoirement de sa dépression et de son malheur. Qu'est-ce qu'il va faire maintenant pour passer le temps et ses idées noires ?! Dix ans qu'il s'efforce ne pas boire, ou bien peu, par compassion et solidarité ton égard et toi, quand il en a besoin, tu lui enlèves ? Va te faire foutre Morgan.

À défaut de pouvoir lui faire un doigt pendant qu'il a le dos tourné, à quatre pattes sous le hamac, Adam lui tire la langue. Et l'espace d'un instant, en voyant ce fessier tendu juste sous ses yeux, il se mord les lèvres. Il ne sait trop dire si la vision l'excite ou l'agace, le dégoûte tant il est énervé de ne pas pouvoir s'amuser avec son meilleur ami. Même ça, le peu qu'il pouvait faire pour lui, il en est incapable. Il grimace et s'efforce de penser à ce que ferait le chatoyant. Ah oui. Il siffle avec un petit air aguicheur.

- J'peux pas tendre les doigts, ni autre chose, mais t'as qu'à imaginer la fessée que je t'aurais mise sinon !

Adam écoute plus ou moins calmement le petit discours de Morgan... et s'attarde finalement plus sur la partie réputation que touristique. Il fronce les sourcils et cherche en quoi il peut être utile. Le raisonnement n'est pas faux mais il manque un petit quelque chose.

- Ouais mais en voyant l'état du navire le péquenauds vont quand même tirer la gueule et se poser des questions.  Vous allez pas faire les réparations à quatre, sinon je serai soigné avant lui.

Il lève les yeux au plafond et tord les lèvres alors qu'il se laisse aller à la réflexion.

- Y a moyen que la réponse me plaise pas, mais est-ce que tu me fais confiance ?

Il baisse les yeux pour regarder Morgan.

- Ralentissez, qu'on arrive pendant la nuit. J'ai une idée.

J-21


Port de Galway, quatorze heure trente. Le soleil tape fort. Devant un bateau délabré dont seule la figure de proue trahit l'identité, se trouve un homme. Il a tellement pris ses aises qu'il a fait installer une table sur le quai et, assis sur une caisse il feuillette tranquillement un livre. L'Éloge de la folie d'Érasme, version originale néerlandaise. Peu de marins savent lire, mais ceux qui en sont capable se disent que ce n'est pas un bouquin qu'ils aimeraient parcourir, en partie parce qu'ils le comprendraient bien peu. Malgré son tricorne qui lui fait de l'ombre, Adam sue à grosses gouttes. Par pur esthétisme, comme il se voit obligé de porter des gants pour cacher l'état lamentable de ses doigts, il a préféré garder une veste. Personne n'oserait lui faire de remarques sur cet accoutrement peu de saison et sa façon étrange de tourner les pages. Assis sur sa caisse un peu trop haute, personne ne remarque que ses jambes sont inertes. Tout a l'air normal.

Quelques badauds viennent régulièrement lui poser des questions auquel il leur répond avec plaisir.

- Oui oui, c'est bien le Black Sails, je suis moi-même Adam Morgan, son illustre Second. N'en dites pas plus, je sais ce que vous vous demandez. Comment diable un si beau et réputé navire a pu se retrouver en si triste état ?! L'histoire est aussi simple que peut l'être la vie d'un... marin.

C'est à ce moment là qu'il fait un clin d’œil en général. Il s'applique toujours à remplacer le mot « pirate » par un autre. « Marin » s'il a affaire à des gens qui semblent dans la combine, « Corsaire » pour tout ce qui a affaire à la loi et la politique.

- Nous avons affronté deux bateaux, espagnols et anglais. Un brick et une frégate. Il y a bientôt un mois de ça.

En général, il rajoute un nom d'oiseaux et glousse intérieurement quand il doit les faire passer pour des pirates.

- Peut-être en avez-vous entendu parler ? Je ne sais pas si les rumeurs ont couru au sujet de ces deux navires qui dérivent désormais au milieu de l'océan, remplis de cadavres. La bataille fut rude mais personne n'échappe au Black Sails, vous le savez bien. Vous m'avez l'air perplexe, vous nous sous-estimez, je le vois à vos yeux. Ma foi, ne le faites pas trop ou vous le regretterez. Mais s'il vous faut une un argument de plus, nous avons eu du renfort. Un petit bateau, le Bloody Mary. Oh, vous connaissez ? Il retient une grimace à chaque fois. Oui oui, celui du Capitaine Samoth. Avec nos forces réunies, l'affaire fut vite conclue. Comment ? Où est notre équipage ? Eh bien à peine sommes-nous arrivés cette nuit qu'ils se sont précipités dans la chaleur des tavernes et des demoiselles qui veulent bien de leur laideur. Tant que nous en parlons, nous avons besoin de réparer notre bateau. Mais vous savez comment ils sont, n'est-ce pas ? Ce sont des guerriers sanguinaires, des héros comme on n'en fait plus, pas des charpentiers. Nous cherchons donc des volontaires pour nous aider à rénover ce bon vieux Black Sails. La paye est bonne.

Depuis le début de l'après-midi, une poignée de personne s'est déjà engagée à se rendre sur la plage le lendemain pour commencer les réparations du navire puis, lorsque le temps sera venu, pour caréner. Le Quartier-maître sourit doucement devant son livre, heureux de pouvoir jouer de ses manipulations et de ses bons mots.

- Het plezier is terug !









Never Walk Alone



J-20




Morgan fronce les sourcils alors que son presque frère n'a presque pas l'air embêté de se dire que si la bouteille de Rhum avait été propulsée sur lui pendant la tempête il l'aurait sans doute sentit passer. C'est dangereux de foutre des objets lourds comme ça aussi proche d'un blessé en convalescence. Surtout quand on voit l'état dans lequel se trouve la bouteille maintenant. Qu'Adam prenne aussi peu son rétablissement au sérieux ne plais pas vraiment au Capitaine qui soupire en roulant des yeux et s'empresse de se baisser pour ramasser les débris de verre.

balayant les plus petits morceaux de la tranche de sa main, il attrape les plus gros sans se soucier le moins du monde d'éventuelle coupure. Tantôt rampant sous le hamac pour récupérer les bout de verre les plus éloignés, tantôt à quatre pattes sans même se rendre compte que son meilleur ami lui fait des gestes obscènes dans le dos. Il reste immobile un instant en entendant le sifflement dont il est la proie et ne peut s'empêcher de sourire sincèrement en reconnaissant le timbre de voix aguicheur et provocant d'Adam. Il ricane encore au sol et s'empresse de se relever, déposant rapidement les déchets de verre sur une table non loin pour se rapprocher de son cadet avec un petit rictus enjôleur peint sur les lèvres.

- L'idée me plais assez... Susurre-t-il d'une voix grave, le regard s'embrasant. Est-ce que tu préfère t'imaginer comment je pourrais te faire du bien en retour ou... peut être que si tu le demande gentiment je pourrais m'occuper un peu de toi.

Alors qu'il l'allumait sans ménagement, l'immortel c'est rapproché de sa cible, si proche que leur visage pourraient se toucher. L'espace d'une seconde, Morgan oublie tout. Il oublie la torture, la tempête, Adam blessé et à moitié mort entre les mains de Stephen. Il oublie la peine de ses derniers semaines, il oublie sa colère et ses soucis. Ils sont seuls tous les deux et le pirate maudit à envie... simplement envie de profiter de ce moment.

Finalement la conversation dévie sur le port de Galway et le Capitaine s'efforce de faire comprendre à Adam que s'ils essaie de recruter là bas, l'état de leur navire ne fera que faire dégringoler leur côte de popularité. Et pourtant, le Quartier-maître à raison sur un point. Ils ne vont pas pouvoir réparer le Black Sails à quatre... d'autant plus qu'aucun des membres restant de l'équipage n'a de connaissance en charpenterie. Morgan avait pensé payer des ouvriers, mais là encore, Adam à raison, il vont forcément poser des questions. Alors lorsque c'est au tour du blessé d'en poser une à son ainé, celui ci le toise avec un air vexé.

- Tu sais bien que oui, abrutit...
Et le fait qu'Adam puisse douter de la confiance qu'il place en lui à de quoi sommairement contrarier le pirate qui croise les bras, boudeur tandis que le Second expose son plan.

J-21



Le Black Sails est arrivé dans la nuit comme l'avait demandé Adam. Peu de badauds ont assisté à l'amarrage  de ce navire de légende réduit à l'état d'épave flottante, tenant encore à peine sur sa quille. Les voiles ont été repliées... pour ce qu'il en reste ils auraient surement aussi bien fait des les retirer entièrement, le Jolly Roger à disparu et seul l'impressionnante figure de proue du navire trahit encore son nom. Ce n'est peut être pas plus mal d'avoir suivit les indications du Quartier-maître... cette nuit, les rescapés du Black Sails ont passé une nuit agréable et réellement reposante contrairement aux précédentes durant lesquelles on se demandait encore si cette coque de noix maudite jusque dans ses entrailles atteindrait le port.

Le lendemain, Morgan à fait des pieds et des mains pour permettre à Adam de débarquer comme tout le monde sur la terre ferme et le moins qu'on puisse dire c'est que l'illusion est parfaite. A le voir comme ça, installé à son bureau de fortune, vêtu avec classe et feuilletant son livre, on pourrait croire à un comptable ou un recruteur. Et le terme est... plutôt bien choisis en fin de compte. Et même si Adam ne cherche vraisemblablement pas à enrôler de nouveau coéquipier, ce qu'il négocie avec les passant est peut être bien plus précieux encore. Grace à lui, le Black Sails sera rapidement près à repartir.

Il ne ment pas, il enjolive, il ne trompe personne il se contente de dire ce que son public veut entendre... Adam est... incroyable. Hier encore il semblait si abattu, et regardez le. Il rayonne, il resplendit! On dirait presque qu'il s'amuse. Morgan observe le spectacle de loin, il écoute son meilleur ami déblatérer à tout vas et comme a chaque fois, il se surprend même à croire à ses histoires. De temps en temps un ricanement s'échappe de ses lèvres et son regard devient tendre et plein de douceur. Heureusement qu'il ne le voit pas.

Le Capitaine à presque l'impression de revivre devant se spectacle. Il fini tout de même par rejoindre son inséparable frère d'arme et donne un petit coup enjoué à la table.

- Adam, tu es incroyable! Grace a toi, le navire sera réparé en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire! Il lui donne une petite tape légère sur l'épaule et y laisse un peu trainer sa main. Je ne sais pas ce qu'on aurait fait sans toi ! S'efforce-t-il de lancer sur un ton jovial et fier alors qu'il meurt envie de le lui murmurer d'une voix douce et reconnaissante.

Il continue d'observer avec plaisir ce petit manège d'entourloupe, se plaisant parfois à se mêler au petit jeu du Quartier-maître en rajoutant son grain de sel sans toutefois voler la vedette au principal auteur de la conversation. La journée se déroule sous un soleil de plomb, il fait un temps superbe alors qu'hier encore la pluie et le brouillard recouvrait la côte et la surface de l'eau. Comme si la tempête avait emporté avec elle... tous leur soucis...

- Je pense aller faire quelques emplettes... Songe le Capitaine en voyant que son cadet se débrouille très bien sans lui. Tu veux que je te rapporte quelque chose?

J-30



La semaine a été longue... Enfin, surtout pour Morgan qui n'a pas le pied terrestre, Bobby Adrian et Stephen eux ont profité de pouvoir prendre un peu de bon temps au maximum. Le Capitaine lui, il en a profiter pour passer autant de temps que possible avec Adam. Afin qu'il puisse lui aussi savourer un peu de bon temps à terre, il l'avait chargé de s'assurer de l'avancement des réparation du Black Sails tout en espérant ne pas trop le charger démesurément de travail alors qu'il se trouve être encore faible et convalescent. Le Maître d'équipage n'avait pas choisit de s'absenter très longtemps, préférant de loin apporter son soutien aux volontaires pour participer à la rénovation de ce cher Black Sails.

A présent le bâtiments avait retrouvé toute sa splendeur, la figure de proue avait même été resculptée pour lui donner un petit coup de jeune. De nouvelles voiles avaient été cousues, la coques étincelait malgré le pâle soleil dissimulé derrière le brouillard qui faisait perler le bois fraichement réparé et nettoyé de ses imperfections. La calle a été remplie avec de nouvelles denrées, Setphen à réapprovisionné l'infirmerie et racheté un stock de bouteille de Rhum. Morgan est même parvenu à leur procurer de nouvelles armes. Autant dire qu'il reparte presque entièrement à neuf et c'est plutôt bon pour le moral des troupes!

Il sera bientôt l'heure de reprendre la mer. Comme pour leur arrivée, l'équipage à décidé qu'il serait plus prudent de repartir de nuit, autant pour leur sécurité que pour leur crédibilité. Alors que le jour disparaissait pour se noyer dans l'Océan, Morgan avait confié les au revoir et les remercîments à son meilleur ami de toujours afin d'éviter la crise cardiaque à tout ceux qui leur était venu en aide ces derniers jours. Puis lorsque le quai du port de Galway c'était enfin vidé de la plupart de ses passant, ne laissant plus qu'une place déserte et sombre dont le silence n'était perturbé que par le chant des vagues et des grillons, l'équipage du Black Sails avait repris sa place sur le bien aimé Black Sails.

- Bobby, Stephen! Occupez vous du cabestan. Adrian, tu m'aide à affaler les voiles.

Et comme souvent lorsqu'il doit donner des ordres, Morgan se rend tristement compte que son meilleur ami de Second n'est pas avec eux et qu'il n'a pas d'ordre à lui donner. Il soupire vaguement mais préfère se reconcentrer sur l'appareillage du navire. Au bout d'une heure le Black Sails est enfin prêt à partir et le bâtiment s'éloigne du port de Galway dans une nuit baignée d'étoile.

Enfin au large, l'immortel laisse le soin de la barre à son veille ami et s'engouffre dans sa cabine d'où il sort un paquet, puis il se dirige vers l'infirmerie et frappe à la porte avant de l'ouvrir et passer sa tête dans l'entrebâillement, planquant son bien dans son dos et affichant un rictus enjoué.

- Toc, toc... je peux entrer?









Never Walk Alone


J-20

Adam sourit doucement en imaginant les doigts de Morgan glisser sur son corps... et des frissons de peur lui picotent rapidement l'échine, son sourire se fane et des gouttes de sueurs froides se forment dans son dos. Des souvenirs, petits éclairs de douleur, lui reviennent en mémoire et son corps a un instinctif mouvement de recul, son cœur battant la chamade alors qu'il s'imagine touché par autrui. Et pourtant, Dieu sait qu'il doit se faire toucher par tout le monde. Ausculté par Stephen, lavé par Adrian et Bobby mais... ce n'est pas parce que c'est Morgan, mais il y a quelque choses dans l'acte qui l'effraie. Il a peur des... des sensations. Dans son monde isolé, honteux, à l'écart de tout, il ne sent plus rien, rien du tout, ni peine, ni plaisir. Et cette proximité, ce genre de danses sensuelles... il a peur de souffrir, les sensations de plaisir, il n'en a plus, ou alors il ne fait plus la différence. Son corps est traumatisé, hypersensible, crispé et apeuré.

- Ahah, non merci ! Dit-il en simulant un rire. Je crois que je suis encore trop fragile pour le sport !

J-21

Sur son bord de quai, Adam revit. Il n'a jamais été aussi excité d'avoir à s’asseoir sur une caisse en plein cagnard. Quelque part, il était un peu attristé d'avoir à rester bêtement ici alors que les autres allaient en ville mais ses idées noires lui passèrent rapidement alors que Morgan passait de longs moments avec lui et que les badauds venaient converser avec lui. Raconter une bonne histoire, échanger des ragots, c'était assez distrayant et bien plus que ce qu'il avait eu pendant trois semaines. Le soleil brillait, tout le monde semblait heureux et rayonnant à nouveau, lui, Morgan, Bobby, Adrian et Stephen, tout le monde souriait et semblait reposé. L'orage était littéralement derrière eux et quelques mots de baratin avaient suffit à instaurer le respect et l'admiration à l'égard d'un équipage de cinq personnes sur un bateau délabré.

Entre deux palabres, Adam est rejoint par son meilleur ami. Il lui offre un sourire éclatant tant il se sent bien, tant il se sent mieux. Mais quand sa main vient taper doucement son épaule, sa respiration se coupe, il se tend, se crispe et se met à trembler l'espace de deux secondes. Il ne se détend qu'une fois que les doigts ont quitté son dos et rit nerveusement.

- Ahah, la même chose mais en moins bien, comme d'habitude ! Il étire un sourire un peu triste. Il faut bien que je me rende utile quand même, on aime pas les bouches inutiles à nourrir sur un bateau !

Quand Morgan se met en tête d'aller faire des courses, Adam arque un sourcil en se demandant bien ce qu'il peut aller acheter. M'enfin. Il réfléchit quelques secondes à la question avant de lancer un rictus un peu plus sincère à son capitaine de meilleur ami.

- Tout ce que tu veux sauf un petit con qui t'auras dit que tu as l'air curieux !

J-30

Neuf jours, neuf jours sur la terre ferme, neuf jours où Adam s'est senti important, utile, vivant. La deuxième moitié de la semaine, il créchait sur la plage. Il observait les travaux et donnait des indications. Il était rarement seul mais espérait deux choses : que personne n'allait lui demander de se lever pour le suivre quelque part et surtout que personne n'allait s'en prendre à lui. S'il ne rechigne pas à donner une franche correction à quelqu'un en temps normal, l'état des choses ne lui permettait guère plus que la peur.

Le temps passait et plus le bateau retrouvait sa splendeur, plus il se demandait s'il n'allait pas saboter les travaux et donner des indications pour les ralentir. Il n'avait... pas envie de retourner en mer. Il ne voulait pas retrouver ce hamac, cette infirmerie, cette solitude et cette honte. Mais le temps passa inexorablement et le bateau fut prêt à repartir, plus resplendissant qu'il ne l'avait jamais vu. Quelle vision affreuse et terrifiante. Il se fit ramener discrètement sur les quais une fois la nuit tombée. Morgan était caché dans sa cabine tandis que lui et Adrian remerciait les ouvriers. Ils leur donnèrent leur salaire et discutèrent un peu avec eux, s'inventèrent des projets et des destinations.

Le port désormais vide, Adam soupire et se tourne vers Adrian qui lui sourit doucement.

- On y va ? Lui demande le géant.

- On a pas le choix, j'imagine ! Répond Adam avec un semblant de sourire.

Délicatement, Adrian le saisit sous les jambes et les aisselles pour le soulever du sol avec une facilité déconcertante. Le quartier-maître tord les lèvres et se mord la langue en louchant sur ce qui fut son siège sur le quai. Si on lui avait dit que cela lui ferait un jour si mal au cœur de voir des caisses s'éloigner de lui...

Ils montent sur le Black Sails rutilant et Adam a l'impression de suffoquer alors qu'il ne sent progressivement plus la douceur de la brise du soir. Encore quelques pas et ils seront dans cette foutue infirmerie. Le maître d'équipage le pose doucement dans son hamac et le Second a presque l'impression de s'agripper à lui comme un enfant qui s'accroche à son père pour ne pas être mis au lit. Le toucher de ce hamac le répugne, comme si le toucher lui brûlait la peau. Mais rien à faire, il doit y aller et se laisser poser dans ce foutu lit suspendu. Il laisse Adrian lui retirer sa veste et se détend, comme mort.

- Merci, Adrian.

- Ça va aller Adam, tu seras bientôt sur pied.

- Ouais...

Et voilà le retour de la solitude. Il entend les cris de Morgan sur le pont, les ordres lancés et le bateau qui commence lentement à se mouvoir. Il se sent si... faible, inutile. Il a envie de pleurer. Le revoilà à se tourner face au mur, dos à la porte. Il a toujours été libre, de cette liberté que Morgan chérit tant. Il faisait ce qui lui plaisait, il courait, sautait de branches en branches, est monté et resté sur ce bateau parce qu'il le désirait. Il était insolent, fort, grandiose. Et maintenant, cette infirmerie est sa prison, son boudoir. Il soupire et s'endort en souhaitant ne pas se réveiller ici.

Mais des coups à sa porte le contredisent en lui faisant revenir à lui dans ce maudit hamac. Il soupire. Non, il n'a pas envie que Morgan vienne, pas maintenant. Pas tout de suite. Il ne veut pas être vu dans cet état. Il aimerait qu'il garde encore un peu l'image de lui comme il l'était hier, grandiloquent, ressuscité. Il veut qu'il le revoit sur ses deux jambes.

- Ouais, tu peux, grogne-t-il, las.

Il ne voit pas son sourire, toujours dos à la porte.

- Où est-ce qu'on va, maintenant ?









Never Walk Alone



J - 20

Morgan n'a jamais voulu que le bien de son meilleur ami, peut-être plus encore depuis qu'il s'est retrouvé fragilisé à cause de cette nuit. Alors pour son bien, le Capitaine a accepté de le laisser entre les mains de ses camarades puisqu'il ne le laissait que rarement approcher. Pour son bien, il ne lui a posé aucune question, a toujours fait en sorte de ne jamais mentionner son état. Pour son bien, il a respecté chacune de ses volontés, a retenu sa colère et sa jalousie alors qu'il confiait ses moments les plus pénibles à Stephen ou Adrian plutôt qu'à lui alors que tout ce qu'il souhaitait c'était être là pour lui. Pour son bien, l'immortel c'est fait violence et aujourd'hui, maintenant, pour son bien, il voudrait pouvoir faire tellement plus.

Son regard encré dans les océans ternes d'Adam, un sourire provoquant, son sourire s'offrant à lui, tout ce qu'il attend c'est un mot de sa part, un geste. Il suffirait qu'il comble l'espace qui les sépare.

Mais au lieu de ça... Adam s'écarte et le Capitaine maudit peut voir le rictus sur ses lèvres se détendre d'un coup et son corps se mettre à trembler. Lentement, Morgan recule alors que son cadet échappe un rire qui n'a rien de naturel en refusant poliment son invitation. Et si le regard de l'immortel c'était assombrit l'espace d'une seconde, il retrouve vite sa contenance pour ricaner à son tour et s'éloigner d'un pas du hamac de son ami.

- Hahaha! Bien sûr, bien sûr, je plaisantais, tu dois te reposer...

Et il quitte la chambre sur ces mots, sans se retourner avec un simple "à plus tard" comme dernières paroles.

J-21

Le Capitaine n'a jamais reparlé de cet instant dans l'infirmerie qui lui avait pourtant donné à réfléchit une bonne partie de la nuit. Mais dès l'instant où le reste de l'équipage avait finalement débarqué à quai, le moral des troupes c'est instinctivement mit à remonter.

Adam semble revivre, son air triste et abattu a disparu de son visage et il prend tout le plaisir du monde à converser avec les étranger et compter les exploit du Black Sails aux badauds à la recherche de belles histoires. Morgan songe que son Quartier-maître aurait sans doute pu être barde, conteur ou écrivain avec sa capacité à manipuler les mots et cette façon qu'il a de les transmettre qui fait qu'on ne songe pas une seconde à ne pas le croire... Adam est surprenant. Et l'immortel ne manque pas de le faire remarquer à son frère d'arme, le gratifiant d'un geste amical, le genre qu'il est le seul à avoir droit, mais là encore, à la seconde ou la main de Morgan entre en contact avec l'épaule du Second, celui-ci se raidit et semble soudainement bien moins à l'aise comme si... il avait peur. Les doigts glissent pour retomber le long de son corps et Adam se détend sous le regard quelque peu interdit de son ainé qui garde le silence un instant.

- Comme si tu pouvais être une bouche inutile à nourrir... Murmure-t-il à voix basse, plus pour lui même que pour le Quartier-maître.

Même ce rictus sincère qu'il lui lance avec plaisir en mentionnant une petite boutade pleine de souvenirs a du mal à faire sourire le Capitaine qui s'éloigne à nouveau de son meilleur ami, la tête pleine de questions.

J-30

Morgan n'a pas assisté aux  derniers mots adressés aux ouvriers, c'était sans doute mieux ainsi. Planqué dans sa cabine, il était de toute façon occupé à tout autre chose, assis à son bureau, particulièrement concentré. Il savait que le départ ne tarderait pas, il n'avait donc plus beaucoup de temps pour terminer son travail et mettre en place le prochain itinéraire que suivrait le navire remit à neuf.

C'est tout de même agréable de voir son plus vieux compagnon de voyage à nouveau sur pied. Le Black Sails suit son Capitaine depuis qu'il a débuté dans la piraterie, c'est un membre important, peut-être même le plus important de cet équipage, plus important que son maître lui-même. Le savoir dans un si piteux état avant de débarquer à Galway faisait partie des pires angoisses qu'avaient eu à essuyer Morgan au court de sa carrière. Cette fois ci... il avait bien cru que les derniers jours du Black Sails étaient arrivé. Et pourtant les ouvriers ont fait de l'excellent travail et l'équipage était prêt à repartir.

Dire que l'immortel est impatient de reprendre la mer est un euphémisme, il trépigne, trouve le temps beaucoup trop long, ne se sent pas de joie. L'heure du départ ne viendra jamais assez vite à ses yeux et lorsqu'il peut enfin entendre les pas d'Adrian remonter sur le bâtiment, il se dépêche de quitter sa cachette pour commencer à préparer le départ. Stephen Adrian et Bobby se sont habitué à la malédiction de leur Capitaine, comme tous les anciens membre de l'équipage, alors pas besoin de se cacher face à eux, c'est presque comme si personne ne remarquait que Morgan ne ressemble guère plus à un êtres humains à la lumière de la lune... peut-être bien que les choses seront différentes quand de nouveaux hommes embarqueront à leur tour.

Pour l'heure, le bâtiment met enfin les voiles et Morgan en profite pour rendre visite à son meilleur ami, de retour dans cette infirmerie qui sera probablement encore un peu son seul refuge... malheureusement. Il frappe à la porte et son engouement et sa bonne humeur lui font probablement oublier d'attendre de voir si Adam à l'intention de le laisser entrer ou non. Ce n'est dont qu'une fois la porte ouverte et déjà à moitié dans la pièce que le Capitaine se décide à demander la permission d'entrer.

Sur le coup, l'immortel ne fait pas vraiment attention au ton plein de lassitude sur lequel lui répond Adam, il doit probablement être épuisé après avoir passé autant de temps sur terre à surveiller l'avancement des travaux et gérer le chantier. Pourtant à sa question et en voyant que le Quartier-maître ne se décide toujours pas à lui faire face, Morgan grimace légèrement. Est-ce qu'il est de mauvaise humeur? Le Capitaine entre dans l'infirmerie et referme la porte derrière lui avant de se rapprocher du hamac.

- Maintenant? Nous allons recruter un équipage voyons! Lance-t-il avec autant d'entrain que possible alors que l'idée même le terrifie intérieurement. Nous mettons le cap sur Minchin, c'est une petite île... bien connu des types comme nous. Elle se trouve près des côtes du Nord de l'Ecosse, mais on ne peut pas vraiment dire qu'elle jure allégeance à la couronne si tu vois ce que je veux dire. J'ai des amis là-bas. On devrait parvenir à y trouver de bon gars.

La fin de sa réplique se perd dans un petit soupire nostalgique. Aaah Minchin, il peut encore se souvenir assez facilement de la fois où il a débarqué là-bas pour la première fois avec Thomas et Adrian... c'était encore les beaux jours, ou l'insouciance et la jeunesse leur donnait tous les droit. Leur impertinence n'avait d'égale que leur courage et Morgan était prêt à tout pour commencer à construire sa légende.

L'immortel sursaute, comme s'il venait d'être tiré d'un songe en se souvenant que s'il est venu ici, c'était certes pour pouvoir Adam, mais surtout pour une raison bien particulière.

- Au fait... Je... Je suis allé faire quelques emplètes et... je t'ai ramené ça.

Il tend le présent emballé à son meilleur ami et attend que celui-ci s'en saisisse. Il s'agit d'un paquet de taille moyenne de forme relativement rectangulaire mais avec une protubérance plus petite sur son dessus. S'il avait hâte de pouvoir le lui remettre, voilà qu'il commence sérieusement à se demander si cela fera plaisir à Adam et s'il n'aurait pas mieux fait de lui demander plus de précision quand il lui avait demandé s'il avait besoin de quelque chose. Pendant que le cadet déballe son cadeau, Morgan s'efforce de ne pas paraître trop gêné.

- Je me suis dit que tu devais en avoir assez du rhum, alors je t'ai rapporté une flasque de whisky Irlandais, ça vaut pas celui de chez moi, mais celui-ci devrait te plaire... Un petit silence s'impose. Essaie de ne pas tout boire d'un coup quand même hein? Ajoute le rufian en ricanant.

Mais le présent le plus important reste sans nul doute le gros livre qui se trouve sous la petite bouteille de verre. Il s'agit d'un bel ouvrage finement relié et sur lequel il est gravé "Irlande".

- Je sais que d'habitude t'es plutôt du genre littérature... mais comme je ne savais pas vraiment quel genre de bouquin tu aimais, j'ai pensé à ça. Un voyageur a retracé dans un journal son voyage en Irlande, c'est un livre rempli d'illustrations superbes des villes et des paysages... Mais... Il semble soudainement hésiter avant de reprendre d'une voix plus basse. Ma préféré c'est la toute première...

Si Adam ouvrait le livre pour se rendre directement au commencement du Prologue, la seule illustration qu'il y verrait serait un petit cadre montrant le clocher d'un temple dissimulé quelque part derrière de hauts arbres. Mais ce n'est pas de ce dessin là dont parle l'immortel. Sur le versant de la couverture, il y a une autre illustration qui n'a rien a voir avec le voyage en Irlande dont parle le livre. C'est un dessin qui se trouvait jadis sur une feuille libre et sur laquelle on peut reconnaître les traits du Quartier-maître vu de trois quart dos, assis à son pupitre sur le quai et feuilletant son livre. Derrière la silhouette en premier plan, on peut reconnaître le port de Galway avec un ciel à peine nuageux. L'illustration est marquée d'un M. Et Adam reconnaîtra sans peine la signature de son ainé. Il l'avait trouvé... si beau à cet instant qu'il n'avait pas pu se retenir d'immortaliser la scène de ses mains.









Never Walk Alone


J-30

Et ça y est, Morgan est à nouveau entré dans cette infirmerie qui lui sert de... quelque chose entre la chambre et la prison. Adam soupire. Il aimerait avoir plus de couverture pour pouvoir s'y cacher. À défaut, le voilà en train de fixer le mur intensément et à tenter de faire la conversation sans paraître trop dégoûté par lui-même et la présence de quelqu'un pouvant le contempler. La réponse de son meilleur ami est hypocrite, il l'entend, il sent dans le timbre de sa voix et dans chaque parcelle de son corps qu'il ne veut pas de nouveaux compagnons. Lui aussi, il a peur qu'on le regarde, qu'on le fuit à cause de sa malédiction. Adam, lui, ne se fait pas trop de soucis. La malédiction fait partie de la légende. Oh, évidemment qu'il y aura des surpris, des gens qui pensaient que ce n'était qu'un tissu de mensonges, des balivernes. Mais il y en a qui viendront pour ça, le frisson, le surnaturel. L'or et le sang.

Ce qui attire le plus l'attention d'Adam, c'est certainement l'île où ils se dirigent. Pas de Tortuga ni de Nassau. Bien lointaines sont ces îles, il faut l'avouer. Mais Minchin... il n'en a jamais entendu parler. Et il a beau être un pied tendre, cela fait longtemps maintenant qu'il est devenu un pirate. Il fronce les sourcils et sa curiosité prend le pas sur sa honte et il se tourne lentement vers Morgan.

- Tu ne m'en as jamais parlé et je ne crois pas connaître pas cette île... T'es sûr au sujet des gars là-bas ? Fait-il mine de s'inquiéter, surtout curieux et espérant glaner des infos et des histoires.

Il arque un sourcil en voyant l'air ailleurs de Morgan et sa curiosité n'en croît qu'encore. Mais avant qu'il n'ait pu poser la moindre question, son capitaine change de sujet et lui tend un paquet. Il le prend doucement et le regarde sous tous les angles, cubique, légèrement bombé... Il ne sait pas trop quoi en penser et plutôt que de faire un commentaire, il commence à l'ouvrir laborieusement. Il parvient finalement à défaire le fil qui retient le tissu emballant le présent et une bouteille se dévoile sous ses yeux. Adam n'écoute pas vraiment ce que lui dit Morgan, tout gêné qu'il est. Il contemple la flaque de verre, lit passablement son étiquette et ses yeux se perdent dans le liquide. Il a envie de rire, amusé. Il a envie de rire, ironique. Il a envie de rire, dépité. Voilà que son meilleur ami si attentionné lui offre le seul remède qu'il s'est trouvé et le poison qui le consume jour après jour.

- Je te promets rien, ricane-t-il, comme un avertissement, comme un appel à l'aide.

Il pose délicatement la bouteille sur une table basse toute proche et contemple le livre qui l'accompagne. Le titre peu inspiré de la couverture le laisse de marbre à défaut de lui faire froncer les sourcils et il le feuillette vaguement. Ses doigts se crispent sur les pages en entendant la description qu'en fait Morgan et il arrête sa respiration pour éviter qu'elle ne s'emballe et que sa rage s'allume par la même occasion. Il est sérieux là ?! Il lui offre un livre de voyages alors qu'il est cloué dans cette cabine ?! Il croit lui offrir du rêve pour égayer sa triste solitude ?! Avec des jolis dessins au cas où il n'aurait pas vu l'extérieur depuis trop longtemps pour s'imaginer un arbre ?! Il a envie de lui jeter son foutu bouquin à la figure. Il a envie de l'engueuler à s'en faire mal aux côtes. Il veut lui faire comprendre qu'il s'en fiche des mots d'un illustre inconnu qui raconte ses balades champêtres à la con. Il a plus voyagé que presque tout le monde sur cette foutue planète, il a traversé des forêts sur tout le globe, grimpé aux arbres, aux montagnes. Il a rejoint son équipage et traversé les mers, les océans, découvert les îles, les pays et les continents. C'est ça qu'il veut, voyager, découvrir ! Pas regarder des illustrations qui lui rappellent que ses deux jambes sont brisées comme du bois sec et qu'il ne pourra peut-être plus jamais marcher, arpenter aucun chemin !

Avant de lui cracher toute sa haine, Adam va fébrilement en première page pour découvrir de quoi il lui parle, argumenter dessus et le descendre avec son illustration chérie. Un foutu clocher dans la forêt, il s'apprête à répliquer mais en pliant la page il aperçoit un trait de crayon en deuxième de couverture. Alors il tourne la page et reste interdit devant un croquis de lui sur le quai de Galway. Depuis le temps, il en avait presque oublié les talents de dessinateur de Morgan. Il contemple le dessin, passe ses doigts dessus et soupire. Ses lèvres tremblent et il lance un sourire à son capitaine.

- Je te promets pas non plus que je le lirai. Il glousse. Je vais regarder ce dessin plutôt. C'est vraiment beau... merci.

Il soupire en levant la tête au plafond et prend une grande inspiration avant de regarder Morgan dans les yeux.

- Tu crois qu'on peut me bricoler des béquilles ? La prochaine fois qu'on s'arrête pour ravitailler, ou qu'on se pose sur une île pour se reposer, j'aimerais bien essayer de marcher.









Never Walk Alone



J - 30

Comment dire... après avoir passé plusieurs jours à contempler un Adam rayonnant et vivifié comme si toute cette histoire de torture, ce cauchemar était loin derrière eux, du passé, de l'histoire ancienne, Morgan remarque bien que son ami a perdu son entrain et sa bonne humeur. Mais comment lui en vouloir? Le voilà de retour dans cette infirmerie sombre et vide, le revoila avec sa solitude, dans ce hamac qui se balance au fil des vagues comme une feuille au gré du vent. Le revoila prisonnier des séquelles laissé par Thomas, le revoila sans personne à impressionner, sans personne à baratiner, le revoila avec son air lointain, sa voix lasse et mourante. Il ne le regarde même pas pour s'adresser à lui, il ne le regarde même pas quand l'immortel lui raconte vaguement le programme avec autant d'entrain que possible, s'efforçant d'oublier la distance qui les sépare et que le Quartier-maître s'obstine à maintenir entre eux.

Mais heureusement, quand Morgan mentionne l'ile de Minchin et son projet de recrutement, le cadet semble retrouver un peu de sa curiosité, enfin suffisamment pour permettre au Capitaine de pouvoir à nouveau contempler le visage de son meilleur ami. Et le moins qu'on puisse dire c'est que s'il l'avait trouvé si beau sur les quais de Galway, aujourd'hui, à nouveau, son regard est terne, avec ses yeux délavés et les cernes rouges qui marquent leur contour, comme s'il avait pleuré de longues heures.

L'immortel sent une indicible peine l'envahir devant cette vision navrante mais pas question pour lui de céder à ses remords. Plutôt que de plaindre ouvertement son presque frère de son sort ou d'essayer de le rassurer et lui faire comprendre que tout ira bien, il se concentre sur ce qui a enfin fait bouger Adam, Minchin. Sa curiosité a pris le pas sur sa léthargie et Morgan compte bien se servir de cette même curiosité pour redonner le goût du voyage à son ami.

- C'est une jeune île en comparaison à Nassau ou Tortuga, et c'est ce qui en fait une place forte pour nous je peux te l'assurer! Le Capitaine déblatère avec un air théâtrale, un peu comme s'il essayait de vendre son projet à un financeur. Elle n'est pas très connue, pas étonnant que tu n'en ai jamais entendu parler... et même si elle l'était... à choisir entre les Caraïbes, l'île de la débauche et du plaisir et... une petite île perdue au large de l'Ecosse... le choix est vite fais.

Pourtant il n'aurais jamais eu l'idée d'aller ailleurs, non seulement Minchin est proche de sa terre natale, mais plus encore elle a une importance toute particulière pour lui.

- J'ai recruté mon tout premier équipage là-bas! J'avais dix-neuf ans! Les commerçants savent se montrer efficaces et discrets en toutes circonstances j'ai une entière confiance en eux. Son timbre de voix devient presque doux et nostalgique. Ils sont un peu comme une grande famille. J'y suis retourné quelques fois avant que tu ne nous rejoignent, c'est là-bas que je faisais les meilleurs affaires en terme de marchandage ou de recrutement, parce que tu dois bien te douter que quand on est jeune, au début c'est pas évident de maintenir un équipage et même une ou deux personne en moins... ça devient vite un calvaire! La dernière fois que j'y ai mis les pieds c'était... Il reste silencieux le temps de réfléchir, mais en songeant qu'il allait ajouter "un peu avant que je largue Thomas sur une île déserte" il préfère se contenter d'un simple : Il y a longtemps... Mieux vaut ne pas trop rappeler la bonne entente qu'il y eu jadis entre son bourreau et son Capitaine.

Vient alors le moment que le Maudit redoutait tant, celui d'offrir à Adam ce qu'il avait ramené de Galway. Le genre de moment que l'on attend et qu'en même temps ou aimerait faire tarder le plus possible parce qu'on ne sait pas comment l'autre va réagir. Mais bien décidé à se lancer, Morgan tend le paquet à son meilleur ami, guettant la moindre de ses réactions.

Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elles ont le mérite d'être nombreuse, d'abord curiosité, puis agacement à galérer à ouvrir le paquet, puis... puis quoi? Scepticisme? Curiosité? Dépit? Amusement? Quelle est donc cette expression qu'arbore le Quartier-maître en observant la bouteille de whisky Irlandais sous tous les angles. Et alors que Morgan se risque à une légère plaisanterie pour faire passer son angoisse, la réponse de son presque frère le laisse tout aussi perplexe qu'à l'ouverture du paquet.

- Ah! Je sais qu'il a l'air bon mais tu risquerais de tomber malade... S'efforce de plaisanter l'immortel alors qu'Adam continue de découvrir ce qui se trouve dans le paquet.

Et là, c'est le drame... Adam n'a pas besoin de parler pour que l'ainé ne remarque sa déception et son agacement. Il se mord intérieurement la lèvre et hésite à récupérer le livre des mains de son Quartier-maître en feintant la blague. Mais au lieu de ça, l'immortel est... fasciné d'horreur par le regard qu'arbore son meilleur ami en contemplant le bouquin, comme s'il venait de subir le pire affront qu'il ait jamais vécu, comme si Morgan venait de lui tirer une balle dans les deux jambes, comme s'il venait de lui sortir la pire insulte qu'il ait jamais entendu. Sur l'instant, le Capitaine maudit se sent presque l'envie irrépressible de pleurer, il ne respire plus et se contente d'observer avec un malaise palpable l'air outragé de son presque frère.

Il s'attend jusqu'au dernier moment à recevoir une pluie d'insulte, de hurlement et même à recevoir le libre dans la figure tandis qu'Adam tourne les pages du livre d'une main presque tremblante, il semble ne même pas prêter attention à l'illustration que Morgan a glissé en deuxième de couverture et puis... ca y est. Le regard du Capitaine est fixe depuis dix bonnes minutes mais ce moment est celui qu'il redoutait le plus. Soit la colère d'Adam va devenir aussi virulente qu'une bonne crise de nerfs, soit il va finalement se calmer. Et c'est la deuxième option qui semble heureusement se produire. Le Quartier-maître semble se détendre et observe le dessin avec attention. Morgan relâche légèrement la pression et ses épaules crispées se rabaissent doucement dans un discret soupire. Puis enfin... le sourire d'Adam, celui-là même que l'immortel aime tant. Bien que discret, il est là, et le rufian est soulagé. Le petit ricanement du cadet lui fait de la peine et lui-même lance dans un soupir et un rictus peiné.

- Je peux le reprendre si tu n'en veux pas... Il n'y a pas une once de reproche dans sa voix, juste un brin de dépit et de déception, mais c'était peut-être à prévoir. Je t'en prie... répond-t-il finalement par rapport au dessin. Il ne te rend pas vraiment honneur... j'en suis désolé, le modèle est bien plus plaisant à observer en vrai. Fini-t-il avec un demi sourire gêné.

Il s'apprête à repartir, pensant qu'il a assez causé de tort à son meilleur ami pour aujourd'hui lorsque celui-ci lui pose alors une question. Le Capitaine ne prend même pas le temps de réfléchir pour répondre.

- Bien sûr! Sourit-t-il. Stephen se fera une joie de te faire ça.

Morgan se sent toujours aussi coupable de l'état de son presque frère, tout est de sa fautes et voilà qu'avec ça il lui plombe le moral... décidément, il n'est pas bon à grand-chose, c'est peut être bien pour ça qu'Adam le repousse finalement.

- En attendant je vais te laisser te reposer... Il s'approche légèrement en tendant la main vers son épaules pour le gratifier d'un geste amical, mais... se ravise finalement, après le flot qu'à fait son présent, il ne supportera pas un autre rejet de sa part. Bonne nuit Adam...









Never Walk Alone


J-30

Adam s'est fait curieux au sujet de Minchin. Et le récit de Morgan a de quoi le faire rêver quelques instants. Il imagine Morgan, du haut de ses vingt ans, recruter un équipage alors que lui apprenait à peine les mathématiques. Il essaye de l'imaginer, jeune et inconscient, chercher des pirates pour le rejoindre alors qu'il n'avait ni nom, ni expérience, juste une putain de grande gueule. C'est vrai que la manière qu'il a de raconter dépeint bien une île de pirate qui n'a rien à envier à Tortuga ou Nassau si ce n'est une réputation établie. Il se sent soudain pressé, curieux de découvrir ce repaire impopulaire, un peu secret. L'envie le gagne d'y poser le pied... encore faut-il que ses jambes récupèrent leur mobilité.

Le récit est trop court à son goût mais il doit faire avec. Vient alors l'étape fatidique du cadeau qui crée le malaise entre les deux hommes. Cela lui semble tellement maladroit, il se sent tellement insulté... Il a presque envie de vider tout de suite la bouteille de whisky pour faire passer sa rage. Peut-être que vomir lui ferait du bien. Mais à la découverte du véritable cadeau, Adam se calme et sourit bêtement, attendri. Il aurait sans doute préféré qu'il ne lui offre que le dessin, mais l'intention est là.

- Bien sûr que non ! Je le garde ! De sa main valide, il se tire une paupière. Mon œil, ose me dire qu'en ce moment je suis plus beau que là-dessus !

C'est avec optimisme et un peu d'entrain qu'Adam demande s'il pourrait avoir des béquilles. Et si Morgan sourit, il n'a pas l'impression qu'il soit aussi enchanté qu'il devrait l'être. Il finit par s'éloigner avec un air penaud, et sans doute un peu triste que son quartier-maître n'arrive pas à cerner ou comprendre. Ne devrait-il pas être de meilleure humeur maintenant qu'il a de nouveau envie de faire des efforts ? Il n'a pas si mal que ça réagit à son cadeau, finalement... C'est avec un nœud dans le ventre qu'Adam l'observe partir et ouvre le spiritueux pour en prendre une lampée.

J-48

Paf. Le morceau de bois glisse contre un coquillage et le quartier-maître perd son équilibre pour terminer, une fois de plus, le nez dans le sable. Il geigne de douleur alors que Stephen accourt vers lui.

- Non, non ! Je peux me relever tout seul !

Mais bien sûr que non, il n'en est pas encore capable sans un peu d'aide. Alors le médecin, en charge de sa rééducation depuis deux semaines, passe un bras en dessous d'une de ses aisselles pour qu'il puisse s'appuyer sur lui et se redresser. À nouveau debout, presque stable sur ses jambes tremblantes quand il s'appuie sur les deux cannes fermement fichée dans le sol, Adam s'évertue à mettre un pied devant l'autre.

- Arrête d'essayer d'aller trop vite, lui dis calmement Adrian, assis sur un rocher. C'est sûr que tu vas te casser la figure sinon.

- Déjà que je risque pas de courir il faut bien que je fasse un peu des efforts sinon ça va jamais se muscler à nouveau ! Si ça tenais qu'à moi j'essayerais déjà avec une seule béquille !

Il râle, se fait bougon, mais il ne se permettrait jamais d'être trop désagréable avec ses compagnons. Il leur doit tellement, ils font des escales et perdent du temps exprès pour qu'il puisse marcher rien qu'une heure quand ils voient une île déserte où mouiller. Et ils restent là, à l'encourager et l'observer faire ses pas laborieux. Il manque de glisser une fois de plus mais retrouve son équilibre au dernier moment. Il transpire un petit peu. Ça lui fait mal, chaque pas est difficile, il est fatigué alors que ses mouvements sont ridicules. Mais c'est bon de souffrir, c'est bon de faire des efforts, chaque pas où il manque de se gameler est un pas vers son rétablissement. Son regard croise celui de Morgan auquel il adresse un petit sourire.









Never Walk Alone



J - 30

Si le coup du bouquin était vraisemblablement une très... TRES mauvaise idée, celle du dessin semble déjà bien plus apprécié par le Quartier-maître qui se met à sourire en le contemplant. Un sourire aussi beau et tendre que reconnaissant. Comme s'il remerciait silencieusement Morgan de l'avoir rendu plus beau l'espace d'une seconde. Mais l'immortel est catégorique, son dessin ne rend pas justice à son modèle et même si Adam semble épuisé, brisé par les épreuves qu'il a traversé et les marque visibles ou invisibles que son traumatisme a laissé, semble persuadé qu'il n'est pas aussi beau que le prétend le Capitaine maudit, Morgan ne peut se résoudre à lui donner raison. Et pourtant à la question... il ne sait pas quoi répondre. Un court silence plane durant lequel l'immortel cherche ses mots, comment tourner sa phrase.

- Je sais que je peux pas te le montrer mais... je t'assure que tu es bien plus beau que toutes les illustrations que je pourrais faire de toi, Adam. Susurre-t-il d'une voix se voulant enjôleuse pour cacher la sincère tendresse de ses mots.

Soulagé qu'une partie du présent lui plaisent tout de même, Morgan choisit de ne pas s'éterniser, entre autre parce qu'il se sent toujours mal à l'aise et coupable pour l'état de faiblesse de son meilleur ami, mais aussi parce qu'il a compris que la proximité entre eux était devenu difficile. Le Capitaine maudit à bien remarqué que dès qu'il s'approchait de lui pour le toucher Adam semblait soudainement terrifié. Alors plutôt que de se faire rejeter... encore une fois, il préfère laisser son presque frère avec un simple "bonne nuit". Qui sait... ça ira sans doute mieux demain.

J-48

Morgan grimace en voyant son meilleur ami s'étaler dans le sable une nouvelle fois. Il s'apprête à accourir pour l'aider mais Stephen qui n'est jamais loin du grand blessé est plus rapide que lui et Adam s'empresse de refuser son aide avec conviction tout en sachant qu'il en aura quand même besoin de toute façon. L'immortel soupire.

Ça fait deux semaine qu'Adam s'essaye à marcher à nouveau. Avec ses genoux brisés et son corps en lambeau ça semblait presque impossible, mais le Quartier-maître est tenace et il continue à se battre. Si les premiers essaie étaient pour le moins catastrophique, à présent il peut presque se tenir debout sans vaciller. Mais... mettre un pied devant l'autre c'est encore autre chose. Cela dit qu'il soit debout après à peine plus d'un mois de convalescence... c'est vraiment surprenant.

Adrian est là pour encourager les progrès de son cadet lui aussi... et freiner ses ardeur avec une autorité bienveillante, heureusement que le Second l'écoute un peu de temps en temps sinon il se serait vite épuisé à mort. Depuis qu'il a failli mourir, Adam passe bien plus de temps avec ses compagnons que son Capitaine et l'immortel sans pour autant parvenir à lui en vouloir se sent toujours plus éloigné de son meilleur ami qui semble ne pas tant que ça avoir besoin de sa présence pour se relever. En même temps... Tout ça c'est aussi de sa faute à lui. Peut-être bien qu'il lui en veut quelque part.

- Commence déjà par tenir correctement debout et à faire un pas avec deux béquilles, on verra pour t'en enlever une plus tard... Le sermonne Stephen avec un sourire motivant.

Le médecin est derrière lui, Adrian sur son rochet l'observe avec attention, et Morgan, légèrement en retrait, pieds nus et assis par terre dans le sable, s'amuse à en prendre une poignée et à la laisser retomber comme si sa main était un sablier. Alors qu'il observe la scène d'un œil distrait, il ne peut s'empêcher de sourire malgré sa culpabilité. Ça fait du bien de voir Adam s'accrocher, l'entendre parler, ça fait du bien de voir ses compagnon sourire et croire en l'avenir. Personne ne s'offusque de toute les escales, c'est un peu comme... prendre du bon temps. Pas vraiment d'obligation, pas d'hommes à gérer, pas de pillages, ils peuvent se permettre de faire tout ça pour lui.

Alors lorsque le regard du Quartier-maitre croise enfin celui de Morgan, l'immortel lui rend son sourire et se redresse en replaçant son tricorne sur sa tête. Il se rapproche un peu et reste debout dans la trajectoire d'Adam, croisant les mains dans son dos.

- Allé, recommences. Tu vas y arriver cette fois!









Never Walk Alone


J-48

On va pas se mentir, c'est la galère. Adam a mal partout, ses jambes lui font un mal de chien, ses doigts à peine rétablis le font encore souffrir, ses muscles contractés le brûlent et ils a mal à la tête à force de se cogner la tête contre le sol. D'ailleurs, il meurt d'envie de se démanger de part en part, il a du sable dans les bottes, dans le pantalon, dans la chemise, dans les cheveux, dans les yeux et les oreilles et, à partir d'aujourd'hui, tout ce qu'il mangera croustillera. Et les sermons de Stephen et d'Adrian lui font tirer la moue. Il aimerait tellement que ça aille plus vite... il voudrait juste... aller mieux et arrêter d'inquiéter tout le monde. Si seulement ce n'était pas si difficile.

- Ouais ouais, c'est ça... marmonne-t-il. Je donnerais un bras pour récupérer mes deux jambes...

Et puis il y a Morgan qui l'observe silencieusement. Il n'arrive pas à savoir ce qu'il pense, ce qu'il ressent. Même quand il lui sourit, il a l'impression que ceux qu'il lui offre en réponse sont perdus dans un nuage de tracas et de pensées intérieures. Il ne parle presque pas, il a parfois une expression un peu triste... et Adam a la désagréable sensation de ne rien pouvoir y faire.

Il l'observe se relever sans un mot et le suis doucement du regard pour arquer un sourcil quand il se retrouve de quelques pas en face de lui, bras croisés dans le dos, avec un air quelque peu professoral. Il a l'impression qu'il le jauge du regard, qu'il lui lance un défi...et pourtant il a l'air plein de bienveillance et de bonne volonté.

- Facile à dire... tu devrais essayer de rompre ta malédiction juste en y pensant très très fort.

Adam glousse pour lui-même et décide de se lancer. Il est en quelque sorte pressé d'arriver à la hauteur de Morgan. Alors il commence par faire un grand pas qui manque de le faire tomber et il prend une grande respiration pour reprendre son équilibre et oublier la douleur. Il se calme, et réfléchit calmement. Cette fois il veut y arriver alors il va prendre des précautions. Il pourrait faire de grandes enjambées, où il manquerait de tomber à chaque fois, mais est-ce que ça vaudrait vraiment la peine de peut-être rater à cause de la précipitation ? Et puis s'il y arrivait, ne serait-ce pas qu'un coup de chance ? Alors il y va doucement, pas à pas, de tous petits pas mais qui s'ancrent fermement dans le sol, sur des bases stables et réfléchies. Il avance chaque fois un peu plus. Nul besoin de courir, Morgan ne va pas s'enfuir. Alors il avance, encore et encore, jusqu'à se retrouver à un pas à peine de Morgan. Il perd alors patience et décide de terminer par un grand pas. Le sol s'échappe sous ses pieds et, s'il a bien atteint son meilleur ami, c'est en s'affalant contre lui et en s'attrapant brusquement à ses épaules pour ne pas s'effondrer par terre. Il se raidit un peu à son contact mais respire calmement, ses mains cramponnées à ses vêtements et le visage contre sa poitrine.

- Dis-moi... pourquoi vous me laissez pas juste quelque part ? Je vous fais perdre du temps... Je te sers plus à rien...





(Chapitre 3) Never Walk Alone
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