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Journey Man




Journey Man

Le ciel est sombre, d'un gris trouble, les nuages forment comme un tourbillon au-dessus de la plage sur laquelle brillent quelques rais lumineux, comme un signe d'espoir, d'un lendemain heureux, ou les flambeaux qui illuminent une scène de champ de bataille. Le sable habituellement presque doré sous la clarté solaire a l'air bien gris en cette aube brumeuse. Le silence serein de la baie de la légendaire Tortuga, la seule terre que les pirates peuvent considérer comme leur maison, est bien vite troublé par le bruit de bottes rembourrées, du fracas des lames sans fourreau qui battent contre les ceinturons et de rires gras à l'accent à couper au couteau. Grands, larges d'épaules, la plupart barbus et blonds, vêtus de fourrures et pourtant nus à certains endroits, les navigateurs du Nord viennent souiller de leur présence la patrie des apatrides pour conquérir ce qu'ils considèrent comme leur dû et asseoir leur domination sur les océans du monde connu. À leurs yeux les pirates ne sont que des vagabonds, pas des guerriers. Il faut dire qu'ils peuvent se vanter de leur allure barbare et de leurs armes, les drakkars vomissent une demi-douzaine de bataillons sur le rivage et leurs cris de guerres font fuir les ruffians en train de se désaltérer en bord de mer, s'amusant à voir ces couards hurler en courant vers le coeur de l'île. Leurs arguments sont de taille, il faut leur accorder, ils ne sont pas venus seuls... Ils sont accompagnés de Fenrir, le loup géant annonciateur de la fin du monde.

Leurs rires gagnent en intensité au fur et à mesure que les corsaires se défilent et ils avancent d'un pas militaire lançant un inquiétant brouhaha synchronisé quand soudain leurs yeux sont attirés par quelque chose se détachant de la masse des fuyards. Au milieu des couards courant pour leur vie, deux silhouettes avancent à contre-sens, d'une démarche déterminée et assurée. Le crissement des lames dégainées simultanément agresse les tympans des envahisseurs et couvre les bruits des pas de course ainsi que les hurlements de peur. Bien qu'étrangement fascinée et mal à l'aise, l'armée nordique ne tarde pas à rire devant le spectacle de deux bandits s'opposant à plusieurs ennemis qui viennent les encercler, bien décidés à se débarrasser d'eux avant de conquérir le port libre. Leur orgueil et leur manque de connaissances les auront empêchés de reconnaître l'invincible Capitaine Morgan et son inflexible Second. À la vérité, le Black Sails tout entier aurait pu venir s'opposer à eux mais l'immortel a tenu à y aller seul et ne doit le refus de son souhait qu'à la seule chose plus forte que sa volonté : la loyauté de son frère d'armes. Cela lui importe peu, il pensait presque à eux deux quand il parlait d'être seul tant les hommes sont inséparables. Alors que les étrangers chargent, il ne savent pas encore que Tortuga sera libre un jour de plus et qu'ils viennent de signer leur arrêt de mort...

*
* *

- Qu'est-ce que vous faites, moussaillons ? Interrompt Adrian, un vétéran.

- Je raconte aux nouveaux la fois où Adam et le Capitaine ont empêché l'invasion de Tortuga par les barbares du Nord ! Répond le conteur.

- Tu veux dire la fois où Adam a suivi Morgan pour l'empêcher de trop faire l'imbécile avec des touristes ? Éclate de rire le vieux de la vieille.

- Une demi-douzaine de bataillons !

- Six poivrots beurrés comme des tartines.

- Émergeant de drakkars !

- Un radeau qui ne flottait qu'à moitié.

- Avec Fenrir, messager du Ragnarok !

- Oh c'était donc le nom de ce bâtard de Canis lupus ?

- Dans une ambiance brumeuse claire obscure ? Hasarde le jeune homme.

- Y avait un peu de bruine, rétorque Adrian, ses yeux bleus brillant de malice alors qu'il pose sa main sur l'épaule du matelot pour s'asseoir à côté de lui. Ah, j'aime ces histoires exagérées, elles m'ont aussi fait rêver, il fut un temps. Mais que diriez vous de la vérité pour une fois ? Parfois tout aussi belle, parfois dure et sale, celle qui écaille un peu le mythe ? Adam n'a pas toujours été le vaillant bonhomme que vous connaissez et respectez, il fut un jour à votre place et en a vu des vertes et des pas mûres. Alors puisque j'étais là, si vous le voulez bien, laissez-moi vous narrer la rencontre d'Adam et Morgan, quatre ans avant que la malédiction de Nimwë ne frappe le Capitaine...

*
* *

Une partie de l'équipage, son meneur inclus, fait escale à un port quelconque du continent pour faire un tour au marché afin de se procurer de quoi nourrir et abreuver le navire. Néanmoins, une commande spéciale contraint le Capitaine à se rendre dans une bourgade un peu plus enfoncée dans les terres boisées de la contrée abritant le port d'attache. Alors qu'il prend le chemin du retour, il aperçoit que les gardes sont en effervescence et que les portes de la cité portuaire sont closes. C'est alors qu'une voix semblant tirer son origine du ciel l'apostrophe.

- Bien le bonjour camarade ! Je vous sens comme qui dirait... Curieux !

Assis sur la plus haute branche d'un chêne d'environ quatre mètres, les jambes pendant dans le vide, se trouve un jeune homme de dix-huit ans, un sourire affable aux lèvres. Lesdites lèvres sont surlignées d'une légère et fine moustache, à peine un duvet, et un infime bouc pointe du menton juvénile du garçon aux yeux bleus. De hautes bottes repliées couvrent en grande partie un pantalon bouffant bleu marine ceint par-dessus une chemise blanche dont une discrète et translucide dentelle entoure les manches. Un chapeau ample bleu ciel agrémenté d'une plume immaculée coiffe des cheveux bruns foncés et on devine sous les pans d'une cape d'un azur délavé la forme de gants de cuir caressant la garde d'un fleuret. Le trublion n'avait rien à envier à n'importe quel personnage issu d'un roman de capes et d'épées. Il balance encore quelques fois ses jambes dans le vide avant de sauter en tenant son chapeau pour ne pas le perdre, se réceptionnant adroitement sur ses pieds alors que sa cape bat l'air lors de la chute.

- Laissez-moi éclairer votre lanterne si vous le voulez bien. Il semblerait qu'un gredin de la pire espèce, voleur et bandit des grands chemins, la crème de la Création pour faire bref, ait dérobé les joyaux du Gouverneur. C'est pourquoi tout le monde est à sa recherche et que l'on empêche quiconque d'entrer ou sortir.

Soudain, les gardes s'agitent un peu du côté des massives portes de bois encadrées de roche massive, regardant dans la direction des deux hommes et les pointant du doigt.

- Oh, je suis désolé d'avoir à vous l'annoncer mais il semblerait que ces messieurs viennent pour moi et que je sois dans l'obligation de prendre congé ! Au plaisir !

Il effectue une courte révérence à l'intention du pirate en agitant son chapeau avant de lui adresser un sourire malicieux.

-Par ailleurs, je suis convaincu qu'en échange d'une... Il semble hésiter, ...compensation ! Trouve-t-il en faisant émerger de sa manche une pierre précieuse en un tour de main avant de la lancer au corsaire. Un gentilhomme tel que vous n'hésitera pas à me rendre un service tout ce qu'il y a de plus banal !

Le beau-parleur choisit ce moment pour pointer du doigt son interlocuteur et hausser le ton alors que les gardes se trouvent à portée de voix.

- Oh mon Dieu ! Mais c'est le Capitaine Morgan !

Après cette diffamation tout ce qu'il y a de plus honteux, le jeune homme lance un dernier regard entre l'air farceur et  désolé au pirate avant de s'enfoncer dans les bois à toute allure.









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Qui a dit que les pirates ne pouvaient pas agir en honnêtes hommes ? Oui bien sûr cette phrase vous fait sourire, peut être même ricaner si ce n'est pas tout simplement recracher ce que vous étiez en train de boire en vous esclaffant. Mais c'est pourtant vrai ! Enfin "honnêtes" aussi honnêtes que peuvent l'être ces assassins pilleurs des mers, c'est-à-dire juste le strict minimum dans un seul cas bien précis : le ravitaillement du navire. Oh pas que s'occuper de détrousser des villages entiers aurait tout aussi bien pu suffire, mais parfois, il peut s'écouler des semaines voire des mois avant qu'une île ne soit digne de pousser jusqu'à accoster, utiliser les boulet de canons et les réserves de poudre qui ne sont pas non plus infinies ainsi que risquer la vie des hommes... non n'importe quel patelin de péquenots ne pouvait pas toujours faire l'affaire, alors lorsqu'une vingtaine d'hommes traînent leurs guenilles depuis un nombre incalculable de jour sans une goutte d'eau fraîche ou quelques rations de nourriture, la vie sur le bateau d'habitude si jouasse devient rapidement un véritable enfer. Il faut donc se résoudre à s'arrêter dans un port pour acheter plus ou moins légalement les produits dont on a besoin. Heureusement en tant que Pirate, l'équipage n'avait pas vraiment à se plaindre de leur pécule, ils avaient suffisamment de moyens pour se ravitailler pour les deux prochains mois au minimum c'était simplement un... mauvais moment à passer.

La plupart des hommes avaient quitté le bâtiment pour participer aux achats, ceux en qui le capitaine avait le plus confiance, les autres resteraient pour veiller sur le petit bijou de planches et de toiles, la fierté de ses occupants, le Black Sails. Ce splendide deux mâts dont la figure de proue aurait pu représenter Neptune, mais dont la barbe s'ornait de tentacules qui encadraient parfaitement la coque. Ses voiles étaient sombres, rafistolées par-ci par-là avec quelques morceaux de tissus plus clairs ou plus foncés, lui donnant une belle nuance de gris jusqu'au noir. Le pavillon noir avait été rentré, évidement, pour ne pas attirer l'attention, il aurait fallu être fou... ou bien complètement stupide pour laisser flotter le Jolly Roger librement, le navire attirait suffisamment l'attention comme ça. Par ailleurs, hors de question de mouiller dans le port de la ville, ils avaient trouvé un coin reculé au cœur d'une crique légèrement à l'écart des regards indiscrets et quelques chaloupes avaient été envoyées sur la terre ferme. L'habitude. Ce n'était pas la première fois que les pirates devaient se la jouer discrets, parfois ça marchait... et parfois moins.

Si d'ordinaire Morgan n'était pas de ceux à qui l'on confie la corvée de ravitaillement et pour cause il était celui qui confiait les corvées, le Capitaine de ce navire depuis sa création-même, aujourd'hui il avait été contraint de poser un pied à terre pour s'occuper d'un achat tout particulier. L'idée l'agaçait, il n'aimait pas le contact avec la terre, il n'y était pas à l'aise, le mal du continent, lui il avait toujours préféré le mouvement des vagues, la sensation de ce sol immobile et dur le rendait presque nauséeux. Bah... c'était seulement le temps de traverser la ville portuaire, d'effectuer sa transaction et de revenir sur le bateau, il n'en aurait pas pour longtemps. Tout du moins c'est ce qu'il espérait du plus profond de lui-même en voyant son navire s'éloigner pour disparaître derrière les rochers de la petite plage.

"Marche à l'ombre" voilà ce que se répétait Morgan dans l'effervescence du port. Personne ne faisait réellement attention à lui, mais tout de même, il était un pirate et un pirate activement recherché alors se faire remarquer était sans doute la dernière option à envisager aujourd'hui. Heureusement, le ruffian était loin d'être stupide, si emprunter les ruelles les moins fréquentées était bien évidement la meilleure des solutions pour rester discret, se dissimuler parmi la foule était une méthode tout aussi efficace. Son tricorne rabattu sur son front, le pirate se faufilait habilement entre les badauds. Baisser la tête et se presser faisait partie des chose à ne surtout pas faire, c'était le meilleur moyen d'avoir l'air louche, alors le visage souriant quoiqu'un brin sérieux, le capitaine avançait la tête haute, d'un pas assuré son sabre d'abordage pendant fièrement à sa ceinture, plusieurs foulards de couleurs noués autour de sa taille. Il avait remonté les manches amples de sa chemise rouge salie légèrement délavée et trouée par endroit car à terre la température était bien plus élevée qu'en mer, son sans-manche noir qui tombait jusqu'au niveau de ses cuisses lui provoquait une terrible sensation de chaleur cuisante et ses longs cheveux bouclés n'arrangeait rien, les longues bottes de cuir qui remontaient jusqu'à ses genoux non plus d'ailleurs. En fait, si quelques personnes avaient ne serait-ce que prêté un peu d'attention à cet homme qui se frayait un chemin jusqu'à la sortie du port pour s'enfoncer un peu plus dans les terres, ils se seraient sans doute rapidement aperçu qu'il avait tout de l'homme de la mer, du pirate...

*
* *

Comme il l'avait prévu sa commission n'avait pas été longue, le plus long avait été le chemin à parcourir et maintenant il allait falloir faire la même chose en sens inverse. Cette idée horripilait au plus haut point le capitaine d'autant plus qu'il se trouvait chargé d'un poids supplémentaire. Un sac en toile de jute qu'il avait balancé sur son épaule et qu'il tenait à une main. Ce n'était pas spécialement lourd mais Morgan était du genre à se plaindre pour la forme. Tandis qu'il approche des portes du port il finit par remarquer que celles-ci sont closes et que plusieurs gardes s'affairent tout autour, se parlant, se hurlant dessus, montrant leurs armes et courant à droite et à gauche. Super... comme s'il avait besoin de ça maintenant. S'essayant à se hisser sur la pointe des pieds pour voir s'il ne pourra pas remarquer quelque chose, il finit par abandonner sans toutefois cesser de se demander si ses hommes n'ont pas encore fait des leurs en ville. Poussant un soupir à fendre l'âme, Morgan cherche à se rapprocher des gardes afin d'entendre leur conversation, mais une voix masculine l'interpelle. Elle vient... d'au-dessus ?

L'assassin lève la tête et remarque la présence d'un jeune homme en train de jouer les funambules sur la branche d'un chêne. Il plisse les yeux pour s'habituer au contre-jour du soleil qui l'éblouit et détaille l'inconnu qui vient de lui adresser la parole en se retenant de rire devant son accoutrement extravagant... sans doute cette pensée est-elle un peu surfaite lorsqu'on note sa propre dégaine.

- J'aurais plutôt dit agacé mais "curieux"... qui ne le serait pas ?

Le plus curieux était sans doute que ce gosse soit en train de s'adresser à lui, mais ça il se garda bien de le faire remarquer pour l'instant. Intrigué, il garde le nez en l'air jusqu'à ce que le jeune homme ne se décide à le rejoindre en sautant ni plus ni moins de son perchoir. "Frimeur..." ne peut-il s'empêcher de penser à cet instant et il l'envisage atterrir avec panache juste devant lui, croisant les bras avec un léger sourire en coin qui montrait à la fois son amusement et son intérêt pour cet étrange personnage. Il l'écoute alors attentivement lui expliquer que les gardes sont à la poursuite d'un bandit de toute évidence bien connu de cette contrée, Morgan hoche la tête et s'autorise un petit soupir de soulagement. Ouf, ce n'est pas son équipage qui s'est fait remarquer... pour l'instant. Mais alors qu'il aurait sans doute pu donner une réponse afin de demander quelques précisions sur ledit bandit, il semble que quelques gardes aient porté leur attention sur le duo en train de discuter... pire, on est en train de les montrer du doigts.

Ça ne lui plait pas beaucoup, il pourrait avoir été repéré mais c'est le gosse qui reprend alors la parole pour lui faire savoir que c'est lui que les garde cherchent... aah... voila donc où se trouve ce "bandit des grands chemins" dont il parlait plus tôt. Le hors-la-loi poursuit sa palabre et Morgan commence à se dire que cette histoire est en train de tourner à son désavantage, quoi de plus désagréable, il est sur le point de lui fausser purement et simplement compagnie lorsqu'une pierre d'un rouge flamboyant vient atterrir comme par hasard dans sa main. Le pirate observe le joyaux puis le gamin avec un sourcil arqué, l'air interdit avant d'échapper un ricanement narquois.

- Haha... et tu penses que tu vas m'acheter avec ça pe-...

Mais pas le temps de finir sa phrase, l'inconnu le pointe à son tour avant de hurler à pleins poumons pour attirer l'attention des gardes, qui plus est, c'est son nom qu'il beugle devant les yeux ronds de Morgan qui se détourne rapidement pour taper un droite-gauche frénétique de la tête. Évidemment les gardes qui s'interrogeaient plus tôt n'ont pas réfléchi longtemps avant de se mettre à la poursuite du pirate bêtement planté sur ses bottes encore abasourdi par la fourbe ruse du jeune voleur qui en a profité pour prendre la poudre d'escampette.

- Oh le sale p'tit con...

Mais hors de question de se retrouver seul avec la milice aux fesses. Ni une ni deux, Morgan s'enfuit dans la même direction que le gosse.

- Heey ! C'est pas moi que vous voulez ! Le type que vous cherchez est juste devant !

Évidemment se mettre à courir n'était pas un excellent moyen de démentir les propos du garçon, mais que voulez-vous... réflexe de survie. Dans sa course frénétique, il ne tarde pas à se retrouver tout proche du fuyard et lui lance avant même d'arriver à son niveau.

- T'as oublié quelque chose avant de partir gamin alors j'te les ramène !

Il observe de tous côtés, aucun moyen de s'extirper de là discrètement, que faire ? Fausser compagnie aux gardes juste sous leur nez en espérant qu'ils partiront à la poursuite du jeune homme ? Il pourrait aussi certainement essayer de se battre à deux contre un, il avait toutes ses chances, mais les gardes pourraient aussi appeler du renfort et là les choses deviendraient plus problématiques. Morgan jure tout haut, comme si tout ça ne suffisait pas il est en train de s'enfoncer dans les terres alors qu'il n'était plus qu'à quelques encablures de son cher Black Sails, il hésite un instant à se jeter sur le gosse pour l'étrangler et passer ses nerfs avant de le livrer au garde mais il a beau être un pirate, quelque chose l'a intrigué, il semble à peine sorti de l'adolescence et pourtant il a l'air particulièrement doué, ses méthodes de retraite le prouvent et au-delà de la fuite naît l'amusement. Le ruffian accélère encore pour se retrouver au même niveau que l'inconnu.

- T'as bien calculé ton coup je l'admets mais t'as oublié un détail, je suis vachement collant comme mec !

Derrière eux, les gardes leur hurlent de s'arrêter au nom de la loi et de tout ce qui va avec, clamant leur discours à l'attention des deux malfrats et Morgan lève les yeux au ciel.

- Quelle belle journée pour une course-poursuite ! J'espère que t'es en forme gamin !









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La chance était du côté du brigand, il était parvenu à capter l'attention de l'homme en contrebas sans la moindre difficulté. Le côté affable et excessivement amical, apparemment pas assez méfiant, allait jouer un tour au pirate. Non, ce qui relevait véritablement de la chance était d'avoir croisé la route du tristement célèbre Capitaine Morgan. Et si la chance daigne lui sourire, le jeune homme ne va pas l'ignorer, ce serait malpoli. C'est pourquoi il ne tarde pas à descendre de son perchoir pour sourire de plus belle au flibustier, faisant preuve d'une sympathie qui n'est pas aussi contrefaite qu'on pourrait le croire et lui résumant la situation avec enthousiasme. L'air intéressé et engageant du marin feraient presque regretter au baratineur le mauvais coup qu'il s'apprête à lui jouer en voyant les gardes porter leur attention sur eux. Ah, très cher Capitaine, le soulagement que vous affichez en comprenant que, pour une fois, vous n'êtes pour rien dans l'agitation milicienne sera de bien courte durée ! Le forban voit d'ici que son illustre interlocuteur est sur le point de lui fausser compagnie en réalisant qu'il est dans la panade, malheureusement pour lui l'individu sortant à peine de l'enfance sera plus vif. Comptant sur un réflexe avide du corsaire, en un habile mouvement de poignet il fait miroiter au soleil une pierre écarlate qu'il a tôt fait d'envoyer entre les doigts de son vis-à-vis qui le regarde d'un air interloqué, oubliant subitement sa fuite. Au sourcil arqué du marin, le terrien répond par un insistant haussement des siens accompagné d'un sourire assuré et espiègle de négociateur. Ce sourire s'étire par ailleurs un peu plus alors que l'homme reprend ses esprits pour lui rire au nez et lui faire comprendre la futilité de sa démarche. Rira bien qui rira le dernier, le jeune homme l'interrompt en pleine phrase pour le montrer du doigt et alerter tout le monde de sa présence. Son air ahuri est juste impayable mais le gredin n'a pas le temps d'en profiter et file sans demander son reste.

En pleine course à travers les bois, le bandit doit réprimer son envie de jeter un coup d’œil en arrière mais éclate purement et simplement de rire en entendant le corsaire s’époumoner à l'accuser à son tour. Les bruits de bottes derrière lui sont beaucoup trop proches pour déjà être ceux des soldats, sa curiosité prend cette fois-ci le dessus et c'est avec un sourire qu'il accueille le pirate qui est parti à sa poursuite.

- Ce n'est pas très judicieux de partir dans la même direction que moi, si je puis me permettre ! Je ne vous tiens pas rigueur pour cette odieuse trahison mais vous auriez au moins pu avoir la décence de faire se scinder le groupe en deux !

L'a-t-il seulement entendu ? Quoi qu'il en soit, la répartie du navigateur ne se fait pas attendre et, se fendant toujours d'un rictus satisfait, le voleur ne se fait pas prier pour répondre d'un air faussement modeste.

- Je vous en prie, je suis grand seigneur. Cette gemme est votre salaire, vous pouvez garder la monnaie !

Chaque nouvel échange verbal ou agissement du ruffian le rend plus sympathique aux yeux du brigand mais le monde du banditisme ne laisse guère de place à la compassion. Pourtant le Capitaine Morgan semble bien singulier et ne cesse d'impressionner le jeune homme, il ne peut lui retirer une certaine pugnacité. Le malandrin se sait doué, il fait office de plus spectaculaire criminel de la région tant et si bien qu'il n'a jamais vu quelqu'un à sa hauteur et a fini par se croire intouchable, devenu une des légendes qui le faisaient rêver étant môme. Mais à voir le pirate courir à n'en plus finir tout en lui répondant, s'offrant même l'étonnant luxe de le rattraper, le jeune homme plus adolescent qu'adulte et encore inexpérimenté voit en cet homme le premier héros qu'il rencontre, en quelque sorte un surhomme.

Il dissimule rapidement son admiration et sa surprise quand son camarade de fuite arrive effectivement à sa hauteur, lui lançant une nouvelle pique, probablement en réponse à sa précédente provocation. Le bandit des grands chemins se pare une nouvelle fois de ce sourire satisfait ; une nouvelle épopée s'écrit aujourd'hui, les meilleures histoires sont celles où deux héros se croisent.

- Tant de flatteries et d'efforts mis en œuvre pour me poursuivre, je n'ai pourtant pas l'impression que vous ayez à l'esprit de m'offrir en pâture aux gardiens de l'ordre local. Se pourrait-il vous vous soyez épris de ma personne ? Cela expliquerait bien des choses mais j'ai bien peur de ne pas être de ce bord-là, très cher ! Il se met alors à le scruter de haut en bas puis de bas en haut avant de le dévisager ouvertement d'un air ravi et aguicheur en se frottant le menton. Quoiqu'il y a matière à réfléchir !

La douce litanie des injonctions justicières résonne dans la forêt profonde et son écho prend bientôt une intensité égale au désintérêt total que lui portent deux hors-la-loi.

- Vous allez voir, la civilisation les quitte au fur et à mesure qu'on s'en éloigne. Je trouve toujours que l'amusement est à son comble quand, une fois éloignés des murs, ils oublient leurs belles formules et leur langage soutenu pour en adopter un plus fleuri !

Son aîné semble s'être pris au jeu et envisage leur fuite avec plus d'entrain, adressant une boutade presque complice au jeune homme qu'il persiste à appeler « gamin ».

- Un jour radieux, il en est. Oh ne vous inquiétez pas pour moi, je suis habitué à ces divertissantes chasses à l'homme. C'est plutôt à moi de me faire du souci, mais vous vous en sortez admirablement pour quelqu'un de votre âge ! Alors n'en faites pas trop juste pour m'impressionner, d'accord ?

Après cette remarque mesquine, l’impertinent garnement se retient de rire pour conserver son effet moralisateur qui donne plus de superbe à sa moquerie. Il hésite un instant à accélérer mais le pirate ne semble pas en train de peiner, s’il se met soudain à se fatiguer à cause d’une montée en vitesse et que son interlocuteur la supporte sans broncher il aura l’air fin… et puis le trublion doit garder à l'esprit que c'est une course-poursuite, non une compétition. Autant dire que leur avance sur leurs poursuivants est indéniable, reste juste à les semer. À moins que...

Clic.

- À couvert ! Hurle pratiquement le jeune homme en tournant sur lui-même, ne pouvant réprimer un réflexe de solidarité et d'instinct de conservation qui le fait malgré lui donner un coup à son compagnon d'infortune pour le pousser hors du sentier improvisé qu'ils empruntent et de se jeter à son tour de l'autre côté.

Il sursaute au bruit de la détonation mais surtout en voyant une bonne portion du tronc derrière lequel il vient de se réfugier éclater à quelques centimètres de son visage. Un soupir et un coup d’œil à son camarade, cent fois trop bref pour savoir s'il va réellement bien, plus tard, le voleur reprend son sourire. Il n'imagine pas un instant que le Capitaine Morgan puisse être en piteux état après un coup de feu, qu'il l'a « aidé » à esquiver qui plus est, il a dû en voir d'autres. Et sinon... eh bien c'est trop tard.

- Hm, j'oublie toujours ces petites merveilles, je remercie chaque jour mon ouïe de retarder mon aller simple vers l'autre monde... ou les geôles de la ville, le cas échéant ! Dépêchons avant qu'ils n'aient le temps de recharger !

Aussitôt dit, aussitôt fait, le vaillant garçon repart aussi vite que possible droit devant lui.

- Au fait, j'espère que vous savez comment rejoindre votre navire car je n'ai pas la moindre idée de la direction dans laquelle nous nous dirige...oah !

Le fuyard manque de tomber, se retrouvant dangereusement en équilibre au bord d'un précipice, battant l'air de ses deux mains, une jambe encore dans le vide et se balançant d'avant en arrière. Il parvient finalement et presque par miracle à ne pas tomber dans le gouffre à leurs pieds. Il envisage la falaise au bord de laquelle ils ont échoué et observe ses dix mètres de profondeur avec intérêt. Un regard bref en arrière lui permet de voir les gardes qui se rapprochent tout doucement en dégainant leurs lames, visiblement ravis du cul-de-sac dans lequel ils viennent de piéger les deux malfrats.

- Je crois qu'il ne nous reste plus qu'une échappatoire ! Lance-t-il joyeusement en se retournant enfin, espérant voir le pirate déterminé à en découdre.

Histoire qu'il saisisse l'idée, il porte même la main à son fleuret.









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Non, Morgan n'a absolument aucun scrupule à être parti à la poursuite du petit malin qui a cru juger bon de se servir de lui comme bouc émissaire quitte à attirer les soldats de la ville portuaire sur leurs traces. Il n'a jamais éprouvé aucun remord pour chacun de ses actes et ce n'est pas aujourd'hui que ça va commencer, même si l'acte en question inclus un gosse ! C'est un Pirate ! Et en tant que tel ses états d'âme ne volent pour ainsi dire pas particulièrement haut, il tient bien trop à la vie et à sa liberté de mouvements pour se laisser ainsi capturer. Dans sa course folle il lance parfois quelques regards par-dessus son épaule pour jauger la distance qui le sépare de la milice en train de le poursuivre. Il jure dans sa barbe puis à voix plus haute, maugréant et médisant à propos du jeune malandrin qui prend la fuite devant lui. Et il n'a pas l'intention de le laisser s'en sortir à si bon compte. Lorsque soudainement la voix du gamin retentit sans même qu'il n'ait à se retourner pour envisager Morgan, le pirate étire un rictus tout à fait désagréable avant de pouffer ouvertement de rire.

- "Décence" ? Connais pas ce mot... t'es sûr que tu viens pas de l'inventer ?

Il éclate de rire, évidement qu'il connait le sens du mot "décence" mais il s'amuse bien plus à faire comprendre au jeune bandit qu'il ne faudra pas faire appel à ce côté-là de sa personnalité puisque de toute évidence il n'en possède aucune. L'ironie et la fausse modestie du jeunot continuent pourtant bien à l'amuser, il se donne de grands airs et pourtant il semble à peine sortir de l'adolescence. Pour sûr sa verve est assez impressionnante et il faut bien reconnaître qu'il ne se débrouille pas trop mal non plus en coups bas, quant à l'endurance, inutile de faire un quelconque commentaire puisque la situation parle d'elle-même. Mais le pirate aussi a de l'endurance et il ne tarde pas à rattraper le brigand des grands chemins pour tenir son rythme de course, s'autorisant même à le saluer d'un petit geste de la main comme s'il venait de croiser une vielle connaissance sur la place du marché.

Les belles paroles tout en finesse du garçon amusent beaucoup le ruffian son aîné, non pas que ce qu'il dise soit ridicule... encore que il y a matière à réfléchir sérieusement à la question, mais c'est surtout la façon dont il dit les choses que le Capitaine trouve drôle. À quoi bon s'encombrer de tant de manières et d'agréables tournures de phrases ? Si le gamin cherche à se montrer pompeux ou trop sûr de lui et bien c'est réussi. D'ailleurs parlons en du contenu insolite de ces fameuses paroles... Morgan pouffe ouvertement de rire alors que le plus jeune lui insinue ouvertement qu'il le soupçonne d'avoir craqué sur lui au premier coup d’œil, et ça aurait certainement pu être le cas sans ce vilain coup-bas qu'il a encore en travers de la gorge... à moins que ce ne soit justement cette feinte qui ait poussé le pirate à s'intéresser au jeune bandit ? Il s'esclaffe tellement qu'il ne trouve même pas amusant de réfuter lesdites insinuations concernant sa sexualité douteuse... enfin, est-ce que le pirate s'en serait caché ? À passer quatre-vingt dix neuf pour cent de son temps en mer en compagnie d'autres hommes, on apprend rapidement à se contenter de ce qu'on a et même si sa main droite lui aura souvent fait office de meilleure amie -ou en l'occurrence de partenaire d'un soir- il arrive aussi que cette même main s'avère tristement insatisfaisante.

- Hahahaha ! "Pas de ce bord" ? C'est pourtant pas ce que cherche à me dire ton chapeau à plume l'ami... si tu veux paraître crédible, un conseil, évite ce genre de sapes ! Il le détaille tout entier alors que le jeune homme semble se faire un nouvel avis sur la question. Oh je t'en prie... ne me donne pas de faux espoirs, tu pourrais me briser le cœur ! Lance théâtralement le pirate sur un ton parfaitement surjoué. Et qui te dit que tu es mon type ?

Abandonnant un court instant ses absurdes répliques, Morgan se reconcentre autant que la situation le lui permet sur sa fuite joyeuse... oui, oui "fuite joyeuse", le Capitaine du Black Sails ne semble pas incommodé pour un sou de fuir ces deux soldats de la milice qui continuent à hurler sur le duo en cavale. Le forban hoche négligemment de la tête et ricane en constatant qu'en effet leurs poursuivants ne tardent pas à perdre patience pour les héler avec plus d'insistance et moins de grâce.

En revanche son sourire s'efface et son expression satisfaite se pare d'une ombre tandis que les traits de son visage affichent une moue surprise, pour ne pas dire carrément outrée au son des prochaines paroles du gosse qui lui aurait sans doute valu une violente altercation si la situation n'était pas aussi inadaptée pour prendre soudainement la mouche. Le pirate ravale donc sa fierté avec une certaine aigreur et fronce les sourcils en s'efforçant de ne pas paraître trop vexé, ce qui marche moyennement avec le ton outrancier qu'il prend.

- "De mon âge ?" Hé là ! Je ne suis pas si vieux alors modère tes paroles... et respecte tes aînés !

Non, il ne cherche pas vraiment à se montrer menaçant malgré les vibrations éraillées de sa voix, s'il avait vraiment voulu faire peur au jeune brigand il lui aurait tout simplement sauté dessus pour le surprendre avant de le dépecer à coup de sabre d'abordage... et aussi surprenant que ça puisse paraître, il n'en a pas particulièrement envie, ce gamin lui attire vraiment une forme de sympathie venue de nulle part, parfois il vaut mieux ne pas chercher à comprendre... les goûts et les couleurs ne se discutent pas.

Morgan se trouve sorti de ses pensée par un clic lointain puis un cri et enfin... un poids qui le propulse sur le côté de la route, un coup de feu retentit et il s'étale la tête la première, à plat ventre sur le sol. Le gamin vient probablement de le sortir d'une belle galère c'est le cas de le dire. Légèrement sonné il se redresse pourtant en vitesse pour lancer un regard intrigué à son interlocuteur qui vante les mérites de sa fine ouïe.

- Je suppose que je devrais te dire merci... Siffle-t-il avec un sourire narquois en se redressant pour repartir de plus belle.

Les deux cavaleurs s'enfoncent toujours plus loin dans les terres et Morgan lui lance un nouveau regard interloqué alors que le bandit des grands chemins avoue ouvertement ignorer purement et simplement dans quelle direction ils sont en train de se rendre... cette fois il mériterait vraiment qu'il se jette sur lui pour lui faire la peau et le pirate lâche un râle de frustration et d'agacement.

- Comment te dire ça gamin... au cas où tu ne l'aurais pas encore remarqué le port est dans l'autre sens ! Alors à moins que tu ne t'attendais à voir débarquer un navire volant, il y a peu de chances que le mien soit amarré dans cette direction. Maugrée-t-il en pointant du doigt droit devant lui. Et puis je suis un touriste moi ici alors je...oooh...

Il  freine brusquement manquant de peu de foncer dans le plus jeune et recule précipitamment en tirant le brigand par le dos de sa chemise pour s'assurer qu'il ne finisse pas dans ce précipice qui est apparu en plein milieu du chemin alors qu'il était parfaitement invisible quelques secondes plus tôt.

- Faut pas avoir peur de vivre dangereusement... lance-t-il plus comme un commentaire à lui même en jetant un regard en contrebas.

Malheureusement les soldats se rapprochent à grande vitesse et de toute évidence, il n'y a plus d'autre solution envisageable pour éviter les geôles... ou pire... la potence. Le pirate soutient le regard de son cadet avec un petit sourire mesquin.

- Sauter? ... Après toi je te prie.

Tout bien réfléchi sa plaisanterie ne le fait même pas rire lui-même. Et lorsque les miliciens se trouvent enfin face aux fuyards Morgan roule des yeux en levant le nez au ciel.

- Rah ! Ça va j'ai compris !

Il dégaine son sabre de sa main droite et lance un nouveau regard au plus jeune. Les soldats tirent leur épée de leur fourreau à leur tour et n'hésitent pas une seconde avant de leur foncer littéralement dessus dans un cri évoquant la gloire au nom de leur cité dont Morgan a déjà oublié le nom. De toute façon il ne les écoute pas.

- Tiens au fait... je ne connais toujours pas ton nom ! Il pare sans même regarder une lame qui vient brusquement croiser la sienne dans un assourdissant bruit de métal. Son bras tremble un peu sous la pression qu'appuie le soldat sur son sabre mais le repousse finalement, s'occasionnant un mouvement de recul forcé qui lui fait se retrouver avec les talons dans le vide avant d'avancer à nouveau pour s'éviter une chute malencontreuse. Ça m'embêterait de n'avoir que le souvenir d'un "gamin" si je dois mourir aujourd'hui !

Et il se lance à son tour dans un assaut après avoir offert un petit sourire au plus jeune. Son adversaire n'est pas un débutant, heureusement, ils sont à deux contre deux et ça, ça a au moins le mérite d'équilibrer les forces. Morgan ignore totalement si le bandit sait correctement se servir d'un fleuret, mais il en déduit rapidement que si une épée orne sa ceinture c'est qu'il ne doit pas être trop mauvais quand-même. Les coups sont rythmés par le tintement des lames qui s'entrechoquent, le ruffian est habile et parvient à tenir son soldat dans une certaine difficulté, le forçant à reculer pour finalement inverser leur position se retrouvant face au précipice. Il n'a pourtant pas assez de liberté pour se permettre de lorgner suffisamment sur le combat de son camarade d'infortune, quelques coups d’œil trop bref pour s'avérer assez précis lui font pressentir qu'il s'en sort et c'est presque de façon inconsciente que Morgan continue à forcer le soldat à reculer pour se rapprocher du plus jeune. Nouveau coup d’œil de vérification et un coup de lame bien placé déchire une manche de sa chemise dans le sens de la longueur.

- Héé ! C'est de la triche, moi j'me cache pas derrière une armure !

Son ironie et plus que tout son audace le font rire, il est le premier à tricher dans les combats à la loyale alors qu'est-ce qu'il peut bien avoir à faire de ce que porte ce soldat. En fait il cherche plutôt à le déstabiliser en le déconcentrant. Mais le milicien redouble d'ardeur, visiblement énervé et Morgan se voit contraint de reculer à son tour pour finalement rencontrer... un dos. Il devine facilement qu'il ne s'agit pas de l'adversaire du plus jeune et sourit avant de ricaner.

- Hey ! Ça baigne de ton côté ? Je t'avouerais que je commence à les trouver un peu collants...









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Le jeune forban peut presque entendre quelques guitares, mandolines et autres flûtes résonner vivement dans les bois alors que la course-poursuite continue et gagne même en intensité tandis que le corsaire lui court après, bien entendu suivi par les deux gardes faisant habituellement le pied de grue devant les portes de la cité et qui se la jouent par conséquent un peu charrette tant ils ont peu l'habitude d'user de leurs jambes. Il ne peut dans un premier temps entendre les noms d'oiseaux dont le gratifie probablement son complice malgré lui mais peut bien vite ouïr ses apostrophes et autres interjections pour le plus grand plaisir de ses oreilles et de son sens de la répartie trop habitué à monologuer à défaut d'adversaire digne de lui. Un léger sourire vient étirer ses lèvres et sa fine moustache alors que le Capitaine joue la carte de l’illettré pour le rembarrer après avoir ri à gorge déployée... et avant de recommencer.

- Excusez-moi mon brave ! Je ne voulais pas vous paraître hautain en utilisant un vocabulaire si élaboré ! Je me ferai une joie de vous enseigner quelques lettres autour d'un verre de liqueur une fois que nous nous serons débarrassés de ces invités clandestins ! Pour l'heure, sachez que si vous étiez quelqu'un de décent vous vous rendriez sans résistance à ces hommes de loi pour mes beaux yeux !

L'escapade champêtre continue, le brigand se plaisant à regarder les arbres de toutes natures et formes défiler sous ses yeux, certains feuillus, d'autres épineux, il saute par-dessus quelques racines, souches, branches mortes, voire troncs tombés en travers du chemin, avec une agilité certaine, comme s'il avait fait cela toute sa vie... ce qui est en fait probablement le cas. Il ne doute absolument pas de ses capacités à semer les deux rabats-joie dans ces conditions, il craint même malheureusement de perdre le flibustier en cours de route... c'est pourquoi il écarquille sans retenue les yeux en le voyant le rattraper et le saluer de la main, presque comme pour se moquer. L'étonnement est bien vite remplacé par de l'admiration croissante et un rire amusé franchit le pas de ses lèvres. Le dialogue se lance alors tout naturellement entre les deux protagonistes qui discutent comme s'ils étaient en train de partager un repas dans une taverne à l'ambiance frivole tels des amis de longue date. Les réparties émettant des doutes sur les doux sentiments que le capitaine Morgan éprouverait à son égard semblent être bien reçus et le malandrin s'étonne chaque fois un peu plus de voir qu'il peut autant rire en pleine course sans être à bout de souffle.

- Vous me voyez ravi que ce couvre-chef tape-à-l’œil ait attiré le vôtre ! Cet accoutrement était uniquement là pour capter votre attention ! Répartie moyenne, il en est, mais il n'a rien trouvé de mieux à répondre à l'attaque du pirate... ce qui est aussi inhabituel qu'étrangement excitant. Moi ? Briser votre cœur de gente damoiselle ? C'est mal me connaître, je pensais que vous aviez plus d'estime pour moi ! J'oserai même prétendre que c'est mes sentiments de prétendant délicat qui seront froissés alors que je me retrouverais à tricoter en attendant votre retour de mer qui n'adviendra jamais ! L'air désinvolte et provocant du ruffian est une bouffée d'air frais pour le scélérat qui n'a en général pas à se plaindre de la légèreté de sa vie ; il n'a même pas à réfléchir quand celui-ci lui demande ce qui lui dit qu'il est du genre à faire flancher son cœur. Les foulards multicolores à votre taille ! Venge-t-il son chapeau.

La course folle se poursuit sous le soleil de plomb qui, combiné à l'exercice, laisse perler quelques gouttes de sueur du front de la canaille en fuite. Canaille qui profite d'un commentaire anodin de son équipier improvisé pour se moquer effrontément de son âge tout en dissimulant une sincère admiration pour son endurance. Ses yeux pétillent d'amusement devant l'air scandalisé de son interlocuteur qui ne se fait pas prier pour rabrouer son insolent cadet éclatant de rire alors qu'il lui semble que son vis-à-vis se contredit dans ses remontrances.

- Pardonnez mon outrecuidance vénérable patriarche, j'oubliais l'âge qui nous sépare !

Le fripon est aux anges, habité d'un amusement si propre à la jeunesse qui le caractérise et le rend si insouciant. À quand remonte la dernière fois où il s'est senti aussi diverti ? Il a du mal à savoir... il est loin de se plaindre de son mode de vie, il a souvent le loisir de rire ou de s'amuser, souvent aux dépens des autres. Mais c'est un entrain tout particulier qui l'anime alors qu'il taille une bavette en faisant un bout de chemin avec cet illustre étranger.

Son insouciance est bien vite rattrapée par la réalité en la personne d'un cliquetis qui ne présage rien de bon. Ses réflexes le font urgemment extraire le Capitaine de la ligne de mire des soldats et il va lui-même se réfugier derrière un arbre, son cœur battant un peu plus vite quand il réalise que l'état pitoyable dans lequel se trouve désormais le tronc pourrait être celui de sa boîte crânienne. C'est dans l'idée de s'éviter un sort comparable qu'après une remarque rapide il se presse de s'éloigner à nouveau. Au cours de sa fuite, en l'entendant le remercier, il peut apprécier l'état de son compagnon et remarquer avec soulagement qu'il semble indemne.

- Ne vous donnez pas cette peine, votre trépas m'aurait fait trop de mal. C'est à moi que je viens de rendre service !

La cavale dure depuis un moment maintenant... échapper aux soldats est une chose, ne pas se perdre en est une autre. C'est pourquoi il s'enquiert de la localisation du bateau de son nouvel ami. Habitué au voyage, il n'a pas peur de s'égarer, mais il ne voudrait pas priver le pirate de son précieux navire et sans doute presque aussi précieux équipage. Sa grimace et le son guttural qu'il lui adresse font sourciller le criminel qui a droit à une répartie des plus sèches et ironiques. Mais quel pirate digne de ce nom fait mouiller son navire au port de la ville ?! Le bandit s'apprête à lui faire remarquer quand un de ses pieds ne rencontre pas le sol comme prévu et qu'il se retrouve à demi dans le vide, rattrapé par le Capitaine qui le tire en arrière pour lui éviter une chute inattendue. Le regard du malandrin se perd dans le gouffre qui lui donnerait presque le vertige à l'instar de son collègue qui en va de son petit commentaire.

- J'imagine que c'est mon tour de vous remercier...

À  cause de cet imprévu, les gardes finissent par rattraper le duo de malfaiteurs. Si on lui avait dit, le plus jeune ne l'aurait pas cru. Lorsqu'il fait comprendre à son homologue qu'ils n'ont plus qu'une alternative, celui-ci trouve le moyen de lui répondre sarcastiquement.

- L'idée m'a traversé l'esprit mais j'ai peur pour vos os devenus fragiles ! Rétorque-t-il sur le même ton.

Alors que l'heure n'est plus vraiment aux réparties, les deux trublions dégainent en même temps, bientôt imités par les soldats qui partent à l'assaut. Le corsaire pare un premier coup sans trop se fouler et se rend soudain compte qu'il ne connaît pas le nom de son acolyte qui a plutôt pris le parti d'éviter les attaques de son propre opposant. Tiens, il est vrai qu'il n'a daigné se présenter et comme il connaissait déjà l'identité du pirate il a conversé avec lui le plus naturellement du monde.

- Quel manque de savoir-vivre ! Oulah ! Commence-t-il en esquivant la lame tout en palabrant. Pardonnez-moi ! Oh... ne voyez-vous pas que je suis en train de parler ? Woh ! Apparemment non... Il évite une épée qui lui passe à quelques centimètres du nez. Appelez-moi Adam ! Mais ne vous en faites pas, je vais vous laisser l'occasion de le prononcer et vous en souvenir encore maintes et maintes fois !

Ce n'est pas comme s'il avait prévu de mourir après tout... et au point où ils en sont, il ne compte pas laisser son compagnon d'infortune lui claquer dans les doigts. Échangeant un rapide sourire avec le capitaine, il se lance lui aussi sérieusement dans son propre combat. Main gauche sur la hanche, il se met de trois-quart face à son adversaire et lance quelques estocs de provocation pour le déstabiliser. Son ouïe perçoit sans difficulté aucune le fort tintement des lames du duel se déroulant juste à côté du sien, cela a l'air intense et le jeune homme ne doute nullement des talents d'épéiste du pirate qui est déjà en passe de prendre l'avantage en mettant son soldat du côté du précipice. Il aimerait pouvoir en faire autant mais son fleuret ne lui permettra pas de telles prouesses, cette lame de duel n'a pas vraiment cette utilité, c'est une arme de face à face... pour le moment, dans le pire des cas, il pourrait profiter d'un interstice dans l'armure du milicien pour l'empaler...  Le pire des cas, oui, car si le brigand y a déjà été amené, il répugne quelque peu à ôter gratuitement la vie d'un homme.

Frappant à répétition contre le fer effilé de la rapière de son ennemi, contre son armure en visant parfois les écarts entres les pièces qui forment ses bras ou ses jambes, le forban parvient à le faire reculer assez pour se sentir en sécurité vis-à-vis de la faille se trouvant dans son dos. Il en vient à croiser le capitaine qui semble se débrouiller mieux que bien au point de plaisanter. Ah... c'est qu'il s'agit de ne pas perdre la face devant lui. Il fixe ses yeux azurs dans ceux de son adversaire et lui lance un sourire transpirant la confiance en soi.

- Eh bien, voilà tous les pouvoirs que vous confèrent le nom de la loi ? Je dois vous confier que vous m'en voyez plutôt satisfait d'en être hors !

Fâcheuse idée, cet instant de distraction mêlé à la colère du milicien font redoubler ses coups qui contraignent le malandrin à quelque peu battre en retrait jusqu'à se retrouver dos à dos avec le pirate qui a visiblement eu affaire au même type de soldat berserk.

- Comme votre bateau dans l'eau... par conséquent j'espère qu'il tient la route ! Et vous ? Il sourit , les voilà en plutôt mauvaise posture, les deux gardes pourraient faire d'eux une bien belle brochette. Je dois avouer que je préférais quand il n'y avait que vous après mon attrayant postérieur. J'espérais que notre petite escapade galante serait plus intime... et que nous aurions l'occasion de valser un peu plus !

Sans prévenir, Adam glisse ses bras sous ceux de Morgan pour le saisir fermement et le forcer à pivoter sur eux-même d'un petit saut histoire d'échanger d'adversaires. Sans plus de cérémonie, il harcèle de coups le soldat qu'il a désormais face à lui. Habitué à l'échange d'attaques frontales de son précédent opposant, le milicien est vite dépassé par les bottes rapides et brèves du jeune homme au fleuret qui le fait rapidement reculer, se frayant un chemin le long de sa lame avant de prestement défaire les doigts de l'emprise qu'il ont sur la rapière avant de glisser son fleuret dans le pommeau de celle-ci pour la faire voltiger jusqu'à sa main gauche. Bras droit tendu, pointant son arme de duel contre la gorge du soldat, le jeune sourit d'un air satisfait.

- Voilà qui manquait à ma collection, merci de m'en faire cadeau, c'est trop d'honneur !

Sur ce, il se rapproche de l'homme de loi, se retrouvant à une dizaine de centimètres de son visage.

- Cette armure devrait prendre le plus gros... mais un conseil, serrez les fesses !

Le milicien fait les yeux ronds sans comprendre alors que le forban lui donne une pichenette sur le nez, faisant basculer sa tête en arrière... ce qui, additionné au poids de son armure, l'entraîne dans la vide au bord duquel il se trouvait désormais. Le jeune homme observe sa chute et grimace en assistant à l’atterrissage dans un grand fracas métallique, fermant l’œil droit et crispant la même épaule en penchant son visage vers elle.

Faisant volte-face pour voir ce qu'il advient de son compagnon, il se pare à nouveau d'un sourire affable.

- Tout de suite on respire mieux ! Comment avancez-vous avec le gentilhomme en compagnie duquel vous me faites des infidélités ?









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Le Capitaine du Black Sails ne se prive pas d'étirer un sourire narquois alors que sa nouvelle connaissance entre dans son jeu consistant à se faire passer pour un ignorant en feintant de ne pas connaître le sens du mot décence. Il s'amuse tout particulièrement de sa réponse et lorsque celui ci se risque à lui énoncer un semblant de définition ou plutôt un exemple visant à définir ce qu'est la décence, Morgan ne cherche même pas à relever le niveau et prend un air faussement étonné pour lever les yeux au ciel une seconde, semblant réfléchir. Puis il ricane ouvertement avant d'adresser un sourire à son compagnon de fuite.

- Ah vraiment? ... Alors dans ce cas la décence ça doit pas être vraiment mon fort, navré gamin!

Oui, ils ont beau être plutôt pas mal ces yeux bleus, Morgan n'a absolument pas l'intention de se rendre à la milice de la cité en bon samaritain, gentilhomme et tout le tintouin qui va avec puisqu'il n'en est assurément pas un. C'est donc sans l'ombre d'un remord qu'il accélère un peu son pas de course afin de se retrouver au même niveau que le jeune brigand pour le saluer d'un signe moqueur de la main. Leur "conversation" est d'un naturel déconcertant surtout lorsqu'on sait qu'ils sont actuellement pris en chasse par deux gardes armés et que les soldats n'ont visiblement pas l'intention d'abandonner leurs proies malgré leur aisance à fuir sans avoir à trop se forcer. Bien vite, les deux forbans en viennent même à plaisanter au sujet d'histoire de cœur farfelues... a moins qu'il ne s'agisse plutôt de propositions douteuses? Ce a quoi Morgan s'empresse immédiatement de lancer une remarque aussi déplacée que purement objective, se moquant ni plus ni moins du large chapeau à plume du jeune homme qui selon le pirate en dit long sur son orientation sexuelle. Loin de se vexer, et heureusement d'ailleurs, le jeune bandit répond même par une nouvelle provocation aguicheuse, faisant rouler les yeux du Capitaine dans ses orbites avec un nouveau rictus amusé.

- Menteur! Ca sous-entendrais que tu savais déjà en te levant ce matin que tu allais me rencontrer... ou bien peut être l'espère tu secrètement depuis que tu as posé tes yeux sur l'un de mes avis de recherche?!

Il esquive une branche qui l'aurait sans doute assommé s'il ne s'était pas baissé et saute par dessus un tronc d'arbre qui lui barre la route, parvenant tout de même à se concentrer un peu sur les palabres incessantes du plus jeune. Lorsque Morgan lui demande alors en quoi il pense qu'il pourrait être son genre, la répartie cinglante ne tarde pas à passer les lèvres du brigand qui pousse le Capitaine du Black Sails à couler un regard en direction de sa ceinture, manquant d'ailleurs de peu de trébucher sur une pierre au milieux du chemin.

- Tu aimes? Se moque-t-il avec assurance. Ca ne m'étonne pas trop que ce soit le premier détail qui t'ai sauté aux yeux...

Et il rit à nouveau avant de reporter son attention sur le chemin qui s'étend droit devant lui, négociant un virage en profitant du bref instant de silence pour se concentrer sur sa respiration et passer un doigt dans le col de sa chemise pour l'étirer légèrement afin d'y faire entrer un peu d'air. La chaleur est presque insoutenable mais ce n'est pas ça qui va décourager le pirate qui continue à tailler tranquillement la discute avec le jeune brigand, discussion qui soudainement l'agace bien vite lorsque l'inconnu prend un certain plaisir à le rabrouer sur le fait qu'il soit plus âgé que lui. Vexé, Morgan ne se préoccupe même pas du fait qu'il se contredit dans ses propres arguments, permettant ainsi au malandrin d'en profiter pour balancer une nouvelle remarque à laquelle le pirate ne prend cette fois ci pas la peine de répondre. De toute façon il n'en a pas vraiment le temps, le cliquetis d'une arme que l'on charge se fait bien vite entendre et son compagnon de fuite réagit au quart de tour en se jetant ni plus ni moins sur le ruffian pour lui éviter de finir la cervelle trouée. Prenant à peine le temps de se perdre en remercîment, Morgan reprend sa course effrénée, plus motivé que jamais à s'échapper afin de retourner sur son cher Black Sails. Enfin... c'était sans compter sur le fait que le jeune voleur ne sache visiblement absolument pas où est-ce qu'ils sont entrain de se diriger. Ah bah bravo! Ca lui apprendra à faire confiance à des inconnus qui se prennent pour des résidents alors qu'ils ne sont en fait que de simples touristes. Ce n'est qu'après une répartie poignante, qu'il n'a d'ailleurs même pas le temps de terminer, que Morgan réalise finalement que leur course folle touche à sa fin en la présence d'un immense ravin se trouvant sur leur chemin. Le pirate évite au plus jeune un allé simple pour le paradis... ou l'enfer... et bien vite la situation s'annonce problématique car les miliciens qui n'ont pas abandonné leur course malgré les armures qui doivent peser lourd sur leur corps ne tardent pas à les retrouver avec un petit sourire satisfait d'avoir pu coincer les deux hors la loi aussi facilement.

- Me remercie pas trop vite... notre salut n'est pas encore tout à fait assuré...

Un coup d'œil en direction du précipice et Morgan se demande une seconde s'il ne serait pas plus judicieux de sauter, avec un peu de chance la rivière en dessous est assez profonde pour leur éviter la mort... à supposer qu'ils évitent les arbres et les rochets avant d'atterrir assez convenablement dans l'eau pour ne pas mourir à l'impact qui à cette hauteur pourrait s'avérer aussi dangereuse qu'une dalle de pierre.  Bon... finalement les épées c'est peut être pas plus mal en fin de compte.

Le forban dégaine son sabre en même temps que le jeune brigand, rapidement imités par les deux soldats qui se jettent sans préavis sur leurs adversaire. Guère plus concentré sur son combat qu'il ne l'était sur sa fuite, Morgan s'attarde même à demander son nom à son compagnon d'infortune, s'amusant presque de sa difficulté à en placer une puisque de toute évidence, le soldat ne tien pas à le laisser terminer ses phrases en le harcelant à grand coup d'estocs.

- Et bien Adam... je te souhaite pas bonne chance parce que ça porte la poisse mais... Il pare un coup d'épée en forçant sur son bras pour repousser le milicien qui ne semble pas apprécier que le fait que pirate accorde plus d'importance à son allié qu'à lui. Mais si on s'en sort... Je... Il attaque de front et manque de se faire trancher une oreille. J'accepterai volontiers que tu m'offres à boire pour te faire pardonner d'avoir manqué de me faire tuer!

Il termine sa phrase avec une certaine rapidité afin de pouvoir se reconcentrer sur son adversaire qui l'assaille de coups de lame de toute part. Mais Morgan non plus n'est pas un débutant, et son sabre possède un avantage en terme de force sur la rapière de son adversaire, et puis il est habitué à devoir se battre contre ce type d'épée, ce style d'escrime se composant presque exclusivement de coups bas et de feinte lorsqu'on sait bien le pratiquer. Morgan prend un certain plaisir à croiser le fer avec le milicien, il se sent à l'aise dans ce combat et même si son adversaire est souvent à deux doigts de le planter sommairement, l'adrénaline qui fait transpirer le pirate le pousse également à se donner à fond dans son combat. Enfin... presque à fond. Alors que cela fait un certains moment qu'il se trouve en tête à tête avec son assaillant, le Capitaine se risque à jeter un regard en direction d'Adam pour voir si celui si s'en sort... mal lui en pris, sa chemise en fait les frais et se retrouve tranchée au niveau de la manche sur toute la longueur de l'avant-bras, heureusement, la lame n'a fait que transpercer l'ample tissu rouge, mais Morgan ne se prive pas de lancer un regard noir à son adversaire, avant de le brimer avec un sourire détestable rendant le militaire plus furieux encore.

- Oh ça va... pas la peine de se vexer, c'est plutôt moi qui devrais l'être après c'que vous avez fait à ma chemise!

Mais le soldat ne se laisse pas déconcentrer par les paroles du pirate qui se vois contraint de continuer à reculer jusqu'à finir dos à dos avec le jeune brigand à qui il s'amuse même à demander quelques nouvelles de son combat, auxquelles Adam s'empresse de répondre avant de lui retourner la question.

- Ma foi... ma chemise ne s'en sortira pas indemne mais je m'en remettrai...

Le forban esquisse un sourire amusé et narquois invisible aux yeux du plus jeune qui ne se garde pas de lui lancer une petite remarque bordée de sous-entendu avant de se retrouver pris au dépourvu lorsqu'il sent ses bras se faire saisir, il comprend heureusement bien vite les intentions d'Adam et se prête au changement de partenaire avec un rictus plein d'assurance alors qu'il se retrouve en face d'un nouvel ennemi.  Il lance une dernière réplique à son compagnon de bataille avant de se remettre en chasse contre le milicien.

- De toute façon t'aurais été déçu! Je sais pas vraiment valser...

Et il lance une foule d'attaque frontale face au soldat qui se retrouve complètement déstabilisé face à ce nouveau style de combat. Le sabre se meut rapidement à grands coups horizontaux et verticaux, Morgan y met toute sa force et la lame ricoche violement contre celle de la rapière qui cogne lourdement contre le sabre. Le soldat, bien que dépassé par les évènements ne se laisse pas abattre et  tente le tout pour le tout en lançant une nouvelle offensive à coups d'escarmouches, feintant le pirate tellement de fois que Morgan en vient presque à les connaître toutes par cœur, mais s'il y a bien une chose à laquelle il ne faut pas se fier dans un combat c'est bien ce genre de répétitions qui ont bien souvent pour but de tromper l'adversaire en l'habituant à une certaine cadence pour mieux le surprendre. Et c'est ce qui se passe lorsque le soldat à deux doigts du précipice fait glisser sa lame le long de celle de Morgan, parvenant même à lui entailler la peau entre le pouce et l'indexe avant de crocheter sa garde pour le désarmer, lui arrachant un bref râle de douleur.

Alors que dans le même temps Adam se débarrasse nonchalamment de son adversaire, le sourire du milicien s'efface pourtant rapidement lorsqu'il remarque qu'il à beau avoir deux épées en main... un pistolet est tendu à quelque centimètre de son nez.  L'homme tremble de tous ses membres, il sait que le temps qu'il lève une des armes, le pirate aura deux fois celui de lui tirer dessus.

- Je dirais que j'en aurais fini dans quelques secondes...

Morgan abaisse le chien de l'arme à feu et il frémit presque d'un plaisir malsain à l'écoute de ce petit cliquetis qui se termine par... un nouveau clic... le coup n'est pas partit. La poudre était sans doute humide...

- Et merde!

Profitant de la surprise du milicien qui se demande certainement pourquoi il est encore en vie, Morgan envoie un grand coup de pieds en plein torse de son adversaire qui perd l'équilibre et se retrouve brusquement projeté en arrière et précipité dans le ravin pour aller y retrouver son collègue. Le pirate se penche en avant pour observer la chute vertigineuse d'un œil perplexe.

- Ah... j'ai oublié de lui reprendre mon sabre... Il soupire de dépit et se détourne mollement pour faire face à Adam avec une moue légèrement blasée. Tant pis! Et il lui sourit. Et bien... je crois que c'est terminé pour l'instant! Ils n'ont pas l'air d'avoir appelé de renfort!









Journey Man


La course-poursuite prend des allures de pièce de théâtre alors que les deux fugitifs s’étendent en discussion, philosophant sur la décence et se courtisant de façon éhontée et plus vraie que nature. Le jeune homme glousse comme une demoiselle devant les prétentions de son interlocuteur, se faisant mielleux et hautain, mystérieux en quelque sorte, pour lui répondre en gardant charme et sensualité.

- Voyons monseigneur, vous me paraissez porter votre personne en haute estime, comme je suis de ces gens à ne point être avare en flatterie et qui se plaisent à voir gonfler... l’orgueil et l’ego, laissez-moi vous dire que tous vos portraits ne rendent nullement justice à vos traits candides, purs et innocents !

Il laisse échapper un rire plus franc et masculin trahissant son amusement avant de reprendre sur le même ton.

- Mais sans me prêter don de clairvoyance, ne croyez-vous donc pas au destin ? Celui qui me fit ainsi porter ce coquet chapeau pour attirer votre regard... Il l'observe choir suite à sa remarque sur sa propre tenue et conclut mesquinement : ... et vous revêtir de ces torchons pour attirer le mien.

La cavalcade enjouée manque de tourner à la dispute quand le jeune insolent commence à doucement taquiner son aîné sur son âge, s’étonnant presque de le voir aussi outré et s'en amusant d’autant plus jusqu'à ce qu’il ait avoué ne pas savoir où ils se dirigent. Les tons commencent tout doucement à monter, allant de l’agacement profond à la défense ironique pour ne pas se perdre dans un conflit intestin alors qu'ils sont encore censés collaborer pour leur survie individuelle, jusqu’à ce que la tension retombe brusquement en même temps que le forban en arrivant au bord d’un précipice. Sauvé de justesse par Morgan qui vient le saisir par les vêtements, il ne peut que le remercier et tout semble oublié maintenant qu’un inéluctable duel se profile.

La passe d’armes commence aussi sérieusement que la cavale le fût, ce qui ne vole pas très haut et se résume à des bavardages qui ont de quoi énerver les soldats absolument snobés, tellement peu pris au sérieux que les deux bretteurs les regardent à peine. Adam se présente enfin à son illustre compagnon d’infortune, se gardant bien de donner ses deuxièmes prénoms et un nom de famille qu’il ne porte plus, de toute façon ce n’est pas son certificat de naissance que lui demande le forban, et rit de bon cœur à la boutade de son équipier.

- Ma foi, s’il suffit d’une collation pour rembourser votre vie, vous ne me verrez pas cupide au point de ne pas vous ressusciter ! J’ai connu des aventuriers moins généreux que vous !

Une botte plus tard, littéralement puisqu’il vient de repousser son adversaire d’un coup de pied dans le buste métallique, le jeune homme subit un recul qui le met dos à dos avec le ruffian, un sourire étirant ses lèvres avec malice.

- Mais vous n’aviez pas besoin d’une telle ruse, j’ai pour principe qu’après la balade champêtre le rendez-vous galant soit de mise !

Le bandit s’extirpe de la veste de son partenaire pour retourner se confronter à son adversaire qui tente de l’atteindre avec toujours plus de hargne tandis que le jeune homme se tortille comme un ver pour éviter ses estocs et autres coups de taille. Il est quelque peu fâcheux de ne pas avoir de moyen de répliquer correctement… il commence à comprendre ses homologues qui préfèrent à se promener avec hachettes et autres espadons plutôt que de préférer des armes un peu plus nobles. Mais il ne changera pas ses habitudes pour autant. Il évite les coups les uns après les autres, déstabilise assez son adversaire pour gagner du temps jusqu’à ce qu’une occasion de retourner la situation, c’est le cas de le dire, ne s’offre à lui alors qu’il se retrouve à nouveau accolé à Morgan et les fait adroitement intervertir leurs rivaux. Tout compte fait, il aurait bien pu se débrouiller pour le faire avant… mais c’eut été avec moins de panache !

Perturbés par le changement d’adversaires, et peut-être bien plus par la façon de faire, les deux représentants de la loi se font bien vite prendre des court par les deux brigands qui ne tardent pas à se défaire d'eux, Adam le premier. Il se retourne alors pour voir ce qu'il en est, satisfait de la répartie de son partenaire et affiche un air interloqué en voyant le garde avec deux épées en mains mais surtout un canon braqué sur lui. Va-t-il le... tuer ? Juste parce qu'il faisait son travail ? Alors qu'il a peut-être femme et enfants ? Bon d'accord, le type en bas de la falaise n'est probablement pas dans la meilleure des formes, mais avec un peu de chance... Par contre, là situation présente est tout autre : dans une telle position de force Morgan pourrait simplement demander au soldat de poser ses armes, et s'en aller. Le temps qu'il cherche du renfort, les deux bandits seraient déjà loin...

Il sursaute en le voyant appuyer sur la détente... mais rien. Le capitaine semble en être le premier étonné et Adam l'observe alors précipitamment envoyer son soldat rejoindre le premier en arquant un sourcil devant le grotesque de la situation. Enfin, il se change rapidement les idées devant le sourire amical de Morgan  qui finit de se plaindre d'avoir oublié son épée et se trouve soulagé de ne pas voir de renforts arriver. Ses yeux se posent sur sa ceinture ou pendent sa bourse et son fourreau désormais vide. Dire qu'il vaut probablement bien plus que ce que contient cette pochette... Même mort.

Sous le couvert de son chapeau, Adam étire un sourire mesquin et fourbe en rengainant son fleuret, faisant habilement tournoyer la rapière dans sa main, s'habituant en douceur au toucher et au poids de la lame, il sort également une dague de sa ceinture et entreprend de les aiguiser entre elles. Le crissement des deux morceaux de métal est agaçant aux oreilles et alors qu'il se rapproche du pirate, et le dépasse, arrivant dans son dos comme pour mieux regarder en bas et finalement se retourner.

- Vous me voyez on ne peut plus désolé pour votre épée, j'ose espérer qu'elle n'était pas particulièrement précieuse à vos yeux ! Pour me dédouaner, puisque tout cela est de ma faute, laissez-moi vous consoler en vous offrant... Celle-ci !

Il pointe la lame dans le creux du dos du forban, se penchant par-dessus son épaule, et reprend la parole sur un ton mielleux.

- Et avant que vous ne posiez la question, oui c'est bien une rapière que vous sentez contre le bas de votre dos, je ne suis pas seulement content de vous voir...

Glissant son poignard sous sa gorge, il observe du coin de l’œil l'expression de Morgan et un sourire narquois franchit le seuil de ses lèvres sur lesquelles passent sa langue.

- Comme vous dites, c'est un fort heureux tour du destin qu'aucune cavalerie ne viennent à leur rescousse, cela me laisse maintenant le champ libre pour faire de vous tout ce que je veux...

Il articule avec soin les derniers mots, chatouillant doucement la colonne du ruffian avec la pointe de sa rapière, la faisant glisser le long de sa taille, de son flanc. Il jette des coups d’œil réguliers à son interlocuteur et fixe ses yeux vert émeraude de ses pupilles bleu ciel, se figeant dans cet échange de regards, s'efforçant d'y imprégner une tension dramatique, souriant avec jubilation comme pour graver son expression dans l'âme de son vis-à-vis... Et enfonce brusquement la rapière.

Dans le fourreau de Morgan.

- Mais pas tout de suite ! Il sourit doucement en pivotant et rangeant sa dague à sa ceinture. Cela est presque amusant de me dire que je peux désormais me vanter d'avoir eu l'occasion de tuer le capitaine Morgan une fois ! 

Il se prête à une courte révérence, regardant le marin d'en-dessous mais avec un air hautain.

- Souvenez-vous de ce jour comme de celui où je vous ai eu en mon pouvoir !

Il se redresse finalement en riant franchement et arbore à nouveau un air candide et joueur, plus proche de l'enfant que de l'adulte. Il fait demi-tour avec insouciance et regarde l'orée de la forêt pour essayer d'y discerner la piste qu'ils ont dû laisser et qui mène vraisemblablement aux grandes routes. Son regard se perd, un peu plus loin, sur les toits d'Amsterdam qui dépassent des cimes des arbres. Ses poings viennent s'écraser sur ses hanches et, avec un entrain comme il n'en a plus connu depuis longtemps, il songe à la fin de la journée.

- Nous sommes vivants, je crois que je vous dois un verre !









Journey Man


Le combat s'éternise, mais ce n'est pas vraiment pour déplaire au Capitaine du Black Sails qui apprécie de loin les affrontements aux fuites endiablées. Au moins, ainsi, il est dans son élément. Et il n'est pas difficile de se rendre compte que Morgan prend au moins autant de plaisir à croiser le fer avec son adversaire qu'à converser avec son compagnon d'infortune également au prise avec un milicien. Une chance que les gardes n'aient pas été plus de deux sinon le combat aurait été vaguement inégal... et un brin moins chargé en conversation. Mais puisqu'ils peuvent vraisemblablement se le permettre l'un comme l'autre, les deux brigands poursuivent leur conversation comme si combattre contre deux milicien armés et lourdement protégé était un jeu d'enfant... et c'est bien le cas de le dire pour ce dénommée Adam qui ne semble même pas encore avoir dépassé la vingtaine. Peut-être que s'ils en ont l'occasion, Morgan se décidera a lui poser LA question indiscrète que toutes les demoiselles se plaisent à esquiver. Mais pour l'heure se demander l'âge de son partenaire est peut-être un peu de trop.

- Je t'ai proposé de m'offrir à boire mais si tu veux me filer le contenue de ton butin de la journée je dirai pas non hein?!

Morgan se concentre à peu près sérieusement sur son adversaire et pare les estocs aussi bien qu'il fend l'air de son sabre pour attaquer. Mais face à un soldat sous la protection d'une impressionnante armure de métal, les rare fois ou le pirate parvient à atteindre sa cible, les plaques prennent le plus gros du coup et ne semblent presque pas handicaper son porteur. Contrairement à lui qui arbore déjà quelques légères estafilades le long de l'avant-bras ou des épaules. Le milicien semble assez fier de lui à chaque fois qu'il parvient à entailler la chemise du hors la loi et affiche un sourire assuré comme cherchant à déstabiliser Morgan qui ne trouve rien de mieux à répliquer qu'un soupire blasé.

- Heh... ca va... pas de quoi fanfaronner. Moi aussi j'serais balèze avec une armure de douze kilo sur le dos... Encore que... ça doit quand même pas être très pratique pour bouger, si?

Le milicien perd son sourire, assez peut ravis du fait que le Capitaine du Black Sails joue les curieux alors qu'il se trouve en position de faiblesse. Mais c'était sans compter sur les performance d'Adam qui ne tarde pas à intervertir leur place pour échanger d'adversaire et profiter de ce bref effet de surprise pour reprendre l'avantage sur les soldats. Et l'effet escompté est quasiment immédiat. Désemparé par le brusque changement de style de combat, les miliciens perdent de leur superbe, permettant ainsi aux deux hors la loi de reprendre le dessus de la situation et le jeune homme ne tarde pas à se débarrasser le premier de son adversaire en le faisant basculer dans le vide, avec un peu de chance, il atterrira dans la rivière juste en dessous et ne se noiera pas...

Le combat de Morgan semble également toucher à sa fin... mais pas tout à fait dans le même sens car c'est le soldat qui parvient à désarmer le pirate. Fier de lui, le prétendu vainqueur pointe ses deux armes dans la direction du forban qui ne se laisse pas démonter une seconde et hoche négativement de la tête en faisant claquer plusieurs fois sa langue contre son palais... avant de sortir un mousquet de sa ceinture pour menacer le représentant des forces de l'ordre avec. Evidement le soldat comprend rapidement que face à ce type d'arme, ses deux épées lui seront parfaitement inutile. Il tremble comme une feuille, le regard écarquillé, braqué sur le bout du canon qui frôle presque son visage et lève les bras comme pour signifier qu'il a l'intention de se rendre. Sa lèvre inferieur s'agite comme s'il cherchait à balbutier quelques supplication de pitié, mais Morgan lui sourit d'un rictus détestable et mauvais, il n'a pas vraiment apprécié de se faire taillader la main. Le Capitaine abaisse le chien et appuis sur la détente... mais ce n'est qu'un vulgaire clic sonore qui retentit et le milicien et toujours là. Brusquement agacé, Morgan ne réfléchit pas et envois un grand coup de pied là ou devrait se trouver le ventre de son adversaire qui se fait propulser en arrière et chute à son tour de la falaise.

Le pirate maugrée dans sa barbe... dire qu'il a laissé son sabre entre les mains de ce soldat. Enfin... au moins ils sont en vie. Mais alors que Morgan est en train de regarder en bas pour vérifier si le milicien est mort de sa chute ou non, ignorant passablement les pas de son compagnon de bataille en train de faire un boucan du diable avec ses armes, il sursaute brusquement en sentant le bout pointu d'une lame venir se loger dans le bas de son dos, juste au-dessus de son coccyx. Le contact piquant le fait se cambrer malgré lui et il retient soudainement sa respiration, ses yeux vert rivés droit devant lui, le plus stoïque et inexpressif possible.

- J'aurais préféré un autre type de "lame"... murmure Morgan d'une voix cinglante. C'est pas comme ça que tu vas réussir à me faire bander tu sais...

Le souffle dans son cou le fait respirer plus fort et la lame qui vient expressément se glisser sous sa gorge le fait relever le menton et déglutir avec une certaine difficulté. Il ne s'abaisse toujours pas à plonger son regard dans celui de ce petit con et se contente d'afficher son sourire le plus mauvais et inquiétant.

Le temps semble s'être arrêté l'espace d'une seconde et un silence de mort résonne sur la falaise. La respiration de Morgan est lente et calculée, il sent à chaque fois qu'il inspire, la lame dans son dos suivre le mouvement de son corps et à chaque fois qu'il expire, sa lame s'enfoncer tout doucement dans sa chemise, appliquant une légère pression de sa pointe. Même chose avec le tranchant de la lame froide qui brille sous sa gorge, dont la pomme d'Adam se déplace à chaque fois qu'il ravale sa salive.

Les pseudo menaces du jeune voleur font sourire le forban de plus belle et il ricane doucement à l'idée de devenir la "chose" de son jeune compagnon.

- Ici? Maintenant? Ma foi je n'ai rien contre les activités de plein air... à moins que ce soit le gout du risque de faire ça au bord de cette falaise qui t'excite, mais fait en sorte de bien t'assurer que je ne m'enfuirais pas parce qu'au moindre faux pas... tu pourrais déchanter...

Il s'autorise finalement à faire bouger ses iris au niveau du visage d'Adam pour envisager son air triomphant  sans sourciller, presque amusé, pour ne pas dire impatient de connaître la suite du programme. Mais finalement la lame de la rapière quitte le creux de son dos et vient se loger dans le fourreau de l'ancien sabre du Capitaine. Même chose pour le poignard qui vient finalement quitter la gorge du forban qui peut se détendre d'un seul coup et ravaler pleinement sa salive.

Morgan peut alors se détourner face à Adam et se demande l'espace d'une seconde s'il est vraiment sérieux et que tout ça n'était réellement qu'un jeu pour le plus jeune. Il l'envisage avec un sourcil arqué et sourit un peu malgré lui, s'efforçant de paraitre amusé et non pas blessé dans son orgueil comme il l'est actuellement. Il penche la tête sur le côté et demande en croisant les bras.

- Et alors... Pourquoi tu ne m'as pas tué?
Il hoche la tête de dépit devant la révérence théâtralisée du plus jeune et lève les yeux au ciel avant de soupirer et de  terminer de déchirer l'avant-bras de sa chemise pour s'en faire un bandage à la main. Le Capitaine du Black Sails affiche un nouveau sourire alors que le plus jeune lui propose alors de lui offrir un verre comme ils l'avaient convenu plus tôt lors de leur combat et commence déjà à redescendre la route qu'ils avaient emprunté un peu plus tôt pour retourner près des portes de la ville... en espérant que celles-ci ne soient plus fermées.

- Il va me falloir bien plus d'un verre pour me remettre de cette altercation! Lance le pirate en feintant la faiblesse. Et cet exercice m'a donné faim! J'espère que t'as de quoi payer mon cher, parce que tu vas raquer!









Journey Man


Le combat s'est fini plus ou moins comme prévu, les gardes sont défaits et les deux forbans sont en vie. Enfin, c'est surtout lui qui compte. Ne résistant pas à l'envie de jouer avec un plus gros poisson que lui, Adam se glisse lentement dans le dos du capitaine pour le menacer  de sa rapière toute neuve. Il le sent se tendre et s'amuse de ses infimes frissons à chaque fois que l'une ou l'autre des lames se fait plus insistante sur son épiderme. Il glousse doucement alors que le pirate a encore le culot de se la jouer.

- Ah oui, vous êtes de ce bord-là ? Consolez-vous, vous n'avez peut-être pas exactement l'épée que vous espériez mais vous en avez une devant et une derrière !

Le jeune insolent continue de fixer avec insistance Morgan qui persiste à sourire et à le contempler  droit dans les yeux. Il meurt d'envie d'éclater de rire à ses ricanements. Il ne sait pas ce qui l'amuse le plus entre l'indéniable plaisir d'avoir  la vie de cet homme entre ses mains ou bien l'audace qu'il a en jouant toujours un peu plus dans la provocation. Apparemment, ce capitaine fait partie de ces hommes dont on ne sait trop s'ils font partie des déchets ou de la crème de l'humanité, des perdants ou des vainqueurs. Il fait partie de ces gens qui ne s'admettront jamais vaincus, qui ne supplieront jamais, sans trop qu'on sache si c'est par un orgueil démesuré pour leur médiocre personne ou une supériorité certaine.

- Je ne rirais pas trop là-dessus à votre place. Prenez goût à moi et c'est vous qui tomberez dans un abîme sans fond, très cher. Vous ne seriez pas la première princesse à développer une addiction pour ma personne...

Et sur ces bonnes paroles, les lames se rangent chacune dans les fourreaux prévus à cet effet et Adam fait volte-face sans même craindre un instant le courroux d'un pirate vexé qui pourrait décider de l'abattre dans le dos. Il préfère se prêter à une révérence bien plus digne de lui.

- Pour quoi faire ? Le brigand hausse les épaules. C'est pas comme si avec mon petit minois placarder dans tout Amsterdam je pouvais vous ramenez aux autorités pour toucher une quelconque prime. Et puis c'est pas comme si ce que vous trimbaliez dans votre besace avait de la valeur, si ?

Les deux hors-la-loi vont donc bon train sur le chemin de la cité, empruntant un petit sentier qui mène à la ville de Peglec, petite bourgade si proche de la capitale mais tellement moins regardante au sujet de ses visiteurs.

- Pas d'inquiétude à ce sujet, mon bon monsieur, je ne suis pas régulièrement poursuivi parce que je vole des poules. Je pense que votre appétit sera dans mes moyens !

La route défile sous leurs pieds et les chaumières se font bientôt voir à l'horizon. Quelques mètres les séparent de l'entrée de Peglec et Adam entraîne son nouvel ami jusqu'à une taverne dont l'enseigne ne porte que le nom de son propriétaire, Schlumpfi. Ils pénètrent dans l'établissement aussi bien famé que silencieux et prennent place à une table à l'allure tout aussi impeccable. Le voleur grimace et, du dos de son gant, fait la poussière.

- Nous y voilà ! Commandez ce que vous voulez, je prendrai la même chose.

Décrochant cape et manteaux, le coquin les dépose sur le dos de sa chaise et pose son chapeau sur la table, laissant voir ses cheveux noirs soigneusement coiffés, quoique légèrement en bataille par l'effort.

- Alors dites-moi, qu'est-ce qui vous amène par ici ? Vous prenez souvent un verre avec les autochtones ?





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